Une méthode, pas une rupture
Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) a été de tous les combats depuis sa création, en août 2012, par le Professeur Maurice KAMTO. D’un seul élu à l’Assemblée nationale au terme des élections législatives de 2013, le MRC a réussi à fédérer la majorité silencieuse des Camerounais autour de son candidat à l’élection présidentielle de 2018. Par la suite, le parti a déployé une stratégie de boycott assumé, et largement suivie, des élections législatives et municipales de 2020 avant de connaitre la disqualification de son leader le Professeur Maurice KAMTO de la présidentielle, alors prévue le 12 octobre 2025, à la suite de manœuvres antidémocratiques, honteuses et sauvages. S’il est une vérité implacable, c’est bien que notre histoire n’a jamais été celle d’un confort institutionnel. Le projet d’une alternative crédible, qui constitue la source et le sommet de toutes les actions du MRC explique l’image de parti frondeur, de parti qui gêne, acquise au fil de son histoire. Pourtant, l’acharnement politique, administratif et médiatique que subi le MRC n’a pas réussi à faire oublier un fait : c’est grâce à lui et à son président Maurice KAMTO, que les Camerounais ont repris goût à la vie politique, aux débats publics et aux contentieux électoraux, avec une ferveur comparable à celle des soirées de la Champions League.
Le 8 septembre dernier, le Président Maurice KAMTO et le premier vice-président Mamadou MOTA ont choisi de se retirer de leurs fonctions. Si l’ensauvagement de la vie politique camerounaise peut expliquer ces décisions, un constat s’impose à nous : ils ne l’ont pas fait dans la défaite. Ils l’ont fait, selon leurs propres mots, dans l’intérêt supérieur du parti afin de s’extirper du piège que leur avait tendu l’administration territoriale à travers la contestation administrative et judiciaire. Bien qu’étant un sacrifice extrême, ces démissions participent d’une démarche stratégique qui ne saurait être considérée comme un aveu d’impuissance ou un acte de division. Le sujet n’est donc pas de savoir qui dirige le MRC aujourd’hui. Il s’agit plutôt de savoir pourquoi, depuis quatorze ans, diriger le MRC suppose de subir une pression administrative permanente.
Ailleurs, les partis se disputent entre eux, pas avec le ministère de tutelle
Dans un nombre croissant de démocraties africaines, les conflits de leadership internes à un parti politique se règlent devant les tribunaux internes ou par l’application de ses statuts et non par un courrier à la tonalité sentencieuse en provenance du ministère de tutelle. C’est cette différence, plus que tous les discours sur la démocratie, qui oppose les systèmes politiques qui attirent les investisseurs et ceux qui les font fuir. Un parti politique solide comme le MRC n’est pas un risque pour un pays. Il est, au contraire, un signal de maturité institutionnelle envoyé aux partenaires économiques du Cameroun, à l’heure où le ministre des Finances reconnaît lui-même, dans son discours d’ouverture du budget 2027, une mobilisation des recettes en retrait de plus de 200 milliards de francs CFA par rapport à l’année précédente et un déficit budgétaire déjà réévalué à la hausse. Un pays qui a besoin de rassurer ses créanciers et ses investisseurs ne peut pas se permettre, en même temps, de faire douter de la solidité de l’État de droit.
Un pays comme le Cameroun a besoin de plusieurs partis politiques solides et populaires, comme le MRC, pour animer la vie politique et faire vivre le débat public. Le Cameroun a besoin d’une certaine vitalité démocratique s’il veut engager les réformes institutionnelles et réglementaires urgentes et renforcer l’obligation de redevabilité qui pèse sur les épaules de l’exécutif. Le MRC est peut-être la plus grande chance pour le régime politique actuel de prouver son engagement en faveur d’une vraie démocratie à un moment aussi sensible de notre histoire. Cela est d’autant plus nécessaire quand on sait que le Cameroun passera son examen périodique universel des droits de l’homme en octobre prochain. Il est temps que le ministre de l’Administration territoriale concentre son énergie sur des dossiers plus brûlants plutôt que sur la vie interne du MRC.
MRC et la politique camerounaise
Quatorze années d’immixtion, une par une
La thèse de l’immixtion de l’administration territoriale dans les affaires internes du MRC ne relève ni d’une vue de l’esprit, ni d’une accusation sans fondement. Il s’agit d’une vérité qui résiste à l’épreuve des faits et qu’il est possible de documenter, année après année. En effet, depuis sa création, le MRC est victime d’un véritable ostracisme de la part du régime politique au pouvoir à travers, notamment, l’interdiction systématique de ses manifestations pourtant régulièrement déclarées. Ainsi, entre 2013 et 2017, le MRC a vu plusieurs dizaines de ses activités interdites par les autorités administratives. Plus récemment, soit en août dernier, une assemblée des structures régionales tenue dans un domicile privé à Bertoua a été dispersée par des gendarmes, ses responsables interpellés sans mandat au motif qu’il s’agissait d’une « réunion publique non déclarée ». Pourtant, la loi de 1990 elle-même réserve cette qualification aux réunions tenues dans un lieu public. En mai 2025, un sous-préfet a tenté d’interrompre une simple cérémonie d’accueil de nouveaux militants pourtant dûment déclarée à Bafoussam. Cet évènement en rappelle un autre, notamment l’interdiction par le sous-préfet du deuxième arrondissement d’Ebolowa d’un meeting que devait présider le Professeur KAMTO, en octobre 2023, au motif d’une prétendue réunion de cadres du RDPC le même jour. Depuis des mois et dans plusieurs localités du pays, des militants du MRC qui ont voulu s’investir, en tant que tels, dans des actions de salubrité publique, alors que le pays croule depuis des années sous des immondices qui mobilisent jusqu’au Premier ministre, se sont vus menacer d’arrestation pour « activités insurrectionnelles ».
Ces interdictions s’accompagnent, bien des fois, de l’arrestation des leaders du parti, de menaces ouvertes, de la séquestration des militants ou de sanctions insidieuses. En 2018, la pression exercée sur le MRC par le régime au pouvoir a connu des sommets. Alors que le candidat du MRC à l’élection présidentielle s’engageait à revendiquer la victoire qui lui avait été arbitrairement soustraite par le candidat du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), avec la complicité d’Elecam et du Conseil constitutionnel, celui-ci fut emprisonné, en compagnie de près de 300 militants, pendant neuf mois. Quelques années plus tard, soit au cours de l’année 2020, des militants du MRC sont arrêtés pour avoir distribué des masques et du gel hydro-alcoolique en pleine pandémie de Covid 19 ! L’acharnement du régime au pouvoir contre le MRC ne s’arrête pas là. Quand le parti a porté plainte, en 2023, contre deux communicants du parti au pouvoir qui avaient publiquement évoqué un coup d’État militaire en cas de victoire du MRC à la présidentielle à venir, aucune suite judiciaire ou disciplinaire ne lui avait été donnée. Pourtant, quand une plainte a visé le Professeur KAMTO, en juin 2025, pour des propos tenus lors d’un meeting à Paris, c’est un tribunal militaire qui a été saisi en quelques jours. Deux plaintes, deux poids, deux mesures.
Il importe également de rappeler qu’en novembre 2025, notre convention nationale dûment déclarée est interdite. Le parti se trouve ainsi obligé de la tenir, en visioconférence quelques jours plus tard, soit le 21 décembre 2025. Le 19 août 2026 soit 8 mois plus tard, ou plus exactement 5 mois après le délai légal de 3 mois au terme duquel des observations pourraient être faites aux résolutions d’une convention partisane, le ministre de l’Administration territoriale, Paul ATANGA NJI, dévoile une correspondance dans laquelle il refuse de prendre acte des décisions prises lors de la convention du 21 décembre 2025, en s’appuyant sur l’article 3 alinéa 2 de la loi n°90/055 du 19 décembre 1990. Cette correspondance apparait alors qu’un ancien cadre de notre parti, Joseph Thierry OKALA EBODE, exclu le 7 novembre 2025 par le Comité national de médiation et d’arbitrage s’active dans une démarche de contestation des résolutions de la Convention, notamment celle qui consacre le retour de Maurice KAMTO à la tête du MRC. Curieuse coïncidence n’est-ce pas ? La défiance de cet ancien responsable du parti est présentée à tort comme le résultat d’une quelconque guerre de leadership. Elle fait suite, en réalité, à une plainte du professeur Alain FOGUE, ancien trésorier national, accusant Thierry OKALA EBODE d’avoir publiquement qualifié le Professeur KAMTO et lui-même « d’agents de la France ». Le ministre de l’Administration territoriale le sait, mais ne s’est pas empêché de nous servir une lettre qui souffre d’un vice de forclusion au regard de l’article 5 de la loi °90/055 du 19 décembre 1990. Cette correspondance serait donc, en droit, sans portée. Mais suffit-il d’avoir le droit et la loi de son côté pour obtenir gain de cause sur la scène politique camerounaise ? Le MRC est bien placé pour répondre à cette question par la négative.
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La stratégie de brimade et de pression exercée sur les partis d’opposition a été testée sur d’autres formations politiques, avant de devenir une quasi-exclusivité du MRC, au point de devenir une véritable pratique institutionnelle. On relève, par exemple, qu’en 2020, le Cameroon People’s Party (CPP) a vu le ministère de l’Administration territoriale tenter de désavouer sa présidente élue, Mme KAH WALLA, au profit d’un dissident ; tentative qui a été déjouée par la justice plus tard. Quelques années auparavant, L’Union des populations du Cameroun (UPC) a connu un scénario similaire : une décision ministérielle de juillet 2018 avait désigné un « seul leader » à sa tête. Les effets de ladite désignation avaient été suspendues, deux années plus tard, par un tribunal administratif qui releva explicitement le caractère illégal d’une telle immixtion ayant causé un préjudice irréparable au parti concerné.
L’ensauvagement de la scène politique camerounaise se manifeste également à travers le refus systématique d’améliorer les règles du jeu politique. Depuis 2018, une coalition de partis politiques, dont le MRC, réclame une réforme du code électoral, elle-même souhaitée par ELECAM. Cette demande consensuelle, portée par plusieurs formations et par la société civile, n’a jamais reçu l’assentiment du régime au pouvoir. Dans le même temps, l’administration a fait de l’attestation de conformité fiscale une pièce exigible aux candidats aux élections locales en violation flagrante du code électoral. La légalité de cette exigence a été contestée devant le Conseil constitutionnel, qui s’est déclaré incompétent pour trancher.
Par ailleurs, l’année 2025 qui annonçait pourtant des jours meilleurs pour notre pays verra la commission d’un des crimes les plus barbares contre la décence et les libertés civiques et politiques au Cameroun. En effet, dans la nuit du 21 au 22 juillet, le site internet du ministère de l’Administration territoriale est victime d’un curieux acte de cybercriminalité : le nom d’Anicet EKANE, président légitime du MANIDEM disparait provoquant un flou sur la présidence du parti. Or, Celui-ci avait été invité par ELECAM aux activités de la plateforme de partis politiques, quelques jours avant. En l’espace de quelques minutes, le nom de celui qui était depuis des années le destinataire, pour le compte du MANIDEM, des fonds alloués aux partis politiques par l’État du Cameroun, est remplacé sur le site internet du MINAT par celui de Dieudonné YEBGA. Quelques jours plus tard, Dieudonné YEBGA dépose sa propre candidature à la présidentielle sous les couleurs du MANIDEM, le parti qui a investi le Professeur Maurice KAMTO quelques semaines plus tôt. Résultat : le 26 juillet, le Conseil électoral d’ELECAM invoque précisément cette « pluralité d’investiture », qu’il sait pourtant grossièrement créée par certains cabinets noirs, pour écarter la candidature de Maurice KAMTO de la course présidentielle. Le Conseil constitutionnel confirmera ce rejet le 5 août. Or, le même argument ne vaudra guère pour le RDPC qui introduira pourtant deux candidatures à cette même élection Un enregistrement audio diffusé depuis sur les réseaux sociaux, dont l’authenticité n’a pas été formellement contestée par ses protagonistes, impute à Dieudonné YEBGA le fait d’avoir agi avec l’aval du ministre de l’Administration territoriale. Ainsi, un simple changement de nom sur un site internet a suffi à priver des millions de Camerounais de la seule alternative crédible face au pouvoir en place.
Enfin, le calendrier électoral lui-même n’échappe pas à la logique de musèlement de la démocratie. Les élections législatives et municipales, initialement prévues en février 2025, ont été reportées une première fois par décret en juillet 2024. Un « léger réajustement » supplémentaire a été évoqué en février 2026. Depuis lors, une nouvelle loi a prorogé le mandat des députés jusqu’au 20 décembre 2026. La suppression de la limite de dix-huit mois applicable à la prorogation du mandat des conseillers municipaux (article 170 du code électoral) ouvre désormais la voie à un couplage des deux scrutins en fin d’année. Trois reports en deux ans ! Un régime sûr de sa victoire ne fait pas ça. Le MRC trépigne pourtant d’impatience d’affronter le RDPC devant les électeurs depuis 2025. Pourquoi ce « grand parti » refuse-t-il catégoriquement d’affronter le « petit parti » ? Il suffirait pourtant d’une élection pour mesurer le poids politique de l’une et l’autre formation politique. Les manœuvres pour empêcher la participation du MRC au double scrutin à venir ne trompent plus personne, au Cameroun et à l’étranger, où nous sommes observés à la loupe. Ce pays mérite une meilleure publicité.
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L’image du Cameroun, au-delà du MRC
Ce que ce dossier démontre ne concerne pas seulement notre parti. Il concerne la civilisation des mœurs politiques et la crédibilisation de la compétition électorale dans notre pays. Quand l’autorité administrative se réserve le droit choisir le leader d’un parti à la place de ses militants, quand une administration peut retarder indéfiniment un scrutin conscient que la météo politique est défavorable au parti au pouvoir, quand ses propres plaintes voyagent plus vite que celles qu’on porte contre elle, c’est le pluralisme politique dans son ensemble qui se rétrécit mettant en péril l’avenir de notre pays et pas seulement celui du MRC. L’accumulation de manœuvres d’évitement et de perversion de la compétition politique au Cameroun, depuis 2018, a un effet mesurable sur sa vie démocratique : elle a suspendu les Camerounais à un calendrier électoral non maîtrisé, confisqué plutôt que consensuel et prédictible.
A la vérité, Nous n’attendons pas de faveur. Nous demandons l’application stricte des textes qui organisent déjà, sur le papier, l’autonomie des partis politiques au Cameroun. Nous demandons que le processus qui doit aboutir à la désignation du nouveau présidium du MRC, le 17 octobre prochain, se déroule sans l’immixtion de l’administration, parce que c’est ce que la loi demande. Contrairement à ce qu’on peut penser, l’apaisement du climat politique au Cameroun, et l’organisation du jeu politique selon des règles saines et justes, bénéficient d’abord au régime lui-même. Un pouvoir qui laisse son peuple choisir ses dirigeants n’écrit dans l’histoire que la preuve de sa force. A l’inverse, un pouvoir qui s’acharne contre un parti qui ne demande qu’à se présenter aux élections donne une toute autre image : celle d’un régime politique qui craint le verdict des urnes plus qu’elle ne le dit.
L’Histoire ne retient jamais les manœuvres et les manœuvriers. Elle retient celui qui a eu raison trop tôt. Or l’Histoire a déjà trop retenu que le MRC a eu raison trop tôt sur trop de sujets. Et avec lui, Maurice KAMTO.
Nous avons Une Nation à Bâtir et un Cameroun à Construire.
Par Tiriane Noah, Présidente du MRC
Défis Actuels du 17/09/2026
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