mercredi, mai 20, 2026
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Lions indomptables : Choupo Moting de retour

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Marc Brys n’a pas changé. L’entraîneur sélectionneur des Lions indomptables a pris les mêmes pour recommencer. Pour le compte des 6ème et 7ème journées des éliminatoires de la Coupe du monde 2026, le technicien a fait confiance à la même ossature qu’il utilise depuis son arrivée à la tête des Lions indomptables. Avec notamment les mêmes gardiens (André Onana, Simon Omossola et Simon Ngapandouetnbu), en défense, Michaël Ngadeu et Christopher Wooh dans l’axe et Nouhou Tolo et Faï Collins sur les côtés. On y retrouve également entre autres Jean Charles Castelleto, Malcom Bokele, Flavien Boyomo, mais aussi Jackson Tchatchoua, Nagida Mohamadou,… Dans le milieu de terrain, entre autres Zambie Anguissa,Carlos Baleba, Arthur Avom , Hongla, Atemengue,…

C’est en attaque que le patron du banc de touche des Lions indomptables a surpris avec un retour pour le moins inattendu: Eric Maxime Choupo Moting. L’ancien attaquant deu Bayern Munich semblait avoir définitivement perdu sa place dans la tanière des Lions indomptables. Choupo Moting n’avait pas été retenu pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2023). Dans un contexte où sa carrière en club évoluait en demi-teinte. Mais l’exil américain a relancé la carrière de l’attaquant camerounais. Choupo Moting compte à ce jour 17 buts en 27 matchs. Un rendement au-dessus de la moyenne, et suffisant pour convaincre Marc Brys de le rappeler en sélection. Georges Kevin Nkoudou revient lui aussi après avoir été quelque peu oublié ces derniers temps.

marc Brys a envie de densifier son attaque, pour la suite de la campagne éliminatoire de la Coupe du monde 2026. Logé dans le groupe

Les Lions indomptables affronteront l’Eswatini le 4 septembre à Yaoundé, puis se déplaceront au Cabo verde le 9 septembre prochain. Mais déjà, le sélectionneur a la tête à la CAN 2025 prévue en décembre au Maroc. Un rendez-vous qui devrait être le plus grand test de celui qui sommes toute, n’a encore perdu aucun match avec le Cameroun.

Le Cameroun parmi les pires gouvernances mondiales selon l’indice Chandler

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Le constat est sévère pour le Cameroun. Dans son rapport rendu public le 26 août 2025 à Tshwane (Pretoria), le Chandler Institute of Governance confirme que l’Afrique demeure la région la moins bien notée au monde en matière de gouvernance, et que le Cameroun se situe dans le dernier quart du classement mondial.

Le CGGI, qui en est à sa cinquième édition, évalue 120 pays à travers sept piliers de capacités et de résultats : Leadership et vision stratégique, Lois et politiques solides, Institutions fortes, Gestion financière, Attractivité économique, Influence et réputation internationales, Capacité à améliorer la vie des citoyens. Sur l’ensemble des critères, le Cameroun obtient une 105ᵉ place qui traduit, selon les analystes, « de grandes fragilités structurelles ».

Le pays se distingue par une gestion financière relativement meilleure (65ᵉ), probablement liée aux efforts de discipline budgétaire imposés par les programmes avec le FMI. Mais cette performance isolée ne suffit pas à compenser les résultats médiocres dans les autres domaines. 112ᵉ pour les institutions, 105ᵉ pour l’attractivité économique, 105ᵉ également pour l’aide aux populations. Le tableau est encore plus sombre sur le plan international.

Le Cameroun se classe 120ᵉ, dernier mondial, dans la rubrique « Influence et réputation internationales ». Un indicateur qui met en lumière la faiblesse diplomatique et l’image extérieure dégradée du pays.

L’AFRIQUE, RÉGION DE CONTRASTES

À l’échelle continentale, l’Afrique continue d’afficher « le score moyen de gouvernance le plus faible de toutes les régions », souligne le rapport. Toutefois, quelques pays tirent leur épingle du jeu : Maurice (51ᵉ), Rwanda (59ᵉ), Botswana (61ᵉ), Maroc (75ᵉ) et Afrique du Sud (77ᵉ) composent le top 5 africain. Lors de la présentation à Pretoria, Dinesh Naidu, directeur de la connaissance au Chandler Institute of Governance, a salué certaines avancées : « Ce qui est encourageant, c’est le progrès dans des domaines comme les institutions solides et la gouvernance numérique.

À travers l’Afrique, nous voyons des gouvernements innover pour améliorer la prestation de services et renforcer la redevabilité. Ces réformes montrent que même dans un contexte mondial difficile, le progrès est possible. » Le rapport met en avant le cas de la Tanzanie, « le pays africain ayant enregistré la plus forte progression depuis 2021 », passant de la 82ᵉ à la 78ᵉ place grâce à ses initiatives de gouvernance numérique et à des réformes administratives.

Le CGGI revendique une vocation pratique. « Construit par des praticiens pour des praticiens, l’Index fournit un outil de diagnostic que les gouvernements peuvent utiliser pour identifier les opportunités d’amélioration et adopter les bonnes pratiques de leurs pairs », explique Dinesh Naidu.

Dégâts environnementaux et sociaux : l’envers du décor de l’exploitation minière au Cameroun

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L’exploitation minière à Kambélé dans la région de l’Est, comme dans d’autres régions du Cameroun, soulève de sérieuses préoccupations environnementales, économiques et sociales, en grande partie exacerbées par l’informalité de l’activité minière.

Conflits sociaux, destruction des forêts, pollution des sols et de l’eau modification des paysages, pertes en vies humaines, etc. Au lieu d’apporter la richesse et le bienêtre aux populations riveraines, l’exploitation minière au Cameroun n’est pas très loin d’être considérée comme une malédiction. La localité de Kambélé, non loin de Batouri, dans le département de la Kadey, région de l’Est, est la parfaite illustration de l’envers du décor de l’exploitation minière au Cameroun. Paysage apocalyptique avec la forêt détruite, sol complètement renversé, laissant des trous béants et lacs artificiels, rivières et points d’eau à la couleur rougeâtre, pollution des sols aux produits chimiques détériorant la qualité de l’eau et la santé des populations locales, pauvreté ambiante, etc.

Voilà le visage hideux que renvoient les zones d’exploitation minière au Cameroun. Selon un recensement effectué par l’organisation Forêts et Développement Rural (FODER), entre 2015 et 2022, 205 décès ont été enregistrés dans les sites miniers des régions de l’Est et de l’Adamaoua, dont 12 cas de noyades dans des lacs artificiels. Les 193 autres décès sont généralement dus aux éboulements et glissements de terrain causés par des trous béants abandonnés.

La plupart du temps, ces trous sont abandonnés après une exploitation artisanale semi-mécanisée par des sociétés minières étrangères à l’aide de pelles excavatrices. On y retrouve des entreprises indiennes, grecques, camerounaises, et surtout chinoises dans leur majorité. En septembre 2021, cette ONG a dénombré 703 trous sur les sites miniers, dont 139 lacs artificiels sur une superficie de 93,66 hectares, et dans lesquels, ces sociétés déversent souvent des huiles usées et des hydrocarbures résultant de leurs activités, et qui participent à la dégradation de l’écosystème.

C’est sans nul doute, entre autres raisons ayant poussé le ministre en charge des Mines, Fuh Calistus Gentry à prendre un arrêté, le 13 août 2025, interdisant toute activité de recherche, d’exploitation industrielle et d’exploitation semi-mécanisée sur le site aurifère de Kambélé par Batouri. Selon cet arrêté, désormais, « seules les activités d’exploitation artisanale stricto sensu, réservées aux riverains autochtones, y sont autorisées ». Car « aucune autorisation d’exploitation artisanale semi-mécanisée n’a été délivrée pour cette zone minière située dans la Kadey ».

Mais, en autorisant seulement les activités d’exploitation minière artisanale sur le site de Kambélé, le gouvernement feint ignorer la réalité sur le terrain. Car, le plus souvent, ce sont ces riverains munis d’autorisations d’exploitation artisanale, qui ont des outils rudimentaires, et qui sous-traitent avec les étrangers, en faisant louer leurs permis. Et, du fait de la corruption ambiante et du très peu de régulation de la part des Mairies, l’encadrement de l’exploitation minière artisanale leur incombant depuis la promulgation du Code minier, les sites jadis réservés à l’exploitation artisanale, se retrouvent dans l’exploitation semi-artisanale mécanisée.

En rappel, on estime à plus de cinquante mille, le nombre de miniers artisanaux et à plus de 50 000 tonnes, la production aurifère annuelle issue de cette activité. En revanche, les opérateurs artisanaux semi-mécanisés, regroupant aussi bien des nationaux que des expatriés, sont conformes à la loi à plus de 80% et sont encadrés par le ministère en charge des Mines. L’on dénombre 90 sociétés semi-mécanisées au Cameroun.

Quand le défaut de régulation de l’Etat favorise le désordre

Des dispositions du Code minier encadrant l’exploitation minière sont foulées au pied, au vu et au su des pouvoirs publics, sans que des sanctions adéquates ou rappels à l’ordre ne soient pris.

Personne ne pourrait comprendre que les pouvoirs publics ne soient pas informés du désastre écologique et environnemental vécu par les populations riveraines, comme c’est le cas sur le site minier de Kambélé par Batouri par exemple. Mais du fait de la corruption et du népotisme, des dispositions du Code minier, sur certains aspects de l’exploitation minière, sont complètement ignorées. Dans la loi du 19 décembre 2023, portant Code minier, il est pourtant clairement stipulé en son article 136 que « la restauration, la réhabilitation et la fermeture des sites miniers et des carrières incombent à chaque opérateur ».

 Ces opérations, précise-t-on, doivent viser à rendre les sites stables, à restaurer leur productivité agro-sylvo-pastorale et à retrouver un aspect visuel proche de leur état d’origine, ou du moins propice à de nouveaux aménagements durables. L’Etat ou les opérateurs peuvent également effectuer d’autres aménagements. La bonne remise en état donne lieu à la délivrance d’un quitus qui libère l’ancien exploitant de ses obligations concernant le titre minier, l’autorisation ou le permis d’exploitation.

Cependant, l’ancien exploitant reste responsable des préjudices découverts ultérieurement liés à ses activités passées. En outre, le Code minier prévoit un fonds de restauration, de réhabilitation et de fermeture des sites miniers et des carrières, alimenté par les contributions annuelles des opérateurs miniers et de carrières. Ce fonds est destiné à financer les activités de mise en œuvre du programme de préservation et de réhabilitation de l’environnement. Les modalités de fonctionnement de ce fonds sont fixées par voie réglementaire. Et pourtant, cette disposition n’est pas respectée sur le terrain. Et, le ministère des Mines, face au danger que représente la semi-mécanisation artisanale de l’or, a entrepris de suspendre, à compter du 31 mars 2023, la délivrance des autorisations d’exploitation artisanale aux sociétés étrangères, afin qu’ils deviennent un privilège exclusif des artisans miniers, tel que prévu par les dispositions du Code minier. Ceci en vue d’une meilleure régulation de cette branche du secteur minier, majoritairement responsable des hécatombes dans l’extractivisme au Cameroun.

 C’est le cas notamment avec l’interdiction de l’exploitation sémio-mécanisée sur le site de Kambélé. Le site d’exploitation d’or de Kambélé, a été classé en zone de protection et d’exclusion d’activités minières industrielles, semi-mécanisées et de recherche. Et désormais, « seules les activités d’exploitation artisanale stricto sensu, réservées aux riverains autochtones, y sont autorisées ». Mais, une décision qui ne fait pas l’unanimité. Et même, elle attise déjà des conflits entre autochtones et allogènes.

Des poursuites judiciaires sont d’ailleurs en vue, avec la société Jam’s Avenir qui, apprend-on, affirme détenir depuis août 2024, le seul permis de recherche actif sur le site. La société indique avoir investi plusieurs centaines de millions de FCFA dans des études préalables à un projet de convention en attente de signature. Selon Jam’s Avenir, cette décision compromet ses activités. L’entreprise envisage de poursuivre l’État du Cameroun pour obtenir réparation.

En rappel, au Cameroun, le secteur minier reste largement dominé par les exploitations artisanales et à petite échelle. Selon le Code minier, cette catégorie englobe l’orpaillage au sens strict, ainsi que l’exploitation artisanale semi-mécanisée. L’or demeure la ressource la plus convoitée, loin devant les autres substances extraites, parmi lesquelles figurent quelques gisements de pierres précieuses, semi-précieuses et ornementales.

Les riverains restent pauvres malgré la richesse du sous-sol

Dans l’imaginaire collectif, l’or et les diamants sont synonymes de richesse. Pourtant, dans les zones minières de l’Est du Cameroun, ces pierres précieuses entretiennent surtout la misère. À Kambélé, petit village aurifère, les familles vivent au rythme des pelles et des battées, convaincues qu’un jour la chance tournera. Mais derrière l’éclat des minerais, se cache une réalité plus sombre celle d’une pauvreté chronique qui se transmet de génération en génération.

Face à l’attrait des minerais, de nombreux parents abandonnent leurs champs, tandis que les enfants désertent les bancs de l’école pour travailler dans les mines. Selon une étude conduite par le Dr Marc Anselme Kamga, chercheur à l’Institut panafricain des sciences de la vie et de la terre, près de 75 % des élèves des villages miniers quittent l’école pour se consacrer à l’orpaillage. Cette déscolarisation massive hypothèque l’avenir de toute une génération, piégée dans un cycle de pauvreté où l’effort physique remplace la formation intellectuelle. « Ici, l’école ne nourrit pas, mais peut-être qu’un gramme d’or trouvé aujourd’hui changera ma vie », confie un adolescent mineur de Kambélé. Mais la réalité est toute autre. Les gains tirés de l’or ou du diamant sont rarement suffisants pour améliorer les conditions de vie des familles.

UNE ÉCONOMIE DE SURVIE DOMINÉE PAR LES INTERMÉDIAIRES

Dans ces zones, la pauvreté s’aggrave à cause d’un système de dépendance. Les mineurs artisanaux travaillent souvent sous la coupe d’intermédiaires qui avancent nourriture ou argent. En retour, ils récupèrent les minerais découverts à un prix dérisoire, loin de leur valeur marchande réelle. La conséquence directe : les familles vivant autour des sites miniers restent confinées dans une économie de subsistance, incapables de constituer une épargne ou d’investir durablement dans l’éducation et la santé. Ce mécanisme entretient une pauvreté structurelle. Les mineurs, contraints de travailler pour rembourser leurs dettes, s’enferment dans une spirale où la quête du gain immédiat ne mène jamais à l’amélioration du niveau de vie.

PAUVRETÉ ET VULNÉRABILITÉS SOCIALES

La misère des zones minières se traduit aussi par une forte précarité sociale. L’étude du Dr Kamga récemment menée révèle une hausse inquiétante de la prostitution, souvent associée à une exploitation accrue des femmes. La prévalence du VIH est particulièrement élevée autour des sites miniers, où les conditions de vie insalubres et la promiscuité favorisent la propagation des maladies. À cela s’ajoute l’insécurité alimentaire. Les terres agricoles, abandonnées ou détruites par l’extension des sites miniers, ne produisent plus assez pour nourrir les familles. « 2 025,6 hectares de terres agricoles ont été convertis en sites miniers, représentant 44 % de la superficie totale occupée par l’exploitation minière. Cette conversion a entraîné une diminution des terres arables, contribuant à la hausse des prix des denrées alimentaires et à l’insécurité alimentaire dans la région de l’Est », rapporte l’ONG, Forêts et développement rural (Foder) en mai 2025. Les revenus tirés de l’orpaillage ne suffisent pas à compenser cette perte, aggravant la faim dans des villages pourtant assis sur un sous-sol riche.

LE PARADOXE D’UN PAYS RICHE EN RESSOURCES MAIS PAUVRE EN RETOMBÉES

Le Cameroun détient un potentiel minier considérable : or, bauxite, cobalt, fer. Pourtant, selon l’African Minerals Development Centre (AMDC), le secteur contribue à seulement 0,63 % du PIB et représente 5 % des exportations nationales. Dans un pays qui mise sur le triptyque mine-métallurgie-sidérurgie pour soutenir son industrialisation (SND30), le contraste est frappant. En réalité, 95 % de la production aurifère nationale provient de l’exploitation artisanale, largement informelle et échappant au contrôle fiscal.

Malgré la multiplication des permis miniers (122 industriels et plus de 1 000 artisanaux), l’État ne capte qu’une infime partie des revenus, soit moins de 0,2 % du budget national. Les retombées économiques locales sont donc quasi inexistantes, tandis que les populations minières, premières exposées aux risques, demeurent les grandes oubliées du partage de la rente.

DES VILLAGES ABANDONNÉS À LEUR SORT

Autre problème majeur est l’absence de réhabilitation des sites après exploitation. Les entreprises quittent les zones sans combler les trous béants, laissant derrière elles des paysages dévastés et dangereux. Les autorités locales alertent également sur la déforestation, l’ensablement des rivières et la destruction des terres arables.

Dans certaines zones, les métaux lourds comme le plomb, le cadmium ou l’arsenic contaminent l’eau et les sols, exposant les populations à de graves risques sanitaires. Ces impacts aggravent encore la pauvreté, car ils privent les habitants de leurs moyens traditionnels de subsistance tels que l’agriculture, la pêche, la chasse et l’élevage.

L’exploitation minière grignote forêts et terres agricoles

Une étude récente sur la cartographie des sites miniers et leurs impacts environnementaux met en lumière l’ampleur des dégâts liés à l’exploitation minière au Cameroun, en particulier dans la région de l’Est. Entre 2010 et 2024, la superficie occupée par les activités minières est passée de 82,48 hectares à 4 639,69 hectares, soit une progression fulgurante de 5 490 %.

L’arrondissement de Batouri concentre l’essentiel de cette expansion, avec une superficie exploitée multipliée par plus de quarante, atteignant 3 247 hectares en 2024. À Kétté, l’évolution est tout aussi spectaculaire avec plus de 4 hectares en 2010, les sites miniers occupent désormais 1 327 hectares.

Cette croissance anarchique s’accompagne d’une destruction massive du couvert végétal, près de 2 614 hectares de forêts ont été rasés dans les trois arrondissements étudiés (Batouri, Kétté et Kentzou). Cette perte fragilise la biodiversité, accentue l’érosion des sols et dérègle les écosystèmes locaux. Plus préoccupant encore, l’étude révèle que 2 025 hectares de terres agricoles, soit 44 % des zones minières actuelles, ont été convertis en carrières. Ce qui a entraîné une baisse drastique des surfaces cultivables, entraînant une pression sur la sécurité alimentaire et une hausse du prix des denrées dans la région.

Les projections sont tout aussi inquiétantes. Si aucune mesure de régulation n’est prise, la superficie exploitée pourrait atteindre 7 500 hectares à Batouri et 3 000 hectares à Kétté d’ici 2040. Les conséquences environnementales vont bien au-delà de la déforestation. La pollution des cours d’eau par le mercure et les huiles usagées met en danger la faune aquatique et la santé des populations.

 Sur le terrain, les habitants vivent aussi avec des trous béants non réhabilités, véritables pièges mortels causant noyades, éboulements ou glissements de terrain. Les artisans miniers, eux, restent exposés à des substances toxiques comme le cyanure et le mercure, sources d’intoxications graves, de maladies respiratoires ou de brûlures.

Corruption : le préjudice subi par l’État baisse de 114 à 4 milliards FCFA entre 2023 et 2024

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L’évaluation annuelle du coût de la corruption pour les finances publiques au Cameroun réserve, en 2024, une bonne surprise. Selon le rapport publié le 27 août 2025 par la Commission nationale anti-corruption (Conac), le préjudice subi par l’État s’élève à 4,061 milliards de FCFA, contre 114,035 milliards de FCFA en 2023. Soit une réduction de 110 milliards en valeur absolue, et une contraction de près de 96,5 % en un an. Cette chute vertigineuse tranche avec la tendance observée en 2023, année où le préjudice avait atteint un niveau record.

 Le président de la Conac, Dieudonné Massi Gams, expliquait alors que cette hausse était imputable au nombre et à la nature des affaires traitées.16 missions d’enquête, 43 décisions du Conseil de discipline budgétaire et financière (CDBF) et du Tribunal criminel spécial (TCS). Ce cumul avait fait exploser la facture, multipliée par 25 par rapport à 2022, où les pertes s’étaient limitées à 4,62 milliards de FCFA.

 En 2024, la situation est revenue à un niveau proche de celui de 2022, ce qui montre à quel point l’ampleur du préjudice dépend du profil des affaires et de leur traitement juridictionnel. La Conac insiste d’ailleurs sur le caractère incomplet de ces évaluations. Elles ne concernent que les cas effectivement dénoncés et instruits. « Le montant rendu public ne représente que la partie visible de l’iceberg », peut-on lire dans le rapport.

Le contraste est d’autant plus marqué que la mobilisation citoyenne n’a jamais été aussi forte. En 2024, la Conac a enregistré 10 520 dénonciations, contre 7 548 en 2023, soit une hausse de 39,37 %. L’institution souligne la multiplication des canaux de signalement (lignes vertes, courriers administratifs, courriels, numéros WhatsApp), qui facilitent l’expression des plaintes.

L’an passé, la ventilation montrait que 3 273 dénonciations étaient passées par courrier administratif, 1 245 via la ligne verte (1517), 770 par mail et 2 260 par WhatsApp. En 2024, cette diversité s’est confirmée et amplifiée. Ce paradoxe — davantage de dénonciations mais un préjudice moindre — s’explique par la typologie des affaires. En 2023, les détournements concernaient des volumes financiers importants, notamment dans la gestion des fonds de l’éducation (associations de parents d’élèves et enseignants), le paiement des prestations, ou encore les flux liés aux grandes opérations administratives.

En 2024, si les pratiques dénoncées demeurent nombreuses (détournement de fonds, paiements irréguliers pour la délivrance des actes de naissance, arnaques routières, perception de frais non réglementaires pour la carte nationale d’identité, corruption dans les examens du permis de conduire, etc.), elles semblent avoir concerné des montants plus modestes. Les sanctions administratives prises en 2024 confirment cette tendance. 298 agents publics ont été suspendus, dont 14 ont été mis en débet pour 34,6 millions de FCFA seulement.

À cela s’ajoutent 221 étudiants sanctionnés pour fraude académique, ainsi que des mesures visant le secteur privé. 216 entreprises exclues de la commande publique pour mauvaise exécution de projets et 14 exploitants forestiers suspendus pour non-conformité réglementaire. Si ces décisions participent à l’assainissement des pratiques, elles ne portent pas toutes sur des volumes financiers significatifs.

L’État a récupéré 5,6 milliards de FCFA issus de la corruption en 2024

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Au-delà des pertes subies, la lutte anticorruption se mesure aussi aux fonds récupérés. En 2024, le Tribunal criminel spécial (TCS) a permis de restituer 334,2 millions de FCFA au Trésor public, tandis que la Société de recouvrement des créances (SRC)a engrangé 5,29 milliards de FCFA. Soit un total de 5,63 milliards FCFA de recettes recouvrées au bénéfice de l’État camerounais. Ce niveau est inférieur à celui de 2023, où le TCS avait restitué 1,47 milliard de FCFA et la SRC 7,01 milliards FCFA, pour un total de 8,49 milliards FCFA.

 Le recul atteint donc près de 34 % en un an. Là encore, la variation s’explique moins par un relâchement des procédures que par le profil des affaires instruites et l’ampleur des sommes détournées initialement. Sur le terrain de la répression, les actions se sont multipliées. La Conac relève avoir conduit 44 interventions rapides (AIR) en 2024, contre 35 en 2023. Ces missions visent à intervenir immédiatement en cas de flagrant délit.

 Sur ces 44 opérations, 36 se sont avérées fondées, entraînant l’incarcération directe des personnes interpellées. Par ailleurs, les cliniques anticorruption, organisées par la Conac pour recevoir les plaintes des citoyens sur place, ont débouché en 2024 sur la traduction de 11 personnes devant les juridictions compétentes. Les sanctions disciplinaires et administratives se sont également renforcées.

En 2024, 31 départements ministériels et sociétés publiques ont prononcé des mesures contre leurs personnels, contre 24 en 2023. Le bilan fait état de 298 agents suspendus, dont 14 mis en débet, 221 étudiants exclus temporairement pour fraude académique, ainsi que 216 entreprises privées exclues de la commande publique pour deux ans. À cela s’ajoutent 14 exploitants forestiers sanctionnés pour exploitation non conforme. Pour autant, la Conac estime que la lutte doit encore gagner en efficacité.

Le rapport insiste sur l’urgence d’appliquer l’article 66 de la Constitution, relatif à la déclaration des biens et avoirs des responsables publics, de criminaliser l’enrichissement illicite, d’instaurer une protection des dénonciateurs et de mettre en place un mécanisme de gestion des avoirs issus de la corruption. L’institution plaide également pour un renforcement des moyens des organes de contrôle, notamment au niveau des collectivités territoriales décentralisées, afin de rapprocher la lutte du terrain.

Hydrocarbures : seules 75% des installations de la Sonara jugées récupérables

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Depuis l’incendie de mai 2019, la Société nationale de raffinage (Sonara) est à l’arrêt. La raffinerie de Limbe, d’une capacité initiale de 42 000 barils par jour, ne pourra pas être remise en état à 100 %. Selon une évaluation partielle du cabinet Ekium, citée par Argus – agence internationale fournissant des données de marché, des analyses de prix et des informations sur les industries pétrolières et gazières – 75 % des installations sont récupérables, 8 % définitivement perdues et 17 % encore à vérifier. Et même sur le plan interne, on reste sceptique quant à la possibilité de reprendre pleinement les activités de raffinage dès l’année 2027.

Selon une source introduite du dossier ayant requis l’anonymat, la Sonara, au stade actuel ne pourrait pas fonctionner avant 3 ans. Cette évaluation est l’une des déclinaisons opérationnelles d’un plan de réhabilitation baptisé Parras 2024 (Plan d’Accélération des mesures de Restructuration et de Réhabilitation pour la reprise du raffinage sous 24 mois) officiellement adopté, le 13 août 2025 lors d’une réunion du conseil d’administration. Le but ultime de dudit plan est de remettre en marche la raffinerie d’ici décembre 2027. « Les premiers travaux techniques doivent débuter en janvier prochain », révèle Argus.

La remise en route de l’outil industriel s’annonce coûteuse. La Sonara reste très endettée, avec une dette de 261 milliards de FCFA auprès des banques. Cette dernière a été rééchelonnée en 2021 sur dix ans à un taux de 5,5 %. Elle détient également des créances importantes auprès des négociants pétroliers, s’élevant à 185 milliards envers Vitol, 14 milliards envers Trafigura, 20 milliards envers Mercuria Energy et 8,5 milliards envers PSTV. Le plan prévoit par conséquent une recapitalisation et la recherche de partenariats financiers pour accompagner la réhabilitation, en mode partenariat public-privé.

 En attendant la reprise, la Sonara assure que l’approvisionnement du marché camerounais en produits raffinés importés sera maintenu. « L’approvisionnement se poursuivra en quantité et en qualité jusqu’au redémarrage complet de la raffinerie », a indiqué l’entreprise dans un communiqué.

UNE MODERNISATION PROGRESSIVE

Le projet Parras 24 de la Sonara dépasse largement le cadre d’une simple remise en état de la raffinerie. D’après des informations publiées par Argus, la société entend lancer, entre 2028 et 2030, la construction d’unités destinées à moderniser sa production.

 Il s’agira notamment d’un hydrocraqueur, un dispositif qui transforme les produits lourds issus du pétrole brut, comme le fioul, en carburants plus légers et de meilleure qualité, tels que l’essence et le gazole. Une unité d’hydrotraitement du diesel est également prévue, afin d’éliminer le soufre et les impuretés présentes dans ce carburant pour le rendre moins polluant. À cela s’ajoutera une unité d’isomérisation, qui a pour fonction d’améliorer la qualité de l’essence en augmentant son indice d’octane, un paramètre qui mesure la performance du carburant dans les moteurs. Ces évolutions doivent permettre à la raffinerie de produire des carburants répondant aux normes Afri 5/6, lesquelles imposent une teneur réduite en soufre, ainsi qu’aux exigences du règlement maritime international Marpol, qui vise à limiter les émissions polluantes des navires.

Une deuxième phase de modernisation, prévue entre 2031 et 2035, viendra compléter ce dispositif. Elle inclura une nouvelle unité de distillation atmosphérique, qui constitue la première étape du raffinage et consiste à chauffer le pétrole brut pour séparer ses différents composants, de l’essence au fioul. Cette phase comprendra aussi un second hydrocraqueur afin d’accroître la capacité de transformation des produits lourds, ainsi qu’une distillation sous vide, une technique permettant de récupérer des produits légers à partir des résidus laissés par la distillation atmosphérique.

À terme, l’ensemble de ces installations devrait porter la capacité de la Sonara à environ 3,5 millions de tonnes de pétrole traitées chaque année.

Par Blaise NNANG

Le Minfi et les communes créent des centres de négoce pour doper les recettes

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C’est un tournant dans la lutte contre la fraude, la contrebande et l’informalité aux frontières. Le chef-lieu de la région de l’Extrême-Nord a servi de cadre à la signature, par la Direction générale des Douanes (DGD) et les communes de Bourha, Fotokol, Kolofata et Mora, des conventions qui donnent naissance à leurs Centres de négoce. Véritables points uniques d’entrée des marchandises, ces structures se veulent des espaces modernes, organisés et régulés, où se concentrent les opérations de dédouanement, de stockage et de négoce. « Il s’agit de doter nos collectivités d’outils crédibles pour canaliser les flux commerciaux, sécuriser les recettes et offrir aux populations des marchés mieux encadrés », a souligné le Minfi. Constitués sous forme de groupements d’intérêt public, les Centres de Négoces disposent de la personnalité juridique et de l’autonomie financière.

Si la Douane en assure le pilotage stratégique et le contrôle, les communes sont responsables des infrastructures, parmi lesquelles les entrepôts, les aires de dédouanement, magasins, les points d’entrée sécurisés. Elles doivent également fournir renseignement et assistance aux services douaniers, notamment dans la traque des réseaux de fraude. En contrepartie, la DGD s’engage à accompagner techniquement et financièrement les communes, notamment dans les facilités de dédouanement pour les dons, organisation de formations, aménagement de couloirs rapides pour les produits périssables et allocation annuelle indexée sur les recettes douanières locales.

UNE RÉPONSE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

Pour les populations, ces centres se présentent comme des accélérateurs d’opportunités. Les prix deviennent transparents, les produits tracés et contrôlés, la sécurité et l’éclairage garantis. Les jeunes et les femmes bénéficieront d’espaces réservés dans la logistique, la transformation et le conditionnement. « La dignité d’acheter et de vendre au juste prix sera désormais une réalité », a insisté un responsable communal. Pour les opérateurs économiques, les bénéfices sont multiples. La réduction des coûts et délais, accès à des services financiers innovants (warrantage, micro-assurance), marchés élargis grâce au groupage pour l’export, et surtout une prévisibilité fiscale grâce à des barèmes harmonisés et digitalisés. Quant aux collectivités territoriales, elles voient s’ouvrir la perspective de recettes sécurisées et stables, d’un meilleur pilotage grâce aux données collectées, et d’une attractivité renforcée de leurs territoires.

UN LEVIER DE RÉSILIENCE ET D’INTÉGRATION

Au-delà des retombées locales, les Centres de Négoces visent aussi l’intégration régionale. Situés dans des zones charnières comme Mora ou Fotokol, ils devraient fluidifier les échanges sur les corridors stratégiques Douala–Ndjamena et Douala–Bangui. En toile de fond, le gouvernement mise sur ces plateformes pour soutenir sa politique d’import-substitution et bâtir une résilience alimentaire et logistique dans un contexte marqué par les tensions sécuritaires et les défis climatiques. La réussite de cette initiative dépendra toutefois de la capacité des acteurs à jouer pleinement le jeu de la formalisation, dans une région où la contrebande et l’économie informelle restent profondément ancrées.

MTN Cameroon sensibilise les parents sur les dangers liés aux TIC

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 Dans le cadre de son programme Help children be children dédié à la protection des enfants en ligne, la compagnie de télécoms a réuni à son siège à Douala des jeunes ainsi que son personnel pour une séance animée par des experts externes.  

 A l’ère du digital, les enfants sont presque tous connectés à internet.  Si cela peut être utile pour l’apprentissage ou le divertissement, ce n’est pas sans danger. Pour garantir un meilleur usage de la technologie par les enfants, MTN Cameroon a organisé le 22 août dernier à son siège social à Douala, une rencontre réunissant ses employés en tant que parents, des jeunes et des experts externes.  Linda Bawa, fondatrice de Générale Safety Awareness for empowerment et Desmon Ndumu  Directeur projet à Littoral Computer Science Teachers Association, ont en effet entretenu l’assistance sur les risques auxquels s’exposent les enfants en ligne.  

 D’après Desmon Ndumu, les menaces sont nombreuses.  Il cite notamment la cyberintimidation, un problème majeur où des individus en ligne ciblent les enfants pour nuire à leur estime de soi ou les harceler ; des contenus explicites à caractère sexuel ou inapproprié par exemple, le grooming en ligne qui consiste pour les prédateurs de nouer des relations avec des mineurs à des fins d’exploitation. Etc. Sans oublier que les réseaux sociaux peuvent également avoir un impact négatif sur la santé mentale et l’estime de soi, en particulier chez les adolescents.  

Pour les experts présents, il faut une collaboration renforcée entre la société civile, les écoles et les acteurs gouvernementaux. Ils ont insisté sur l’importance de l’éducation numérique dans le programme scolaire et ont plaidé en faveur de campagnes soutenues par le gouvernement pour doter les élèves et les parents d’outils permettant une utilisation sûre d’Internet.

 Côté institutionnel, le gouvernement a mis en place une loi sur la protection des enfants en ligne. Ce qui est considéré comme une grande avancée. En famille, les parents sont aussi fortement encouragés à veiller sur les contenus auxquels leurs enfants sont accessibles à travers internet.

Réactions

Desmon Ndumu, formateur

« Nous avons plusieurs campagnes pour  sensibiliser les jeune »

« La technologie est devenue indispensable dans le monde d’aujourd’hui. Malheureusement, les outils qui permettent d’accéder au savoir et aux connexions exposent également les enfants à de graves dangers. Les enfants accèdent à Internet même sans leurs propres appareils, souvent en utilisant les téléphones de leurs amis. Il est essentiel que les parents soient conscients de cette réalité et apprennent à superviser et à guider leurs enfants en ligne.   Nous avons des campagnes ciblées de sensibilisation des élèves aux dangers du cyberharcèlement, des conférences des ambassadeurs de la cybersécurité une initiative unique qui identifie et forme des élèves ambassadeurs dans les écoles, leur permettant de diffuser des connaissances en matière de cybersécurité entre pairs. Programme Cyber Queens un projet sexospécifique visant à donner aux jeunes filles, particulièrement vulnérables en ligne, des outils et des connaissances pour leur protection numérique.  Digimama pour les mamans, une série de formations destinées aux mères, reconnaissant leur rôle essentiel dans la protection des enfants à l’ère numérique en les sensibilisant aux stratégies de sécurité en ligne. Au niveau institutionnel, le gouvernement camerounais a demandé aux départements d’informatique de donner la priorité à l’éducation à la cybersécurité. Cette politique encourage l’intégration de la sensibilisation à la sécurité dans l’enseignement quotidien. Nous pilotons cette vision du ministre au niveau régional afin de faire de tous les enseignants d’informatique des ambassadeurs de la sécurité. Nous les avons exhortés à consacrer au moins cinq minutes par semaine à parler de sécurité en ligne. »

Linda Bawa, formatrice

 « La communication est le nouveau fondement d’une parentalité efficace à l’ère du numérique »

« Être parent aujourd’hui n’est plus ce qu’il était. Nous sommes à l’ère du numérique, et cela change tout. Les outils parentaux d’autrefois, comme la discipline par le fouet, ne sont plus efficaces ni adaptés. Aujourd’hui, tout est question de communication. En tant que parents, la première chose à faire est d’ouvrir la porte à des conversations honnêtes. Les enfants devraient pouvoir nous faire confiance. Au lieu d’essayer de contrôler leurs actions, nous devrions nous concentrer sur leur *guidage*. Soyez leur ami, celui vers qui ils se tournent, et non quelqu’un dont vous ne connaissez pas les valeurs ou en qui vous ne faites pas confiance. Inculquez des principes et des valeurs dès le plus jeune âge. C’est ce fondement qui les guidera lorsque vous ne serez pas là, car, en réalité, nous ne pouvons pas toujours être là. Nous devons leur parler des dangers d’Internet et des risques qu’ils pourraient rencontrer : cyberharcèlement, contenus préjudiciables ou comportements prédateurs. Informer un enfant lui permet de faire de meilleurs choix. Pour moi, la communication est donc essentielle. C’est le nouveau fondement d’une parentalité efficace à l’ère du numérique ».

Centres de Négoce : Bourha, Fotokol, Kolofata et Mora visent 500 millions FCFA par an

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L’accord scellé à Maroua va bien au-delà d’un simple cadre logistique. Les Centres de négoce sont conçus comme des points uniques d’entrée et de transit des marchandises dans les localités frontalières. Pour l’État, il s’agit d’une meilleure prise en charge des flux commerciaux aux frontières et d’une sécurisation accrue des recettes douanières. Pour les communes, l’enjeu est tout aussi vital et elles bénéficieront d’une allocation financière annuelle représentant 40% des recettes douanières réalisées localement, plafonnée à 500 millions FCFA par exercice. Cette manne, qui s’ajoute aux Centimes Additionnels Communaux (CAC) et au Droit d’accises sur les ordures ménagères (DAO), ouvre de nouvelles perspectives budgétaires. « Les Centres de négoce se profilent comme de véritables catalyseurs de croissance et de bien-être social », a résumé le ministre des Finances.

 DES COMMUNES STRATÉGIQUES

Le choix des communes de Bourha, Fotokol, Kolofata et Mora pour accueillir les Centres de Négoce n’est pas anodin. Situées toutes aux confins de la frontière avec le Nigeria, elles concentrent à elles seules plus de 95 % du trafic de marchandises à destination de l’intérieur du Cameroun et du Tchad. Mais ce carrefour stratégique s’est payé au prix fort : en première ligne face aux violences de Boko Haram, ces localités ont vu leurs populations meurtries et leurs économies fragilisées. L’insécurité persistante a entraîné une chute drastique des recettes municipales, réduisant leur capacité d’investissement et d’action sociale, malgré un potentiel économique considérable. Pourtant, malgré ces contraintes, les recettes cumulées des bureaux des Douanes implantés dans ces communes ont atteint 11,5 milliards FCFA entre 2021 et 2024. De quoi justifier l’optimisme lié à l’implémentation des nouveaux Centres de Négoce.

UNE BOUFFÉE D’OXYGÈNE POUR LES FINANCES LOCALES

Jusqu’ici, les recettes directes des communes de l’Extrême-Nord peinent à couvrir leurs charges courantes. Les mairies vivent au rythme des CAC, souvent versés avec retard. Les projections issues du nouveau dispositif changent radicalement la donne : les Centres de Négoce pourraient générer près de 2 milliards FCFA par an, soit 200% de plus que les CAC cumulés des quatre communes. Au-delà des chiffres, l’impact attendu est social, l’amélioration des services de base, relance du commerce transfrontalier, lutte contre la contrebande, création de milliers d’emplois directs et indirects. Les édiles locaux n’hésitent pas à y voir une véritable renaissance pour leurs populations.

ENTRE INFRASTRUCTURES ET ATTENTES

 La cérémonie de Maroua a aussi été l’occasion pour les maires de rappeler les défis persistants : routes frontalières dégradées, accès limité à l’électricité dans certaines localités comme Kolofata ou Fotokol, et retards récurrents dans le versement des CAC. Des doléances auxquelles le ministre des Finances a promis une attention particulière. En attendant, la dynamique enclenchée place Bourha, Fotokol, Kolofata et Mora au cœur d’un nouvel élan de décentralisation économique. Des communes frontalières autrefois fragilisées par la guerre et l’insécurité pourraient bientôt devenir des hubs commerciaux capables de stimuler non seulement leurs économies locales, mais aussi de renforcer les recettes de l’État.

Notation souveraine : Le Cameroun reste un emprunteur risqué selon Moody’s

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L’évaluation souveraine du Cameroun par l’agence Moody’s, publiée le 22 août, intervient dans un contexte politique et financier particulièrement sensible. Moins de deux mois avant l’élection présidentielle, prévue le 12 octobre 2025, le pays se maintient dans la catégorie dite « spéculative », avec une note Caa1 et une perspective jugée « stable ».

Ce niveau de notation, situé au septième palier de la catégorie à haut risque, se trouve à cinq crans seulement au-dessus du défaut de paiement, ce qui signifie que le Cameroun est considéré comme un emprunteur à solvabilité fragile, mais pas encore en situation de faillite. Cette décision prolonge la dégradation intervenue en juillet 2023, lorsque Moody’s avait rétrogradé Yaoundé dans la tranche des émetteurs dits « très risqués ». Dans la grille des notations, la mention Caa1 indique que, bien que l’État honore encore ses engagements, il reste exposé à un risque élevé d’incapacité de paiement en cas de choc.

 Pour les investisseurs, cela se traduit par des exigences accrues de rendement, autrement dit un coût plus élevé pour le Cameroun chaque fois qu’il lève des fonds sur les marchés internationaux. Au cœur de cette appréciation, le facteur politique pèse lourdement. Moody’s estime que l’absence d’un plan de succession clair autour du président Paul Biya, combinée à l’exclusion de certains candidats de l’opposition, aux tensions persistantes dans les régions anglophones et aux défis sécuritaires dans l’Extrême-Nord, crée un environnement d’incertitude. « Les risques politiques se sont accentués et ne devraient pas être atténués par le prochain scrutin », souligne l’agence.

Pour les analystes de Moody’s, cette instabilité ne constitue pas seulement un aléa ponctuel : elle limite structurellement la capacité de l’État à conduire des réformes et à attirer des financements à long terme. Cette lecture intervient alors que le Cameroun s’apprête à solliciter près de 930 milliards de FCFA auprès des marchés financiers, tant au niveau régional qu’international, afin de couvrir ses besoins de financement pour 2025.

Or, dans un environnement où les investisseurs scrutent à la fois les fondamentaux économiques et les signaux politiques, la persistance d’une notation dans le bas de la catégorie spéculative pourrait compliquer l’opération. Si la « perspective stable » donne à voir une certaine résilience, le coût de la dette risque d’être alourdi par la prime de risque exigée par les créanciers. Moody’s, toutefois, ne se limite pas à dresser un tableau sombre.

L’agence reconnaît les progrès réalisés par Yaoundé en matière de discipline budgétaire et de gestion de la dette. Elle note la régularité de la croissance économique, la prévision d’une réduction du ratio dette/PIB sous la barre des 40 % d’ici fin 2025, et l’amélioration des mécanismes de trésorerie. « Le gouvernement a amélioré sa gestion de la dette et de la trésorerie, réduit les dépenses hors budget et renforcé le recouvrement des recettes », observe le rapport. Ces éléments permettent d’expliquer pourquoi la note, bien que faible, n’a pas été abaissée davantage.

Quant aux perspectives d’évolution, Moody’s trace deux scénarios. Un relèvement de la notation ne serait envisageable qu’à condition que le Cameroun parvienne à diversifier ses sources de financement, en particulier par l’émission d’obligations à plus long terme sur le marché régional et en sécurisant davantage de financements extérieurs concessionnels. La mise en place d’une transition présidentielle crédible et apaisée serait également déterminante pour réduire l’incertitude politique qui pèse sur le profil de crédit du pays. À l’inverse, un abaissement de la note pourrait intervenir si les tensions de liquidité s’aggravaient, entraînant des retards de paiement, ou si une transition politique désordonnée accentuait la vulnérabilité financière et institutionnelle de l’État.

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