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Marché noir: les bonnes affaires des vendeurs de devises

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Appui aux entreprises : 15 milliards déjà disponibles

Avenue Kennedy ! Ici, c’est le cœur du marché noir du  centre-ville de Yaoundé. Ce  vendredi 02 juillet 2019, en face du  supermarché qui fait face à la grande  cathédrale Notre Dame des Victoires,  un alignement d’hommes, tous tenant  en main des liasses de billets de  banques, accoste les passants. Tout au  long du corridor qui mène à l’Institut  Français du Cameroun, les changeurs  d’argent sont présents. A chaque pas,  c’est la même question qui sonne aux  oreilles, « vous voulez changer l’argent ? »  Après plusieurs propositions, nous  décidons enfin de nous arrêter chez  Yaya. Mais pour plus de discrétion, il  nous propose de nous retirer à  l’intérieur du restaurant qui se trouve  juste à côté. Y étant nous lui faisons  savoir que nous voulions acheter  10.000 euros. Compte tenu de la  rareté des devises, fait-il savoir « je  peux collecter de l’argent chez mes  fournisseurs et satisfaire votre  demande. Mais Je vais vous faire un  euro à 750 francs CFA », dit-il. En face  de notre étonnement, il explique que «  l’argent est rare, pour collecter le  montant que vous demandez, ça ne  sera pas facile. Et partout, tout le  monde a mis la barre haute pour  profiter de cette situation. Moi-même  j’achète à 740 francs CFA, pour avoir  un bénéfice de 10 francs CFA ».  Malheureusement la transaction ne  peut avoir lieu, car le taux de change  qu’il propose est exorbitant, au regard  du taux de change règlementaire qui  est de 655.5 francs CFA l’euro. Selon  les informations glanées sur place, le  taux de change entre l’euro et le franc  CFA, en ces moments de crise des  devises, a parfois atteint la barre de  800 francs CFA dans le marché noir,  soit un bénéfice de plus de 25 % de la  valeur normale. Un prêtre qui  voyageait pour la France en début du  mois de juillet dit avoir acheté l’euro à  800 francs CFA à l’aéroport  international de Nsimalen. « J’ai dû  revoir tous mes calculs et cela m’a créé  un énorme préjudice », regrette-t-il

Faux billets 

La duperie ne concerne pas seulement  le taux de change, il y a aussi un  phénomène des faux billets qui secoue  le marché noir de la vente et de l’achat  de la monnaie. « J’avais acheté 1200  euros et je me suis retrouvé avec un  faux billet de 50 euros », se souvient  Nebe Moukoko qui voyageait pour le  Maroc. Un ancien cambiste confie que  le nombre de faux billets en devise  étrangère qui se retrouvent dans le  marché noir est très faible, « mais le  nombre de faux billets en monnaie  locale est considérable ». Sans citer la  provenance de ces faux billets, il  affirme que derrière cette activité  d’achat et de vente d’argent, se cache  « un business de blanchiment d’argent ».  Il avoue que certains changeurs  d’argent « avaient la réputation de  toujours introduire un faux billet dans  toutes les transactions qu’ils opéraient,  ce qui nous amenait parfois des  problèmes », se souvient-il.

Sources  d’Approvisionnement

« Les sources d’approvisionnement sont  nombreuses et dépendent des  ramifications de chacun », affirme  l’ancien cambiste. « Moi je vendais  l’argent d’un Aladji. Quelque soit le  montant dont j’avais besoin, il pouvait  me le fournir ». Mais d’autres vendeurs  indiquent qu’ils se ravitaillent auprès  des banques commerciales, de la  Banque des Etats de l’Afrique Centrale,  et aussi auprès des « gens qui  reviennent des voyages ». « Quand il  n’y a pas rupture de stocks des devises,  nous avons nos amitiés auprès des  banques commerciales qui nous  fournissent les montants que nous  sollicitons », dévoile une source. « A la  Beac, il faut passer par plusieurs  personnes, car le montant de change  acceptable par personne, n’est pas  très élevé et ne pas satisfaire la  demande du marché ».

Par Joseph Essama (Défis Actuels No 408)

Mutinerie de Kondengui: Paul Biya charge Laurent Esso

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Face [aux] graves incidents perpétrés dans un univers carcéral d’une évidente sensibilité, et au regard de la problématique récurrente liée à la surpopulation en milieu pénitentiaire au Cameroun, le président de la République, Son Excellence Paul Biya, a prescrit au gouvernement, de prendre toutes les mesures appropriées en vue : d’accélérer les procédures judiciaires en cours ; de veiller de façon rigoureuse au renforcement de la discipline dans tous les établissements pénitentiaires du pays ; de renforcer et de moderniser les moyens de contrôle et de suivi des prisonniers ; de procéder à un désengorgement des différents établissements pénitentiaires dont la surpopulation est avérée ; de proscrire fermement l’entrée et l’usage de tous les outils et ingrédients interdits par la réglementation en vigueur en milieu carcéral. En outre, des instructions particulières ont été données aux administrations sectorielles compétentes en la matière, s’agissant de l’extension des locaux de certains établissements pénitentiaires, dont la capacité d’accueil est aujourd’hui dépassée. […] Le calme étant revenu et les mesures consécutives étant prises à tous les niveaux, le gouvernement en appelle instamment, au respect par tous les citoyens, des lois et règlements de la République, et singulièrement, au respect de la discipline par les personnes détenues en milieu carcéral. Il y va de leur intérêt individuel et collectif, comme de l’autorité des pouvoirs publics, qui est et demeure le gage de la solidité et de la stabilité de nos institutions. Conformément aux très hautes directives du chef de L’Etat, et s’agissant de sa part de responsabilité dans l’accélération des procédures judiciaires en cours, le gouvernement réaffirme sa détermination à œuvrer utilement, pour assurer les diligences nécessaires, dans le strict respect de l’ordre légal établi ».

Cession des terres: le SDF demande des comptes au gouvernement

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Le gouvernement camerounais doit rendre des comptes et s’expliquer sur l’affaire de bradage des terres aux entreprises chinoises qui l’accable. C’est en tout cas, l’exigence ferme que vient de formuler de Social Democratic Front. « Les camerounais ont le droit de savoir les procédures d’acquisition, les termes réels du contrat ayant conduit à la vente de ces terres, la contrepartie financière, les noms ou identités des véritables acquéreurs de ces terres, les différents sites géographiques, la nature des produits d’exploitation forestière et minière tirés de ces terres ainsi que les plus-values engrangées par l’État du Cameroun », a formellement exigé, Jean Robert Wafo, ministre du Shadow cabinet du SDF en charge de l’information et des médias, dans un communiqué qu’il a rendu public. Le ton utilisé par le chargé de communication du parti de Ni John Fru Ndi est ferme : « On ne saurait sacrifier tout un pan entier de notre territoire et par conséquent l’avenir des générations futures sur l’autel des intérêts obscurs et inavoués ». Jean Robert Wafo pense qu’« à l’heure où la transparence dans la gestion des affaires publiques est proclamée dans tous les discours officiels et où la gouvernance participative est édictée dans toutes les formes de coopération notamment dans les domaines fonciers, tout ponce pilatisme de Yaoundé au sujet de cette affaire sera assimilable à de la braderie, de la duperie sur fond de concussion ».

Champion d’Afrique en vente de terre

Cette sortie du Social Democratic Front fait suite à la publication d’un graphique intitulé « China Africa Research Initiative ». Le graphique rendu public par le site John Hopkins, fait état du nombre de terres acquises en Afrique par les entreprises chinoises de 1987 à 2016. Selon ce tableau, le Cameroun occupe le peloton de tête des pays vendeurs de terrain. En 29 ans, le pays de Paul Biya a cédé plus de 100.000 hectares de terre aux entreprises chinoises. La superficie de terre vendue par le Cameroun est de loin supérieure, à celle liquidée par le Mozambique et Madagascar (30.000 hectares) et le Zimbabwe (un peu moins de 20.000 hectares), qui occupent respectivement la deuxième, la troisième et la quatrième place du classement. Selon les calculs du SDF, « les entreprises chinoises ont fait des acquisitions foncières de 1.000.000.000 (un milliard) de mètres carrés de terre en Afrique, soit 1000 km2 sur notre territoire qui dispose d’une superficie d’environ 475.000 km2 ».

Au sein de l’opinion, plusieurs internautes ont eux aussi exigé que le gouvernement fasse la lumière sur cette « affaire d’une gravité écœurante ». Zouga Ismael pense que le « régime en place veut nous ramener à la colonisation. Comment peut-on penser qu’au XXI siècle, un Etat accepte que des entreprises étrangères viennent acheter du terrain sur son territoire », se demande-t-il. Pour lui, il s’agit tout simplement de la « preuve ultime que les autorités gouvernementales ne se soucient pas de l’avenir de leur pays, car en laissant vendre ces terres aux étrangers, elles privent les générations futures de leur héritage ». Ignace Bemi, lui soupçonne certaines pontes du régime d’être les cerveaux de l’affaire. Pour lui, « les entreprises chinoises ne sont que des paravents, ce sont des Camerounais bien placés qui sont eux-mêmes propriétaires de ces entreprises dites chinoises. Il y’a un plan d’accaparement des terres qui est bien pensé par certains dignitaires de ce pays », lance-t-il.

Joseph Essama

Le Port de Douala veut construire un 2e terminal à conteneurs

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Le Port Autonome de Douala (PAD) va bientôt se doter d’un deuxième terminal à conteneur. D’après l’édition spéciale du magazine de la plateforme portuaire consacrée aux « projets structurants » du PAD, qui révèle l’information à nos confrères d’Investir au Cameroun, cette infrastructure sera construite sur le modèle Built Operate Transfer (BOT). C’est-à-dire « soit sur la rive gauche, dans le prolongement du terminal à conteneurs actuel, soit sur la rive droite ». L’autorité portuaire indique que la finalisation de l’étude comparée de faisabilité et la signature de la convention de concession sont prévues à fin décembre prochain.

Ce projet intervient dans un contexte où le Port de Douala est à la recherche d’un nouveau concessionnaire pour le premier terminal à conteneur exploité depuis 2005 par le consortium Bolloré- APM Terminals à travers sa filiale Douala International Conteneur( contrat expirant en décembre 2019 ). Même si le non du successeur du groupe français n’a jusqu’ici pas encore été relevé, l’on sait néanmoins qu’il s’agira d’une des cinq entreprises présélectionnées au terme de l’appel international à manifestation d’intérêt lancé en janvier 2018, notamment CMA Terminals, Dubaï Port World, Hutchison Port Investment Ltd, Red Sea Gateway Terminal ainsi que Terminal Investment.

Rappelons également que le PAD a engagé depuis quelques années de nombreux projets structurants et un programme de modernisation dans le but de renforcer ses capacités opérationnelles, pour accroitre ses performances et sa compétitivité. Considéré comme le plus grand port de l’Afrique centrale, la PAD entend ainsi procéder à l’enlèvement des épaves, l’acquisition des équipements ultramodernes (drague aspiratrice de 3000m3 et une drague aspiratrice stationnaire et la réhabilitation de la drague polyvalente « Chantal Biya » ainsi que la rénovation des engins nautiques et terrestres) et la construction des infrastructures routières et autres (construction de 750 mètres linéaires de quais sur la rive droite du fleuve Wouri à Bonabéri et la réhabilittion du ducd’Albe, des aires d’attente des camions et des zones de stockage en zone navale, l’installation de nouveaux pilotis, projets d’électrification et modernisation du Port de pêche, et la construction d’un appointement pétrolier) pour ne citer que ceux là. « La modernisation des infrastructures et superstructures est en cours […] c’est le passage obligé pour que le Port de Douala-Bonaberi demeure le levier économique de notre pays et joue pleinement son rôle de plateforme logistique portuaire moderne par excellence, pôle de référence dans le Golfe de Guinée», avait précisé Cyrus Ngo’o, le directeur du PAD dans le magazine spécial Défis Actuels consacré au bilan du septennat 2011- 2018.

Pénurie des devises: la surenchère sévit dans le marché noir

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La surenchère sévit dans le marché noir

La pénurie des devises qui a cours depuis plusieurs mois au Cameroun semblent profiter à certains acteurs intervenant dans la chaîne de vente et d’achat de ces devises. Jean Paul, cambiste dans la ville de Yaoundé au lieu-dit boulevard du 20 mai, n’a pas eu besoin de se faire prier le 02 août dernier, pour admettre qu’il se lèche les doigts dans cette activité : « j’achète l’euro à 655 francs CFA, mais je le revends à 700 voire 750 francs CFA. En ce qui concerne le dollar, on me le vend à 580 ou 585 francs CFA et je le revends à 600 ou 620 francs CFA, en fonction du client que j’ai en face de moi », déclarait-t-il au reporter de Défis Actuels. Pour ce qui est de sa marge bénéficiaire, il n’en fait pas un mystère : « en prenant le minimum de 700 francs CFA l’euros, je me fais des bénéfices de 45 francs CFA par euro vendu ». Et d’ajouter, d’un air plutôt serein, « c’est à prendre ou à laisser. Ce n’est pas moi ou mes collègues qui avons créé cette pénurie ». Et lorsqu’il lui arrive de vendre un euro à 750 francs CFA, cela lui vaut très souvent le détour dans le snack de son quartier en fin journée, pour célébrer la bonne affaire. « Bien sûr qu’il m’arrive de trouver des clients à qui je vends l’euro à 750 francs CFA. Cette semaine a par exemple été fructueuse pour moi. J’ai pu échanger jusqu’à 700 euros. Je vous laisse faire le calcul ! », clame-t-il, la main tendue vers le boulevard du 20 mai, en signe d’interpellation des clients potentiels qu’il séduit grâce à la formule « échanges ! échanges !». Effectivement, tout calcul fait, pour 700 euros d’échanger à raison de 750 francs CFA l’euro, Jean Paul se retrouve avec la bagatelle de 66 500 francs CFA en une journée, soit pratiquement le double du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) qui est désormais fixé à 36 270 francs CFA au Cameroun. Chez Joseph Ndi, collègue de Jean Paul, le coût de vente de l’euro est délibérément fixé à 800 francs CFA « j’achète l’euro à 655 francs CFA, mais je le revends à 800 francs ». Calculette en main, Joseph Ndi se fait un profit de 150 francs CFA de plus que la valeur fixe. Et ce, sans sourciller. « C’est la loi de la rareté mon cher ! Lorsqu’un produit est difficile à trouver sur le marché, les enchères augmentent », balance-t-il, placide. Pour le dollar ajoutet- il, « je l’achète à 590 mais je le vends à 650 francs CFA, ça me fait 60 francs de bénéfice », explique-t-il.

Banques : le moindre mal ?

Les cambistes ne sont visiblement pas les seuls à se frotter les mains dans cette situation de rareté des devises. Les établissements bancaires s’y sont également lancés. « Nous achetons l’euros à 655 francs CFA, mais nous le revendons à 690 francs CFA. Mais pour ce qui est du dollar, nous ne le changeons ni ne l’achetons pas », confie, sous anonymat, un cadre en service dans une banque de la ville. Mais, précise-t-elle, « nous prélevons la somme de 5000 francs CFA, représentant les frais des commissions, quel que soit le montant de la transaction ». Gaston B, cadre dans une banque située à l’avenue des banques explique quant à lui que « nous achetons l’euro à 655 francs, mais nous le vendons à 780 francs CFA ». A la question de savoir ce qui explique la marge de 125 francs CFA que l’on fait payer au client, notre interlocuteur peste et persifle, sans dire le moindre mot. Dans un communiqué récemment signé par le président du Groupement Inter patronal du Cameroun (Gicam), Célestin Tawamba, déplorait le fait que « les commissions de transfert et d’achat des devises, ainsi que divers frais bancaires sont quasiment en hausse ». Ce qui n’est pas sans conséquences pour les activités des entreprises, s’indignait-il. De l’avis de certains spécialistes, ces attitudes de surenchère reflètent tout simplement les pratiques qui ont cours lorsque les devises deviennent rares. Avec ceci de pernicieux qu’il risque de déboucher sur la dévaluation du franc CFA si les coûts continuent d’être autant élevés, préviennent des experts.

Par Junior Matock ( Défis Actuels 408)

Modernisation : les projets d’Eneo plombés par le manque de financement

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Joel Nana Kontchou, DG Eneo

C’est assurément la plus grande difficulté que traverse Eneo : le manque de moyens financiers. « La capacité d’investissement de l’entreprise est mise à mal du fait de fortes contraintes de trésorerie », assure le concessionnaire de l’électricité au Cameroun. Dans un contexte marqué en effet par la crise économique préoccupante liée à la baisse des prix des matières premières qui induit une baisse des recettes de l’Etat, tandis qu’au plan interne les nombreux défis à relever exigent d’importantes ressources financières, l’entreprise doit mener des efforts pour survivre et assurer la continuité du service. Notamment en termes de mise en œuvre de certains projets de modernisation et d’investissements. Parmi eux, il y a celui qui concerne la sécurisation des lignes et poteaux critiques pour améliorer la qualité du service dans la ville de Yaoundé.

Concrètement, il est question de sécuriser la ligne la plus instable de la capitale (Emana, Messassi, Olembe et environs), avec le remplacement complet des poteaux bois critiques par des poteaux en béton. Il s’agit aussi d’accélérer le programme de remplacement de 1 500 poteaux critiques ciblés dans le cadre de la maintenance à Yaoundé. Pour faire face aux difficultés d’approvisionnement en poteaux bois, et ce malgré la conjoncture, Eneo a impulsé des partenariats avec 9 entreprises locales, pour la fabrication des intrants nécessaires à la construction et les réparations sur le réseau de distribution. Environ 10 000 poteaux sont attendus en fin d’année, annonce l’entreprise qui prévoit également des investissements en vue de finaliser la phase I des travaux de sécurisation du barrage hydroélectrique de Songloulou (renforcement du barrage de prise et réhabilitation de l’évacuateur de crues) et le nettoyage au Bulldozer à l’Ouest, dans la Sanaga et à Yaoundé.

Arthur Wandji (Défis Actuels)

Eneo : 45 000 nouveaux branchements au premier semestre

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Eneo réalise un chiffre d’affaires de 291,6 milliards en 2017

Lors de la célébration de la fête nationale du travail le 1er mai dernier, le directeur général d’Energy of Cameroon (Eneo), Joël Nana Kontchou, a invité ses collègues à s’impliquer davantage dans la mise en oeuvre d’une nouvelle organisation pour l’entreprise qu’il dirige, avec pour objectif de relever les principaux défis qui s’imposent, notamment : la sécurité des biens et des personnes ; l’éthique et la gouvernance ; l’efficacité opérationnelle ; la modernisation des activités de distribution et de vente d’énergie ; l’accès à l’électricité et la satisfaction de la clientèle. Deux mois plus tard, la batterie de réformes mises en place par le top management du concessionnaire du secteur de l’électricité au Cameroun permet à l’entreprise d’enchaîner les bons résultats. Notamment sur le plan de l’accès à l’électricité.

A fin juin 2019, l’entreprise enregistre 45 000 nouveaux branchements installés au total depuis le début de l’année, soit une augmentation de 14,28 %, tandis que le nombre de clients actifs est passé à 1 305 782, en croissance de 7,12 % en comparaison avec la même période en 2018. Selon les services de communication de l’entreprise, ces résultats sont en partie liés à l’amélioration des délais du règlement de service. Et dans ce domaine, la filiale camerounaise d’Actis Energy connait une hausse de 15,7 % sur le taux des branchements réalisés dans les délais. « La maitrise améliorée des délais de réalisation des branchements dans la majorité des régions s’explique par la disponibilité du matériel dans les magasins. Globalement, le délai moyen de réalisation d’un branchement passe de 10 à 3 jours », confirme un cadre de l’entreprise.

QUALITE DU SERVICE COMMERCIAL AMELIOREE

Les notes sont également bonnes en matière de qualité du service commercial. « Pour plus de proximité assure la même source, de célérité dans les réponses aux préoccupations, ainsi que le confort des clients, plus de 15 nouvelles agences commerciales et bases techniques ont été créées depuis 2014. Il y a quelques mois, celles de Banengo et Kena, à Bafoussam ont vu le jour ». Mais de grands défis persistent : la surfacturation et les anomalies de facturation. « Elles restent des points de mécontentement pour les clients. A cause notamment des taux et rythme de traitement des réclamations conséquentes qui restent en-deçà des attentes d’une clientèle de plus en plus exigeante », avoue-t-on à Eneo. Même si l’entreprise est encore loin du bout du tunnel, ses résultats à fin juin 2019 indiquent qu’il existe une meilleure disponibilité des factures, qui se traduit par une légère baisse du nombre de clients qui subissent le désagrément de ne pas en recevoir. D’ailleurs, rassure-ton, le déploiement en cours des compteurs prépayés est une réponse à ces problèmes.

SERVICE TECHNIQUE : BAISSE DES DELESTAGES

D’après la note des résultats d’Eneo à la fin du mois de juin 2019, « la couverture de la demande est totalement assurée » et « les délestages sont en baisse ». L’entreprise explique ces performances par « la bonne stabilité des groupes des centrales hydro de Songloulou et Edéa, et aux travaux de maintenance réalisés dans certaines centrales thermiques, etc. ». Conclusion : la durée et la fréquence des coupures ont baissé en zones urbaines. Illustration ? « Comparé à 2018, les interruptions dues aux câbles défectueux diminuent de 49 % à Douala et à Yaoundé. Le taux global de transformateurs brûlés a réduit de 27 %, ce qui traduit une baisse du nombre de localités sans électricité », se réjouit l’entreprise. Alors que, d’un autre côté, les performances en production sont ralenties par le rationnement suite à l’insuffisance de combustible dans certaines centrales thermiques ; les incidents enregistrés dans des centrales thermiques ; les travaux programmés dans les centrales de Songloulou, Ahala, Mape et Banyo. En zones rurales, les interruptions sont beaucoup plus fréquentes et durent plus longtemps à cause de la végétation, des câbles endommagés, la détérioration des poteaux, des dégâts et dommages divers. « Pour davantage rehausser la qualité de service rabaissée par les incidents dus à la végétation indique un cadre d’Eneo, les travaux de nettoyage au Bulldozer des corridors des lignes critiques vont se poursuivre à l’Ouest, dans la Sanaga- Océan et à Yaoundé ».

SECURITE : ENCORE DES MORTS

Au plan de la sécurité, des réformes sont engagées chaque année dans le but de réduire les cas d’incidents pouvant causer la mort sur le réseau électrique. « La stratégie de remplacement systématique des poteaux critiques a permis d’atténuer le nombre de décès et de blessés sur le réseau », indique l’entreprise. Ainsi donc, comparativement à la même période en 2018, le nombre de décès est resté à 4, alors que les blessés ont baissé de 57 %. « Nous avons conscience que ces résultats sont insuffisants, dit-on à Eneo. Notre mission est d’éclairer des vies, et non d’en détruire. Malheureusement, l’état du réseau et les activités non autorisées sur les équipements exposent les populations. Les actions permanentes de sécurisation du réseau et de sensibilisation du public vont certainement porter des fruits à moyen long termes ».

 Arthur Wandji (Défis Actuels)

 

Emeutes dans les prisons : Quand l’univers carcéral parle à la société !

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Gouvernance: les paroles s’envolent mais la réalité reste !

En février 1975, l’intellectuel français publiait aux éditions Gallimard  Surveiller et punir, avec pour sous-titre, Naissance de la prison. Si cet ouvrage qui est depuis lors rentré dans les grands classiques est intéressant dans la mesure où il étudie l’émergence historique de la prison son intérêt est plus accru en ce qu’il met en corrélation, le milieu carcéral et la reste de la société.

En effet, loin de l’illusion d’enfermement et de mise à l’écart du reste du corps social, la prison est un milieu très ouvert sur la société, et qui permet de mieux comprendre ses travers.

Aussi, au-delà du bilan humain, matériel, juridique et judiciaire qui a déjà été largement établi, ce qu’il y a de plus intéressant, c’est de scruter dans quelle mesure la dernière mutinerie de la prison centrale de Yaoundé permet de comprendre davantage l’entièreté de la société camerounaise.

L’incurie de la bureaucratie

De l’avis de tous, l’une des principales causes de ce qui s’est passé le 22 juillet dernier est la surpopulation carcérale. Prévue pour moins de 1000 détenus, la prison centrale de Yaoundé regorge d’environ 6.000. Mais ce qu’il y a de plus déplorable, c’est que l’ultra-majorité de ceux-ci est en détention préventive. Certaines sources allant jusqu’à parler des 4/5ème des détenus qui sont en attente de jugement.

Cette situation littéralement inhumaine est la conséquence de l’incurie de ceux qui sont chargés du prononcé des sentences, notamment des magistrats. En effet, il n’est pas rare de voir des personnes attendre des années pour être jugés. La faute aux multiples renvois de complaisance.

Par ailleurs, il est tout aussi récurrent que des personnes soient condamnées et emprisonnées pour des infractions mineures. D’où vient-il qu’en 2019, des gens soient encore envoyés en prison pour « défaut de carte nationale d’identité » ? Cette politique du « tout carcéral » renseigne à suffisance sur le caractère essentiellement répressif de la société camerounaise.

Le pire étant le maintien en détention des personnes ayant déjà purgé l’intégralité de leurs peines, à cause de la fameuse « contrainte par corps », une forme d’amende qu’on doit payer à l’administration pénitentiaire avant de recouvrer la liberté. De nombreux prisonniers démunis et sans assistance aucune passent ainsi des mois voire des années en prison, alors qu’ils ont déjà terminé leurs peines.

Mais qu’on se le dise bien, les magistrats n’ont pas le monopole de la morgue. Autant les dossiers trainent en longueur dans les prétoires, autant  ils s’amoncellent dans diverses administrations. L’inertie étant la chose la mieux partagée, elle n’a d’égal que le mépris qu’affichent les bureaucrates face aux usagers, ainsi qu’aux conséquences de leur indolence sur la vie des autres. Une forme d’inhumanisme où l’entendue du pouvoir ne se mesure qu’à sa capacité à infliger des souffrances aux autres.

La cacophonie gouvernementale

Les dernières mutineries ont été une autre occasion d’étaler au grand jour tout le manque de solidarité et de cohésion gouvernementale. En effet, à la suite de celle-ci, les différents membres du gouvernement concernés ont chacun essayé de faire porter la responsabilité à l’autre.

C’est ainsi que des « fuites » de correspondances entre le ministre de la justice, son homologue de la défense et le secrétaire général de la présidence de la république ont été savamment orchestrées. Dans cette danse macabre, la presse, rangée en clans et en factions au gré des intérêts des directeurs de publication et de leurs affinités avec tel ou tel autre ponte du régime, a été largement mise à contribution.

Le tout au grand dam des populations qui auraient plutôt souhaité que cette mutinerie soit l’occasion d’une véritable introspection des différentes administrations et d’une  recherche fondamentale des solutions

Malheureusement, comme à l’accoutumée, on cherche des boucs-émissaires on en profite pour régler des comptes et affaiblir les autres. Tout en se taillant un costume de saint.

Une société d’iniquité et d’inégalité

Dans la relation des évènements de la prison de Kondengui, un évènement semble n’avoir pas retenu pas retenu à sa hauteur toute l’attention qu’il méritait : l’attaque des quartiers des « prisonniers VIP » par les autres prisonniers, notamment ceux du « Kosovo ».

En effet, l’observation de la vie au sein de cette prison jette à la figure toute le caractère inéquitable et inégalitaire de la société camerounaise, dans laquelle cohabitent en réalité deux sociétés. D’une part, une minorité de nantis, et d’autre part un océan de misère.

Alors que la prison devrait avoir pour fonction de dépouiller les uns et les autres de leurs privilèges, d’où l’instauration des uniformes sous d’autres cieux, il n’en est aucunement au Cameroun.

Bien au contraire, tout est aménagé à la prison centrale de Yaoundé pour qu’on ait une ghettoïsation de la prison, avec d’un côté les riches et de l’autre les pauvres. Ce qui n’est pas fait pour apaiser les récriminations sociales, car on a comme une impression d’inutilité de l’emprisonnement, car les conditions de détention de certains « prisonniers VIP » sont largement meilleures que la situation de millions de citoyens en liberté.

Lire également à ce sujet : Christophe Bobiokono : « 80 % de la population carcérale est en attente de jugement »

Les autres codétenus estiment qu’après avoir tout eu lorsqu’ils étaient aux affaires, les prisonniers de luxe continuent de tout avoir en prison. Les meilleurs locaux, les égards des autorités, les facilités diverses résonnant comme une prime à la haute criminalité. Car comment comprendre que des personnes soupçonnées ou convaincues de détournement de centaines de millions voire des milliards soient les plus choyées, alors que des délinquants primaires, embastillés pour des délits véritablement mineurs soient  réduits à des conditions de détention bestiales.

Risque majeur de revanche sociale

L’attaque des quartiers vip sonne alors comme une revanche de la société sur ces « possédants ». En fait, ce qui s’est passé à Kondengui renseigne sur ce qui risque se dérouler au Cameroun un de ces quatre, du fait des injustices criardes qui en rajoutent chaque jour à la rage populaire. A l’instar des listes des parrains aux concours administratifs qui circulent désormais au vu et au su de tout le monde.

Contrairement à la fausse rengaine tribaliste à la mode dans certains milieux, la « révolte » de Kondengui fait savoir qu’au moment fatidique la confrontation aura lieu, non entre les tribus, mais entre deux camps, celui des « possédants » qui se sont tout arrogés, qui ont tout pris dans leurs assiettes, et celui des « perdants » qui n’ont rien, et à qui tout aura été pris.

Dans la horde déchainée des reclus du Kosovo, l’on avait toutes les tribus. Tout comme parmi les « victimes » des quartiers huppés l’on dénombrait, toutes les ethnies. Le plus déterminant n’était pas l’appartenance ethnique, car seul était pris en compte la classe sociale.

Terrés et apeurés, les prisonniers Vip ont eu tout le « loisir » de constater ce que pensaient d’eux leur entourage. Des gens avec qui ils sont censés partager la même condition déplorable leur ont fait comprendre tout leur ressentissent.

C’est notamment ce qui se passe dans les régions anglophones où l’on constate toute l’incapacité de l’élite à solutionner et adresser la situation qui y prévaut depuis des années. Pire encore, ceux-ci sont pris à partie et considérés littéralement comme les « ennemis » de leurs co-tribaux, qui les considèrent davantage comme les « complices » de leurs « amis de Yaoundé » dans la souffrance quotidienne qui est la leur.

Il en sera de même dans nos villes et villages, si rien n’est fait pour réduire ces injustices quotidiennes, qui sont autant carburant à revanche de la société.

Emeutes à Kondengui : Monsieur le Ministre garde des sceaux, Accusé, levez-vous !  

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Des citoyens pensionnaires de la tristement célèbre maison d’arrêt « Kondengui » ont exprimé leur ras le bol au sujet de leurs conditions de séjour et de détention. Alors que le Ministre Garde des sceaux clame avoir informé « qui de droit » ; allez donc savoir qui c’est ? La réponse, la réplique et la riposte ont été brutale, sans pour autant apporter de solutions aux problèmes posés. Quelle sottise !

Moi Saint-Eloi Bidoung, je suis contre les injustices que rien ne justifie, c’est au nom de l’indifférence, de la méchanceté, de l’ignorance et arrogance de nos magistrats que je m’insurge. Je suis contre le commerce judiciaire qui se déroule à ciel ouvert au siège de troisième pouvoir, je suis contre des comptoirs de vente de l’anxiété aux usagers ouverts dans nos tribunaux. C’est au nom de ce qui précède, que j’organiserai une manifestation en gilet jaune samedi, avec de nombreux amis volontaires et aussi suicidaires que moi, pour exiger que gouvernement déclare « recevable », mon Projet de loi qui obligera les aspirants aux métiers de la magistrature (civils et militaires) à faire un stage de deux mois comme détenus dans une prison. Deux mois à vivre comme un vulgaire bandit en détention. Deux mois à vivre d’une infecte bouillie de maïs une fois les trois  jours, deux mois à dormir à même le sol et se faire péter au nez, toutes les nuits, par un autre détenu au ventre  enfumé de haricot pourri. Deux mois à se faire agresser sexuellement par d’autres hommes plus costauds. Deux mois dans l’enfer du Kosovo. Avec diarrhées carabinées, sifflante, persistante, gales, teignes, came no go.

 Nos juges ont choisi de réparer des injustices en commettant des injustices. Nous sommes déterminés à porter nos gilets pour descendre dans la rue même si l’eau d’Abraham donne le palu, même si les gaz lacrymogènes donnent la grippe et la conjonctivite.  Ce n’est plus tolérable, acceptable encore moins supportable. Je suis sûr que plusieurs d’entre vous  viendront m’apporter des oranges en prison. Comment vais-je faire pour échapper à une interpellation pour terrorisme, tentative de meurtre, tentative d’assassinat, tentative de suicide et rébellion ? Moi Saint-Eloi Bidoung, je préfèrerai être mort pour l’idéal de justice que prône Paul Biya que d’être vivant dans un pays ou les injustices se conjuguent au pluriel. Oui, vous serez nombreux à essayer de me voir dans ma cellule. Ceux qui à qui je dois de l’argent vont alerter   Transparency international, International crises group, Human rights watch et le Département d’Etat américain pour qu’ils condamnent ma détention arbitraire et exiger ma « libération immédiate et sans conditions ». J’exige dans mon projet de loi, que tous les magistrats séjournent en prison. Pour que le ministre de la Justice soit le garde des sceaux et non le « garde ses sots ».

Lenteurs, senteurs et menteurs judiciaires.

Sauf tout le respect que je dois à certains de mes camarades de faculté aujourd’hui magistrats  à plusieurs grades dans les Cours et tribunaux de la République, je crois que les magistrats civils et militaires sont à l’origine du mouvement qui a renversé les fûts de haricot bouillie à Kondengui. Si les hommes en robes noires avaient rapidement jugé les voleurs de poules qui caquètent dans la cour de prison depuis des années, alors qu’ils n’étaient passibles que de quelques mois de prison, les tapageurs des « marches blanches » de Janvier allaient trouver assez de places. Ils auraient attendu sagement  l’investiture de leur « président élu », sans se marcher sur les orteils lors de la distribution des bols de maïs avarié. Mais que fait son honneur, Monsieur le procureur de la République ? Il est dans les senteurs de ses fonctions. Organise, occasionne les lenteurs et engorgement judiciaires dans la République. Et voilà un monde comme un enfer, une prison de Kondengui remplie à 70% de prévenus. Ce sont les vacances judiciaires ici ! Repassez nous voir après 45 renvois, étalés sur huit ans de procès, pour une cause passible de six mois avec sursis. Quelle sottise ! Mais alors ! Il n’avait qu’à construire des bagnes supplémentaires, s’ils veulent nous voir tous en prison. Puisque tous, les magistrats et nous, nous traficotons nos compteurs Enéo, nous insultons Paul Biya en cachette, et certains d’entre nous vont jusqu’à bricoler des marchés publics et se faire payer au trésor public.

Pénitencier en pénitence

Il faut des prisons. Le nombre de délinquants en divagation, de criminels en liberté et de bandits à cols blancs dans la haute administration du pays, est sans cesse croissant.  Que ceux qui étaient chargés de construire la prison de Ngoumou, dans la Mefou et Afamba, commence enfin ce chantier. Ou alors qu’ils remettent les centaines de millions de FCFA du projet au trésor public, on trouvera sûrement un autre criminel en sursis pour le faire. Ou alors qu’ils soient déférés à kondengui, au Kosovo, aux côtés de voleurs à la tire du marché central qui occupent indûment les « mandats ». Je crois plutôt, sauf avis contraire du ministre de la Justice, que cette bande de malfrats qui ont remporté les marchés de construction des prisons secondaires doivent être arrêtés et châtiés pour atteinte à la fortune publique, atteinte à la sûreté de l’Etat du Cameroun, terrorisme, complot contre les institutions, attentat contre le président de la République et  association de malfaiteurs leur iront  mieux. Ce serait beaucoup mieux que les crimes de détournements de fonds publics en bandes organisées, faux et usages de faux, corruption, trafic d’influence et escroquerie qui leur permettent d’être en liberté ; et même de se faire regarder sur les écrans de télévisions.

Un crime organisé que cette affaire de prison à construire, dans plusieurs départements du Cameroun depuis  bientôt 10 années. Pourtant les locataires ne manquent pas. Ne vous demandez plus pourquoi l’opération « Epervier » est en veilleuse. C’est tout simplement faute de places libres. Ceux qui étaient commis pour la construction de prisons ayant détourné les milliards des projets, freinent désormais l’opération «  Epervier ». Ils savent que si le rapace se réveille, ils iront dormir pendant des années au « Kosovo », avec les dangereux condamnés à mort qui violent les nouveaux prisonniers, encore ventrus, fessus, dodus et joufflus comme les hautes personnalités de la criminalité d’Etat. Pour vous dire combien ce pays est méchant.

Je crois bien que je vais manifester avec mon gilet jaune. D’abord, je sais que vous allez me supporter. Je suis engagé pour que les prisonniers des « marches blanches » soient libérés tous. Et qu’ils soient remplacés par les détourneurs des fonds des chantiers des nouvelles prisons. Je suis déterminé à faire rendre gorge les organisateurs de la CAN 2019.

Monsieur le Ministre garde des sceaux que les élèves en magistrature de l’Enam soient astreints à un séjour obligatoire à Kondengui et à New-Bell pendant deux mois avant leurs prestations de serment de magistrats. Cela leur apprendra, plus tard, à diligenter les causes avec célérité. Puisqu’ils sauront que deux mois à Kondengui valent plus de deux heures en enfer.

Christophe Bobiokono : « 80 % de la population carcérale est en attente de jugement »

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Une mutinerie a secoué la prison centrale de Kondengui le 22 juillet dernier. Quel commentaire faites-vous de cet événement ?

Je n’ai personnellement pas été surpris par la révolte de certains détenus de la prison centrale de Kondengui, parce qu’on la voyait venir. La semaine précédente, on avait noté que certains prévenus du MRC interpellés à la suite des manifestations publiques, avaient refusé de quitter le box des accusés devant le Tribunal de première instance de Yaoundé – centre administratif où ils étaient poursuivis en flagrant délit après 30 jours d’une détention administrative, simplement parce que la présidente du tribunal avait renvoyé leur procès sans avoir répondu à une demande de mise en liberté introduite par leurs avocats. Ce sont des scènes qui ne sont pas régulières… Tout comme l’agression en pleine prison quelques semaines plus tôt des policiers qui s’y étaient introduits pour organiser une fouille.

En revanche, j’ai été surpris que cette révolte tourne en une mutinerie avec des actes de vandalisme, parce que cela était largement évitable. Le dialogue avec l’autorité politique chargée de la Justice aurait pu abréger les revendications en journée. L’entrée en scène des grands bandits dans cette situation, situation dont il est urgent de comprendre les tenants et les aboutissants, est franchement incroyable pour qui connaît un peu la réalité intérieure du pénitencier.

Au-delà des causes évoquées çà et là, à savoir les lenteurs judiciaires, les détentions préventives dont les délais légaux sont dépassés, les incarcérations abusives, la surpopulation, les mauvaises conditions carcérales, quelles peuvent être les autres causes profondes de la crise dans les prisons camerounaise ?

Ceux qui se révoltent ont le sentiment que le recours à la Justice est tout juste utilisé pour les faire souffrir et non pour les juger réellement. Ils se recrutent surtout, si l’on s’en tient à ceux qui se sont exprimés, parmi les militants du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et leurs sympathisants et les personnes interpellées dans le cadre de la crise anglophones. Ils se considèrent comme des détenus politiques. A partir de là, vu le contexte international et les facilités qu’offrent les nouvelles technologies de l’information, ils sont prêts à tout pour remettre en cause leur incarcération. Le fait de les mettre au contact des prisonniers de droit commun n’est pas très heureux. Il y a des risques de radicalisation prévisibles.

A qui doit-on imputer les responsabilités de cette situation ? Et le ministre de la Justice dans tout ça ?

C’est au gouvernement de manière générale qu’il faudrait imputer cette situation. Ce qui se passe dans les prisons et devant les tribunaux, dans le cas des prévenus du MRC surtout est conforme à ce que le ministre de l’Administration territoriale a déjà annoncé par avance. Dès ce moment, cela accroît le sentiment que la justice n’est qu’un instrument d’oppression des opposants qui essaient de se soulever contre l’ordre établi sur certaines questions précises. La justice donne l’impression d’être totalement aux ordres, ce qui met plus en exergue le rôle du ministère de la Justice dans ce qui amène les justiciables à se révolter. N’oublions pas que, malgré l’érection de la justice en pouvoir judiciaire dans le Constitution de 1996, la justice reste une simple autorité judiciaire dans son fonctionnement quotidien, puisqu’aucun texte nouveau n’a été pris depuis lors pour renforcer l’indépendance de la magistrature vis-à-vis de l’exécutif. Et comme le ministère de la Justice est aussi chargé de l’administration pénitentiaire, ça renforce naturellement les attentes des justiciables en détention vis-à-vis du ministre de la Justice. Il apparaît donc très clairement comme le principal responsable politique des situations décriées.

Au regard du bilan des récentes mutineries dans les prisons de Kondengui à Yaoundé et de Buea, doit-on craindre que les revendications des détenus au Cameroun atteignent un niveau plus extrême dans les mois ou années à venir si la situation ne change pas ?

Si la situation ne change pas, c’est-à-dire si le gouvernement continue à interpeller massivement les militants des partis politiques pour les punir contre le fait de manifester publiquement contre certains dysfonctionnements, cela va aggraver le problème des conditions de vie dans les prisons et augmenter le risque de radicalisation des détenus de droit commun. Ça ne peut conduire qu’à des situations potentiellement explosives. Les revendications des détenus, dans ces conditions, vont être de plus en plus régulières si la justice ne se montre pas plus diligente à l’égard de ceux qui se considèrent comme des prisonniers politiques. Cela pourrait compliquer la gestion quotidienne des prisons.

On évoque une surpopulation en milieu carcéral au Cameroun. Quels sont les chiffres dans les prisons camerounaises (nombres de détenus, ceux qui ont déjà été jugés, ceux qui sont en attente du jugement, combien de gardien de prison pour combien de prisonnier) ?

Je n’ai pas les chiffres actualisés. Mais les données mises à disposition par le ministère de la Justice en 2015 lors de la réunion annuelle des chefs de cours qui fut entièrement consacrée à la surpopulation carcérale indiquaient que, sur l’ensemble du pays, sur 17 000 places disponibles dans les prisons camerounaises, il y a plus de 26 000 détenus. Et, en général, 80 % de cette population concerne des personnes en attente de jugement. Dans l’ensemble aussi, le constat était qu’au Cameroun, le ratio geôlier-détenus était de 1/12, alors que la norme se situe à 1/6. Il est urgent de mettre en œuvre toutes les solutions déjà identifiées par l’administration, notamment le ministère de la Justice, depuis 2015 pour certaines, pour qu’une solution soit trouvée. Par exemple, il est incompréhensible que les peines alternatives prévues par le Code pénal promulgué en 2016 ne soient pas encore définies pour être mises en application.

Certains pensent que ces mutineries pourraient dégénérer au-delà des murs de prisons. Penez-vous que cela soit possible ? ?

Tout ce que je peux dire, c’est qu’en observant ce qui se passe dans notre pays, il y a des catégories de personnes qui ont intérêt à ce que des conflits importants se créent et perdurent pour des raisons multiples. Certains ont beaucoup profité de certaines crises pour s’enrichir ou pour renforcer leur importance sur l’échiquier politique national. C’est difficile qu’ils souhaitent que la paix revienne partout, en dépit des discours des uns et des autres.

Que doit (peut) faire l’Etat pour éviter que de tels débordements se reproduisent ?

Il faut un vrai dialogue avec une réelle volonté des autorités publiques à résoudre les problèmes qui se posent, notamment dans le milieu carcéral. Les discours n’ont plus leur place ; il faut des actes concrets. Il faut une saine application des lois sur les libertés publiques. Il est important que la confusion entretenue par la loi sur le terrorisme cesse. Lorsque cette loi était en projet, de nombreux observateurs avaient prévenu qu’elle offrirait le prétexte à certains abus : nous y sommes. Il est par exemple difficilement compréhensible que la justice prenne six mois pour découvrir qu’une ménagère interpellée sur son lieu du travail n’a rien à voir avec les charges d’insurrection qu’on met facilement sur son dos. Le pouvoir judiciaire mérite de devenir un vrai pouvoir indépendant de l’exécutif. Il faudrait que les autorités publiques et certains hauts responsables de l’administration ou de la justice convaincus d’abus de par leurs positions, soient mises en situation de devoir en répondre devant la justice. Bref, il faut plus de justice dans la gestion de notre pays.

 

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