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Haine tribale : le législateur prépare la traque

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Le projet de loi portant modification de la loi portant Code pénal camerounais a été déposé ce 13 novembre 2019 à l’Assemblée nationale. Avec dans l’exposé des motifs le souci pour le gouvernement d’actualiser ce dispositif répressif juridique en y incorporant les nouvelles voies de commission d’infraction, en l’occurrence les réseaux sociaux. En allant plus loin que les actes de racisme et de discrimination liée à la religion. Il est question notamment d’introduire des dispositifs de lutte contre le tribalisme et la haine tribale.

De façon spécifique, l’article 241- (nouveau) traite de l’Outrage aux races et aux religions. L’alinéa 1 dispose que « Est puni d’un emprisonnement de six (6) jours à six (6) mois et d’une amende cinq mille (5.000) à cinq cent mille (500.000) francs, celui qui commet un outrage tel que défini à l’article 152 du présent Code, à l’encontre d’une race ou d’une religion à laquelle appartiennent plusieurs citoyens ou résidents ». L’alinéa 2 prévoit que « si l’infraction est commise par voie de presse, de radio, de télévision, de réseaux sociaux ou de tout autre moyen susceptible d’atteindre le public, l’amende est portée à vingt millions (20.000.000) de francs ».

Et « Les peines prévues aux alinéas 1 et 2 ci-dessus sont doublées, lorsque l’infraction est commise dans le but de susciter la haine ou le mépris entre les citoyens », prévoit-on.
Désormais, l’article 241-1 (nouveau) prévoit que, « Est puni d’un emprisonnement de un (01) à deux (02) ans et d’une amende de trois cent mille (300.000) à trois millions (3.000.000) de francs, celui qui, par quelque moyen que ce soit, tient des discours de haine ou procède aux incitations à la violation contre des personnes en raison de leur appartenance tribale ou ethnique ». L’alinéa 2 dispose que « En cas d’admission des circonstances atténuantes, la peine d’emprisonnement prévue à l’alinéa 1 ci-dessus ne peut être inférieure à trois (3) mois et la peine d’amende à deux cent mille (200.000) francs. Le sursis ne peut être accordé, sauf en cas d’excès d’excuse atténuante de minorité ». Mieux, « Lorsque l’auteur du discours de haine est un fonctionnaire, au sens de l’article 131 du présent Code, un responsable de formation politique, de média, d’une organisation non gouvernementale ou d’une institution religieuse, les peines prévues à l’alinéa ci-dessus sont doublées et les circonstances atténuantes ne sont pas admises », prévoit l’alinéa 3.
Ce projet de loi devrait résoudre le phénomène de tribalisme et d’appel à la haine tribale qui a envahi le débat public, notamment sur les réseaux sociaux.

Législatives et municipales : Le Sdf fait la danse Bafia

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Le Social democratic front (Sdf) ira aux élections législatives et municipales du 06 février 2019. Ainsi en a décidé Ni John Fru Ndi, le président du parti. Au cours d’une conférence de presse donnée ce soir au cabinet du président du groupe parlementaire Sdf à l’Assemblée nationale, la nouvelle a été annoncée. « En ma qualité de président de la commission nationale des investitures et eu égard aux circonstances exceptionnelles dans lesquelles nous nous trouvons, j’investis par la présente, avec droit de révision, tous les membres actuels de l’Assemblée nationale et leur enjoins de constituer leurs dossiers de candidature en conséquence ». Parole du chairman. La même injonction est faite aux maires et conseillers municipaux actuels.

A la surprise générale. Alors que trois jours avant, le National executive committee (Nec) parti leader de l’opposition avait déclaré forfait pour ce double scrutin pour lequel il part en position de défaitiste. Le fief du parti étant presque hors-jeu, en raison de la crise sociopolitique qui sévit dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest depuis trois ans. Le parti vient donc de changer d’avis et sera de la partie. « Nous ne marcherons pas sur le sang des Camerounais pour être à l’assemblée nationale et conseillers municipaux», se justifiait le parti au départ. Les données ont changé. Le parti ne veut pas perdre la face. Retranché dans son fief sociologique, le parti de Ni John Fru Ndi semblait s’y plaire et s’en contenter. Jusqu’à ce que la « guerre » décide de sa fin, ou presque. Lors de la présidentielle de 2018, le taux de participation dans le Nord-ouest par exemple était de 5% et le candidat Paul Biya du Rdpc, parti au pouvoir, avait raflé la mise. Dans un contexte où le parti leader dans la région ne contrôlait plus le terrain, et que selon des sources crédibles, les électeurs qui s’étaient manifestés dans les urnes se recrutaient parmi les forces de défense et de sécurité et les hommes politiques, notamment ceux favorables au régime de Yaoundé.

Les primaires dont se vante souvent le Sdf comme mode de désignation de ses candidats, n’auront donc pas lieu cette fois-ci. Le Sdf a choisi dans ce contexte de remettre les mêmes candidats en course. Eux qui connaissent déjà le terrain et qui bénéficient certainement d’un certain poids électoral déjà. Cependant, Ni John Fru Ndi qui a ramé à contre-courant de ses collaborateurs du directoire du parti, laisse la porte entrouverte. « Tout membre élu du parti qui, malgré l’investiture exceptionnelle susmentionnée, n’est pas disposée à se présenter à ces élections, doit immédiatement en informer par écrit l’exécutif régional du parti, aux fins de pourvoir à ce poste dans la circonscription électorale concernée », précise le chairman dont la décision du rétropédalage ne satisfait certainement pas certains cadres de son parti. Par ailleurs, le parti ouvre les candidatures aux « membres à jour de leurs cotisations et qui aspirent à concourir à ces élections ».

Dans le communiqué que signe Ni John Fru Ndi à cet effet, il est indiqué l’équipe qui s’occupera des investitures. Présidée par l’homme de Ntarikon lui-même, elle est coordonnée au niveau national par Joshua Osih, premier vice-président du parti et ancien candidat du parti à la présidentielle du 7 octobre 2018, le sénateur Jean Tsomelou, secrétaire général du parti, le maire John Kumase et Grâce Ngwafor. Avec des coordonnateurs régionaux.

Violation des libertés publiques : Une chape de plomb contreproductive pour le pouvoir de Yaoundé

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Le 19 décembre 1990, le parlement camerounais adoptait un ensemble de lois, dites « les lois de la liberté » qui réglementaient principalement, la communication sociale, les réunions et manifestations publiques, les associations et les partis politiques.
Grosso modo, il s’agissait de faire le Cameroun dans une nouvelle ère : celle de la libéralisation sociale et de la démocratisation politique. Plus que jamais, l’on avait l’espoir que la promesse du président Paul Biya selon laquelle, on aura plus besoin de prendre le maquis pour exprimer et assumer ses opinions, prenait corps. Et les années suivantes seront plutôt satisfaisantes. La liberté frisant même parfois le libertinage. Mais depuis quelques mois, l’on a une nette impression de retour aux heures sombres et obscures du monolithisme politique et idéologique. Faites de brimades en tous genres des dissidents, d’emprisonnement des opposants et surtout musèlement de la société.

Toutes choses qui, paradoxalement, se trouvent favorables aux adversaires internes et externes du régime de Yaoundé.

UNE FABRIQUE EXPONENTIELLE DE MARTYRS

Les réseaux sociaux ont eu pour principale conséquence, au
Cameroun comme ailleurs, la libération de la parole. Alors que
pendant longtemps, la prise de la parole publique était réservée à
une certaine élite, tirant sa « légitimité » de sa formation et de son
parcours, qui leur conférait une forme d’autorité morale et sociale, la survenance des réseaux sociaux permet à tout un chacun, au tout venant, de prendre la parole, de parler de tout, et très souvent en toute non-maitrise des sujets abordés.

Les « directs » et les fameux « breaking news » ont fabriqué de toutes pièces, une nouvelle race de « journalistes », qui n’hésitent pas à prendre le parti de la désinformation et de la manipulation. Faisant de l’outrage, de l’outrance et de l’outrecuidance leurs principales marques de fabrique.

Face à ce nouvel état de choses, le gouvernement du Cameroun se montre frileux et nerveux. Résultat, il en vient à exercer contre ces personnes, auto-érigées en « influenceurs web » ou « web journalistes », une violence pour le moins contreproductive. En effet, l’emprisonnement de ces imposteurs, très souvent maitres-chanteurs, ne sert souvent à rien d’autre que leur élévation au rang de martyr. Erigeant de simples arnaqueurs, souvent englués dans la fange de l’oisiveté, des ‘journalistes émérites » qui désormais, méritent l’attention de « Reporters sans frontières » ou de « Pen international ». Quelle insulte ! Quelle injure pour ces véritables hommes de médias, qui à travers leurs reportages, leurs articles, leurs enquêtes mettent réellement leurs vies en danger, sans pour autant bénéficier des mêmes faveurs. Quelle injustice, pour ces véritables journalistes, qui ont pris la peine de se former minutieusement et patiemment, à l’école ou dans les entreprises de presse, afin d’exercer, selon les canons de l’art, l’un des plus beaux métiers du monde, de se voir ainsi ravir la vedette, ou tout simplement assimilés, à ces « OPNI » (objets professionnels non identifiés).

La faute à des responsables sécuritaires, judiciaires et gouvernementaux qui trop préoccupés de protéger leur honneur bafoué, transigent avec les règles de procédure pénale et commettent des impairs avec les droits de l’homme. Là où une ignorance de ceux-ci en bonne et due forme les aurait condamnés à une disparition certaine et inéluctable de l’espace publique. Ce d’autant plus si le gouvernement fait montre d’une transparence tous azimuts, réduisant à la portion congrue les possibilités de rumeurs. Avec leurs lots de fantasmes.

UNE REDUCTION AU SILENCE AMPLIFICATRICE

C’est une règle quasi-universelle : la censure profite au censuré. Malgré cela, le régime de Yaoundé se plait à vouloir censurer les leaders d’opinion et la presse classique.
En effet, il n’est pas rare de voir le ministre de la communication, convoquer une conférence ou une communication de presse, dans le but de contredire ou de « dénoncer » un rapport de telle ou de telle autre Ong nationale et surtout internationale. Il en est de même des articles et autres reportages dans la presse nationale et davantage internationale.

Ces conférences de presse, souvent suivies de « communiqués officiels » et « tirs groupés » de la « presse patriotique » n’a souvent d’autres effets que l’amplification et la légitimation de ces publications.
En effet, très souvent, les populations camerounaises, en prise aux difficultés quotidiennes, préoccupées à joindre les deux bouts, ne sont pas au courant de ces rapports, qui pour l’essentiel sont publiés en ligne et destinés à une infime élite. De même, elles ne sont pas souvent au fait, le moins du monde, de ces articles parus dans des journaux, dont le prix d’un numéro équivaut à la ration journalière de leurs maisonnées. Voire plus.

Alors, pourquoi tant d’énergie déployé, de sommes dépensées, de personnes déployées, pour faire la publicité d’une parution dont nul n’est souvent au courant. Avant que le gouvernement n’en parle.

La situation devient totalement dramatique lorsque ces « mobilisations » gouvernementales, contre ces « ennemis » internes et extérieurs, sont suivies des interpellations et des emprisonnements, comme cela a été le cas avec la journaliste Mimi Mefo. D’une popularité plus que relative, elle a été élevée au rang de « héros national » grâce à son arrestation et son emprisonnement de quelques jours. Et plus que jamais, ses publications sont suivies, mieux, recherchées et scrutées par le grand public, qui lui accorde plus que jamais le plus grand crédit. Merci la censure ! Serait-elle tentée de dire.

DES INTERDICTIONS DE REUNIONS ET DE MANIFESTATIONS QUI PROFITENT A LEURS PROMOTEURS

Alors qu’elle était de l’ordre de la banalité, l’organisation des réunions et des manifestations publiques est désormais du domaine des miracles. « Risque de trouble à l’ordre public » est le motif plébiscité. A côté de quelques-unes, à la vacuité toute aussi abyssale, du genre « non précision de l’objet », « indisponibilité du site », ou encore « contestation de la qualité des organisateurs ». Tout y passe et tout est bon, y compris la non-motivation des décisions. Pourvu que ces réunions et manifestations publiques ne se tiennent pas.
Il n’est pas alors rare de voir un sous-préfet, bardés de gendarmes et de policiers, venir interrompre une réunion publique, alors qu’aucune disposition légale ne le prévoit. Et le moins que l’on puisse dire est que les grands bénéficiaires sont les organisateurs. Car une conférence qui devait se tenir dans un salon feutré, suivie par tout au plus quelques dizaines de personnes, et passer totalement inaperçue pour le grand public, eu égard au manque d’appétence des Camerounais pour les assises intellectuelles, devient une affaire populaire. Chacun cherchant désormais à savoir ce qui devait y être dit, pour que la réunion soit dispersée manu militari. Ces interdictions apparaissent alors comme du pain béni pour les initiateurs qui désormais ne rêvent que d’une chose, voir leurs réunions interdites pour s’assurer une communication à très peu de frais.

Il en est de même pour les manifestations publiques où ce qui peut arriver de mieux à leurs promoteurs, c’est une interdiction. Aussi, n’est-il plus rare de voir d’organisateurs projeter des manifestations dans l’espoir de les voir interdites, pour prétendre à une popularité qu’ils n’ont pas. C’est ainsi que l’on a vu le Pcrn de Cabral Libii se résoudre lui-même à annuler la marche que ses responsables projetaient organiser en guise de soutien aux populations des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Face à l’indifférence des autorités, et surtout conscient de leur très faible capacité à mobiliser, ils avaient été réduits à opter pour un « report » sine die. Les autres autorités compétentes en la matière devraient en prendre de la graine.

A contrario, les plus grands bénéficiaires de ces interdictions de manifestations et réunions publiques sont à n’en point douter Maurice Kamto et son parti le Mrc. En effet, dès ses fonds baptismaux, le Mrc a presque toujours bénéficié de cette « faveur » gouvernementale. C’est ainsi que son lancement à l’hôtel Hilton en septembre 2012 avait été gratifié d’une couverture médiatique et d’une attention particulière dans l’opinion publique après son interdiction. Lui assurant des succès extérieur.

Le bilan est aujourd’hui clair et limpide : chaque interdiction d’un meeting de Maurice Kamto contribue à promouvoir sa popularité. Que dire de son emprisonnement qui aura décuplé son aura. Plus que jamais, les rangs de son parti politique se grossissent au jour le jour et surtout au grès des interdictions de ses manifestations.

La situation est telle que les responsables des autres partis politiques, à l’instar de Jean Robert Waffo, le ministre de la communication du Shadow cabinet du Sdf, en sont réduits à revendiquer leur part d’interdiction. Soupçonnant, ni plus ni moins, le ministre de l’administration territoriale, Paul Atanga Nji, de connivence avec le Mrc.

Pire encore, pendant que les rangs du Mrc s’emplissent, l’on observe une démobilisation des troupes du Rdpc, en dépit de l’autorisation systématique de leurs manifestations. Et Les membres du gouvernement ont ainsi eu tout le loisir de le constater lors des cérémonies du deuil national à Bafoussam.

UNE MISE AU BAN VOLONTAIRE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

Pendant que les opposants et dissidents tirent leurs lauriers de la nouvelle chape de plomb qui couvre désormais l’espace public camerounais, le gouvernement est de plus en plus mis au ban de la communauté internationale sur la base des accusations de violations récurrentes des droits de l’homme, du fait de ses agissements récurrents. La sortie de l’Agoa n’étant surement que l’inauguration d’une longue liste de sanctions à venir.

Parlement : Les grands enjeux de la session de novembre

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La troisième session législative s’ouvre mardi prochain. Comme à l’accoutumée, la plénière devra s’ouvrir à 11 heures pour les députés à l’hémicycle de Ngoa-Ekéllé et 16 heures pour les sénateurs au Palais des Congrès. Mais contrairement à la session de novembre habituellement timide, car consacrée uniquement à l’élaboration et l’adoption de la loi des finances du prochain exercice budgétaire, celle qui s’ouvre ce 12 novembre 2019 sera particulièrement suivie par la communauté nationale et internationale. Outre les questions traditionnellement évoquées lors de la session de novembre, celle de cette année devra examiner les voies et moyens pour résoudre définitivement la crise anglophone. Parce que c’est la première du genre qui se tient après la tenue du Grand Dialogue National convoqué par le président de la République, à l’effet de mettre fin à la crise sociopolitique et sécuritaire qui dure depuis 2016 dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Ce Grand Dialogue National avait débouché sur de multiples recommandations au rang desquelles, l’octroi d’un statut spécial aux deux régions anglophones du pays et l’accélération du processus de décentralisation. Si l’on croit aux sources proches de l’Assemblée nationale, ces deux questions devraient être soumises à l’examen des députés et des sénateurs lors de cette troisième session législative.

Vers une hausse du budget de L’Etat

En ce qui concerne l’adoption de la loi de finances 2020, des experts s’accordent à dire que l’enveloppe attendue sera supérieure à celle de l’année qui s’achève. A cause notamment des dépenses de sécurité qui sont montés en flèche. Les montants des budgets alloués à la Défense connaissent en effet une augmentation d’année en année, depuis le déclenchement de la crise anglophone. En 2017, le budget du ministère de la Défense s’élevait à 238 613 000 000 de francs CFA avec une enveloppe de 121,9 milliards destinée au renforcement de la défense du territoire et 64,5 milliards de francs CFA pour la participation à la protection des personnes et des biens. L’année suivante (2018, Ndlr.), la part du budget de l’Etat destinée à la Défense a légèrement augmenté : 238 910 000 000 de F CFA dont 124,2 milliards de F CFA pour renforcer la défense du territoire et 60,5 milliards de F CFA pour la participation à la protection des personnes et des biens. Pour cette année 2019, le budget de la Défense a connu un bond important. L’enveloppe est passée de 238 910 000 000 francs à 247 447 000 000 de francs avec entre poches de dépenses 129,5 milliards de francs destinés au renforcement de la défense du territoire et 61 milliards de francs pour la participation à la protection des personnes et des biens. « Les dépenses de sécurité évoluent d’année en année et c’est pour cette raison que le budget de la Défense et même de l’Etat sont régulièrement modifiés avec une tendance à la hausse », explique une source au ministère des Finances.

Le mandat des députés et sénateurs en question

Cette session parlementaire sera aussi marquée, sauf changement de dernière minute, par la fin du mandat des députés et des sénateurs qui a déjà bénéficié d’une rallonge d’un an. Entamée depuis 2013, cette législature a pris fin en 2018 et a connu une première prolongation, qui elle-même a encore été prorogé de 2 mois à partir du 29 octobre dernier. Ce sera donc certainement un moment historique pour certains députés et sénateurs qui, si rien ne change, fouleront pour la dernière fois le sol de l’hémicycle. Toutefois, il convient de noter, selon les prérogatives de l’article 15, alinéa 4 de la Constitution, que le président de la République peut encore décider de proroger le mandat des députés et des sénateurs. Dans ce cas, l’élection aura lieu 40 jours au moins et 60 jours au plus après la date d’expiration du délai de prorogation.

Par Arthur Wandji

Amadou Sy : « Le Cameroun a réussi tous les critères de performance »

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Que peut-on retenir à l’issue de cette cinquième revue que vous venez d’achever au Cameroun ?

Cette mission rentre dans le cadre de la cinquième revue du programme avec le Fonds Monétaire International. Nous avions des critères quantitatifs et la date de réalisation de ces critères était juin 2019. Sur ce plan, pour ce qui est des critères des performances, le Cameroun a atteint tous les objectifs que nous nous étions fixés. Maintenant, il y a quelques délais sur le plan des réformes structurelles, c’est compréhensible. Nous continuons à voir comment nous pouvons atteindre ces objectifs de réformes structurelles le plus vite possible.

Quelle sera la prochaine étape une fois que ce programme avec le Cameroun sera arrivé à son terme ?

Le programme avec le Cameroun arrive à échéance en juin 2020, il reviendra au Cameroun de décider s’il veut continuer ou pas avec le FMI. Nous sommes en discussion, mais ce qui est sûr c’est que nous sommes entendu sur beaucoup d’objectifs déjà. Le prochain décaissement sera d’environ 55 millions de dollars. Je tiens à souligner l’effort du Cameroun est à inscrire dans le cadre d’un effort collectif où les différents partenaires techniques et financiers sont impliqués.

En ce qui concerne les soldes engagés non décaissées, vous attendiez un contrat de performances de la part du Cameroun. Pouvez-vous nous dire plus ?

Sur ce point précis, au-delà des chiffres, je crois qu’il faut vraiment s’attarder sur pourquoi on a ce genre de critère. L’idée sous-tendue est qu’il faut des investissements qui rapportent plus au Cameroun. Il y a également le souci de la diversification des investissements, et d’augmenter les exportations. La préoccupation n’est donc pas celle de la dette, mais la raison pour laquelle on s’endette. La finalité à mon avis, c’est plus de croissance, plus d’emplois mais aussi plus d’exportations. Il est question de voir ensemble comment atteindre ces objectifs stratégiques du pays.

Programme économique et financier : Les trois défis qui attendent le Cameroun

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A en croire Amadou Sy, chef de mission du Fonds Monétaire International (FMI) ayant séjourné au Cameroun dans le cadre de la cinquième revue du Programme Economique et Financier signé en juin 2017, le pays est bien parti pour passer haut la main cette dernière revue. Cependant, a-t-il tenu à préciser, le Cameroun doit faire face à trois principaux défis.

La gestion des chocs sécuritaires

Il s’agit de la gestion des chocs, notamment sécuritaires et le récent incendie de la Société Nationale de Raffinage (Sonara). Pour Amadou Sy, il est nécessaire pour le Cameroun de trouver des solutions adéquates pour gérer ce problème. « Le pays fait face depuis quelques temps aux chocs sécuritaires, maintenant on a eu l’incendie à la Société Nationale de Raffinage (Sonara). Il est donc nécessaire de savoir comment gérer ces chocs et surtout gérer l’incertitude le plus vite possible ». Et ce d’autant plus que selon Amadou Sy, « il y a un effet systémique sur le secteur bancaire, les recettes fiscales, non pétrolières ». Pour ce qui est de la crise sécuritaire par exemple, Amadou Sy suggère au Cameroun de « voir comment est-ce que les dividendes de la paix peuvent être récoltés ».

Élargir l’Assiette fiscale pour collecter plus

L’autre défi sur lequel le Cameroun est attendu est relatif à la mobilisation des ressources non pétrolières. Sur ce point, le chef de la délégation du FMI a déclaré qu’il est question pour les autorités publiques de voir « comment élargir l’assiette fiscale pour éviter que ce soit toujours les mêmes qui subissent l’impact de la pression fiscale ». Pour Amadou Sy, en élargissant l’assiette fiscale, il faudra veiller à ce qu’elle demeure soutenable.

Veiller sur la rentabilité des investissements

Le troisième point évoqué par Amadou Sy est celui de l’investissement. Pour lui, il n’est pas question de regarder le fait que le Cameroun s’endette pour réaliser des investissements, encore moins le fait que ces ressources finissent par devenir des soldes engagés non décaissés, mais il faut surtout tenir compte, a-t-il insisté, « des rendements des investissements afin qu’ils soient en phase avec la stratégie du gouvernement ». Pour ce faire, a-t-il martelé, « nous attendons avec impatience les travaux pour l’achèvement du Dsce II », et nous souhaitons, a-t-il conclu, « supporter le Cameroun pour l’atteinte de cet objectif ».

Par Junior Matock

Libertés publiques : le grand bond en arrière

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A la bourse des modèles de démocratie, le Cameroun est l’un des pires élèves. Dans le dernier classement des Etats du monde par indice de démocratie, The Economist Intelligence Unit, classe le Cameroun 132e sur 167 pays. Le fait est que depuis la dernière élection présidentielle, un vent autoritaire souffle dans le pays. En une année seulement, la marche vers la démocratie semble avoir changé de cap. Interdiction systématique des manifestations de l’opposition, arrestations arbitraires, répression sont entre autres dérives qui caractérisent désormais les autorités camerounaises.

Les partis politiques pris pour cibles.
Pas de manifestation autorisée autre que celle du parti au pouvoir. C’est en tous cas l’ordre tacite qui semble avoir été donné aux autorités administratives. En un mois depuis la sortie de prison de Maurice Kamto et certains de ses alliés, le MRC a vu près de 10 demandes de manifestations rejetées par les autorités administratives. Pas plus tard que vendredi dernier, le meeting du MRC qui devait se tenir samedi au stade de Bonamoussadi a été annulé par le Sous-préfet, qui évoque les risques de troubles à l’ardre public. Une délégation du directoire du MRC s’est rendue chez le préfet du Wouri pour tenter d’obtenir la levée de cette interdiction, mais le préfet s’est opposé et le MRC a saisi la justice qui a confirmé l’interdiction de la manifestation. La même semaine, une conférence de presse organisée par Christian Penda Ekoka, président du Mouvement AGIR a été interdite à Yaoundé pour les mêmes motifs. Avant cela, les autorités ont refusé que se tienne, un meeting que le Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale de Cabral Libii entendait organiser à Ngambe, sous le prétexte que le dossier de demande introduit dans le cabinet du Sous-prefet ne contenait pas une pièce attestant que Cabral Libii est le président de cette formation politique. Une série d’interdiction qui inquiète les partis de l’opposition. « C’est comme si le pouvoir est entrain de regretter d’avoir consenti des espaces de libertés, l’une des preuves c’est cette loi du 23 décembre 2014, où, sous prétexte de combattre le terrorisme, on arrache aux populations ce qui est contenu dans la Constitution et dans les lois de 1990 comme libertés fondamentales », regrette Adamou Mongwat, militant de l’UDC. Pourtant le 06 novembre dernier, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais vient de fêter, dans toute l’étendue du territoire, le 37e anniversaire de l’accession de Paul Biya au pouvoir.

Répression et arrestations
En moins d’un an, plus de 400 personnes soupçonnées d’être des militants du MRC ont été arrêtés, plusieurs ont été libérés à l’immédiat et près de 250 ont été jetés en prison. 164 ont été libérés entre le 15 juillet et le 18 octobre et plus d’une cinquantaine se trouvent encore derrière les barreaux. La plupart des personnes ont été arrêtés lors des manifestations organisées par le MRC, mais d’autres ont été interpellés de façon arbitraire et dans des conditions n’ayant aucun lien avec les manifestations. C’est le cas de Wilfried Siewe arrêté le 18 février alors qu’il prenait des photos dans le centre-ville de Yaoundé, ou encore du pasteur Tsafack, interpelés le 8 juin alors qu’il rentrait de son travail et embastillé pendant 47 jours sans mandat de dépôt. En plus des arrestations, plusieurs personnes ont été brutalisées ou blessées lors des manifestations. Au cours de la marche du 26 janvier Célestin Djamen et Michelle Ndocki ont été atteints par balles.

Le gouvernement n’est pas prêt à lâcher du lest.
Sauf quelque dérogation, toutes les manifestations et réunions de l’opposition ont été interdites. Et au regard de l’actualité, les autorités administratives ne semblent pas disposées à lâcher prise. Leur commandant en chef, Paul Atanga Nji ministre de l’Administration Territoriale l’a d’ailleurs dit il y’a quelques mois : « Les activités des partis politiques légalisés au Cameroun sont encadrées par des textes en vigueur, qui seront désormais scrupuleusement respectés. Ceux qui ont l’habitude de défier l’autorité de l’Etat vont désormais se heurter à la rigueur de la loi. Et la loi dans le cas d’espèce sera appliquée avec toute sa rigueur ». Si les autorités s’appuient sur la loi pour interdire les manifestations, certains experts estiment qu’il s’agit tout simplement d’une violation flagrante des libertés fondamentales. Pour ces experts, selon la loi de 1990 sur le régime des réunions et des manifestations publiques, il n’existe pas d’autorisation de manifestation publique au Cameroun.

Droit : Les droits des journalistes menacés

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Travailler comme journaliste au Cameroun n’est pas totalement rassurant. Ces derniers mois, plusieurs d’entre eux ont arrêtés ou brutalisés dans l’exercice de leur fonction. En janvier dernier, deux journalistes du quotidien Le Jour, ont été arrêtés alors qu’ils couvraient la réunion du MRC qui se tenait au domicile d’Albert Dzongang à Douala. Ils ont été conduits à Yaoundé et détenus pendant plusieurs jours à la direction de la police judiciaire. A la suite de ces arrestations, le SNJC avait estimé qu’il s’agissait d’une tentative d’intimidation et avait dénoncé les arrestations des journalistes depuis le début de la campagne à la présidentielle.

Avant eux, c’est la journaliste Mimi Mefo qui avaient été arrêtée. Interpellée pour une publication qu’elle avait faite sur sa page Facebook, la rédactrice en chef de Equinoxe télévision en langue anglaise a été déférée le même jour à la prison centrale de New-Bell. Le Syndicat National des Journalistes du Cameroun qui avait clairement indiqué que la journaliste n’avait commis aucune faute, avait alors décidé du boycott de toutes les activités du gouvernement pendant 10 jours. Les Organisations travaillant pour la liberté d’expression sont inquiètes. L’Ong African Freedom of Expression Exchange comptabilise à 12 le nombre de journalistes arrêtés entre 2017 et 2019. Selon Arnaud Froger, directeur Afrique de l’Ong Reporters Sans Frontières, les entraves à la liberté de presse au Cameroun sont significatives. Il cite les coupures d’internet, les exactions commises à l’encontre des journalistes et des médias, les menaces, les agressions, les intimidations. Il note en outre que « les détentions arbitraires de journalistes et les poursuites devant les tribunaux militaires ou des juridictions spéciales, restent très fréquentes dans le pays ». Citant le cas Ahmed Abba correspondant de RFI, il indique que « la loi antiterroriste avait été utilisée pour maintenir le journaliste en prison ».

Par Joseph Essama

Libertés publiques : Le grand bond en arrière

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La bourse des modèles de démocratie, le Cameroun est l’un des pires élèves. Dans le dernier classement des Etats du monde par indice de démocratie, The Economist Intelligence Unit, classe le pays de Paul Biya 132e sur 167 pays. Le fait est que depuis la dernière élection présidentielle, un vent autoritaire souffle dans le pays. En une année seulement, la marche vers la démocratie semble avoir changé de cap. Interdiction systématique des manifestations de l’opposition, arrestations arbitraires, répression sont entre autres dérives qui caractérisent désormais les autorités camerounaises.

Les partis politiques pris pour cibles

Pas de manifestation autorisée autre que celle du parti au pouvoir. C’est en tout cas l’ordre tacite qui semble avoir été donné aux autorités administratives. En un mois depuis la sortie de prison de Maurice Kamto et certains de ses alliés, le MRC a vu près de 10 demandes de manifestations rejetées par les autorités administratives. Pas plus tard que vendredi dernier, le meeting du MRC qui devait se tenir samedi au stade de Bonamoussadi a été annulé par le sous-préfet, qui évoque les risques de troubles à l’ordre public. Une délégation du directoire du MRC s’est rendue chez le préfet du Wouri pour tenter d’obtenir la levée de cette interdiction, mais le préfet s’est opposé et le MRC a saisi la justice qui a confirmé l’interdiction de la manifestation. La même semaine, une conférence de presse organisée par Christian Penda Ekoka, président du Mouvement AGIR a été interdite à Yaoundé pour « objet non précisé ». Avant cela, les autorités ont refusé que se tienne un meeting que le Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale de Cabral Libii entendait organiser à Ngambe, sous le prétexte que le dossier de demande introduit dans le cabinet du sous-prefet ne contenait pas une pièce attestant que Cabral Libii est le président de cette formation politique.

Une série d’interdictions qui inquiète les partis de l’opposition. « C’est comme si le pouvoir est entrain de regretter d’avoir consenti des espaces de libertés, l’une des preuves c’est cette loi du 23 décembre 2014, où, sous prétexte de combattre le terrorisme, on arrache aux populations ce qui est contenu dans la Constitution et dans les lois de 1990 comme libertés fondamentales », regrette Adamou Mongwat, militant de l’UDC. Pourtant le 06 novembre dernier, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais a fêté, sur toute l’étendue du territoire, le 37e anniversaire de l’accession de Paul Biya au pouvoir.

Répression et arrestations

En moins d’un an, plus de 400 personnes soupçonnées d’être des militants du MRC ont été arrêtés, plusieurs ont été libérés à l’immédiat et près de 250 ont été jetés en prison. 164 ont été libérés entre le 15 juillet et le 18 octobre et plus d’une cinquantaine se trouvent encore derrière les barreaux. La plupart des personnes ont été arrêtés lors des manifestations organisées par le MRC, mais d’autres ont été interpellées de façon arbitraire et dans des conditions n’ayant aucun lien avec les manifestations. C’est le cas de Wilfried Siewe arrêté le 18 février alors qu’il prenait des photos dans le centre-ville de Yaoundé, ou encore du pasteur Tsafack, interpellé le 8 juin alors qu’il rentrait de son travail et embastillé pendant 47 jours sans mandat de dépôt. En plus des arrestations, plusieurs personnes ont été brutalisées ou blessées lors des manifestations. Au cours de la marche du 26 janvier, Célestin Djamen et Michelle Ndocki ont été atteints par balles.

Le gouvernement n’est pas prêt à lâcher du lest

Sauf quelque dérogation, toutes les manifestations et réunions de l’opposition ont été interdites. Et au regard de l’actualité, les autorités administratives ne semblent pas disposées à lâcher prise. Leur commandant en chef, Paul Atanga Nji ministre de l’Administration Territoriale l’a d’ailleurs dit il y’a quelques mois : « Les activités des partis politiques légalisés au Cameroun sont encadrées par des textes en vigueur, qui seront désormais scrupuleusement respectés. Ceux qui ont l’habitude de défier l’autorité de l’Etat vont désormais se heurter à la rigueur de la loi. Et la loi dans le cas d’espèce sera appliquée avec toute sa rigueur». Si les autorités s’appuient sur la loi pour interdire les manifestations, certains experts estiment qu’il s’agit tout simplement d’une violation flagrante des libertés fondamentales. Pour ces experts, selon la loi de 1990 sur le régime des réunions et des manifestations publiques, il n’existe pas d’autorisation de manifestation publique au Cameroun.

Par Joseph Essama

Législatives et municipales : Paul Biya, les élections et la sécession

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Paul Biya toujours annoncé en pompier, mais éloigné du terrain

Paul Biya a décidé. Le Corps électoral est convoqué pour le 9 février 2020, pour élire de nouveaux députés et conseillers municipaux. Le décret présidentiel coupe net le débat sur ce sujet. Une partie de la classe politique l’appelant à proroger le mandat de ces élus. Le temps de régler quelques préalables, notamment le toilettage du Code électoral, et surtout de ramener la paix dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Et sur cette question, l’opposition a cru devoir militer en faveur d’une solution politique face au droit. Et ainsi accepter que le président de la République proroge le mandat des conseillers municipaux, contre le Code la loi qui n’autorise que deux prorogations. Paul Biya n’a pas prêté attention à cette revendication, et a préféré foncer droit.

Si l’opposition peut faiblir et concourir avec ce Code électoral dont elle dénonce la fiabilité, la question de la sécurité dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest demeure énigmatique et aléatoire. Au moment où l’homme convoque le corps électoral, la guerre se porte bien entre les Forces de défense et de sécurité et les séparatistes qui prennent en otage diverses localités de la République. Il est clair que dans cette ambiance, les élections ne pourront pas se tenir dans ces deux régions. Du moins pas sur l’ensemble du territoire. Lors des échéances passées, les opérations avaient été délocalisées. Pour la présidentielle d’octobre 2018, de hautes personnalités originaires des coins reculés de ces deux régions avaient dû changer de bureau de vote. L’ancien Premier ministre Yang Philemon par exemple avait délocalisé son vote de pour Bamenda. La situation avait été plus facile à gérer lors des sénatoriales tenues en 2018. La circonscription étant départementale, Election’s Cameroon (Elecam), l’organe chargé de l’organisation des élections, avait déplacé les bureaux de vote sur des sites sécurisés et a eu recours aux facilités du ministère de la Défense pour diligenter les opérations électorales.

Qu’en sera-t-il le 9 février ? Difficile de le savoir. Toujours est-il que si l’Armée ne parvient pas à assurer une paix durable dans les deux régions en crise, et que les opérations électorales ne s’y tiennent pas, Paul Biya aura acté à sa manière la sécession du Cameroun. D’autant plus qu’une partie des Camerounais ne sera plus concernée par la marche des affaires de la République du Cameroun.

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