« Notre Groupe est un héritage de tous les Camerounais »

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EMMANUEL DE TAILLY, Directeur Général de la SABC

La SABC entend consolider sa place de leader du secteur des boissons au Cameroun, tout en diversifiant ses activités par une forte implantation dans l’agro-industrie. Emmanuel De Tailly, son DG depuis 2017, dévoile les ambitions d’une entreprise qui veut allier croissance économique et engagement social.

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Vous avez récemment inauguré une maïserie à Yaoundé en présence de hauts responsables du Gouvernement et du Groupe Castel. Qu’est-ce qui justifie cet investissement avec de surcroît un pied dans le secteur avicole ?

L’ambition du Groupe SABC – et qui fait partie désormais intégrante de notre Vision – est de devenir un acteur clé de l’agro-industrie au Cameroun. Cette ambition a été confortée par les deux enseignements que nous tirons de la pandémie du Covid-19, à savoir la réduction de la dépendance vis-à-vis de l’extérieur, et l’accroissement de la solidarité entre acteurs économiques et sociaux. Il s’agit de développer les circuits courts et l’économie circulaire, ainsi qu’une forme de souveraineté nationale avec des champions nationaux sur des produits et filières stratégiques. Le projet Compagnie Fermière Camerounaise (CFC) est la concrétisation de cette ambition qui est directement née d’un engagement pris par le Président Pierre Castel auprès du Chef de l’État, son Excellence Paul Biya en décembre 2019. Il consiste à apporter la contribution du Groupe SABC à la promotion de la filière agricole pour créer de la valeur ajoutée locale en lien avec les exploitants agricoles et les éleveurs. Tout cela participe au ‘’Made in Cameroun’’ et au développement durable et solidaire de ce pays. La CFC, filiale à 95% du Groupe SABC, a ainsi pour objectif la valorisation de la filière maïs au Cameroun au travers d’un site agro-industriel intégré, alliant agriculture et élevage. Le gritz de maïs produit par CFC est acheté par SABC, et les sous-produits sont valorisés pour la production de poussins d’un jour et d’œufs à couver, avec alimentation animale et production de farine de maïs alimentaire. Vous l’aurez compris, CFC a donc pour vocation non seulement de développer la production du maïs et d’autres filières agricoles, mais aussi d’autres secteurs tels que la meunerie et l’aviculture. Pour cette dernière, La CFC dispose d’un couvoir capable de produire 90000 poussins d’un jour par semaine, destinés à l’élevage de poulets de chair par des éleveurs camerounais. Avec la CFC, le Groupe SABC donne non seulement vie aux paysans qui cultivent le maïs mais également vie aux projets des éleveurs qui souhaitent entrer dans l’aviculture. Le projet de la Compagnie Fermière Camerounaise s’est donc construit autour de 4 métiers sur 3 filières, avec pour objectif de produire localement ce que nous consommons et de consommer ce que nous produisons afin de créer des opportunités d’emplois et de développement durable, circulaire et solidaire.

Avec cette unité moderne de production, quelle est la nouvelle configuration du parc industriel du Groupe SABC ? Pour quelle valeur ?

Le Groupe SABC dispose désormais de 06 sites industriels avec 10 usines qui fonctionnent autour du principe du moteur industriel qu’est SABC (8 usines) et de ses 2 turbos, l’un agricole qu’est la CFC (une usine) et l’autre manufacturier qu’est la SO-CAVER (une usine). C’est un patrimoine industriel et logistique évalué à 2 milliards d’euros (plus de 1.300 milliards Fcfa). Pour la CFC par exemple, l’investissement global s’élève à 25 milliards de Francs CFA. Pour maintenir à flot un business modèle de cette importance (10 usines, 42 centres de distribution et 1500 véhicules), il faut réinvestir en moyenne annuelle 35 milliards de Francs CFA, soit la quasi-intégralité de nos résultats. L’enjeu est en définitive d’accroitre notre compétitivité pour maintenir un niveau de rentabilité suffisant et éviter d’affaiblir ce business modèle. Il s’agit aussi de se préparer aux enjeux de la ZLE-CAF (Zone de libre échange continentale africaine) avec un grand voisin nigérian qui bénéficie d’une compétitivité plus grande pour plein de raisons objectives (dimension du marché et économies d’échelle, fiscalité incitative sur le local, coût de l’énergie,…).

Quel est l’impact socio-économique de ce large champ d’activité du groupe ?

L’impact socio-économique est significatif (voir l’encadré). SABC est le premier groupe citoyen (étude AS-COMT), l’un des premiers employeurs avec 70% de valeur ajoutée locale sur tous nos produits depuis l’amont jusqu’à l’aval de notre activité, soit l’équivalent de 210 milliards de FCFA annuel. Nous sommes finalement, année après année, décennie après décennie, devenus l’un des premiers contributeurs à l’économie du Cameroun, sous tous ses aspects sociaux et culturels – une sorte de champion national avec un ADN vraiment camerounais fait d’une marche en avant continue et nous en sommes très fiers et conscients.

Pour un si grand groupe industriel, le défi environnemental est de taille. Comment le Groupe fait-il face à ces enjeux ?

Il est important pour un leader d’avoir le minimum d’impact environnemental dans une activité de cette amplitude. Il s’agit donc pour nous de traiter intégralement nos eaux usées avant de les restituer à la nature. Il s’agit de trier et de recycler tous nos déchets et de les valoriser grâce à des partenariats avec des acteurs du recyclage dont nous avons favorisé l’émergence comme NAMéRecycling et RED-PLAST. Il s’agit enfin de faire un ‘’bilan carbone’’ précis et de privilégier un usage combiné de l’énergie hydroélectrique, du gaz et peut-être un jour du solaire, dans notre usine du Nord-Cameroun, par exemple. Toutes ces actions devront nous permettre d’être certifiés ISO 14001 en 2022, afin de faire la démonstration d’un impact environnemental le plus faible possible associé à un impact sociétal le plus grand possible. Nous avons ainsi en 2021 décidé de l’utilisation de palettes plastiques recyclables plutôt que de palettes bois. Nous avons également engagé dans notre responsabilité sociétale des actions de reboisement dans quatre régions du Cameroun et qui portent sur une surface totale de 1200 ha. Enfin, grâce à notre filiale SOCAVER, nous privilégions sans cesse l’utilisation du verre recyclé comme conditionnement de nos boissons.

Concernant spécifiquement la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE), quelle est la stratégie du Groupe ?

À partir de nos cinq axes de stratégie RSE (éducation, santé, arts et culture, environnement, sport), le Groupe SABC est au cœur de la vie des communautés par une implication dans des actions aussi diverses que l’octroi de bourses scolaires, la préservation des richesses culturelles, l’accès à l’eau potable, l’équipement de centres de santé, le partenariat avec des écoles, les relations avec l’Ordre des médecins et l’Institut français du Cameroun, etc. Dans le cadre de la crise sanitaire du Covid, c’est plus d’un milliard de francs CFA que le Groupe SABC a dépensé, en lien avec son écosystème. En octobre 2020, le Groupe SABC s’est engagé auprès du Gouvernement et avec le concours du PNUD, pour une contribution d’un milliard de FCFA sur deux ans dans le cadre du Plan Présidentiel pour la Reconstruction et le Développement (PPRD) du NOSO. C’est sûrement au regard de toutes ces actions que l’étude de perception de la responsabilité sociétale des entreprises faite par ASCOMT/MALARIA nous place pour la quatrième fois (et dont trois fois consécutives) comme la première entreprise citoyenne au Cameroun. Nous en sommes fiers et cela nous encourage à poursuivre sur la voie passionnante de la solidarité, en redonnant finalement une grande partie de la confiance que placent les consommateurs dans nos produits aux communautés de ces mêmes consommateurs avec un investissement annuel de trois milliards de FCFA.

Votre Groupe a récemment débloqué un milliard de francs CFA en soutien à la reconstruction des régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest. Quelle perception peut-on avoir de cet acte ?

En effet, avec la crise sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud- Ouest, ce sont 500 000 personnes déplacées avec une crise sociale et économique majeure ; il manque finalement sept points de PIB au Cameroun avec 23% de son territoire difficilement accessible. Nous pensons donc, avec le GICAM, qu’en plus de la solution politique et de la solution de sécurisation, il faut une solution économique et sociale. Nous nous sommes donc investis résolument et courageusement sur cette voie, avec d’autres entreprises du secteur privé, pour redonner un souffle à ces régions dont la souffrance et la détresse sont importantes. Il s’agit en définitive de procurer de l’emploi, de faire des actions sociétales et de participer à la réhabilitation des infrastructures essentielles, de base.

Au-delà d’être un manager expatrié, vous êtes considéré comme un Camerounophile. Pourquoi ?

Je suis tout d’abord un Africain. Après 24 ans passés sur ce continent dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale (douze au total), mon cœur est ici en Afrique francophone auprès de ceux qui m’ont tant donné et envers qui, en retour, j’ai essayé de m’investir avec engagement et dévouement, et toujours avec l’intention ferme d’être utile et bienveillant car je ne suis que l’hôte de ces pays d’adoption. Pour moi, la règle est de se faire accepter non pas par la fonction mais plus par la capacité à apporter une pierre solide à la formidable construction de ce continent où il faut faire la preuve de sa compétence, de son expertise mais également de ses capacités de cœur, car c’est avant tout un continent de cœur. Dans ce parcours africain, le Cameroun occupe une place particulière, car c’est le seul pays où je fus amené à séjourner à deux reprises en 2011 et 2013 comme directeur régional de Maersk, et aujourd’hui, depuis 2017 en tant que directeur général du Groupe SABC. Voilà donc huit ans que je suis au Cameroun qui est donc mon premier pays d’adoption ; ayant succédé à l’un des plus grands capitaines d’industrie, le Président André Siaka, et donc dépositaire d’un patrimoine, d’un héritage depuis 1948 à faire fructifier pour le bien de tous. C’est une grande responsabilité qui pèse tous les jours ; et comme vous les avez, au Cameroun ce n’est pas qui veut mais qui peut ! Alors je m’investis corps et âme avec mes équipes, car le Cameroun le mérite avec le GICAM, les conseillers du commerce extérieur de la France (CCEF) et mes pairs de CAPA. Mon intention est aussi de participer à cette grande amitié entre la France et le Cameroun, car je crois fermement au destin de la francophonie où le futur, le destin de cet espace de solidarité et de bienveillance sera de mon point de vue essentiellement africain. C’est pourquoi chez SABC nous ne sommes plus que six expatriés, et je m’emploie à diminuer encore ce nombre tant l’intelligence, l’expertise et les compétences dans ce pays sont disponibles. Bref le Cameroun reste le Cameroun et je veux faire du Groupe SABC le modèle agro-industriel du Groupe Castel où chacun de nos produits est un engagement au développement de ce pays. Là est mon ultime ambition avant de quitter ce continent car c’est très probablement mon dernier grand « commandement opérationnel »…

Lors d’un récent plaidoyer, vous avez suggéré au Gouvernement camerounais de faire le choix de l’agro-industrie comme ‘’l’océan bleu’’ du Cameroun. Pouvez-vous être plus clair ?

Nous l’avons exprimé dans le Livre Blanc du GICAM : l’un des piliers du développement inclusif de ce pays et sûrement une des explications de sa résilience actuelle, c’est l’agro-industrie. Le Cameroun a été l’un des tout premiers pays exportateurs des produits de rente comme le café, le cacao, le bois, la banane, le palmier à huile, le caoutchouc, le poivre et même les fleurs ! Mais il est également l’un des premiers pays -compte tenu de sa formidable géographie – pour la culture des matières premières locales comme le maïs, le sorgho, le plantain, le manioc, etc. La transformation agricole, en adossant l’agriculture à l’industrie pour consommer ce que l’on produit et produire ce que l’on consomme, est donc à mes yeux l’une des priorités absolues, à côté des infrastructures à vocation sous régionale et de l’énergie hydro-électrique – les deux autres piliers exposés dans le livre blanc du GICAM – et sur lesquels doit s’appuyer le décollage économique du Cameroun à l’aune de son émergence et surtout de l’ouverture progressive de la ZLECAF. L’agro-industrie avec son moteur et son turbo a donc des impacts à la fois sur le secteur primaire et secondaire. Il a un effet démultiplicateur sur le PIB, ce qui permettra au Cameroun de poursuivre son ambition d’être la locomotive de la zone CEMAC, afin que tous ses acteurs économiques et sociaux puissent couvrir ce marché de cent millions d’habitants qu’est la zone CEMAC et d’accéder en partie à celui de 2,5milliards d’habitants qu’est la ZLE-CAF. Pour cela il faut des champions nationaux sur des filières stratégiques, pour faire de la SND30 une réalité et permettre de relever le défi de l’extrême compétitivité du futur marché de la ZLECAF. Toutes ces propositions ont été exprimées par le GICAM dans son Livre Blanc sur l’économie Camerounaise, publié en 2020.

Après l’inauguration de votre unité de production de gritz de maïs, CFC, quelles sont les perspectives de développement ?

Le Groupe SABC va poursuivre sa profession de foi dans l’avenir agro-industriel du Cameroun, avec l’appui du Groupe Castel qui a fait résolument le choix de ce pays pour développer sa vision agro-industrielle. De moins en moins nous serons des brasseries et de plus en plus nous serons une agro-industrie. C’est la raison pour laquelle le B de SABC va être changé de ‘’Brasseries’’ en ‘’Boissons’’, afin de devenir la Société Anonyme des Boissons du Cameroun pour refléter cette ambition. Nous avons ainsi un plan d’investissement dans notre phase 2, de 90 milliards de FCFA, avec une nouvelle usine en projet dans la région de l’Est et une nouvelle maïserie à l’Ouest. Nous avons aussi l’ambition de poursuivre nos acquisitions pour une croissance externe soutenue tant pour SABC que pour SOCAVER et CFC. L’ambition est d’accélérer notre intégration verticale, pour élaborer un modèle agro-industriel extrêmement performant et compétitif pour affronter les défis de demain tant en termes de taille que d’autonomie sur la base des circuits courts et de l’économie circulaire. Nous porterons ainsi la valeur ajoutée locale à plus de 70%, et pour cela nous souhaitons conclure un pacte de performance avec l’État pour garantir cette vision de long terme et être le partenaire loyal et fidèle du gouvernement dans la mise en œuvre du SND 30 en vue de l’émergence du Cameroun en 2035. Pour bâtir sa souveraineté économique, l’État du Cameroun comme partout ailleurs dans le monde a besoin de construire des champions nationaux par secteur d’activité. Et c’est de cette bienveillance de l’État que le secteur privé, à travers le GICAM et le Groupe SABC, s’est toujours exprimé à travers plusieurs plaidoyers. Plus que jamais, demain LE GROUPE SABC C’EST VOUS, patrimoine et héritage de tous les Camerounais où chacun de nos produits est un engagement au développement de ce pays. Je vous souhaite une très belle année 2022 sous le signe de l’agro- industrie et du « Made in Cameroun » !

Propos recueillis par François Bambou

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