jeudi, juillet 25, 2024
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Maroua : les populations de Kongola-Djiddéo à couteaux tirés avec l’Etat et la Camwater

Les victimes de futurs déguerpissements ont écrit au président de la République.

« Monsieur le président de la République, nous nous remettons à votre sagesse et votre clairvoyance et vous prions d’annuler ce projet de déguerpissement des populations du Canton précité afin qu’elles vivent dans la paix, la joie et le bonheur comme les autres citoyens camerounais. Nous en appelons à votre bon sens comme vous avez toujours su le mettre au service de la population de l’Extrême-Nord en général et celle de Kongola-Djiddéo, en particulier». C’est la principale demande des populations du canton Kongola-Djiddéo, en plein cœur de la ville de Maroua. Dans une lettre signée des victimes des déguerpissements envisagées par l’Etat, au bénéfice de la Camwater pour implémenter des forages. Document publié par L’œil du Sahel. «D’une seule voix, nous portons notre opposition et nos indignations devant vous, contre ce projet qui s’étale sur un terrain de plus de soixante (60) hectares, jetant en pâture et en errance plus de 15.000 âmes, 5 chefferies de troisième degré, deux Lawanats ou chefferies de deuxième degré ».

Pour les occupants de cet espace, c’est une décision inopportune à diverses raisons. Déjà, « certaines sociétés privées d’eau comme Lhoriba, Sahel Clair… ont implanté les leurs sur la même nappe, mais en pleine zone rurale ». Y voyant un « acharnement (…) de nature à éveiller des soupçons quant à la destinée inavouée d’accaparement foncier de la part des personnes chargées de conduire cette opération». Mieux, « le quartier Kongola-Djiddéo subit une pression et une convoitise fréquente pour des investissements d’utilité publique, sans que la population locale n’en tire véritablement des bénéfices. Elle a été délestée il y a de cela quelques années d’une partie de ses terres ancestrales, pour l’implantation des champs expérimentaux de l’Irad sur plus de cinquante (50) hectares et la construction des magasins de l’Office céréalier. Jusque-là, les familles concernées n’ont pas été totalement indemnisées », reveillent-ils. « Pire, depuis trois ans la Camwater a obtenu la DUP (Déclaration d’utilité publique, Ndlr) autour des puits existants dans le quartier, mais n’arrive pas à mobiliser les fonds nécessaires pour indemniser les populations touchées. Ce qui renforce le scepticisme des populations quant à la capacité de cette entreprise à les dédommager sur une étendue aussi importante », soulignent-ils.

Le dossier sur la table de Paul Biya

« De plus, les propriétés visées sont situées en pleine zone urbaine, entre le centre-ville et l’université de Maroua construite à Kongola-Djoulgouf-Kodek. Pour être proche de leur lieu de travail, une centaine d’enseignants d’université, sans compter ceux des lycées et collèges environnants, des magistrats, des médecins et bien d’autres, y ont investi des sommes énormes, la plupart à crédit, pour se construire un abri pour leur famille. Ce sont des habitations d’envergure datant pour certains de moins de cinq (5) ans après des efforts colossaux de viabilisation du quartier (remblayage des routes boueuses, canalisations des eaux, installations des panneaux solaires…). Le quartier abrite plusieurs établissements scolaires fonctionnels, d’autres en attente d’ouverture et un centre de santé intégré », plaident les signataires.
A l’occasion, les signataires de la lettre rappellent l’histoire de leur peuplement : « Monsieur Le Président de la République, nous sommes venus nous installer à Kongola-Djiddéo au vu et au su de toutes les autorités administratives compétentes, en matière de gestion des affaires foncières et d’utilité publique. L’installation de ces habitants a eu lieu pour les uns avant 1960, et pour les autres, après. Nous avons beaucoup investi et construit sur nos terrains respectifs », renseignent-ils.

Le dossier est sur la table de Paul Biya dont les plaignants « comptent sur [le] sens élevé de justice dans le règlement de cette affaire qui pourrait, si rien n’est fait, causer des crises sociales et fragiliser le vivre ensemble ». Pour ces derniers, « l’annulation de ce projet contribuera, à coup sûr, à désamorcer les velléités des esprits surchauffés qui menacent de basculer dans l’opposition déjà à l’affût». Un air de chantage, mais un argument qui peut toujours compter en politique.

Les signataires du recours

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