Fonction publique : recrutements douteux à tous les étages

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La conduite de l’opération dite des « 25 000 jeunes » lancée il y a dix ans pour réduire le chômage des diplômés continue de créer des remous au ministère de la fonction publique.


Ariane Sorelle. Un double prénom déjà responsable de bien de misères dans les couloirs du ministère de la Fonction publique. Il est au moins à l’origine de la suspension provisoire d’un chef de service. La faute de l’infortuné ? Avoir été intransigeant par rapport à ce dossier adossé sur un diplôme identifié comme un faux. Malgré cette sanction, la pression ne retombe pas sur la direction en charge de la gestion des carrières au ministère de la Fonction publique. Une source interne s’émeut des pressions directes du secrétaire général qui croit savoir, sur sa propre foi, que le diplôme querellé n’est pas trafiqué.

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Depuis 2011, le recrutement de la dame n’a cessé d’opposer les techniciens du ministère avec le secrétariat général voire le cabinet du ministre lui même .

La dernière vérification du parchemin auprès du décanat d’une université à Yaoundé a pourtant formellement confirmé son inauthenticité. Elle remonte au 17 mars 2020. Mais qu’importe ? Les pressions se font plus pressantes dans les couloirs du ministère de la Fonction publique.

Depuis 10 ans, les cadres du ministère doivent faire face à la furia de la jeune dame et aux sollicitations de leurs patrons en rapport avec ce dossier en particulier. De quoi susciter un véritable sentiment de peur chez plusieurs personnes au contact de la « bombe ».

Le dossier « Ariane Sorelle » résume à lui tout seul le flou qui a pu entourer l’opération de recrutement des 25 000 jeunes commandée par Paul Biya. Mais plus généralement, elle illustre les errements dans les procédures de sélection des agents publics au Cameroun. Dans tous les cas, la récente suspension a ressuscité les interrogations sur la probité des patrons du ministère de la Fonction publique.

Plus de 300 faux agents de l’Etat

Les plus hauts responsables du ministère de la Fonction publique sont accusés de couvrir les faussaires ; dans tous les cas, d’être prompts à une mansuétude difficile à expliquer. Ainsi en est-il du recrutement frauduleux de quelque 314 personnes. Ces gens avaient été introduites artificiellement dans l’application Sigipes entre 2014 et 2016 sur le compte d’un recrutement de 2008 pourtant clôturé en 2010 .

Michel Ange Angoing était encore à la tête du ministère au moment où l’affaire éclate il y a cinq ans. Les Camerounais attentifs ont pu avoir vent du scandale en écoutant un communiqué-radio diffusé courant juin 2016. Le document demandait nommément à ces 314 personnes de se présenter au ministère de la Fonction publique pour « affaire urgente les concernant ».

À en croire les décharges présentées par les mis en causes dans la tentative d’enquête interne initiée par le ministre d’alors, contresignées par les commanditaires présumés de la fraude et exhumées à ce moment-là, une place de contractuel se négociait autour d’un million de francs CFA. À condition d’avoir l’information, comme le particulier même du ministre Angoing qui a bénéficié de cinq décisions !

À l’époque des faits, Michel Ange Angouing avait transmis le dossier au garde des Sceaux pour enquête. Et en interne, le principal responsable – un certain Souaibou Abdoulaye – avait écopé d’une mise à pied avec suspension de solde pendant trois mois ! Depuis, plus rien ! Nada. L’affaire a disparu, complètement évaporé sans que l’on ne sache le sort réservé à ces personnes soupçonnées, en général preuves à l’appui, d’avoir pris des raccourcis pour entrer dans la fonction publique.

Bras de fer foudroyant

Une disparition au nez et à la barbe de l’actuel ministre Joseph Le et de son secrétaire général Anatole Maïna dont les engagements sont à rebrousse-poil de l’urgence de faire la lumière sur les recrutements interlopes.

En attendant que la justice se saisisse de l’affaire et interroge les auteurs présumés de cette affaire de corruption, un lourd climat de suspicion et de défiance plane au sein du ministère de la Fonction publique. Plusieurs cadres classés « récalcitrants » sont ouvertement accusés de comploter pour faire partir le ministre et son SG ; de quoi déclencher les foudres de Jupiter.

Le dossier « Ariane Sorelle » n’est qu’une des manifestations du bras de fer sourd entre les deux pôles. Et il y a fort à parier que les cadres soient galvanisés par quelques directeurs fortement bridés par le couple MinfopraSG/Minfopra.

L’enjeu à présent pour l’ensemble des acteurs est de savoir si les cabinets du secrétaire général et celui du ministre seront à mesure de réintégrer dame Ariane Sorelle dans le fichier des agents de l’État ou si les fonctionnaires auront le dernier mot. Pour le moment, les multiples conseils, recadrages, intimidations, sanctions n’ont pas réussi à faire plier ces derniers bien décidés les uns après les autres à ne pas laisser passer un dossier rejeté depuis 2012 pour faux diplôme.

Par Jean Omb Njéé

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