mercredi, juillet 24, 2024
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Finance mobile :quand les opérateurs de téléphonie investissent le secteur financier

De la micro épargne vers les micro-crédits, passant par la micro assurance, ils ne cessent de diversifier les services financiers à travers le mobile money.

Le secteur de la téléphonie mobile est en pleine mutation ces dernières années au Cameroun. On s’éloigne de plus en plus de l’époque où le téléphone portable servait uniquement à émettre des appels ou des SMS. Progressivement, les services proposés par les compagnies de téléphonie mobile ont passé le cap de la simple vente de forfaits ou de minutes de communication ou d’accès internet. Le mobile money a fait son entrée sur le marché avec le vent de la digitalisation. Et depuis lors, les innovations avancent à grands pas.

Au départ, le mobile money servait à effectuer des transferts d’argent. Ensuite, de la micro épargne. Les fonds pouvant être utilisés pour effectuer divers paiements tels que les factures d’eau, d’électricité, les achats dans les supermarchés etc. Aujourd’hui, les dernières évolutions portent sur le micro crédit et la micro assurance reposant essentiellement sur le mobile money. Petit à petit, la chaîne de valeur des acteurs de la banque-assurance se voit investie par les opérateurs télécoms.

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En trois ans au Cameroun, MTN et Orange se sont tous deux lancés dans la micro assurance et le micro crédit, tissant des partenariats avec des établissements de micro finance d’une part et des assureurs d’autre part. Ces nouveaux types de services financiers permettent aux abonnés d’emprunter des montants inférieurs à 100 000 FCFA, avec un taux d’intérêt de 7% applicable si le crédit n’a pas été remboursé dans le délai fixé. Pour la micro assurance, elle entend faciliter la souscription à une police par les couches défavorisées. Cette diversification de services proposés par les telco fait naître un nouveau paysage concurrentiel.

D’après certaines analyses, les opérateurs télécoms sont en bonne position pour devenir des leaders de la prochaine génération de la fintech. Leur force réside principalement dans leur forte pénétration à travers le pays, soutient ce courant de pensée. Leur couverture s’étend partout dans le pays. Ce qui n’est pas le cas pour les banques. En outre, les opérateurs possèdent un savoir-faire technique autour des usages mobiles. Ce qui leur donne un avantage sur les concurrents issus d’autres secteurs. Avec cette diversité de services financiers, Orange et MTN disent vouloir offrir des services de plus en plus attrayants et contribuer à l’inclusion financière.

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Le taux de bancarisation dans le pays est encore en deçà de 20% tandis que le taux de pénétration du téléphone portable ne cesse de croître. Il était de 40% en 2020. Même si les banques sont tout aussi engagées dans le mobile banking, leur futur est de plus en plus remis en question. Dans certains pays, des opérateurs télécoms sont allés jusqu’à la mise sur pied des banques digitales.

Interview

Bouba KAELE, spécialiste en marketing et communication

 « Nous aurons toujours besoin de la banque »

Dans un entretien accordé à Défis Actuels, l’expert nous livre son analyse sur les dernières évolutions dans le secteur des télécommunications au Cameroun, du potentiel  du nouveau marché visé par les opérateurs ainsi que de l’avenir des banques.

Des opérateurs de téléphonie mobile au Cameroun proposent progressivement divers types de services financiers. Après la micro-assurance, c’est au tour du micro-crédit. MTN et Orange ont désormais chacun un agrément d’établissement de paiement. Comment analysez-vous ces évolutions vers la fintech?

Les changements que l’on observe dans la distribution des services financiers au Cameroun sont à mettre dans le cadre d’une tendance globale provoquée par les évolutions de la technologie et de l’Internet. Ces changements créent de nouvelles opportunités et des formes nouvelles de consommation et d’accès aux services financiers. Il faut également savoir que dans le domaine de la distribution des services financiers, la transformation digitale suit plusieurs axes comme l’amélioration de l’expérience client par l’extension des canaux de distribution digitaux comme les guichets automatiques de banque (GAB), la banque internet, la banque mobile…; l’amélioration des processus internes, on pourra citer ici le processus de crédit, la gestion des risques, la gestion des réclamations. Et enfin, la transformation du business model avec par exemple le lancement de banques digitales natives avec le mobile comme canal principal de distribution et une infrastructure physique minimale. Avec un taux de bancarisation qui se situe autour de 10%, le marché camerounais offre les caractéristiques d’un gisement de croissance important aussi bien pour les opérateurs de téléphonie mobile que pour les banques et établissements de microfinance. Et, ces acteurs  s’activent chacun suivant son modèle pour capter ces opportunités exceptionnelles et en expansion. Donc on peut lire le développement des nouveaux services  que l’on observe sur le marché camerounais, micro-épargne, le micro-crédit, la micro-assurance… comme une réponse à des besoins insatisfaits des consommateurs.

Quel est selon vous le potentiel de ces nouveaux segments de marché explorés par ces opérateurs ?

Au Cameroun, la présence de l’infrastructure bancaire est faible ou inexistante en dehors des agglomérations urbaines. Yaoundé et Douala concentrent 70% du parc global d’agences bancaires et de guichets automatiques de banque (GAB). Ce fait complique considérablement la vie quotidienne d’une population importante composée d’agriculteurs, de commerçants, d’artisans et de petites entreprises qui opèrent loin des grands centres urbains. Or cette population, non ou faiblement bancarisée, a également besoin d’accéder à la panoplie de services financiers pour régler par exemple des dépenses d’épicerie, des frais de scolarité, des factures d’entreprises de services publics mais aussi à des services financiers classiques (virements, épargne, crédit, assurance…).En 2020, la BEAC évaluait à  près de 15.000 milliards de FCfa le volume  annuel des transactions en monnaie électronique dans la zone CEMAC. Le volume journalier se situant à plus de 40 milliards de FCFA. Dans cette masse le Cameroun représente plus de 70%. Donc vous constaterez, avec moi, que le besoin est réel dans un environnement dominé à plus de 90% par des activités économiques informelles.

Quels pourraient être les bénéfices pour les consommateurs ?

A l’observation, les bénéfices sont nombreux aussi bien pour le consommateur que pour les distributeurs de services financiers. Pour les consommateurs on peut citer les gains de temps, la sécurité des transactions ou encore le service de proximité. Pour les entreprises, on peut citer la croissance des revenus et des parts de marché, la réduction des coûts ou l’amélioration de la qualité de service.

Vers où va t- on selon vous? Peut-on par exemple envisager la mutation des telcos vers la banque digitale, comme on l’a vu pour le groupe orange en Côte d’Ivoire ?

Pour faire face aux changements profonds des habitudes de consommation des produits financiers que l’on observe et, encore plus, à la reconfiguration du marché, les distributeurs de services financiers classiques les banques et microfinances disposent de plusieurs modèles pour rester compétitifs. On peut citer le développement par les banques et établissements de microfinance de canaux digitaux pour apporter les services via plusieurs canaux, ce que l’on appelle en général banque omnical (Internet, sms, GAB, bornes Internet…). Les établissements financiers peuvent également construire des banques digitales. Ici il est question de partir sur un nouveau business model où l’interaction avec le client se fait via les terminaux mobiles avec une infrastructure physique minimale. Ils peuvent également envisager des partenariats avec des fintechs qui développent des services financiers à valeur ajoutée comme des applications de gestion de comptes bancaires ou des applications de paiement. Ils peuvent également développer des partenariats avec des non-telcos de façon à créer un écosystème de produits et services accessibles via le distributeur de services financiers à l’exemple d’agrégateurs de service de paiement de factures. Donc les chemins sont nombreux et chaque acteur fonction de ses choix stratégiques pourra évoluer vers le modèle qui répondra le mieux aux besoins des consommateurs qu’il aura identifié. De mon point de vue, les telcos ne sont pas l’équation, mais ils font partie de l’équation qu’il faudra résoudre.

 Les telcos vont-ils finir par tuer les banques, tout au moins dans le segment du retail/mass market ?

Bien malin, celui qui pourra répondre à cette question de façon tranchée. Le constat fait est que de nombreux services autrefois proposés par les banques comme le transfert d’argent ou le paiement de factures sont déjà assurés, avec un certain succès, par les opérateurs de mobile. De nombreux acteurs s’essaient à d’autres services offerts par les banques comme le financement en s’appuyant sur le financement participatif dont l’éclosion résulte des innovations financières et technologiques mais aussi de la promotion sociale et solidaire. On peut citer ici des produits comme le crowdfunding ou «financement par la foule». Ce mode de financement peut prendre la forme d’un don, d’un prêt encore appelé crowlending ou d’une prise de participation au capital d’une entreprise, ce que l’on appelle le crowequity. Les offreurs de capitaux sont des particuliers et les demandeurs de capitaux des entrepreneurs, des associations, ou des individus qui veulent créer leurs entreprises et qui ne peuvent pas faire appel aux établissements bancaires classiques, en raison de leur manque de solvabilité et du caractère risqué du projet pour ces dernières. Donc pour moi la question n’est pas de savoir si les telcos vont finir par tuer les banques, mais plutôt celle de savoir si les banques dans leur forme, dans le modèle actuel, continueront d’exister à terme. Nous aurons toujours besoin de la banque comme métier, mais peut-être moins des banques, acteurs de la distribution des services financiers.

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