Crise Russo-ukrainienne: Motivations réelles et perspectives à moyen et à long terme

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PREMIERE PARTIE

Il sera toujours important de rappeler que le déclenchement d’une guerre est forcément l’échec de la diplomatie, mais également que la diplomatie est la solution plausible, probable, adéquate et certaine, bien plus sa pathologie.
Nous ne pouvons en aucun cas manquer de signifier que pour une meilleure approche de résolution d’une guerre, d’un conflit ou d’une crise, qu’il faut identifier sa cause. Ce repérage permettra de résoudre aisément la situation crisogène, conflictuelle ou différentielle.
A cet effet, il existe 4 types de déclenchement de conflits : Par décision, contrecoup, occasion et maturation.
S’agissant du cas Russo-Ukrainien, il est affirmatif qu’il s’agit d’un mode de déclenchement par décision. Ce constat avéré devrait rappeler à tous que c’est la Fédération de Russie qui a décidé unilatéralement le 24 Février 2022 d’envahir l’Ukraine (un Etat indépendant et souverain), au nom d’une « opération militaire spéciale », en violant son territoire, franchissant ses frontières au mépris du principe sacro-saint du respect de l’intangibilité des frontières ou encore de leur inviolabilité.

La Russie détient de fait à 75/💯 les clés de l’arrêt-cessation de cette crise, opposant la deuxième armée du monde à la 20ème, mettant en conflit les deux plus grands pays européens en terme de superficie.
Désormais crise puisque mettant en opposition conflictuelle l’Ukraine, la Russie, les territoires séparatistes de l’Est ukrainien (DONBASS), les « Républiques » populaires de Luhansk et de Donetsk, russophones et reconnues comme « Républiques » autonomes distinctes par Moscou le 21 Février 2022. Il faut préciser que cette reconnaissance s’est faite par le Président Vladimirovitch Poutine, dénuée de tout principe axiologique et hors cadre légal.
Cette crise met aussi en opposition idéologique et conceptuelle les pays membres de l’OTAN, les pays se reconnaissant du bloc occidental dans le monde entier contre la Russie, elle, soutenue par la Chine, la Corée du Nord, la Biélorussie, la Tchétchénie, l’IRAN certains pays de l’Amérique centrale et sud, quelques pays asiatiques et y joindre certains pays africains où elle tente d’opérer une mue dépuis quelques temps en apportant à celles-ci en difficulté sécuritaires, un soutien logistique. Ceci à travers ses milices armées privées, la mue semble dès lors une inclusion d’un seuil croissant de coopération économique.
Le cénacle ainsi planté consacre la crise Russo-Ukrainienne, mettant en exergue le scénario d’une crise mondiale complexe.

Les « motivations de la Russie de Vladimirovitch Poutine.
Des raisons géostratégiques, sécuritaires et géopolitiques:

Le Président affirme que le rapprochement de l’organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), une organisation politico-militaire mise en place le 4 Avril 1949 par les pays signataires du Traité de l’Atlantique Nord pour répondre à leurs obligations militaires respectives. Vladimirovitch Poutine, affirme qu’elle est dangereuse pour la Fédération de Russie, ce, malgré l’obséquiosité envers la Russie de la majeure partie des anciennes républiques soviétiques, les pays baltes…, Certains ayant rejoint l’Union Européenne de manière graduelle après la chute du mur de Berlin et l’éffondrement de l’ex URSS. Le Président russe martèle que l’élargissement et la « percée » de l’OTAN aux frontières de son pays représente un véritable danger pour l’existence de la Fédération de Russie. Il le disait déjà à l’ancien Président français François Hollande dès leur première rencontre en 2012, après son accession à la magistrature suprême. Il évoque un encerclement de l’OTAN et une imminente attaque contre la Russie. Il a ainsi toujours manifesté ces craintes qui fatalement ont en 2008 stimulées sa décision d’envahir la Géorgie, une ancienne République soviétique à mi-cheval entre l’Europe et l’Asie, considérée comme la plus avancée pour l’entrée à l’OTAN et très proche de l’Union Européenne.Le Président russe dans un long discours le jour de sa décision d’envahir l’Ukraine, tentant avec peine et galléjade de justifier sa violation du Droit International, a évoqué un Accord énigmatique entre la Russie et l’OTAN après la chute du mur de Berlin, disposant le non rapprochement de l’organisation du Traité de l’Atlantique Nord, aux confins des frontières russes. Il évoquait une trahison, pire une tromperie de la part des occidentaux, n’ayant pas respecté cette clause principale. Dès lors, il parle de la survie de la Russie, une question de souveraineté et voire de sécurité nationale. Il a poursuivi par une tentative de légitimation jurisprudentielle de son invasion en citant les opérations militaires légales de l’OTAN et des Etats-unis dans le monde (Libye, IRAK, Afghanistan, Syrie, Serbie).

Le mythe permanent d’une attaque vécue, entretenue par Vladimirovitch Poutine : Une véritable arlésienne

Certains pro-russes et afficionados dithyrambiques, « poutinophiles », dès la violation du territoire ukrainien, de sa souveraineté, son envahissement le 24 Février 2022, ont voulu justifier maladroitement cet acte illégal grave en évoquant la tension des missiles de CUBA de 1962. Ceux-ci pensaient établir un parallélisme jurisprudentiel. A contrario, ces deux situations sont fondamentalement dissymétriques.
En 1962, les Etats-Unis d’Amérique n’avaient pas envahis l’île de Cuba, ces missiles étaient dirigés directement vers les Etats-Unis d’Amérique, les Etats-Unis d’Amérique avaient engagé un dialogue inclusif avec toutes les parties et rapidement la tension baissa et la crise fut résolue.
En outre, en Stratégie-défense, même en relations internationales, la légitime défense ne se présume pas.


La Russie a -t-elle été victime de menace ou d’intimidations de la part de l’Ukraine ou de l’OTAN? De l’un de ses membres ? La réponse est non?Par contre, elle et ses alliés tel que la Tchétchénie en sont auteurs à l’encontre de la majorité de leurs voisins, les exemples de la Pologne, l’Ukraine, la Finlande, la Suède ou la Roumanie sont courants.
La légitime défense s’exerce et peut être comprise en Droit International ou en Géostratégie, une fois la menace ou l’intimidation est constatée et existante.
Le Président Russe indique dès lors que l’OTAN et l’Union Européenne, s’étant assez rapprochés des frontières de son pays, ayant accepté l’entrée de ses voisins, de plusieurs anciennes républiques soviétiques sont en passe de franchir la ligne rouge, s’ils n’en sont pas déjà arrivés en se rapprochant de plus en plus de l’Ukraine. Un processus d’adhésion étant longtemps mis en branle, ce qu’il voit d’un très mauvais oeil. Il évoque aussi de façon fantasmagorique que l’établissement de bases militaires occidentales en Ukraine sans pour autant les énumérer, indiquer. Telles sont les motivations sécuritaires justifiant selon le Président russe sa violation du Droit International.
A l’opposé il est flagrant qu’une nostalgie insidieuse du « Pacte de Varsovie » hante et anime le Président russe*.

*La volonté souterraine et larvaire de reconstitution du * »Pacte de Varsovie* ».

Les actes et discours quotidiens de Vladimirovitch Poutine trahissent cette volonté de reconstruire cette ancienne Alliance politico-militaire et économique des pays de l’Europe de l’Est mise en place le 14 Mai 1955, avec pour chef de file l’URSS. Cette organisation fut dissoute en 1991, logiquement avec le délitement de l’idéologie communiste, composée de 8 pays , née tout aussi en pleine guerre froide. Le « Pacte de Varsovie » fut dissout en pleine guerre du Golfe, tous ces indices géopolitiques, démontrent une mauvaise lecture stratégique et internationale du Président Putin sur le dynamisme de l’ordre mondial et même son ordonnancement.


Le communisme qui fut le carburant de cette organisation ayant échoué, le « Pacte de Varsovie » ne peut renaître de ses cendres tel un phénix. Cette compréhension erronée des Relations Internationales du Président Putin peut d’ailleurs se lire sur sur sa considération de l’Ukraine. Il nourrit un obscurantisme incroyable et inconséquent en pensant jusqu’à nos jours que l’Ukraine c’est la Russie, sans intégrer que c’est un pays étranger, indépendant, souverain, distinct de la Russie. L’ancien Président français François Hollande, le dit d’ailleurs, il avait fait ce constat.
Pour le Président russe, c’est cette province de l’ancienne URSS, où est née la Russie, créée par le premier TSAR.
Son obstination à ne pas respecter la souveraineté de l’Ukraine, ni lâcher du lest pour que ce pays voisin puisse décider de son destin est exhaustif comme démonstration.

La régence informelle auprès des Oublasts de Luhansk, Donestk.

Une volonté insidieuse d’annexion du Donbass:

Vladimirovitch Poutine a baptisé la guerre que mène son pays en Ukraine, « d’opération militaire spéciale », visant à protéger les populations russophones de l’Est de l’Ukraine appelée le DONBASS, où deux entités du territoire ukrainien, notamment Lugansk et Donestk, manifestent un séparatisme dépuis « la révolution Orange de 2004 » et le conflit armé déclenché en 2013 et 2014 à la suite de « la Révolution du MAÏDAN, elle a vu la chute de l’ancien Président pro-russe LOUKACHENKO. Même si les populations de ces deux régions sont de souches ethniques russes, ce qui est au même titre à Kharkiv, Odessa, Zapporija. Par contre, ce n’est qu’en Crimée que la majorité de la population est de souche ethnique russe.
En 2015, après une bataille sérieuse entre ces séparatistes armés et soutenus par la Russie, contre l’armée régulière ukrainienne, un cessez-le-feu fut conclu avec l’établissement d’une ligne de contact séparant les zones en conflit dans le cadre de l’Accord de MINSK II.
L’arrivée au pouvoir en 2019 du Président Volodymyr Zelensky, aurait pu constituer une aubaine de désescalade surtout avec l’accalmie qui y était déjà observée entre 2015 et 2019. Par ailleurs, le renouvellement des institutionnels est souvent source de détente. La volonté de dialogue fut même manifestée concrètement par le nouveau Président, malheureusement, l’irrédentisme à outrance du Président Putin, tirant les marrons du feu, ne fit rien évoluer. On observera plutôt une intermittence des violations des cessez-le-feu, avec aussi une responsabilité ukrainienne qui n’a pas pu à chaque fois ménager les émotions, transiger. L’armée nationale ukrainienne se verra au nom de garant de l’intégrité territoriale, investie de la mission de protection des frontières, des populations et de l’intégrité territoriale ainsi que des institutions, obligée d’intervenir aux fins des susdites missions obligeantes et régaliennes. Face au régent russe, nourrissant de manière subliminale une volonté d’annexion totale du « DONBASS« , l’armée ukrainienne va réagir contre les séparatistes et chercher à rétablir l’unité nationale. Ceci conduira à l’invasion du 24 Février 20222. Prétextant venir protéger, à la rescousse des populations russophones, contre des ukrainiens pro-occident, qualifiés d’extrêmistes, de nazys, d’où le terme « dénazyfication ».

Un subterfuge-catalyseur de l’annexion du DONBASS:

A la réalité, jusqu’au milieu du 19 ème siècle, le DONBASS était moins peuplé mais il est devenu l’un des pôles les plus importants de l’Industrialisation russe, eût égard aux réserves de charbon. A cette période, l’usage public de l’ukrainien en public fut supprimé dans l’empire russe et le russe s’est imposé comme langue d’enseignement. De nombreux paysans russes ont aussi afflué vers la région industrielle nouvelle. Des motivations économiques se justifient ici très clairement de par ses richesses, ses industries, ses infrastructures. Les motivations stratégiques existent également, en ayant le contrôle de cette région, la Russie a une ouverture salutaire vers la mer d’AZOV, d’où la nécessité de s’accaparer de la ville de Marioupol, son port serait une manne pour la Russie et établirait une ligne continue vers la Crimée. L’étude des invasions opérées par la Russie, démontre d’ailleurs l’importance qu’elle accorde à la mer, aux plages touristiques. Le cas de la Géorgie en 2008 se situait dans ce sillage, avec ses belles plages sur la mer noire, contrastant avec ses villages caucasiens. La Crimée, annexée en 2014 est encore plus illustrative, à travers ses plages adorées par des touristes divers.
Le contrôle de l’entièreté du « DONBASS » est un enjeu majeur, indispensable, calculé et préparé. La reconnaissance de l’autonomie de ces deux régions en 2014, poursuivie de leur indépendance le 21 Février 2022 par la Russie devrait stratégiquement ici de façon linéaire être considérée comme un processus d’annexion complète.

Les perspectives à moyen et à long terme de la crise Russo-Ukrainienne.

A suivre.

Armand Parfait NTSEA
Internationaliste-Géostratège/ Consultant en Relations Internationales-Géostratégie-Stratégies Sécurité-Défense.

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