Sylvie Ndongmo, la présidente de Wilpf Cameroun

Le combat des femmes camerounaises pour la recherche de solutions pacifiques aux conflits et la cohésion sociale a une histoire, écrite au fil des ans, par l’engagement et la sueur de militantes pour la paix. Le temps peut remonter à plusieurs décennies, mais la constance pour un Cameroun paisible est restée pour les femmes camerounaises le ferment de générations de plus en plus nombreuses d’artisanes de la paix. Cependant les défis auxquels elles font face n’ont cessé de croître, avec la multiplication des conflits. Grâce au soutien des partenaires au développement et du gouvernement, les mouvements de femmes se sont structurés pour créer de plus en plus d’espaces aux femmes.

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Une implication ancrée dans l’Histoire

Bien avant la Convention de juillet 2021, pendant et après l’avènement de l’indépendance du Cameroun en 1960, les femmes ont participé à la vie politique et à l’apaisement dans le pays. La détermination des pionnières a contribué à l’émergence des femmes militantes qui se sont frayées un passage à divers niveaux d’activités et de responsabilités, donnant l’opportunité de l’expression des mouvements de femmes, à l’instar du Collectif pour le Renouveau créé en 1982. La dynamique de l’expression des femmes a favorisé la célébration pour la première fois de la Journée des droits des femmes le 8 mars au Cameroun en 1984, la création du Ministère de la Condition Féminine, et bien d’autres avancées.

En 2004, « le CRI des Femmes Camerounaises », mouvement de conscientisation collective par des activités et des conférences à travers le pays, a vu le jour comme mémorandum aux problèmes prioritaires des femmes, suite à un séminaire organisé par la Fondation Friedrich Ebert au profit des femmes des partis politiques. Le CRI est devenu le principal moyen de mobilisation et de sensibilisation des femmes au Cameroun.

A la suite de ce travail des femmes, l’agenda des Nations unies sur Femmes, Paix et Sécurité (FPS) a pris corps au Cameroun, dans un contexte de multiplication des conflits armés dans les pays voisins. En vue de prévenir les conflits sur la base de la Résolution 1325 du CSNU, la réflexion sur la question a commencé au Cameroun en 2012, lors d’un atelier de formation sur la contribution des femmes à l’édification de la paix dans un pays en conflit latent organisé à Douala du 29 au 30 mars. La société civile s’est alors résolue à s’enquérir de l’état des lieux de la Résolution 1325 au Cameroun et initiait un plaidoyer en vue de l’élaboration et la mise en œuvre d’un Plan d’Action National (PAN).

Les femmes camerounaises et la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest

Avec la montée de la violence et des crises ces dernières années au Cameroun, les femmes se sont régulièrement levées pour demander la paix. En l’occurrence, le 7 septembre 2018, des femmes camerounaises originaires du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont organisé un sit-in à Bamenda et Buéa, brandissant des photos des leurs proches tués ou disparus, qu’ils soient des rangs des forces de l’ordre ou des séparatistes ou des civils.

Le 24 octobre 2020, des écoliers ont été tués à Kumba, suscitant un émoi qui s’est répandu au-delà des frontières nationales. Puis, des enseignants ont été enlevés à Kumbo, une école a été brûlée à Limbé dans la région du Sud-Ouest après que les enseignants et les élèves aient été dénudés. La violence s’est poursuivie sans interruption. A la suite de ces actes barbares et bien d’autres, les femmes camerounaises se sont mobilisées en grand nombre une semaine après les tueries des écoliers, pour exiger le retour à la paix à travers une marche et une déclaration publique.

Dès l’appel au dialogue national le 10 septembre 2019, la plateforme de Consultation des Femmes pour le Dialogue National a été mise sur pied et a organisé avec d’autres partenaires, des consultations des associations et groupes de femmes du pays et de la diaspora afin de discuter de la démarche à suivre collectivement pour faire entendre la voix des femmes lors du dialogue national annoncé. La concertation pré-dialogue s’inscrivait en droite ligne du Plan d’Action National de mise en œuvre de la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU).

Salle de veille électorale de la Société civile

Participation au Grand dialogue national

Cette plateforme visait entre autres à engager les femmes dans l’élaboration de solutions durables de consolidation de la paix pour tous les conflits qui secouent actuellement le Cameroun, en mettant un accent particulier sur la construction d’une culture de la paix dans tout le pays. Ainsi, elle va élaborer et soumettre à la table du dialogue, un Mémorandum contenant quelques préalables pour la conduite d’un autre dialogue national en tenant compte des différents conflits et problèmes qui affectent le Cameroun. Ce mémorandum n’a malheureusement pas été pris en compte à la hauteur des attentes, car les parties prenantes principales et la voix des femmes n’a pas suffisamment été prise en compte.

A la suite du GDN, la plate-forme s’est engagée dans un nouveau plaidoyer pour la tenue d’un nouveau dialogue national plus inclusif des principales parties prenantes et qui prend davantage en compte la voix des femmes. A cet effet, la convention qu’organise FES est apparue comme une opportunité extraordinaire, un véritable catalyseur qui aurait pu favoriser la capitalisation par le gouvernement des initiatives telles que le «Cri des femmes camerounaises».

La nécessaire inclusivité

Au regard de cette histoire longue, difficile, mais surtout pleine d’enseignements et d’acquis qui peinent pourtant à être reconnus à leur juste valeur et à être capitalisés par certains tenants de la Convention nationale des femmes pour la paix au Cameroun et d’autres acteurs (étatiques ou non), la Plateforme de Consultation des Femmes Camerounaises pour le Dialogue National s’interroge : peut-on bâtir le futur et construire une paix durable en reniant l’histoire de la lutte pour l’inclusivité et ses principaux acteurs ? Pour quelle raison devrait-on reprendre ce qui est déjà fait, reprendre ce qui est déjà en cours sans les acteurs qui en ont impulsé l’action ? N’est-il pas plus indiqué de capitaliser les acquis ? De renforcer l’existant ? N’est-il pas temps de dépasser les querelles de personnes et construire ensemble ?

Notre position au regard de l’ampleur et de la complexité actuelle de la situation du Cameroun mise en exergue par l’Analyse de la dimension genre dans les conflits (GCA de WILPF, 2019) est que :
– toute initiative qui se veut d’envergure dans la thématique « Femmes, Paix et Sécurité » gagnerait à prendre en compte la longue et riche histoire de l’engagement des femmes camerounaises pour la paix ; ceci en vue d’optimiser les différentes contributions pour une paix durable et la cohésion sociale au Cameroun. Valoriser le travail acharné des femmes au fil des années en faveur de la paix, c’est donner une chance que nos propres efforts soient également valorisés pour une plus grande efficacité de la lutte ;

– toute initiative qui se veut d’envergure dans la thématique « Femmes, Paix et Sécurité» devrait être une opportunité pour mettre en œuvre une synergie globale autour de la paix ; les divergences somme toute normales dans les approches ne doivent pas faire perdre de vue sur l’essentiel : la fin des conflits et la restauration de la paix ;

– la Résolution 1325 et le PAN devraient être adoptés tout naturellement comme instruments majeurs de planification et d’évaluation des activités ;

Les enjeux de l’heure nous renforcent dans l’idée que le combat pour l’inclusivité débuté il y a si longtemps est loin d’être à son terme. Il finira par aboutir et nous permettre à toutes de mieux impacter les conflits au Cameroun : l’on ne peut prêcher la paix et l’unité en répandant les germes de la division ! C’est ensemble que nous sommes plus fortes.
Ensemble, en Paix et en Solidarité.

#PlusFortesEnsemble

#StrongerTogether

Yaoundé, 28 juillet 2021
Plateforme de Consultation des Femmes Camerounaises pour le Dialogue National,

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