Cameroun – France : accords et incertitudes

L'entretien entre Paul Biya et Emmanuel Macron mardi, a non seulement abouti à l’annonce de nouveaux partenariats mais aussi mis en avant la complexité des discussions autour des relations que le Cameroun entretient avec la Russie.

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Cameroun
Biya et Macron

Emmanuel Macron a choisi le Cameroun pour son tout premier déplacement en Afrique depuis le début de son second quinquennat. Un choix auquel le président français entend donner du sens, lui qui dit vouloir accorder toute son attention à la jeunesse africaine, renouer avec une plus grande coopération économique, tout en essayant d’aider le Cameroun à développer sa souveraineté. « Le niveau d’excellence des jeunes diplômés camerounais, les talents qui sont ici présents sont une fierté pour le pays et je pense que le rôle de la France est d’aider au maximum à leur donner une place et leur permettre de réussir », a déclaré M. Macron. Arrivé à Yaoundé dans la nuit du lundi 25 juillet 2022, l’invité de Paul Biya n’aura passé que 24 heures sur le sol camerounais. Les deux chefs d’Etat se sont donc rencontrés le lendemain mardi, au Palais de l’Unité à Etoudi. Les échanges qui ont débouché sur l’annonce de nouveaux accords de partenariat ont également mis en avant la complexité des discussions autour des relations que certains pays entretiennent avec la Russie.

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Partenariats agricoles

Plusieurs sujets étaient en effet au menu de ce tête-à-tête principalement dédié à la sécurité alimentaire. Un pan des discussions a ainsi porté sur de nouveaux partenariats agricoles entre la France et le Cameroun pour combattre la crise alimentaire qui se profile à l’horizon. « Nous avons convenu de poursuivre nos efforts conjoints dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie et des infrastructures ainsi que de la formation et du développement local avec en point de mire l’émergence du Cameroun », a révélé le chef d’Etat camerounais. Pour son interlocuteur, le renouvèlement des accords agricoles avec la France repose sur un objectif de formation, un objectif de production accrue sur le plan agricole, un objectif visant à bâtir une plus grande autonomie africaine en matière d’engrais et d’une production renforcée. « C’est un partenariat public-privé que nous voulons ainsi établir, dixit Emmanuel Macron. L’investissement de la France dans le secteur agricole au Cameroun est évidemment ancien mais c’est une manière de lui donner un nouveau jour, de le renforcer et de permettre de régler la crise qui est la nôtre, par coopération entre nos deux pays, coopération entre nos académies et systèmes de formation, coopération entre nos systèmes publics et privées ».

L’Ukraine et la présence russe en Afrique

L’autre sujet qui a alimenté les discussions entre les deux chefs d’Etat a tourné autour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et principalement les destructions et les souffrances qu’elle occasionne avec des répercussions au plan international en général et national en particulier. Notamment la crise énergétique liée à la hausse du cours des matières premières, les perturbations du marché mondial des céréales et l’inflation généralisée dues aux difficultés d’approvisionnement. Il s’agit selon Paul Biya, des défis globaux qui appellent une riposte globale. « Le président Macron et moi-même, sommes d’avis que tout doit être fait pour arriver à une cessation rapide des hostilités. Pour cela, la logique de la confrontation doit céder le pas à celle de la conciliation et du dialogue », a souligné le chef d’Etat camerounais. A cet égard, son homologue français et lui ont convenu de travailler à l’approfondissement des liens entre leurs deux pays sur plusieurs volets et en particulier en matière de développement économique, de paix, de prospérité et de stabilité. Le Cameroun, comme de nombreux pays africains, ne communiquera donc pas de façon officielle et publique, sa position vis-à-vis de son partenaire russe, devenu ennemi numéro un de l’Europe. Une attitude qui consiste selon Macron « à ne pas qualifier une guerre et à ne pas savoir qu’il en est une parce qu’il y a des pressions diplomatiques ». Et qu’il qualifie « d’hypocrisie ». Lui qui se dit préoccupé par la présence de la Russie sur le continent. La France et l’Europe qui attendent toujours de voir les chefs d’Etat africains se lever et condamner ouvertement les exactions commises par la Russie en Ukraine vont devoir attendre encore longtemps. Les négociations étant basées sur des intérêts divergents.

Renforcer le partenariat stratégique
L’audience accordée à Emmanuel Macron a aussi permis d’évoquer les investissements des entreprises françaises dans un contexte de forte concurrence, marqué par le renforcement des liens entre le Cameroun et la Chine, son premier fournisseur, et la Russie avec qui le pays a récemment renouvelé un accord militaire. Selon les experts français, Paris a voulu à travers ce voyage, s’assurer de la fidélité du partenaire camerounais dans un contexte de perte d’influence dans son ancien pré carré
africain, comme l’illustre les exemples malien, centrafricain et dans une certaine mesure guinéen et burkinabè. Il s’agit en effet d’un partenariat essentiel pour la France surtout, du fait de son rôle stratégique dans l’approvisionnement de la sous-région et notamment du Tchad, où elle possède une base militaire. « Il nous appartient d’être meilleur, plus efficace, d’œuvrer ensemble aussi à une grande transparence des marchés, à une efficacité collective. Là aussi nous en avons longuement parlé mais je souhaite qu’on puisse diversifier cette coopération au-delà des grandes infrastructures et des commodités, qu’on puisse regarder dans le domaine de l’agriculture, de la formation, du numérique, également des industries culturelles créatives, du sport, comment faire davantage », a expliqué M. Macron.

Sécurité et lutte contre le terrorisme

Les deux chefs d’Etat ont également évoqué les menaces à la sécurité dans la sous-région Afrique centrale et les voies et moyens d’y faire face. Si Macron a salué « la qualité de notre coopération de sécurité et défense », ici, il ne cache également pas ses inquiétudes face à la montée en puissance des groupes armés. A cet égard, les deux présidents ont convenu de la renforcer en particulier la formation, nécessaire pour agir contre le terrorisme dans le bassin du lac Tchad notamment. « Nous avons ensemble évoqué cette situation vantée de lutter contre le terrorisme. Nous devons le faire en lien avec tous les pays de la région qui sont touchés par ce phénomène. Nous avons également évoqué la situation de plusieurs pays de la région notamment la RCA et de notre préoccupation commune à l’égard des ingérences qui s’y font jour ».

Améliorer la gouvernance locale

L’autre sujet qui a préoccupé le président français a reposé sur la gouvernance pratiquée au Cameroun. « Nous en avons longuement parlé », a martelé Emmanuel Macron. D’avis que la lutte contre la corruption doit être renforcée, le dirigeant français entend renouveler le soutien de son pays au processus de décentralisation : « Je demeure en effet convaincu, que la régionalisation constitue une réponse à la grave crise qui continue d’affecter le pays dans ses régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Et que c’est par ce processus politique de dialogue, de réforme, d’avancée, de conciliation qu’une solution durable pourra être trouvée ».

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