Le principe est séduisant dans sa simplicité. Plutôt que d’encaisser les remboursements de la dette que le Cameroun lui devait au titre de l’initiative PPTE — Pays Pauvres Très Endettés —, la France a accepté de les réaffecter, sous forme de dons, au financement de programmes de développement sur le sol camerounais. C’est la mécanique du Contrat de Désendettement et de Développement, le C2D, dont la 17e session du Comité d’Orientation et de Suivi s’est tenue le 9 juin 2026 à Yaoundé, sous la co-présidence du ministre des Finances Louis Paul Motaze, du ministre de l’Économie Alamine Ousmane Mey et de l’ambassadeur de France Sylvain Riquier.
Vingt ans après la signature du premier contrat en 2006, les chiffres annoncés sont substantiels. Trois contrats-cadres successifs ont mobilisé 967 milliards de FCFA engagés — environ 1,47 milliard d’euros — dont 871 milliards effectivement décaissés, répartis sur 54 conventions de financement couvrant les infrastructures, l’agriculture, la santé, l’éducation, la formation professionnelle et la gouvernance. Le troisième C2D, signé en 2016 et qualifié de « C2D de la maturité », porte à lui seul une enveloppe de 401 milliards de FCFA, soit plus de 600 millions d’euros.
Mais derrière l’arithmétique flatteuse, la nature exacte du transfert mérite qu’on s’y arrête. Le C2D n’est pas un don ex nihilo. C’est de l’argent que le Cameroun aurait de toute façon versé à Paris qui revient au Cameroun, non pas en liquidités librement disponibles, mais sous forme de programmes dont les orientations sectorielles sont négociées au sein du COS-C2D, instance co-présidée par les deux parties. Les ressources sont « affectées » et leur emploi est encadré. Le Comité d’Orientation et de Suivi a précisément pour mission, selon les documents officiels, d’« orienter la répartition sectorielle des ressources du C2D conformément aux priorités nationales de développement ». La nuance entre priorités nationales librement définies et priorités validées dans un cadre bilatéral est réelle.
L’architecture du dispositif du mécanisme « traduit l’engagement constant de la France à accompagner le Cameroun dans ses efforts de lutte contre la pauvreté », indique le comité d’orientation de suivi du C2D. La formulation dit beaucoup sur la posture des deux parties dans ce partenariat. D’un côté, un bailleur qui « accompagne ». De l’autre, un pays qui reçoit en retour ce qu’il a remboursé, canalisé vers des secteurs définis conjointement.
Ce débat sur la souveraineté financière n’est pas neuf, mais il résonne autrement en 2026, dans un contexte africain où plusieurs capitales ont ouvertement remis en cause la conditionnalité de l’aide française.







