mercredi, mai 20, 2026
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Concrétiser les projets et non justifier les retards

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L’autoroute Yaoundé-Douala en est le symbole le plus éclatant. La première phase, réceptionnée depuis décembre 2022, n’est toujours pas exploitée, tandis que la seconde attend encore ses financements. « Le coût d’objectif de 899 milliards FCFA HT est difficilement mobilisable dans le budget d’investissement public », reconnaît Victor Chi, évoquant la nécessité de recourir aux partenaires techniques et financiers. Une réponse qui, en elle-même, illustre la dérive du modèle actuel : l’État se décharge sur les bailleurs, sans jamais repenser sa capacité à planifier, à prioriser, ni à exécuter dans les temps. Le discours est bien rodé, presque institutionnalisé.

On ne s’interroge plus sur les retards, on les explique. On ne parle plus d’efficacité, mais de patience. Or, après quarante ans de grands projets lancés dans l’enthousiasme et achevés dans la lassitude, le problème n’est plus conjoncturel. Il est presque devenu systémique. Le discours des responsables ne varie presque jamais. « Nos projets prennent du temps à aboutir car ils sont nombreux », affirme Victor Chi, pour qui « le Cameroun est en chantier du Nord au Sud ». Mais cette logique quantitative a montré ses limites. Dix projets lancés et jamais achevés ne valent pas une seule infrastructure livrée dans les délais.

Cette fuite en avant traduit un mode de gouvernance obsédé par l’annonce, et non par le résultat. Rompre avec cette culture, c’est accepter que l’efficacité ne se mesure pas au nombre de rubans coupés, mais à la régularité de l’exécution et à la clarté des responsabilités. L’État doit redevenir maître d’œuvre, non plus spectateur de ses propres blocages. Cela suppose une réorganisation profonde. Planification réaliste, sanctions en cas de retard, et transparence sur les coûts réels. L’un des chantiers prioritaires du huitième mandat ne sera donc pas la construction d’une route, d’un pont ou d’une autoroute, mais celle d’un État capable de livrer ce qu’il promet. Passer d’une gouvernance du constat à une gouvernance de l’action. C’est là que se joue désormais la crédibilité du pouvoir.

PAR LA REDACTION

Relance économique : quand la bureaucratie étouffe l’investissement

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Dans le rapport Doing Business 2020 de la Banque mondiale, le Cameroun se classe 167e sur 190 économies, avec une note de 46,1 sur 100. Ce classement, qui mesure la facilité de faire des affaires, place le pays juste devant le Bangladesh. Ce rapport de l’institution de Bretton Wood, évalue dix domaines, dont la création d’entreprise, les permis de construire, l’accès à l’électricité, le paiement des impôts et la protection des investisseurs.

Ces indicateurs traduisent la complexité d’un environnement réglementaire où la formalité prime souvent sur la performance. Selon la Banque mondiale, une entreprise camerounaise consacre en moyenne 624 heures par an au respect des obligations fiscales et administratives — soit deux fois plus que la moyenne africaine estimée à 307 heures.

Ces lenteurs se traduisent par une perte de productivité et un renchérissement des coûts pour les petites et moyennes entreprises, qui constituent pourtant près de 80 % des emplois créés chaque année, indique l’Institut national de la statistique, en 2023.

Pour Alain Ngai, chargé d’études en économie numérique au Gecam, la situation découle d’un « déficit de transparence et d’une corruption persistante qui entretiennent l’insécurité juridique et fragilisent la compétitivité ». Il souligne que l’opacité des processus administratifs crée un climat de méfiance, décourageant aussi bien les investisseurs nationaux qu’étrangers. Cette inertie structurelle génère des coûts supplémentaires, des retards dans les procédures et une imprévisibilité qui dissuadent les initiatives privées.

L’entrepreneure Rebecca Enonchong, fondatrice d’AppsTech et figure du numérique africain, partage dans une récente sortie, une lecture sans concession du problème : « Le Cameroun souffre d’un excès d’administration. Trop de ministères, trop d’agences, trop de signatures qui se monnayent. Les fonctionnaires deviennent parfois plus riches que les entrepreneurs. » Selon elle, cette sur-administration nourrit une économie de connivence, où les marchés publics sont truqués et les entrepreneurs honnêtes marginalisés. « Le contribuable paie quatre à cinq fois le prix réel des projets », ajoute-t-elle, dénonçant un système où la rente administrative supplante la création de valeur.

Les conséquences économiques sont lourdes : fuite des investisseurs sérieux, entrée d’acteurs opportunistes, baisse de la qualité des projets publics et affaiblissement de l’innovation. Ce cycle entretient un cercle vicieux où la médiocrité devient la norme et la performance l’exception. Dans ce contexte, la digitalisation de l’administration s’impose comme un levier de réforme. L’expérience du Guichet Unique du Commerce Extérieur (GUCE), déjà opérationnel dans le secteur douanier, montre le potentiel d’un traitement dématérialisé des procédures.

Sa généralisation à d’autres domaines — création d’entreprise, fiscalité, foncier, passation des marchés publics — pourrait réduire les délais, limiter les contacts physiques et donc les risques de corruption. La transformation numérique offrirait également une traçabilité accrue des transactions et une meilleure accessibilité des données publiques.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les pays ayant digitalisé au moins 70 % de leurs services publics enregistrent en moyenne 15 % d’investissements directs étrangers supplémentaires. Le succès de ce mandat dépendra de la capacité du nouveau gouvernement à déconcentrer les services, fluidifier les circuits décisionnels et imposer la transparence dans la gestion publique.

Réduire le train de vie de l’Etat : une exigence de rationalisation de la dépense publique

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Pour le moment, l’on pourrait considérer l’Etat comme un gros mammouth, donc le fonctionnement coûte cher au Trésor public. Frais de mission, de communication, d’eau et d’électricité, véhicules administratifs, missions à l’étranger, etc., des milliards sont engloutis chaque année pour dépenses jugées parfois peu nécessaires. Et, il y a de plus en plus une vive critique au sein de l’opinion publique vis-à-vis de l’Etat sur l’opportunité qu’il y a à mener un grand train de vie, dans un pays notamment en quête de financements pour réaliser des projets de développement et lutter contre la pauvreté, endémique au Cameroun.

 Dans ce nouveau septennat, Paul Biya devrait donc changer de cap et réduire considérablement le train de vie de l’Etat. Certes, il avait déjà montré des dispositions dans ce sens, mais il faut aller plus loin. C’est le cas avec ces instructions contenues dans la lettre du Secrétaire général de la présidence à Magloire Séraphin Fouda, le SG du Premier ministère qui indiquaient que «Faisant suite au message du chef de l’État à la nation le 31 décembre 2023, et dans le prolongement de ses directives antérieures relatives à l’objet repris en marge, j’ai l’honneur de vous réitérer ses très hautes instructions prescrivant aux chefs de départements ministériels et aux gestionnaires de crédit de toutes les autres entités publiques, de limiter substantiellement la création des comités/groupes de travail et les dépenses y afférentes, les missions à l’étranger ainsi que les achats de véhicules de fonction et les dépenses de carburant». Et, dans l’ordonnance modifiant la loi de finances de l’État du Cameroun pour l’exercice budgétaire 2024, le président de la République a réduit les prévisions de dépenses de biens et services de 80 milliards de FCFA en 2024.

Les dépenses relatives aux « autres services » ont été réduites à 70,9 milliards de FCFA, tandis que celles liées aux « frais de transport et de mission » des personnels de l’État avaient baissé de près de 2 milliards de FCFA. 1,1 milliard de FCFA étaient destinés à la formation des personnels, 942 millions de FCFA pour les frais « d’entretien et de maintenance », un peu plus de 620 millions de FCFA pour les « frais de relations publiques et de communication », et 51,5 millions de FCFA pour les « frais de loyer », etc.

Par la Rédaction

Paul Biya, le temps du renouvellement

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Depuis des décennies, le Cameroun vit sous le signe d’une continuité devenue doctrine d’État. À chaque remaniement, des visqges connus depuis des lustres réapparaissent, parfois après plusieurs années d’absence, rappelés comme si le temps n’avait aucune prise sur la vie politique. Anciens ministres, directeurs généraux ou présidents de conseils d’administration, certains sont reconduits ou rappelés au service de l’État bien après la retraite. Cette fidélité institutionnelle, que le pouvoir semble présenter comme une garantie de stabilité, traduit aussi une forme d’immobilisme.

Les intérims prolongés, les reconductions et le recyclage des élites sont les symptômes d’un système où la loyauté pèserait davantage que le renouvellement, et où la longévité tiendrait lieu de compétence. Les derniers mois en ont fourni une illustration parlante. Après la démission d’Issa Tchiroma Bakary, en juin 2025, Mounouna Foutsou, ministre de la Jeunesse, a été chargé d’assurer l’intérim au ministère de l’Emploi. Gabriel Mbaïrobe cumule désormais l’Agriculture et le Tourisme, tandis que Fuh Calistus Gentry, secrétaire d’État, dirige toujours par intérim le ministère des Mines depuis le décès de Gabriel Dodo Ndoké en 2023.

À chaque fois, la « continuité du service public » est invoquée, mais la formule pourrait désormais masquer un manque de volonte de renouvellement politique. Dans certaines entreprises publiques, des dirigeants en poste depuis plus d’une décennie dirigent leur établissement comme un prolongement personnel de leur carrière. D’autres, bien qu’ayant atteint la limite d’âge, continuent d’exercer. Une étude de la politologue Viviane Ondoua Biwolé souligne ainsi que 43 présidents de conseils d’administration continuent d’exercer en violation de la réglementation, tout en percevant indûment 634 millions FCFA. Le Cameroun compte pourtant une nouvelle génération de cadres formés localement ou à l’étranger, compétents et disposés à servir.

Mais ces profils demeurent souvent cantonnés aux seconds rôles. L’ouverture à ces compétences, issues aussi bien du secteur privé que de la fonction publique ou de la diaspora, pourrait redonner souffle à l’action publique. La responsabilité d’une telle mutation incomberait naturellement au sommet de l’État.

Plus précisément au président de la République qui vient d’être réélu pour son 8e mandat. Réformer la gouvernance ne signifierait pas rompre avec la continuité, mais la repenser. L’adapter à un monde en mutation, capable d’intégrer le numérique, la transition énergétique, la performance publique et la participation citoyenne. Injecter du sang neuf dans l’appareil d’État ne relèverait pas d’un simple rajeunissement symbolique, mais d’une stratégie de vitalité institutionnelle. Le Cameroun, riche de ses compétences et de sa jeunesse, gagnerait à faire de la relève non un risque politique, mais un instrument de modernisation.

Accès à l’emploi : restaurer la méritocratie

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S’il y a une classe sociale dont les suffrages ne sont pas toujours en faveur de la classe dirigeante actuelle, c’est la jeunesse. Les résultats de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 sont une parfaite illustration de ce sentiment de rejet de la jeunesse vis-à-vis de l’actuel locataire du palais d’Etoudi. Et la raison est toute simple. Cette jeunesse est aujourd’hui confrontée à un chômage endémique, se sent le plus délaissée. Surtout que pour les quelques emplois disponibles, notamment dans la Fonction publique et les sociétés d’Etat, leur accès est de plus en plus compliqué, surtout pour les jeunes issus des milieux défavorisés.

La jeunesse dans son ensemble peut donc espérer que le nouveau septennat accordé au Président Paul Biya soit une occasion de changer la gouvernance dans l’accès aux emplois publics. Que la méritocratie soit restaurée, qu’elle soit le baromètre d’accès aux grandes écoles, à la Fonction publique ou alors dans les recrutements dans les sociétés d’Etat. Toute chose qui permettrait d’installer une saine émulation entre les jeunes dans l’accès à l’emploi. Et finir avec l’achat des places dans les grandes écoles, le parrainage dans les recrutements dans les sociétés d’Etat, etc.

Comme le reconnaissait fort à propos le président de la République, Paul Biya lui-même dans l’un de ses adresses à la nation, « Le chômage des jeunes est un phénomène qui n’épargne aucun pays. Des efforts méritoires sont consentis pour le résorber. J’ai à cet égard prescrit au gouvernement de mettre en place un cadre réglementaire régissant l’aide à l’embauche des primo demandeurs d’emploi ». Il est donc question d’aller au-delà des simples discours, et créer des conditions propices à la création des emplois décents, et surtout changer de gouvernance dans l’accès aux emplois publics.

 Les chiffres du chômage au Cameroun en 2025, faut-il le rappeler, sont sujets à des estimations divergentes : certains indicateurs suggèrent une légère hausse, passant de 6,1 % en 2024 à environ 6,8 %, tandis que des modèles prévisionnels pointent vers un taux d’environ 3,50 %. Les données disponibles font également état d’une situation particulièrement difficile pour les jeunes, avec un taux de chômage élevé, atteignant environ 35 % en 2024, selon la Banque Mondiale, et des défis persistants liés au marché du travail saturé et au décalage entre les compétences et les besoins des entreprises.

Certes, comme le font remarquer certains experts, l’emploi salarié n’est pas le seul moyen d’insertion sur le marché du travail, d’autres voies existent à l’instar des opportunités qu’offrent les domaines tels que l’industrie agropastorale. Les jeunes sont donc appelés à capitaliser les atouts du numérique pour développer l’auto-emploi afin de relever les défis qui se posent avec acuité.

Gouvernance : le président appelé à plus de leadership

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Il est considéré comme une énigme pour de nombreux Camerounais, y compris pour certains de ses ministres, tellement ses sorties sont rares. Paul Biya s’adresse uniquement deux fois l’an à la nation. A l’occasion de la célébration de la fête de la jeunesse et à la veille du nouvel an. En dehors de ces circonstances, difficile d’entendre le président de la République. Le silence du dirigeant fait l’objet de plusieurs curiosités, même scientifiques. « Les silences de Paul Biya : analyse d’une communication de pouvoir », ouvrage paru en 2019 sous la plume du journaliste François-Marc Modzom, confirme bien ce mythe dans la manière de gouverner.

Mais pour bon nombre d’observateurs, il est temps pour l’homme politique de rompre avec ce silence pour impulser un dynamisme, mieux une reddition des comptes au sein de l’appareil gouvernante. Car, il semble absent. Le dernier remaniement du gouvernement date du 4 janvier 2019. Le président n’a pas non plus tenu de conseil ministériel depuis cette période. Or, plusieurs indicateurs de gouvernance ne sont pas au vert.

En matière de corruption par exemple, le Cameroun occupe la 143e place, sur 180 économies dans le classement 2024 de Transparency International. Le pays figure donc parmi les plus corrompus avec un indice de moins de 26 sur une échelle de 100. Des scandales financiers tels que la gestion des fonds covid, de la CAN, ou encore l’affaire Glencore, ont révélé des fautes de gestion graves comme l’attestent des rapports de la Conac. Mais les administrés attendent toujours des sanctions à la hauteur des manquements tandis que la situation sociale se dégrade. Sur 28 millions d’habitants, plus de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit près de 40 % de la population selon la Banque mondiale. Le nombre de pauvres a bondi de 66 % depuis le début des années 2000.

Dans le même temps, le pays projette depuis plusieurs années, d’atteindre un taux de croissance à deux chiffres. Mais il stagne toujours autour de 4%. Les objectifs de croissance seront difficilement atteints dans le contexte actuel selon plusieurs analyses. « En 2023, le PIB/habitant n’était que de 1 674 $US soit une hausse minable de 198$US ou 13,41% en 15 ans, c’est-à-dire une croissance moyenne annuelle de 0,9% qui est largement inférieure à la croissance démographique annuelle pas loin de 3%.

En 2023, le PIB/habitant des pays à revenu intermédiaire était de 6 267 $US avec 2 414 $US pour la tranche inférieure. Il est donc clair qu’au rythme actuel et prévisible, l’écart de croissance du PIB par rapport à la tranche intérieure étant de 740 $US, il faut une cinquantaine d’années pour y parvenir », soutient Babissakana, expert financier dans une lettre adressée à Paul Biya en novembre dernier.

Pour une meilleure efficacité, des critiques espèrent la fin du laxisme et un leadership visible du président de la République durant le nouveau mandat. Même si pour Edmond Biloa, cadre du RDPC, « il ne faut pas interpréter le silence comme étant le manque de parole. Parler c’est transmettre des idées, ne pas parler c’est aussi parler ».

PAR LA REDACTION

   Impéritie, Incurie, Arrogance : ces poisons lents qui tuent le régime Biya de l’intérieur

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Qui peut croire qu’il a fallu trente ans au régime pour enfin offrir aux Lions indomptables de l’équipée historique de 1990 les maisons qui leur avaient été promises ? Pourtant, c’est bien en août 2020 que cette récompense, alors promise par le président Biya, a été attribuée aux valeureux Lions de cette épopée italienne (trois d’entres eux n’ont jamais pu en profiter car décédés entre temps : Louis Paul Mfédé, Tataw Stephen et Benjamin Massing). Trente longues années durant lesquelles la bureaucratie camerounaise a fait ce qu’elle sait faire le mieux : tourner en rond, compliquer les choses les plus simples, bloquer les initiatives et chercher les intérêts individuels de quelques fonctionnaires. Il aura donc fallu trois décennies au gouvernement camerounais pour mener à terme une procédure qui se règle en quelques mois dans la plupart des autres pays. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que de nombreux grands projets piétinent — autoroutes, péages automatiques, complexes touristiques, etc. — lorsqu’ils ne disparaissent pas tout simplement de l’agenda gouvernemental.

Cette forme achevée d’incurie est précisément ce contre quoi de nombreux Camerounais se sont levés le 12 octobre dernier, infligeant au RDPC une défaite historique dans plusieurs grandes villes. Certes, les résultats officiels donnent le président Paul Biya vainqueur, mais la dégringolade de son score national — de près de 20 points — traduit une rupture profonde de confiance entre la gouvernance actuelle et les populations. Le parti au pouvoir, pourtant nanti de moyens financiers, logistiques et humains colossaux, s’est montré incapable de transformer cette puissance, autrefois redoutée, en atout électoral.

En somme, l’impéritie, l’incurie et l’arrogance qui caractérisent nos hauts dignitaires se sont transposées sur le terrain électoral, à travers une multiplication de maladresses et de preuves d’incompétence. Ainsi, cette puissante machine aura même été incapable de réceptionner et de distribuer les gadgets de campagne à temps — exactement comme elle gère les affaires de l’État. Depuis des années, le régime Biya est rongé par trois poisons lents : l’impéritie, l’incurie et l’arrogance.

Trois mots qui résument la lente mais sûre décomposition d’un système qui ne travaille plus que pour lui-même, abreuvant les populations de justifications farfelues là où elles attendent des résultats concrets. Des justifications bancales déclamées avec aplomb, comme si les Camerounais n’étaient qu’un peuple d’abrutis capables de gober toutes sortes de boniments.

L’INCOMPÉTENCE DEVENUE NORME

 Le RDPC n’a jamais manqué de cadres, mais il manque de compétences réelles. La sélection des élites obéit désormais à des logiques d’allégeance, non de mérite. L’accès aux grandes écoles dépend aujourd’hui davantage de l’épaisseur du portefeuille et du tissu de relations haut placées que des aptitudes intellectuelles. Normal, donc, qu’au bout du compte, l’administration soit tenue par une chaîne d’incompétents dont bon nombre ont acheté leur place dans les grandes écoles, puis leurs postes dans la hiérarchie administrative. Dans les structures du parti comme dans celles de l’État, les plus zélés supplantent les plus compétents. Résultat : une direction politique souvent déconnectée du terrain, incapable de lire les signaux faibles de la société.

 Dans le quotidien des Camerounais, cette impéritie se manifeste dans les nombreux projets inachevés, les villes insalubres et l’incapacité de l’État à faire face aux demandes sociales en matière d’emploi, de santé ou d’éducation. Sur le terrain politique, cette incompétence généralisée s’est encore révélée au grand jour durant la campagne électorale : messages brouillons, absence de stratégie de communication cohérente, incapacité à mobiliser la jeunesse urbaine — pourtant jadis pilier des mobilisations. Les « ténors » du régime ont multiplié les meetings sans âme, les promesses ressassées pour la énième fois devant un public aussi maigre qu’incrédule, pendant que l’opposition investissait les réseaux sociaux et réveillait les consciences, tirant parti du ras-le-bol et de la détresse d’une majorité bâillonnée.

L’INDIFFÉRENCE À LA SOUFFRANCE DU PEUPLE

 L’incurie du régime Biya, c’est aussi — et surtout — la négligence érigée en gouvernance. Dans un pays où la vie quotidienne est une épreuve — routes défoncées, hôpitaux délabrés, chômage endémique, corruption omniprésente — le pouvoir semble vivre dans une bulle. Quand l’insécurité monte, les hiérarques du régime élèvent un peu plus leurs clôtures, doublent la garde devant leurs résidences et recrutent des gardes du corps pour leurs familles. Le RDPC, en quasi parti d’État — qui n’a d’ailleurs pas tenu de congrès depuis une décennie — s’est enfermé dans une routine bureaucratique où la victoire électorale est considérée comme un droit acquis, non comme une mission à reconquérir. Or, les Camerounais, qui n’ont jamais été dupes, ont manifestement perdu patience. Dans les grandes villes, notamment Douala, Yaoundé, Bafoussam ou Garoua, une partie de la population urbaine a sanctionné cette incurie par le vote. Le message est clair : on ne gouverne plus un peuple qu’on n’écoute pas. Un message que le régime ferait bien d’entendre et de comprendre avant les élections locales prévues dans quelques mois.

L’ARROGANCE : LE MÉPRIS DES SIGNAUX DU RÉEL

Le troisième poison, peut-être le plus destructeur pour le régime RDPC, c’est l’arrogance. Celle d’un pouvoir qui se croit éternel, qui confond stabilité et immobilisme. Celle d’une élite administrative et politique persuadée que le peuple camerounais lui doit gratitude et obéissance. Cette élite déboule périodiquement dans les villages à bord de véhicules cossus payés par l’État, plus pour exhiber sa « réussite » et chanter les louanges du président, leur bienfaiteur, que pour écouter les populations et chercher des solutions à leurs problèmes. Cette arrogance a conduit à une déconnexion complète entre la base et le sommet. Quand le peuple gronde, on parle de manipulation, dressant les Camerounais les uns contre les autres, avec des arguments ethniques. Quand la jeunesse revendique, on répond par le mépris ou la répression. Quand l’opposition progresse, on se réfugie derrière le déni, voire les discours triomphalistes. Mais cette façade se fissure, et les fissures deviennent des brèches.

 UN AVERTISSEMENT DE L’HISTOIRE

Ce qui s’est passé lors de cette présidentielle est plus qu’un accident électoral : c’est un avertissement historique. Le RDPC, machine politique redoutable dans les années 1990 et 2000, se délite de l’intérieur, minée par l’incompétence doublée de l’arrogance de ses cadres. Sa puissance financière et son maillage territorial ne suffisent plus à masquer sa déconnexion totale des préoccupations populaires. Sa discipline de parti ne compense plus la perte de légitimité. Le RDPC semble avoir oublié que gouverner, c’est servir, non se servir. Que le pouvoir n’est pas un héritage, mais une un charge quasi-sacerdotale au service des populations, surtout les plus démunies. Si le régime Biya veut encore écrire son nom dans l’histoire autrement que comme une longue agonie du pouvoir, il doit changer — non par des slogans, mais par un profond renouvellement moral et politique : rendre la parole au peuple, restaurer la compétence et le sens du devoir, bannir l’arrogance. Faute de quoi, les poisons d’aujourd’hui deviendront les causes certaines de sa chute demain.

PAR LA REDACTION

Le Cameroun et le Maroc unissent leurs caisses de dépôt pour digitaliser et fiabiliser la gestion de l’épargne publique

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Cet accord ouvre un cadre de collaboration entre les deux institutions sur plusieurs volets : transfert de savoir-faire, formation du personnel, ingénierie financière, transformation digitale et gouvernance. En d’autres termes, la CDEC entend tirer profit de l’expérience marocaine dans la gestion et la valorisation des fonds publics et parapublics.

Créée il y a 66 ans, la CDG du Maroc est un acteur central du financement de l’économie marocaine. Elle mobilise et sécurise l’épargne à long terme, investit dans les infrastructures et participe au développement territorial. Son modèle repose sur la double mission de protection des fonds confiés par l’État et les citoyens, et de leur transformation en investissements productifs. C’est précisément cette expertise que la CDEC souhaite adapter au contexte camerounais.

L’accord prévoit notamment la mise en place d’échanges techniques entre les équipes, des programmes de formation et un appui à la structuration des mécanismes internes de gestion des risques. L’ingénierie financière – qui regroupe les méthodes d’analyse et de conception des produits d’investissement – figure au cœur du partenariat, de même que la digitalisation des opérations et l’amélioration des procédures de gouvernance.

La CDEC, encore en phase d’opérationnalisation, cherche à asseoir son rôle d’instrument financier public dédié au financement du développement économique national. Elle a pour mission de collecter, sécuriser et faire fructifier les dépôts provenant de sources diverses, notamment les consignations administratives et judiciaires, les fonds d’assurance, ou encore certaines réserves des établissements publics. L’objectif est de transformer ces ressources dormantes en leviers d’investissement, notamment pour les projets structurants dans les secteurs routier, énergétique et agro-pastoral.

Pour Richard Evina Obam, cette coopération avec la CDG du Maroc permettra d’accélérer la mise en place des outils nécessaires à la gestion moderne des fonds publics à long terme. Elle marque aussi une ouverture vers une approche régionale de la finance publique, fondée sur le partage d’expérience entre institutions africaines de même nature. Deux caisses, deux pays, une même ambition : sécuriser l’épargne nationale et la mettre au service du développement.

BGFI Holding entre sur le marché des capitaux : 10 % du capital ouverts à la BVMAC du 11 novembre au 24 décembre

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Cette opération marque le lancement officiel du processus de cotation de BGFI Holding à la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC). Elle porte sur 10 % du capital social de la holding, à travers l’émission d’actions nouvelles dans le cadre d’une offre publique d’achat (OPA). Autrement dit, une partie du capital du groupe sera proposée à la vente au public, permettant aux investisseurs institutionnels et individuels d’y souscrire.

La période de souscription s’étendra du 11 novembre au 24 décembre 2025. Les titres émis seront inscrits à la cote de la BVMAC et gérés par le Dépositaire Central Unique, structure chargée de conserver les valeurs mobilières et d’assurer la bonne exécution des transactions boursières.

Le groupe précise que BGFIBourse, filiale du réseau, agit comme Arrangeur et Chef de file de l’opération. À ce titre, elle aura la responsabilité de coordonner le placement des titres et de publier les modalités pratiques de souscription dans les prochains jours.

L’introduction en bourse de BGFI Holding, initialement annoncée en juillet 2025, avait été temporairement suspendue. Un groupe d’administrateurs minoritaires avait saisi la justice pour contester la démarche. Le Tribunal de commerce de Libreville a finalement rejeté la requête le 19 septembre 2025, jugeant les accusations « infondées ». Cette décision a permis au conseil d’administration de reprendre le processus dans un cadre juridique clarifié.

En procédant à cette ouverture du capital, BGFI Holding entend lever des ressources destinées à soutenir sa stratégie d’expansion régionale. Le programme prévoit la mise sur le marché de 1 573 536 actions, proposées à un prix indicatif de 80 000 FCFA l’unité. L’opération, dont le montant global est estimé à 125,8 milliards de FCFA, vise à renforcer les fonds propres de la maison mère du groupe BGFIBank et à consolider sa capacité de financement sur le long terme.

La COSUMAF, régulateur basé à Libreville, supervise l’ensemble du marché financier de la zone CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale). Elle veille à la transparence des opérations, à la protection des investisseurs et à la régularité des introductions en bourse.

Créé en 1971, le Groupe BGFIBank est aujourd’hui le premier groupe bancaire de la sous-région Afrique centrale. Son capital social s’élève à 100 milliards de FCFA selon son dernier rapport annuel. Il est présent dans 12 pays, dont le Cameroun, le Gabon, le Congo, la Côte d’Ivoire et la République démocratique du Congo, ainsi qu’en France.

Avec cette introduction en bourse, BGFI Holding Corporation devient l’un des rares groupes bancaires de la région à franchir le pas du marché des capitaux, dans un environnement où la BVMAC cherche encore à renforcer sa profondeur et sa liquidité.

Injustice: Enlevé à Mbouda, détenu à Yaoundé

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Dans un communiqué rendu public le 2 novembre 2025, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) alertait sur la « disparition inquiétante » de son secrétaire communal de Babadjou, une commune du département des Bamboutos. Ce  « depuis le 1er novembre 2025 à 21h40 ». Ludovic Daga, puisqu’il s’agit de lui, n’avait plus donné signe de vie. A en croire le communiqué du MRC, « selon les informations concordantes obtenues auprès de son épouse et de sa famille, Monsieur Ludovic Daga n’est plus joignable par aucun moyen de communication et son domicile a été encerclé par des éléments en tenue dans la nuit du 31 octobre au 1er Novembre 2025 ».

Depuis lors, tant sa famille que son parti, se sont mobilisés pour rechercher. L’enseignant de profession sera retrouvé à Yaoundé dans les locaux de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre), le quartier général des services secrets camerounais. « Nul ne sait ce qu’on lui reproche», craint une source familiale qui redoute des tortures contre l’infortuné.

Défaite de Biya

Dès le départ, le MRC soulignait déjà que « cette disparition qui s’inscrit dans un contexte national marqué par une vague d’arrestations arbitraires et d’intimidations visant les responsables et militants de l’opposition, notamment dans la région de l’Ouest ». ET de fait, outre Anicet Ekane, Aba’a Oyono, Djeukam Tchameni,…plusieurs opposants ont été enlevé par des hommes armés, en pleine nuit. Pour ce qui est de Ludovic Daga, l’homme est conu pour son engagement dans le MRC depuis des années. L’homme réputé « incorruptible», s’est particulièrement démarqué durant la dernière élection présidentielle à Babadjou, commune sous le contrôle du Rdpc, parti au pouvoir, qui a basculé le temps d’une élection, pour l’opposition. Un engagement de ce parti dont nombre de cadres, ont soutenu ouvertement la candidature d’Issa Tchiroma. Lequel opposant a battu Paul Biya dans le département des Bamboutos en général (57,64% contre 33,81%) et dans la commune de Babadjou en particulier.

Au moment où Ludovic Daga séjourne dans les locaux de la Dgre, le MRC « tient les autorités administratives et sécuritaires de la région de l’Ouest, ainsi que les élites politiques locales du RDPC, entièrement responsables de la sécurité et de l’intégrité physique » de son militant. Etant donné que les hauts cadres du parti au pouvoir « ont à plusieurs reprises essayé de manipuler les forces de maintien de l’ordre pour étouffer l’opposition », dénonce un cadre du MRC à Bamessingué, village frère et voisin de Babadjou. « Ils ne supportent pas que ce soient des jeunes qui leur tiennent tête et refusent leur argent», souligne ce dernier. 

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