La rumeur s’est finalement confirmée: Consty Eka est mort. Le roi de la télé s’est éteint ce 16 février 2026 à Abidjan en Côte d’Ivoire. Selon des informations rapportées par le lanceur d’alertes Paul Chouta, »il était pourtant au bureau et bien portant ce lundi à Abidjan, jusqu’à ce qu’il commence à vomir du sang ». C’était ainsi la fin qui s’annonçait pour l’animateur télé. « Conduit à l’hôpital, il a tiré sa révérence », souligne-t-il.
Né sous le pseudonyme Constantin Ekani, celui qui se faisait appeler »le roi de la télévision ». Et de fait, l’animateur télé avait fait les beaux jours de la télévision tant dans son pays qu’en Côte d’Ivoire. Et déjà, c’est une pluie de réaction qui tombe sur les réseaux sociaux. Telesphore Mba Bizo, journaliste en service au poste national de la Crtv, garde de l’homme un souvenir inoubliable : « Consty Eka, le Roi de la télé, révèle le groupe de mon frère aîné, Aimey Bizo, considéré comme le premier boy’s band du Cameroun, Star System, en 1986, dans le programme Music Video Show. La diffusion fut marquée par la puissance de “U Can’t Touch This”, le tube emblématique et unique de la carrière de MC Hammer ». Mireille Fomekong, n’en revient pas: « La mort… Cette visiteuse imprévisible, toujours inopportune, qui s’invite sans frapper et laisse derrière elle le fracas du silence. Consty… mon Ami, mon grand frère, mon soutien secret… », se lamente la communicatrice.
La vulnérabilité des Camerounais ne résulte pas d’une fatalité tropicale mais, de choix politiques défaillants, d’investissements insuffisants et d’un déficit éducatif criant.
Au Cameroun, le gouvernement actuel se concentre sur les soins au niveau des hôpitaux. Il ne travaille pas à ce que le nombre de personnes qui arrivent à l’hôpital soit réduit. Ainsi, il néglige la prévention (approche one health) et il opte pour la construction centres de santé sans plateaux technique.
Et dans ces centres de santé, trois services retiennent le plus d’attention : il s’agit de la morgue en première position, de la pharmacie en deuxième position et du bloc opératoire en troisième position. Ce sont les trois services les plus rentables dans nos hôpitaux à tel point que le marché des gerbes de fleurs et des cercueils florissent dans les environs des hôpitaux. L’on note aussi que le business des médicaments dans les hôpitaux est très capitaliste et en défaveur des malades. Et pour faire fonctionner les laboratoires, la pratique est de prescrire automatiquement une batterie d’examen aux patients qui ont la malchance de venir simplement en consultation.
Un autre choix politique est possible. Celui d’investir massivement dans la santé publique (prévention) pour mettre le système au service des citoyens. Mieux vaut prévenir que guérir. La vaccination, l’assainissement, l’éducation sanitaire, la lutte contre les vecteurs de maladies doivent devenir des priorités. Il faut faire le choix d’œuvrer pour que moins de citoyens tombent malades.
On ne peut pas travailler à construire encore et encore plus de prisons ; il faut travailler pour réduire l’incivisme. Il ne faut pas travailler pour construire encore et encore plus des centres de santé ; il faut investir pour réduire le nombre de malades qui ont besoin des hôpitaux. Et c’est un choix politique à faire.
C’est vrai que les responsables locaux font face aux contraintes de trésorerie et font payer aux malades. Il faut aussi dire que sans moyens adéquats, aucune amélioration n’est possible. Les États africains doivent respecter leur engagement d’Abuja et consacrer au moins 15% de leur budget à la santé. Cela implique des choix budgétaires courageux : moins de dépenses de prestige, plus d’investissements sanitaires. Aussi, il faut former massivement du personnel médical et créer des conditions attractives pour le retenir : salaires décents, environnement de travail, possibilités de recherche, reconnaissance sociale.
Pour le citoyen, il lui faudra une couverture sanitaire universelle et cette sécurité sociale. Chaque citoyen devra pouvoir accéder à des soins de qualité sans risquer la ruine financière. Les expériences de pays comme le Rwanda montrent que c’est possible, même avec des ressources limitées. L’on ne peut pas oublier de mettre l’accent sur le développement de la recherche médicale africaine. Le patrimoine génétique africain reste inexploité dans sa totalité. L’Afrique ne peut rester éternellement dépendante de la recherche étrangère. Elle doit développer ses propres capacités de recherche, adaptées à ses maladies spécifiques.
Il n’existe pas de système de santé au Cameroun ; il existe un système de soins. Tant que le Cameroun n’aura pas construit un système de santé robuste, elle restera à la merci de la prochaine épidémie. La santé n’est pas qu’une question humanitaire. C’est un investissement économique et un impératif de développement. Un peuple malade ne peut construire son avenir. Les camerounais sont malades pour l’essentiel ; ils ne sont pas aptes à construire l’avenir de leur pays.
Une mission du Fonds monétaire international (FMI), dirigée par Christine Dieterich, a séjourné au Cameroun du 29 janvier au 12 février pour mener les entretiens sur la consultation de 2026 au titre de l’article IV des statuts du FMI. Les consultations au titre de l’article IV interviennent annuellement dans tous les pays membres pour examiner les politiques économiques mises en œuvre. C’est pourquoi, même sans être sous-programme avec Fonds Monétaire international, le Cameroun a accueilli cette mission et quasiment tous les hauts responsables du pays en charge des dossiers économiques et des finances publiques lui ont ouvert les portes.
Au terme de cette mission au titre de l’article IV, l’équipe du Fonds monétaire international (FMI) dresse un constat globalement positif de la trajectoire macroéconomique du Cameroun, tout en soulignant l’ampleur des vulnérabilités persistantes. Dans son communiqué de fin de mission, l’institution souligne que « l’économie camerounaise a fait preuve d’une résilience considérable ces dernières années, malgré une succession de chocs externes, mais la croissance économique demeure modérée. Nous prévoyons, indique la cheffe de mission, ́ que la croissance ralentira légèrement en 2025, passant de 3,5 % en 2024 à 3,1 %. Cette prévision tient compte des tensions à la fin de l’année après les élections, qui ont perturbé le commerce, les services et l’investissement, et freiné la demande intérieure. L’inflation a continué de diminuer en 2025, sa moyenne sur 12 mois se modère à 3,4 % er décembre ».
Ce satisfecit n’est pas anodin dans un contexte international marqué par la volatilité des cours des matières premières, le durcissement des conditions financières et les tensions géopolitiques. Selon le FMI, l’économie camerounaise a fait preuve de « résilience face aux chocs extérieurs », grâce notamment à une gestion budgétaire plus prudente et à la poursuite des programmes appuyés par l’institution. La mission note également que la croissance demeure positive et que l’inflation, bien qu’encore élevée, montre des signes de modération.
CONSOLIDATION BUDGÉTAIRE ET MOBILISATION DES RECETTES
Le cœur du satisfecit porte sur la consolidation des finances publiques. Le communiqué souligne que les autorités ont « continué d’améliorer la mobilisation des recettes intérieures » et de « renforcer la discipline budgétaire ». Cette dynamique est jugée essentielle pour préserver la soutenabilité de la dette et restaurer des marges de manœuvre budgétaires. Toutefois, le FMI insiste sur la nécessité d’« accélérer les réformes visant à élargir l’assiette fiscale et à améliorer l’efficacité de l’administration des impôts et des douanes ».
L’enjeu est double : réduire la dépendance aux recettes pétrolières et financer durablement les priorités sociales et infrastructurelles. La mission appelle également à « poursuivre les efforts pour rationaliser les dépenses et améliorer la qualité de la dépense publique », un point sensible dans un contexte de tensions de trésorerie récurrentes.
DETTE, ARRIÉRÉS ET GOUVERNANCE
Sur le front de la dette, l’institution relève des avancées dans la gestion et la transparence, tout en invitant les autorités à « maintenir une stratégie d’endettement prudente » et à « éviter l’accumulation de nouveaux arriérés ». La réduction des arriérés intérieurs demeure une priorité afin de soutenir la liquidité du secteur privé et de renforcer la crédibilité budgétaire de l’État.
Le communiqué met également l’accent sur la gouvernance et la transparence, considérées comme des leviers déterminants pour améliorer le climat des affaires. Le FMI encourage à « renforcer le cadre de lutte contre la corruption et à accroître la transparence dans la gestion des finances publiques ». Ces recommandations s’inscrivent dans une logique de crédibilisation des politiques publiques vis-à-vis des partenaires techniques et financiers, mais aussi des investisseurs.
RÉFORMES STRUCTURELLES ET SECTEUR FINANCIER
Au-delà des équilibres macroéconomiques, la mission du FMI a insisté sur l’impératif des réformes structurelles. Il appelle à « accélérer la mise en œuvre des réformes destinées à améliorer l’environnement des affaires, promouvoir la diversification économique et stimuler l’investissement privé ». La diversification reste en effet un chantier central pour réduire la vulnérabilité aux chocs exogènes et créer des emplois durables. Le secteur financier fait également l’objet d’une attention particulière.
Le communiqué souligne la nécessité de « renforcer la stabilité du système bancaire et d’améliorer l’inclusion financière ». Dans un contexte où l’accès au crédit demeure contraint pour de nombreuses PME, la solidité du système bancaire et la qualité de la supervision prudentielle sont des conditions préalables à une croissance plus inclusive.
UN SATISFECIT SOUS CONDITIONS
Si le ton du communiqué est globalement positif, il demeure conditionnel. Le FMI avertit que les perspectives restent exposées à « des risques importants, notamment liés à l’environnement extérieur et aux contraintes internes ». Les tensions sécuritaires, les aléas climatiques et la volatilité des marchés internationaux constituent autant de facteurs susceptibles de fragiliser les acquis. Raison pour laquelle l’institution recommande au autorités Camerounaises de « poursuivre résolument les réformes engagées » et de « renforcer les filets de protection sociale afin d’atténuer l’impact des ajustements sur les populations vulnérables ».
La dimension sociale apparaît ainsi comme un point d’équilibre délicat : filtrer les dépenses publiques sans compromettre les dépenses sociales. Ce satisfecit du FMI valide la trajectoire engagée, mais il ne vaut pas quitus définitif. Il souligne au contraire que la stabilisation macroéconomique doit désormais se traduire par des transformations structurelles plus profondes. La consolidation budgétaire, l’amélioration de la gouvernance, la diversification économique et la protection des plus vulnérables constituent les piliers d’une croissance durable.
DR BLAISE MOUSSA, Directeur général de la Cameroon Water Utilities (Camwater), Président du 23e Congrès de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA)
Défis Actuels : Monsieur le Président, le 23ᵉ Congrès international de l’AAEA vient de s’achever à Yaoundé. Quel regard portez-vous sur ces quatre jours de travaux ?
Blaise Moussa : Je ressens avant tout une profonde satisfaction, mais aussi une responsabilité renforcée. Yaoundé a été, durant quatre jours, la capitale africaine de la réflexion stratégique sur l’eau et l’assainissement. Ce Congrès n’était pas un simple rendez-vous institutionnel. Il a été conçu comme un espace de solutions, d’innovation et d’engagement concret. Les échanges ont été riches, parfois exigeants, mais toujours orientés vers l’action. C’est exactement ce dont notre continent a besoin aujourd’hui.
Défis Actuels : Le thème retenu, « Eau et assainissement pour tous : des actions fortes pour l’Afrique » était ambitieux. A-t-il trouvé un contenu réel ?
Blaise Moussa : Absolument. Ce thème n’était pas un slogan. Il a servi de fil conducteur à l’ensemble des travaux. Les six grands axes du Congrès ont permis d’aborder toute la chaîne de valeur : de la protection de la ressource jusqu’au service à l’usager, en passant par la gouvernance, le financement, la recherche et l’innovation. Le message est clair : nous n’avons plus le luxe des diagnostics répétitifs. Les solutions existent. Ce qui est attendu, ce sont des décisions courageuses et des mises en œuvre rapides.
Défis Actuels : Justement, quels enseignements majeurs ressortent de ces six grands axes ?
Blaise Moussa : Le premier enseignement est que la durabilité commence à la source. Sans gestion intégrée des ressources en eau, sans protection des bassins versants et sans anticipation des effets du changement climatique, aucun système ne tiendra dans la durée. Le second est que la performance des services dépend moins des infrastructures que de la qualité du management, des compétences humaines et de la gouvernance. Enfin, l’assainissement ne peut plus rester le parent pauvre du secteur. Collecter ne suffit plus : il faut traiter, valoriser et intégrer ces services dans une logique d’économie circulaire.
Défis Actuels : Le Congrès a été présenté comme « orienté solutions ». En quoi s’est-il distingué des éditions précédentes sur ce point ?
Blaise Moussa : La différence tient à l’approche. Nous avons volontairement réduit la place des constats généraux pour privilégier les retours d’expériences opérationnels, les outils concrets et les modèles reproductibles. Chaque Track devait répondre à une question simple : qu’est-ce qui fonctionne, dans quel contexte, et à quelles conditions ? Cette orientation a permis de rapprocher chercheurs, exploitants, collectivités et investisseurs autour d’un même objectif : transformer la connaissance en action. C’est une évolution majeure pour l’AAEA.
Défis Actuels : La question climatique a été omniprésente. L’Afrique est-elle suffisamment armée face à ce défi?
Blaise Moussa : L’Afrique est en première ligne, alors qu’elle contribue très peu aux émissions mondiales. Les sécheresses, les inondations, la variabilité des ressources mettent nos systèmes sous pression. Le Congrès a montré que la résilience climatique doit être intégrée dès la conception des infrastructures, mais aussi dans la gestion quotidienne des services. Cela suppose des données fiables, des outils de modélisation, et surtout une planification à long terme. Nous devons sortir de la logique de réaction pour entrer dans celle de l’anticipation.
Défis Actuels : Peut-on affirmer que l’eau et l’assainissement sont désormais perçus comme des secteurs économiques à part entière ?
Blaise Moussa : Oui, et c’est une évolution essentielle. Longtemps considérés uniquement comme des secteurs sociaux, l’eau et l’assainissement sont aujourd’hui reconnus comme des piliers de la compétitivité économique. Ils conditionnent la santé des populations, l’attractivité des territoires, le développement industriel et la sécurité alimentaire. Le Congrès a clairement montré que chaque dollar investi dans l’eau génère des retombées multiples, en termes de croissance, d’emplois et de stabilité sociale. C’est un message fort adressé aux ministères des finances et aux décideurs économiques.
Défis Actuels : La question du financement revient constamment. Où en est-on réellement ?
Le financement reste un nœud critique. Les besoins sont immenses, mais les ressources publiques sont limitées. Le Congrès a confirmé la nécessité de diversifier les mécanismes : financements concessionnels, partenariats public-privé, financements locaux, et amélioration de la performance financière des opérateurs. Un point a été très clairement posé : sans amélioration du recouvrement des factures et sans maîtrise des pertes, aucun modèle n’est viable. La crédibilité financière est une condition préalable pour attirer les investisseurs.
Défis Actuels : Les collectivités locales ont été très présentes, notamment à travers le Forum des maires. Quel message en retenez-vous ?
Blaise Moussa : Nous en retenons un message très fort, à savoir que les villes sont aujourd’hui en première ligne. L’urbanisation rapide, la gestion des déchets solides et liquides, l’assainissement non collectif sont des défis quotidiens pour les maires. Les expériences partagées, notamment sur la gestion participative et le recyclage, montrent que des solutions locales existent. Mais elles nécessitent un soutien politique clair, des financements adaptés et une forte mobilisation citoyenne.
Défis Actuels :Les collectivités locales semblent réclamer plus de responsabilités. Le secteur est-il prêt à cette décentralisation accrue ?
Blaise Moussa : La décentralisation est une opportunité, mais elle doit être accompagnée. Les maires ont démontré leur capacité d’innovation et leur connaissance fine des réalités locales. Toutefois, cela suppose un transfert effectif de compétences, des ressources financières adaptées et un appui technique constant. Le Congrès a montré que les approches intercommunales et les projets intégrés offrent des perspectives très prometteuses, à condition que l’État joue pleinement son rôle de stratège et de garant.
Défis Actuels : Quel rôle le secteur privé africain peut-il jouer dans cette transformation ?
Blaise Moussa : Un rôle déterminant. Le secteur privé africain est porteur d’innovations, de solutions techniques adaptées et de capacités d’investissement. Les forums d’affaires et les rencontres B2B organisés à Yaoundé ont montré un intérêt croissant pour les partenariats avec les opérateurs publics. Mais ces partenariats doivent être équilibrés, transparents et fondés sur des objectifs de performance clairs. L’enjeu n’est pas de privatiser l’eau, mais de mobiliser toutes les compétences disponibles au service de l’intérêt général.
Défis Actuels : S’agissant toujours d’impact, quel rôle jouent les grandes institutions financières africaines dans cette dynamique ?
Blaise Moussa : Elles jouent un rôle structurant. Au-delà des financements, elles produisent aujourd’hui un savoir stratégique : diagnostics sectoriels, analyses de performance, appui aux réformes. Ce Congrès a montré que la relation entre les opérateurs, les États et les bailleurs évolue vers plus d’exigence, mais aussi plus de partenariat. C’est une évolution saine.
Défis Actuels : Le Congrès a aussi accordé une place importante aux femmes et aux jeunes. Pourquoi cet accent ?
Parce que l’inclusion n’est pas un slogan, c’est une condition de performance. Les femmes jouent un rôle central dans la gestion de l’eau au niveau des ménages, mais restent sous-représentées dans les postes techniques et décisionnels. Quant aux jeunes, ils portent l’innovation, notamment numérique et climatique. Les exclure, c’est se priver de solutions. Donner du pouvoir, des ressources et de la visibilité aux femmes et aux jeunes, c’est renforcer la résilience du secteur.
Défis Actuels : L’innovation et le numérique ontils réellement trouvé leur place dans les débats ?
Blaise Moussa : Oui, très clairement. L’intelligence artificielle, l’analyse des données, les outils intelligents de gestion des réseaux ne sont plus des concepts lointains. Ils sont déjà utilisés pour réduire les pertes, améliorer la qualité de service et optimiser les coûts. Le Congrès a permis de montrer que l’Afrique n’est pas seulement consommatrice d’innovations, mais aussi productrice de solutions adaptées à ses réalités.
Défis Actuels : En tant que Directeur général de Camwater, qu’avez-vous retenu pour le Cameroun ?
Blaise Moussa : Le Cameroun a beaucoup appris de ce Congrès. Les visites techniques ont montré des avancées concrètes, mais aussi les défis à relever. Pour Camwater, cela renforce notre engagement à améliorer la qualité de service, à réduire les pertes, à moderniser nos outils et à renforcer les compétences de nos équipes. Le partage d’expériences avec d’autres opérateurs africains est extrêmement précieux.
Défis Actuels : Quel héritage souhaitez-vous laisser en tant que Président sortant du Congrès de l’AAEA ?
Blaise Moussa : Je souhaite que Yaoundé reste dans les mémoires comme un tournant. Un moment où l’AAEA a affirmé sa maturité et son rôle de plateforme panafricaine de solutions. Nous avons renforcé les partenariats entre opérateurs, encouragé le partage d’expertise et placé la question de l’action concrète au centre. Yaoundé ne doit pas rester un événement ; Yaoundé doit devenir un mouvement.
Défis Actuels : La passation à votre successeur pour le Congrès de 2028 s’est faite dans un esprit de continuité. Un mot sur l’avenir de l’AAEA ?
Blaise Moussa : L’AAEA est une institution solide, portée par des femmes et des hommes engagés. La transition s’inscrit dans une dynamique de continuité et de renforcement. Les prochaines étapes, notamment Dakar 2028, devront capitaliser sur les acquis de Yaoundé et aller encore plus loin dans l’opérationnalisation des engagements.
Défis Actuels : Peut-on dire que l’Afrique est en train de reprendre la main sur son agenda de l’eau ?
Oui, et c’est l’un des signaux les plus encourageants de ce Congrès. L’Afrique ne veut plus seulement diagnostiquer ses problèmes. Elle veut produire et partager ses solutions. Cela passe par des politiques publiques cohérentes, des opérateurs performants, des partenariats équilibrés et une gouvernance responsable.
Défis Actuels : Quel message adressez-vous aux décideurs politiques africains à l’issue de ce Congrès ?
Blaise Moussa : Je leur dirais ceci : l’eau et l’assainissement sont des sujets politiques au sens noble du terme. Ils touchent à la dignité humaine, à la santé publique et à la stabilité sociale. Investir dans ce secteur, ce n’est pas une charge, c’est un levier de développement et de paix. Les choix faits aujourd’hui détermineront la trajectoire de nos pays pour les décennies à venir.
Défis Actuels : Au-delà des aspects techniques, peut-on dire que l’eau est devenue un enjeu de souveraineté et de stabilité en Afrique ?
Blaise Moussa : Sans aucun doute. L’eau est un facteur de paix ou de tension, selon la manière dont elle est gérée. Les ressources transfrontalières, les bassins partagés et les pressions climatiques exigent une coopération renforcée entre États. Le Congrès a rappelé que la sécurité hydrique est indissociable de la sécurité tout court. Investir dans l’eau, renforcer la gouvernance et promouvoir le dialogue régional, c’est contribuer directement à la stabilité du continent.
Défis Actuels : Un dernier mot pour conclure ?
L’eau est plus qu’une ressource. Elle est un droit, un facteur de cohésion et un moteur de développement. Yaoundé a montré que l’Afrique a les compétences, les idées et la capacité d’innover. À nous maintenant de transformer ces atouts en résultats concrets pour nos populations. C’est à cette condition que nous pourrons parler, sans détour, d’eau et d’assainissement pour tous.
Le port de Douala est invité à mettre en place des mécanismes de dénonciation des pratiques illicites (numéros verts, plateformes anonymes) ; renforcer les contrôles internes et la responsabilisation des agents de même qu’ accélérer la dématérialisation. Ce sont les principales recommandations d’une enquête réalisée dans l’enceinte portuaire pour évaluer l’efficacité des procédures de transit, d’importation, de dédouanement et d’enlèvement.
Ce travail mené par l’Observatoire régional des pratiques anormales (OPA) en 2024 a révélé que la dématérialisation est encore incomplète sur la place portuaire de Douala. « Bien que des plateformes numériques existent (GUCE, CAMCIS), leur adoption est partielle. Des procédures comme l’émission du Titre de transit ou la Lettre de Voiture Internationale (LVI) comportent encore des étapes physiques », commente l’étude. Ces contacts physiques entre les acteurs favorisent des paiements illicites décriés par environ 20 à 30 % des Commissionnaires Agrées en Douane interrogés à différentes étapes. Autre constat effectué par l’enquête est que les délais et les coûts restent élevés. Les délais pour la levée de caution, la pose de balises GPS, le traitement SGS, etc sont « majoritairement jugés supérieurs à la normale » selon cette enquête. La durée moyenne du processus de sortie portuaire se situe à 8 jours, le temps de séjour des camions dans le port à 3 jours en moyenne. Quant aux coûts, les formalités diverses peuvent parfois atteindre 180 000 FCFA par camion d’après l’enquête, avec des paiements élevés pour les pesages et GPS.
Ce travail a été réalisé dans le cadre du Programme d’appui à la gouvernance des infrastructures régionales et nationales en Afrique centrale (PAGIRN), financé par l’Union Européenne. Les principaux objectifs étaient d’identifier les blocages dans le processus de dédouanement et de transit ; évaluer la performance des institutions impliquées (Douanes, PAD, GUCE, RTC, etc.) ; recueillir les perceptions des Commissionnaires agréés en Douane et proposer des recommandations concrètes pour fluidifier le transit des marchandises. La même enquête a été effectuée au port de Kribi.
Jean-Yves Massouka,chef de la cellule Facilitation des échanges PAD
« Cette étude vise à réduire les actes de corruption présumés et des faux frais sur la place portuaire »
« Nous avons cru devoir apporter un accompagnement significatif à l’Observatoire des pratiques anormales sur les principaux corridors d’Afrique centrale, pour que non seulement il ait l’ensemble des informations à communiquer, mais également l’ensemble des instruments qui ont été mis à disposition pour faciliter et rendre davantage pertinent cette étude. La place portuaire de Douala-Bonabéri est en train de finaliser son système d’informations portuaires, qui va permettre effectivement de capter l’ensemble des informations, que ce soit des armateurs, que ce soit des consignataires ou aconiers pour que ces informations soient circonscrites dans un module unique et à la disposition des autres parties prenantes. Donc le système d’informations portuaires sera totalement opérationnel d’ici le mois de septembre de l’année 2026 courant, et il y aura donc une dématérialisation totale et effective de la plateforme portuaire de Douala-Bonabéri. N’étant pas dans un environnement idéal et exempt de tout dysfonctionnement, il y a souvent des actes de corruption présumés et des faux frais, comme cela s’entend souvent dans le jargon de facilitation des échanges qui sont identifiés dans la place portuaire de Douala-Bonabéri et dans les autres places portuaires. C’est la raison même de l’opportunité de cette importante étude qui vise effectivement à réduire à sa portion la plus congrue ces dysfonctionnements et de sorte que la plateforme portuaire de Douala-Bonabéri soit la plus fluide et la plus linéaire possible en termes d’importation, d’exploitation et de transit, de cargaison et de marchandise. »
Albert ETOUNDI, pdt du Syndicat National des transitaires, acconiers et consignataires
« Si tout est dématérialisé, on aura trouvé les solutions à tous les problèmes »
« Ce sont des pratiques qui sont initiées par les différents opérateurs avec lesquels le commissionnaire en douane est en contact. À savoir, la douane, les forces de police, vous avez également des contrôles routiers. Au niveau des commissionnaires en douane, nous avons beaucoup de problèmes. Il y a des problèmes de travail extra-légal qui surgissent à chaque coup. Lorsqu’on veut sortir une marchandise, il faut payer ceci, il faut payer cela. Nous avons effectivement des problèmes au niveau des formalités. Mais la loi des finances de 2024, a autorisé que les déclarations d’importation ne soient faites que par les seuls commissionnaires en douane agréés. C’est déjà une avancée. Les marchandises ne vont plus attendre longtemps pour faire une déclaration à la douane avant de la valider. Et ensuite, tout est en train d’être mis en œuvre par le processus de dématérialisation des procédures. Vous savez, quand on dématérialise, la dématérialisation enlève le contact physique. On ne peut plus voir celui qui est en train de traiter votre dossier. On introduit un dossier à la douane, on attend le dossier à la sortie, c’est-à-dire pour avoir un bon de sortie de mise sur camion et que le camion s’en aille vers le corridor. Donc si tout est dématérialisé, je crois qu’on aura trouvé les solutions à tous les problèmes qui se posent. »
Pierre Guillaume BOUM BISSAI, représentant Cemac
Pierre Guillaume BOUM BISSAI, représentant Cemac
« Sur recommandation de l’observatoire, la Cemac a déjà crée la Brigade Mixte Cemac »
« L’Observatoire des Pratiques Anormales est né de la nécessité de disposer d’indicateurs objectifs pour alimenter les politiques communautaires visant à renforcer la fluidité des échanges économiques et consolider notre intégration sous-régionale. Il s’inscrit dans le cadre de la démarche communautaire, décidée par les Chefs d’Etat, visant à donner corps à une véritable libre circulation des biens et des personnes à travers l’interconnexion des infrastructures de transport, l’intégration physique, et la fluidification des échanges. Sur la base des recommandations de l’observatoire, la Cemac a d’ores et déjà crée la Brigade Mixte Cemac, en cours d’opérationnalisation dans les Etats-membres, et sur laquelle nous fondons beaucoup d’espoirs. Cette avancée est un produit concret du travail de l’OPA. De la même manière, avec l’appui de nos partenaires de l’Union européenne, nous travaillons déjà sur la mise en place d’un Observatoire Régional des Transports (ORT) et d’une gestion optimisée des corridors, dans le cadre de partenariat public-privé. »
Qui organisera la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2028 ? Le nom sera livré en début de semaine prochain. Une réunion du Comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF) est prévue ce week-end à Dar Es Salam en Tanzanie, au cours de laquelle les offres de candidatures seront examinées. L’instance faîtière du football africain a reçu trois dossiers de candidatures : le Maroc, l’Ethiopie et un dossier mixte Afrique du Sud-Botswana.
Le Maroc a certainement le meilleur dossier de l’heure. Le royaume chérifien qui sort à peine de la CAN 2025, a des infrastructures neuves et modernes et brandit l’argument de réelles capacités organisationnelles. Après la clôture cahoteuse de la dernière CAN, le Maroc a certainement tiré des leçons qui pourraient lui permettre de mieux organiser l’édition 2028. Après ce mauvais vent, la CAF pourrait donner au Maroc une possibilité de répétition générale de la Coupe du monde 2030 que le pays co-organise avec le Portugal et l’Espagne.
L’Afrique du Sud est un sérieux concurrent au Maroc. Le pays a organisé l’édition 1996, et peut se targuer d’avoir organisé la première Coupe d’Afrique en terre africaine. C’était en 2010, et a tenu le pari. L’Afrique du Sud pourra ainsi tirer le Botswana qui certes est un nain en matière d’organisation de compétitions internationales, et notamment de football ; mais qui est un pays émergent en Afrique, et donc présente des arguments de poids en matière d’infrastructures et de technologies.
Le dossier 2027 non clos
Quant à l’Ethiopie, c’est un pays qui a fait parler de lui lors des premières éditions de CAN, avant de s’éclipser. Loin d’être un foudre de guerre en matière de football, l’Ethiopie connaît l’élite sportive, pour être l’un des pays producteurs de coureurs de fonds (5000m, 10 000m, marathon,…). Par ailleurs, le pays qui abrite le siège de l’Union africaine, est habitué à l’organisation de hauts et grands sommets, et bénéficie d’infrastructures de pointe et de réelles avancées technologiques.
Les dirigeants du football africain pèseront tous les arguments développés par chacun des trois dossiers, pour trancher dans les prochains joueurs, voire les prochaines heures. Mais la CAF n’en a pas fini avec les préalables liés à l’édition 2027. En effet, le trio organisationnel constitué du Kenya, de l’Ouganda et de la Tanzanie, n’a pas encore convaincu la CAF qu’ils seront prêts en matière d’infrastructures sportives. Au cas où ce trio ne satisfait pas, un glissement comme on en a déjà vu, est possible. Et dans ce cas, le défaut de temps pourrait pousser la CAF à désigner un autre organisateur pour sauver les meubles. C’est que la CAF veut désormais organiser la CAN tous les quatre ans, en années paires ; et l’édition transitoire est celle de 2028. Soit un an seulement après l’édition 2027.
Le Port Autonome de Douala (PAD) réagit à la suite d’un communiqué du Groupement des Entreprises du Cameroun (Gecam) exprimant les inquiétudes des représentants des principaux acteurs de la place portuaire au sujet de l’opération de scanning des marchandises. Alors que la communauté des affaires dénonçait la présence de 2 opérateurs (SGS et Transatlantic D SA) au port de Douala entrainant une double facturation et des surcoûts logistiques y afférents, le PAD apporte des précisions.
« Relativement aux tarifs applicables aux Port de Douala-Bonabéri, le PAD précise qu’ils ne peuvent être opposables sans avoir au préalable été homologués par l’Autorité Portuaire Nationale (APN) après un long processus de consultation et d’examen par les membres de la Communauté Portuaire de Douala eux-mêmes. C’est le cas des tarifs appliqués par le PAD depuis janvier 2019 pour les services offerts aux usagers du port de Douala-Bonabéri. », écrit la communication du PAD. Elle poursuit en soulignant que les dispositifs de contrôle non-intrusif de tous les flux imports/exports, marchands et non-marchands en transit au Port de Douala-Bonabéri, actuellement en cours de réorganisation répondent aux directives des pouvoirs publics notamment celles du premier ministre et se font en respect de la règlementation en vigueur.
S’agissant du risque systémique sur l’économie évoqué par le Gécam, le PAD fait savoir que « c’est la décision unilatérale prise par l’Administration des Douanes de ne plus procéder à la liquidation des déclarations qui constitue un véritable risque systémique pour l’activité économique, et non le scanning 100% des marchandises ».
Par ailleurs, le PAD se dit étonné de n’avoir pas été au préalable consulté par le Gecam dont il est membre. Il ajoute que certains des représentants de la communauté des affaires portuaires dont la voix a été portée par le Gecam, à l’instar du CNCC, GPAC, SCADTC, siègent au Comité Consultatif d’Orientation de l’activité portuaire (CCO’PAD). Et, en conséquence sont donc régulièrement écoutés par le PAD dans le cadre de ses initiatives.
« Le PAD tient à rappeler à l’opinion publique que sa mission première est d’assurer, dans le strict respect des lois et règlements en vigueur, la sûreté et la sécurité des navires, des flux imports/exports, des installations portuaires et des personnes, en même temps qu’il veille à l’attractivité à la compétitivité et à la performance opérationnelle du Port de Douala-Bonabéri, pour une Offre de services publics portuaires de qualité à des tarifs compétitifs, pour la croissance des économies nationale et sous-régionale. », conclut l’entreprise.
Le cœur battant du secteur cotonnier africain s’est déplacé cette semaine dans la capitale économique du Cameroun. Réunis sous la bannière de l’Association Cotonnière Africaine (A.C.A.), les dirigeants des sociétés cotonnières du Burkina Faso, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Mali, du Sénégal, de la Tanzanie et du Tchad ont brisé le silence. À travers la « Déclaration de Douala », ils lancent un avertissement solennel aux gouvernements et aux partenaires financiers car l’équilibre de toute une région vacille. Ce document officiel rappelle avec insistance que « le coton constitue un pilier majeur du développement rural, un moteur de création d’emplois, une source importante de devises et un facteur déterminant de stabilité sociale » pour des millions de familles africaines. À travers la « Déclaration de Douala », ces décideurs exhortent les gouvernements à une mobilisation immédiate pour préserver une filière menacée par une tempête économique dévastatrice pour la filière.
Le poids du coton en Afrique
Le coton ne représente pas qu’une simple commodité d’exportation car, en Afrique subsaharienne, il s’érige en véritable garant de la paix sociale et du développement rural. “Plus de 30 millions de personnes dépendent ainsi, directement ou indirectement, de cette fibre pour leur subsistance quotidienne”, souligne le rapport. Au-delà de la simple production agricole, cette culture structure les territoires et finance les économies locales tout en renforçant la sécurité alimentaire des populations. Comme le précise le communiqué final de la rencontre de Douala, “Les sociétés cotonnières africaines font face à un contexte international particulièrement difficile, marqué par des chocs exogènes, une volatilité extrême et des distorsions croissantes du marché mondial qui pénalisent la compétitivité du coton africain. Les échanges au sein de I’A.C.A. confirment une fragilisation financière généralisée : déficits récurrents, tensions de trésorerie, difficultés d’accès au crédit et risque de défaillance dans plusieurs pays. Les participants ont souligné que la préservation de la filière coton constitue un enjeu majeur non seulement pour le développement économique, mais également pour la stabilité sociale et la résilience des territoires ruraux”.
Volatilité du marché mondial
L’A.C.A. pointe du doigt un marché mondial devenu illisible et profondément injuste pour les producteurs du Sud. Depuis plus de trois campagnes consécutives, les cours mondiaux subissent une baisse persistante, une tendance alimentée par des tensions économiques globales et des stocks mondiaux particulièrement élevés. Cette situation est aggravée par une concurrence fortement subventionnée par les grandes puissances agricoles et une parité euro-dollar défavorable qui grignote les marges des exportateurs de la zone CFA. Selon les experts réunis au Cameroun, “aucune visibilité crédible ne permet d’anticiper un redressement durable à court terme, ce qui engendre une fragilisation financière généralisée marquée par des déficits récurrents et des difficultés croissantes d’accès au crédit”.
Au Cameroun, l’ambition de la transformation intégrée
Au Cameroun, la situation revêt une dimension stratégique particulière avec la mise en œuvre d’un projet industriel d’envergure visant à briser le cycle de la dépendance aux marchés extérieurs. Le gouvernement camerounais, en partenariat avec la Sodecoton, a lancé un plan de modernisation technologique visant à porter le taux de transformation locale de la fibre de 2 % à près de 50 % à l’horizon 2030. Ce projet repose notamment sur la construction d’une nouvelle usine de trituration de graines de coton et le renforcement des capacités de filature pour alimenter une industrie textile nationale renaissante. L’objectif est de capter la valeur ajoutée qui échappe actuellement au pays, tout en créant des milliers d’emplois industriels pour compenser les pertes de revenus liées à la chute des cours mondiaux de la fibre brute.
L’Impact Économique et l’Appel à la Résilience
L’impact de cette crise sur l’économie camerounaise est palpable, car le coton demeure le principal moteur économique des régions septentrionales du pays. Une défaillance de la filière entraînerait mécaniquement une hausse de la pauvreté rurale et pourrait fragiliser la stabilité de zones déjà sous pression sécuritaire. La Déclaration de Douala insiste sur le fait que la préservation de ce secteur est un enjeu de résilience pour les territoires ruraux. En conclusion de leurs travaux, l’A.C.A. et ses membres ont réaffirmé leur détermination à travailler en étroite collaboration avec les États et les partenaires financiers pour renforcer la compétitivité d’un secteur qui reste, malgré les crises, un pilier stratégique indéboulonnable du continent africain.
Le diagnostic posé dès l’ouverture du 23e congrès de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement, le lundi 9 février dernier, est lourd. Plus de 400 millions d’Africains n’ont pas accès à une eau potable sécurisée. Environ 700 millions sont privés de services d’assainissement adéquats. Les besoins annuels d’investissement sont estimés à plus de 40 milliards USD.
C’est le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, représentant personnel du chef de l’État qui préside la cérémonie d’ouverture de cette rencontre continentale. À ses côtés figurait notamment Cheikh Tidiane Dieye, ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement du Sénégal et président du Conseil des ministres africains de l’eau.
Pour Olivier Gosso, directeur exécutif de l’AAEA, la question dépasse le seul cadre technique. « À travers le monde, et plus encore en Afrique, la question de l’eau et de l’assainissement est devenue un marqueur du développement, un révélateur des capacités institutionnelles et un test de la solidarité collective. Il est donc de la plus grande importance d’élaborer des stratégies communes appropriées en vue d’améliorer efficacement le service public de l’eau et l’assainissement en Afrique. »
SOUTENABILITÉ BUDGÉTAIRE ET PERFORMANCE DES UTILITIES
Face à l’ampleur du déficit, la question de la soutenabilité financière s’impose. Les États africains évoluent dans un environnement budgétaire contraint, marqué par la pression de la dette et des arbitrages sociaux exigeants. Dans ce contexte, le ministre Gaston Eloundou Essomba, a insisté sur la nécessité de transformer les engagements politiques en instruments opérationnels.
« Ce qui est attendu aujourd’hui, c’est une convergence des volontés, une mobilisation durable et une traduction concrète des engagements pris. Il s’agit de renforcer les institutions, d’améliorer la performance des opérateurs, de garantir la transparence et de mobiliser des financements adaptés. Il s’agit également de promouvoir des partenariats équilibrés, fondés sur la confiance, la responsabilité et l’efficacité.» La question de la performance des utilities revient de manière récurrente dans les échanges. Gouvernance, pertes techniques et commerciales, qualité de la tarification et crédibilité financière conditionnent la capacité du secteur à attirer des capitaux.
Blaise Moussa, président en exercice de l’AAEA et directeur général de la Cameroon Water Utilities Corporation, replace le débat dans une perspective de droits fondamentaux. « L’accès à l’eau potable et à des services d’assainissement adéquats relève de droits fondamentaux, indissociables de la dignité humaine. Leur effectivité requiert des décisions courageuses, des politiques publiques cohérentes et une mobilisation collective soutenue, d’autant plus impérative que l’Afrique connaît une croissance démographique rapide et une urbanisation accélérée. »
Pour lui, Yaoundé 2026 doit marquer un tournant. « L’Afrique ne peut plus subir son destin hydrique, elle doit désormais le maîtriser, l’anticiper et le gouverner. C’est dans cet esprit que nous souhaitons faire de Yaoundé 2026 un moment fondateur, un véritable point de bascule, marquant l’ouverture d’une nouvelle ère pour l’AAEA et, au-delà, pour l’ensemble du secteur de l’eau et de l’assainissement en Afrique. »
RÔLE DES BAILLEURS ET BANCABILITÉ DES PROJETS
Le positionnement des partenaires financiers constitue un autre levier central de l’équation des 40 milliards USD. Michera Chrirwa, directeur du département Eau et Assainissement à la Banque africaine de développement, situe le congrès dans un calendrier stratégique. « Ce congrès intervient à un moment crucial où l’Afrique intensifie ses efforts pour accélérer l’accès aux services d’eau et d’assainissement, renforcer la résilience climatique et réaffirmer son engagement en faveur des objectifs de développement du continent.»
Il souligne que l’année 2026 sera déterminante. « Alors que nous nous préparons au Sommet des chefs d’État de l’Union africaine, prévu plus tard cette semaine, au cours duquel l’eau sera désignée comme thème pour 2026, il était impératif pour nous, à la Banque africaine de développement, de commencer par l’un des aspects les plus stratégiques du secteur de l’eau, les services publics d’eau et d’assainissement représentés ici, ainsi que les institutions affiliées, y compris les autorités de régulation. » Selon le représentant de la BAD, « l’année 2026 s’annonce comme un moment décisif pour le secteur de l’eau en Afrique.
Elle a été proclamée par l’Union africaine comme l’année de l’eau et marquera également le lancement officiel de la nouvelle Vision et Politique africaine de l’eau 2063, un cadre prospectif visant à améliorer durablement l’accès à l’eau et à l’assainissement grâce à un système de soutien renforcé aux prestataires de services. » Au-delà des annonces, la question reste celle de la capacité d’absorption des financements. Maturité technique des projets, structuration financière, bancabilité et partenariats public-privé conditionnent l’accès effectif aux ressources concessionnelles ou commerciales.
ODD 6 ET PRESSION DÉMOGRAPHIQUE
À quatre ans de l’échéance des Objectifs de développement durable, le constat est partagé. Cheikh Tidiane Dieye le formule sans détour. « A quatre ans de l’échéance de la mise en œuvre des objectifs de développement durable, l’ODD 6 notamment, qui vise à garantir l’accès universel et équitable à l’eau propre et à l’assainissement et à assurer une gestion durable des ressources en eau d’ici 2030 semble être un horizon inaccessible. Sur le chemin de l’accès universel se dressent encore des écueils multiples qui en ralentissent le rythme pour en compromettre les résultats.»
Il mise toutefois sur une dynamique collective. « De ces volontés conjuguées naîtra une synergie qui permettra de réaliser le saut qualitatif au-delà des barrières psychologiques ou réelles entre l’ambition et la réalisation. » À Yaoundé, le message est clair. Le déficit d’accès à l’eau et à l’assainissement n’est plus seulement un enjeu social. Il devient un test de crédibilité financière, de gouvernance sectorielle et de capacité à structurer des modèles économiques viables dans un environnement budgétaire sous tension. Le congrès se poursuit avec des sessions techniques et des rencontres dédiées aux financements et aux partenariats.
La Cameroon Water Utilities Corporation, plus connue sous le nom de Camwater, prévoit de mobiliser 10,66 milliards de FCFA pour l’achat de produits chimiques destinés au traitement de l’eau potable. L’information ressort de l’Appel d’offres national ouvert lancé en novembre 2025 par le Directeur général de l’entreprise publique.
Le financement est assuré par le budget de fonctionnement de la Camwater au titre de l’exercice 2026. Les fournitures concernent des produits chimiques pour le traitement de l’eau destinée à la consommation humaine.
La décision d’attribution, prise après avis de la Commission interne de passation des marchés en date du 22 janvier 2026 et après avis favorable du président du Conseil d’administration le 29 janvier 2026, désigne dix lots répartis entre plusieurs entreprises.
Le lot 1 a été attribué à Mawen Enterprise pour un montant de 1,08 milliard FCFA avec un délai d’exécution de cinq mois. Le lot 2 revient à Afcott pour 1,05 milliard FCFA sur cinq mois. Solevo Cameroun décroche le lot 3 pour 1,11 milliard FCFA avec un délai de six mois. Fobs Ltd obtient les lots 4 et 5 pour des montants respectifs de 1,10 milliard FCFA et 1,05 milliard FCFA, chacun sur six mois. Medinov se voit confier les lots 6 et 7 pour 1,03 milliard FCFA et 1,04 milliard FCFA, avec un délai de cinq mois.
Le groupement Mola AMN remporte le lot 8 pour 1,02 milliard FCFA sur six mois. Afcott obtient également le lot 9 pour 1,05 milliard FCFA sur cinq mois. Enfin, le groupement AMN Mola décroche le lot 10 pour 1,03 milliard FCFA avec un délai de six mois.
LA QUALITÉ DE L’EAU REMISE EN QUESTION
Ce programme d’achats intervient dans un contexte marqué par des interrogations récurrentes sur la qualité de l’eau distribuée. Dans un rapport publié en 2023, la Camwater a elle-même mis en lumière des insuffisances au niveau de la station de production et de traitement d’Akomnyada. Le document évoque des défaillances dans le dispositif d’ultrafiltration, notamment en ce qui concerne le dosage de certains produits chimiques comme le chlorure ferrique et la soude à 50 %.
L’entreprise y reconnaît une absence de maîtrise des volumes injectés aux postes de dosage. Ces dysfonctionnements ont alimenté les plaintes de consommateurs signalant une eau parfois chargée en particules solides, colorée ou boueuse à la sortie des robinets. Face à ces situations, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a rappelé le 17 juin 2023 lors des questions orales à l’Assemblée nationale que le numéro vert 8121 peut être utilisé pour signaler non seulement les casses de conduites, mais aussi les problèmes liés à la qualité de l’eau.
Selon le membre du gouvernement, la coloration inhabituelle de l’eau peut survenir après des coupures prolongées. Elle peut être liée à des infiltrations dues à des ruptures de canalisations ou à la présence de conduites en acier galvanisé dans certaines habitations. Ces conduites, en se dégradant, laissent des résidus qui s’accumulent lorsque le réseau n’est pas sous pression et sont entraînés au retour de l’eau. Dans ce cas, il est recommandé de laisser couler l’eau pendant environ une minute pour retrouver une apparence claire.
Le ministre affirme toutefois que la Camwater respecte les normes nationales et celles de l’Organisation mondiale de la santé dans son processus de potabilisation. Il indique également que l’entreprise dispose de mécanismes internes de contrôle de la qualité, appuyés par un partenariat avec un laboratoire externe pour des vérifications inopinées et régulières.