lundi, mai 18, 2026
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Douala: la voie des berges du Wouri prend forme

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Les travaux qui visent à faciliter l’accès de certains quartiers des arrondissements de Douala 5 et Douala 3 au centre-ville progressent conformément au calendrier prévu et seront achevés en 2027. Constat fait par le maire de la ville qui a effectué une visite de chantier le 9 avril dernier pour s’en assurer.

En cours depuis le 10 juin 2025, les travaux du projet d’aménagement de la voie sur les berges du fleuve Wouri avancent à un rythme satisfaisant selon le maire de la ville. Roger Mbassa Ndiné a effectué une descente sur le site des travaux le 9 avril dernier pour apprécier le niveau d’avancement des travaux. Les réalisations physiques à ce jour selon les équipes de la municipalité comprennent notamment la démolition des anciens caniveaux sur l’ensemble de la voie de raccordement ; les fouilles et la pose de caniveaux en béton préfabriqué sur certains tronçons. On note également l’approvisionnements en matériaux et éléments préfabriqués en cours tels que la pouzzolane ou des caniveaux préfabriqués en béton.

Globalement, le projet consiste à la construction d’une voie de 10 km entre le rond-point Déïdo et le Rond-point Maetur à Bonamoussadi. Il comprend un quai principal de 2 x 2 voies avec terre-plein central sur une longueur de 3900 m, deux boulevards urbains de 2 x 2 voies avec terre-plein central pour raccorder la voie au rond-point Maetur sur 1700 m d’une part, et du prolongement sur 400 m de l’axe lourd Bepanda. Des voies de déviations vers les zones de carrières identifiées et des passages à niveau pour la traversée du quartier vers le fleuve, un mur de soutènement et des remblais pour des zones marécageuses, une piste piétonne et une voie de desserte pour les quartiers traversés sont aussi prévus. Ceci, en plus des aménagements divers tels que des espaces marchands, belvédères, débarcadères, etc.

Le marché pour la construction a été confié à China First Highway Engineering Company (Cfhec), le groupe chinois qui s’occupe également de l’Autoroute Yaoundé-Douala. Le contrôle technique et la surveillance sont assurées par créaconsult sarl. Le groupe chinois finance les travaux, dont le coût est estimé à 41,4 milliards de FCFA toutes taxes comprises, sous forme de prêt à la CUD, à raison de 4 milliards de FCFA par an. Par contre, la mairie de la ville devait payer une avance de démarrage au taux de 10% de la dette. La période de garantie usuelle de 12 mois et la garantie décennale sur les ouvrages d’art ne sont pas inclus.

Vers une voirie intelligente

Ce projet vise d’une part à faciliter l’accès des habitants des arrondissements de Douala 5 et Douala 3 au centre-ville de Douala, réduisant notamment les embouteillages. Les simulations font état d’une réduction de moins de 30% de temps de trajet moyen sur l’axe nord-sud une fois le projet réalisé. On envisage aussi une baisse de 50% des inondations dans les zones adjacentes du fait de l’aménagement des zones tampons anti-inondations et de la modernisation du réseau hydraulique par une capacité de drainage de plus de 300%. Il est prévu la création de 5 nouveaux pôles économiques riverains et 8.000 emplois directs et indirects à générer.

Les opérations de génie civil ont débuté en novembre 2025 sur le tronçon prioritaire Rond-Point MAETUR Denver, section à faible densité résidentielle, permettant une progression rapide et un impact limité sur les concessions riveraines. Au vu de l’évolution actuelle des travaux, la Communauté Urbaine de Douala (CUD) rassure que les délais de 24 mois seront respectés. Surtout que les fonds dédiés à l’indemnisation des personnes affectées par le projet « sont disponibles », soutient le super maire, garantissant une libération des emprises dans les meilleurs délais. L’intégralité des travaux est donc attendu au courant de l’année 2027.

Verbatim

Roger MBASSA NDINE, maire de la ville de Douala

« Dans deux ans, les habitants de Douala 5e, Douala 3e, Douala 1er, auront une nouvelle route »

« Je suis un peu satisfait parce que le travail est en progrès. Comme l’a dit la compagnie, ils vont délivrer cette partie l’an prochain. C’est un bon progrès. Bien sûr, le premier délai est à fin mars. Mais on peut accepter d’y aller jusqu’à la fin du mois d’avril ou mai. Ensuite, on peut commencer la deuxième phase. J’espère que cette phase sera terminée l’année prochaine. Je ne peux pas dire exactement quel est le pourcentage. Mais j’ai compris qu’ici, dans cette première phase, s’ils sont prêts à finir le travail dans un mois, cela signifie qu’on a déjà un pourcentage élevé. Peut-être 80 %. On a une deuxième phase qui prendra plus de temps. Vous avez vu que le projet dont nous avons parlé depuis est en train de prendre corps. Ce n’est pas un slogan de campagne. C’est une réalité. Et cette réalité, sur le transport que vous venez de voir, c’est à 1,5 km à peu près. Il sera livré dans un mois et demi ou plus tard, dans deux mois. Maintenant, il faudra faire la seconde phase qui, elle aussi, devrait nous permettre de mettre livré en 2027. Ce qui fait que le délai initial qu’on avait prescrit, deux ans, sera tenu. Ce projet est financé entièrement sur les fonds propres de la CUD. Nous avons fait une ingénierie financière qui nous permet de soutenir et de supporter les paiements. Nous sommes heureux de voir que nous avançons et dans deux ans, les habitants de Douala 5e, Douala 3e, Douala 1er, auront une nouvelle route qui permettra de raccourcir le trajet d’ici Bonanjo peut être de 30 minutes. Sinon plus. Cela relève, cela renforce notre volonté d’améliorer la mobilité dans la ville de Douala. Maintenant, il y a des gens qui ont construit sur l’emprise de la route. Heureusement que cette emprise avait été définie. Comme d’habitude, il y a des gens qui pensent que c’est trop large, c’est à peu près 50 mètres, et que jamais l’Etat ne viendra revendiquer son terrain. Mais l’Etat vient toujours revendiquer ce qui lui appartient. Ils partiront sans indemnisation, parce qu’il n’y a aucune raison qu’ils construisent sur la route. Les autres dont les terrains seront expropriés pour cause d’utilité publique feront l’objet d’une indemnisation. Tout le projet au stade actuel est financé. Donc, ce qui reste maintenant, c’est que l’entreprise, sous la mission de contrôle, puisse faire le travail dans les délais prescrits. Elle a commencé un peu lentement, mais vous voyez bien qu’elle accélère, et nous pensons qu’elle tiendra les délais. »

Mbam et Inoubou : 05 personnes se noient dans le fleuve Mbam

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Une des victimes de la noyade.

Dans une vidéo devenue virale, des hommes et femmes se lamentent. Ils se tordent de douleur, pleurant et criant de toutes leurs forces. On peut entendre entre autres : « On va doter Flore», « Je vous ai bien dit de ne pas monter, vous êtes toujours monté»,… Des pirogues sont exposées sur le bord d’un fleuve. Ici, on s’affaire à tirer de l’eau un homme, là-bas, un piroguier manœuvre son appareil, deux autres remontent vers la rive. Le récit fait par le lanceur d’alertes Nzui Manto, fait état d’un drame. Des Camerounais qui se sont noyés dans le fleuve Mbam : « Parti en tant que chef de famille d’une délégation de 19 personnes pour le Mbam et Inougou, pour doter la femme d’un de mes fils, tout s’est très bien passé samedi soir et la femme nous a été remise. Puisque c’est une zone enclavée desservie par une barque, nous y avons obligatoirement passé la nuit. Les voitures ayant transporté le nécessaire de la dot devant attendre les services de la Barque pour traverser du côté de Bafia. Nous sommes arrivés le matin au point d’embarquement à 10 heures et la barque qui avait de petits soucis techniques se trouvait de l’autre côté. On nous a demandé d’attendre 30 minutes pour que les services reprennent. C’est à ce moment qu’à mon insu, 12 membres de ma famille ont embarqué dans une pirogue à moteur pour, disent-ils, faire du tourisme sur cette branche de la Sanaga », rapporte le lanceur d’alertes, sans citer nommément l’auteur du récit qu’il rend public. « Juste 10 minutes après, j’ai entendu les cris des chalutiers restés à quai: ils ont chaviré ! Ils ont chaviré! Les secours se sont mis en branle et seuls 7 des 12 personnes embarquées sur la pirogue ont été sauvées », poursuit le récit.

La vidéo postée par le lanceur d’alertes Nzui Manto

Le journaliste Jean de Dieu Bidias, originaire du coin, confirme ce récit, en le complétant : « cinq compatriotes dont quatre membres d’une même famille partis célébrer une dot à Ngoro, ont été engloutis samedi par les eaux furieuses du fleuve Mbam, au lieudit Guerima à Bafia, à 120 kilomètres de Yaoundéz ».

Avant de commenter : « une tragédie insoutenable, brutale… mais surtout tragiquement prévisible. Car oui, elle aurait pu être évitée si l’État avait pris la mesure de ses responsabilités en construisant, depuis 1960, un pont sur cette traversée vitale pour l’économie de la région du Centre », accuse-t-il. Et de fait, la traversée du fleuve Mbam est un parcours du combattant. Elle se fait soit en bac, dispositif « moyenâgeux » de communication fluviale, soit en pirogue. La pirogue à moteur étant un luxe. Toujours est-il que le bac est le moyen le plus usité par les voyageurs entre les départements du Mbam et Inoubou et du Mbam et Kim ; et les populations riveraines. Mais selon des sources concordantes, ce bac est une vieille embarcation régulièrement en panne, que la délégation départementale du ministère des Travaux publics essaie de maintenir en vie avec peine.

C’est beaucoup plus sur les réseaux sociaux et la presse privée que cette information circule. Les médias public n’en font pas cas. Le sous-préfet de Ngoro, Brice Charly Meke Olinga, a restreint les activités sur le fleuve, notamment les surcharges. Question de diminuer les risques de drames.

Marcel Niat Njifenji est mort, fin de parcours pour le premier président du Sénat

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Le Cameroun vient de perdre l’une de ses figures politiques les plus importantes. Marcel Niat Njifenji est décédé ce samedi 11 avril 2026 à Yaoundé, à l’âge de 92 ans, selon des informations rapportées notamment par le quotidien public Cameroon Tribune. L’ancien président du Sénat a rendu l’âme au Centre des urgences du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Yaoundé, où il était hospitalisé.

Sa disparition intervient quelques jours seulement après son retrait de la tête du Sénat, qu’il dirigeait depuis sa création en 2013. Affaibli par la maladie depuis plusieurs années, il avait récemment cédé son fauteuil à Aboubakary Abdoulaye, élu le 17 mars 2026 à l’issue d’une réunion du bureau politique du RDPC tenue au sein de l’institution.

Dans un message officiel, son successeur a exprimé l’émotion de l’institution : « En cette circonstance particulièrement douloureuse, le président du Sénat, les membres du Bureau et les personnels du Sénat adressent à la famille leurs sincères condoléances », a-t-il déclaré.

Une trajectoire au cœur de l’État

Né à Bangangté, dans la région de l’Ouest, Marcel Niat Njifenji s’est d’abord illustré dans le domaine technique. Titulaire d’une licence en sciences physiques et mathématiques et d’un diplôme d’ingénieur des ponts et chaussées, il participe dès les années 1960 aux grands chantiers d’infrastructures en tant qu’ingénieur d’État, notamment autour du barrage d’Édéa III.

Son nom reste étroitement associé à la structuration du secteur électrique. Il contribue à la création de la Société nationale d’électricité (Sonel), issue de la fusion de plusieurs entités, dont Enelcam, EDC et Powercam. À la tête de cette entreprise publique, il en assure la direction générale pendant plus de deux décennies — de 1974 à 1984, puis de 1989 à 2001 — période durant laquelle il pilote l’extension du réseau électrique national, avant la privatisation intervenue avec l’entrée du groupe AES en 2001.

Fort de cette expérience de gestionnaire, il accède logiquement à de hautes fonctions gouvernementales. Il est successivement ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire entre 1990 et 1991, puis vice-Premier ministre chargé des Mines, de l’Eau et de l’Énergie en 1992. Il s’ancre ensuite dans la vie locale en devenant maire de Bangangté entre 2002 et 2007, avant d’être remplacé par Célestine Ketcha Courtès, actuelle ministre de l’Habitat et du Développement urbain.

En 2013, lors de la mise en place du Sénat, il est choisi pour présider cette nouvelle chambre, devenant ainsi le premier titulaire du poste, fonction qu’il occupe jusqu’en mars 2026.

Les innovations des Cemac’s Capital Market Awards 2026

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Prévue du 23 et 24 avril 2026 à Douala, cette cérémonie de récompense des acteurs du marché financier sous régional élargit le champ cette année aux émetteurs et entreprises qui payent leurs dividendes. Ceci en plus d’un colloque international sur le financement de la croissance par les mécanismes boursiers

Les contours de la quatrième édition des Cemac’s Capital Markets Awards (CCMA) sont désormais connus.  Ils ont été dévoilés par les organisateurs au cours d’une conférence de presse tenue le 06 avril dernier au siège de la Bourse des Valeurs Immobilières de l’Afrique Centrale (Bvmac). L’évènement se déroulera autour du thème, « Financement de la croissance économique des pays de la zone CEMAC par le marché financier ». Un thème qui mettra sur la table la nécessité d’une transition d’une économie d’endettement bancaire vers une économie de marchés financiers.

Cette édition prévue 23 et 24 avril 2026 à Douala sera comme de tradition marquée par une soirée de distinction des acteurs de l’écosystème financier régional. Mais, ce qui change cette année, c’est surtout le profil des entités à récompenser. « Les Cemac’s Capital Market Awards ne vont plus se limiter aux sociétés de bourse ou aux sociétés de gestion d’actifs. Nous élargissons désormais aux émetteurs et aux entreprises qui distribuent des dividendes », a déclaré le Directeur général de la Bvmac Louis Banga-Ntolo. Les CCMA entendent ainsi valoriser la chaîne de valeur du marché financier, en mettant en vitrine les entreprises qui rémunèrent leurs actionnaires. Ce qui devrait à terme contribuer à renforcer la confiance des investisseurs. Car, les chiffres restent insatisfaisants.  Sur plus de 60 millions d’habitants dans la Cemac, on dénombre à peine 10 000 investisseurs. L’élargissement des critères de distinction vise également à instaurer une saine concurrence entre les entreprises cotées. C’est dans cette même lancée qu’est prévue la célébration des 20 ans de la Société des Eaux Minérales du Cameroun, pionnière du marché.

Un autre temps fort de l’évènement sera le colloque international prévu le 23 avril.  Animé par les experts, il portera sur les problématiques techniques liées à la mobilisation de l’épargne locale telles que l’optimisation des leviers fiscaux pour attirer les investisseurs institutionnels et sécuriser les placements des épargnants particuliers. L’enjeu selon le Directeur Général de la Bvmac est la structuration d’un environnement capable de transformer les dépôts à vue en ressources longues, pour financer les infrastructures et l’industrialisation.

La transformation digitale sera également au cœur des échanges, en particulier la dématérialisation des titres et la digitalisation de la souscription aux valeurs du Trésor et aux obligations privées. L’axe central sera d’étudier comment capter la liquidité détenue par les millions d’utilisateurs de services de paiement mobile. Une avancée présentée aujourd’hui comme le vecteur principal de l’inclusion financière et de la démocratisation de l’accès au capital pour les PME et les startups de la sous-région.

LIMBE 3 : L’Etat autorise la construction d’une Smart City de 500 milliards FCFA à Mondolli

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L’Auditorium des Services du Premier Ministre à Yaoundé a servi de cadre, ce mardi, à un arbitrage crucial pour l’avenir du littoral camerounais. Sous la présidence de Joseph Dion Ngute, le Conseil National du Tourisme (CNT) s’est réuni en session extraordinaire avec un seul point à l’ordre du jour : donner le feu vert institutionnel au projet Mondolli-Limbe. Cette cité, présentée comme une ville intelligente et écotouristique, n’est pas seulement un projet immobilier de plus. Elle se veut le premier marqueur concret du « Septennat de la Grandeur et de l’Espérance » entamé par le Chef de l’État pour la période 2025-2032.

 Le véritable tournant de ce dossier réside dans l’identité de son promoteur, la société Enrich Hotels & Resorts Mondolli Ltd. Issue de la diaspora camerounaise, cette structure répond directement à l’appel lancé par Paul Biya en février 2022, qui invitait les jeunes compatriotes de l’étranger à s’impliquer dans l’émergence du pays.

Pour le gouvernement, valider ce partenariat est un signal fort envoyé aux Camerounais de l’extérieur afin de transformer les transferts de fonds traditionnels en investissements structurants. Le Premier Ministre a d’ailleurs rappelé que cette session est spécifiquement « dédiée à la validation d’un projet d’envergure porté par la diaspora ».

L’enjeu est de taille car le Cameroun court toujours après l’objectif de la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND30). Ce document de référence vise l’accueil de « 3 millions 500 mille touristes non-résidents ou externes ».

Avec Mondolli, les autorités espèrent créer un choc d’attractivité capable de transformer le secteur. Selon Joseph Dion Ngute, « ce type d’initiative contribue à positionner le Cameroun comme une destination touristique compétitive en Afrique Centrale et dans le Golfe de Guinée ». Le projet prévoit un écosystème complet incluant des infrastructures hôtelières, des espaces résidentiels, du tourisme maritime et des solutions numériques modernes.

Le choix de Mondolli, dans l’arrondissement de Limbe 3, souligne une volonté de revitaliser une zone au potentiel balnéaire immense mais sous-exploité. Cependant, l’État sait que la signature d’une convention ne suffit pas à faire sortir une ville de terre. Conscient des lenteurs administratives qui plombent souvent les grands chantiers, le Chef du Gouvernement a mis en place, par arrêté le 27 janvier 2026, un Comité de suivi dédié.

Il a fermement invité les ministres compétents à accorder une « attention particulière à ce projet », notamment sur les questions d’infrastructures routières, de conformité environnementale et de facilitation des investissements. L’un des risques majeurs de ce type de cité technologique est la création d’une enclave de luxe déconnectée de la réalité locale. Sur ce point, la primature s’est voulue rassurante en insistant sur la dimension inclusive de l’investissement.

Pour les populations du Fako, les retombées devront être palpables à travers « l’emploi décent pour les jeunes camerounais, la sous-traitance locale et la participation des petites et moyennes entreprises ». L’idée maîtresse est que Mondolli serve de moteur à « l’intégration dans les chaines de valeur locales » et à la formation aux métiers du tourisme. Si la session extraordinaire du 7 avril a acté l’offre de partenariat, le plus dur commence désormais avec la phase opérationnelle.

Le Conseil a donné mandat au Comité Stratégique Interministériel pour « assurer la réalisation intégrale dudit projet ». Parallèlement, le Secrétaire Permanent du CNT a été chargé d’un suivi régulier dont il devra rendre compte périodiquement aux membres du Conseil. Ce projet est un test de crédibilité pour l’État camerounais dans sa capacité à accompagner des initiatives qui « associent expertise internationale et participation locale ».

En validant la Smart City Mondolli, le gouvernement ne signe pas seulement un projet touristique mais valide un modèle de développement où la diaspora devient le bras armé de l’émergence.

Le Premier Ministre a conclu les travaux sur une « note d’espoir » en ouvrant officiellement la voie à ce chantier. Le succès se mesurera désormais au nombre de grues sur le terrain et à la capacité du gouvernement à « soutenir davantage l’initiative d’appel à projets lancée pour la participation des jeunes de la diaspora ».

Par Yves TCHENANG

Bertoua – ENIA : des familles traumatisées par les punaises de lit

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C’est un ennemi qu’on ne voit pas et qui ne fait pas de bruit, mais il cause beaucoup de souffrance mentale. À Bertoua, dans le quartier ENIA, juste derrière l’Hôtel Teresa, le sommeil est devenu rare, presque un souvenir. Depuis un an, les habitants se battent sans succès contre les punaises de lit. Ici, on ne dort plus vraiment ; on reste éveillé, on subit, et l’infestation gagne du terrain, maison après maison, tandis que les autorités restent sans pouvoir.

« La nuit, dès qu’on éteint la lumière, elles sortent. Elles piquent, sucent le sang. On passe la nuit à se gratter, à pleurer. Je suis épuisée, mes enfants ont peur de leur propre lit. On est traumatisés. » C’est la même histoire dans les maisons d’ENIA dans la cité capitale de la région de l’Est Cameroun, Bertoua. Ces insectes vampires ne se contentent pas de piquer. Ils s’installent dans nos esprits. Le jour, les démangeaisons rappellent ce cauchemar de la nuit. Et le pire, c’est que ça se propage vite. Une chaise prêtée à un voisin, une visite chez un ami, et le parasite s’installe ailleurs.

Il faut indiquer que, le problème avait été signalé par l’intermédiaire du journaliste Joël Godje Mana, et la cellule de communication du Ministère de la Santé Publique avait réagi il y a environ un an. Une équipe de la délégation régionale de l’Est s’était ainsi rendue pour le traitement d’une maison. Le résultat ? Un échec malgré l’effort et la promptitude . Quelques jours après, les punaises sont revenues, encore plus fortes. « Ils sont venus, ils ont pulvérisé, ils ont répondu vite à notre signalement, mais ça n’a pas suffi ! Même ceux qui ont déménagé pour fuir les ont retrouvées dans leur nouvelle maison. C’est une malédiction. Ce n’est pas un petit problème, c’est une urgence de santé publique ! », raconte un locataire de la première maison traitée l’an dernier.

Le repas de cet insecte « vampire »

D’un point de vue scientifique, la punaise de lit se nourrit uniquement de sang humain. Elle peut survivre plusieurs mois sans se nourrir, en se cachant dans les plus petites fissures. Au-delà des marques sur la peau, les conséquences peuvent être graves. On constate de l’anémie chez les bébés, des insomnies continues, et des troubles psychologiques liés au stress post-traumatique.

Si rien n’est fait, toute la ville de Bertoua pourrait être envahie. Parce que la punaise ne fait pas de différence entre riches et pauvres. Rappelons nous du cas de Yaoundé il y a un an ou encore de la France.

Qui peut vraiment dormir quand son enfant crie de douleur ? Protéger nos habitants, surtout nos enfants, est-ce devenu une option ? Les habitants d’ENIA s’adressent directement au Ministre de la Santé.

« Ne laissez pas la situation dégénérer. Ce n’est plus question de désinfecter une chambre, mais d’arrêter une épidémie qui détruit la dignité des gens. »

À ENIA, Bertoua, le temps est compté. Chaque minute de silence des autorités est une minute où ces insectes continuent de faire du mal.

Minesec: Le pape Léon XIV fait reporter la rentrée du 3ème trimestre

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Les élèves du cycle secondaire ne reprendront pas le chemin de l’école le 20 avril comme initialement prévu. Dans un communiqué signé ce 9 avril 2026, Pauline Nalova Lyonga, ministre des Enseignements secondaires (Minesec), annonce le report de la rentrée scolaire du 3ème trimestre de l’année scolaire en cours, au 27 avril 2026, soit une semaine supplémentaire de congés pour les élèves. Le temps de la tenue des finales nationales des jeunes Fénassco, Ligue A (Fédération nationale du Sport scolaire). La 19ème édition des finales nationales de ces jeux scolaires se dérouleront du 19 au 26 avril 2026 à Bafoussam et Bangangte, dans la région de l’Ouest.

Mais les Jeux Fénassco n’étaient pas déjà programmés à cette période, mais du 15 au 18 avril 2026. Le communiqué du Minesec annonce préalablement le report desdites finales, en raison de la visite du pape Léon XIV, qui coïncide avec cette période. Yaoundé n’a pas voulu laisser coïncider la visite du pape avec les finales nationales des jeux Fénassco. Imposant ainsi un réajustement du calendrier de l’année scolaire.

Le chef du département ministériel déprogramme la reprise des classes, en vue d’assurer l’équité entre tous les élèves. Question de permettre aux sportifs engagés dans ces jeux, de les tenir sans perdre des cours. En revanche, le calendrier de l’année scolaire est perturbé et ce sont des retards qui seront enregistrés dans le déroulement des cursus. La Minesec instruit les délégués régionaux de son département ministériel de « prendre toutes les dispositions nécessaires en vue d’organiser des cours de rattrapage dans tous les établissements du secondaire et de garantir le respect du calendrier scolaire ».

Ainsi, les élèves du cycle primaire reprendront seuls le chemin des classes le 20 avril prochain. Ici, les finales nationales (Fénassco B) qui se tiennent généralement peu avant ceux de la Ligue A, à défaut de se tenir au même moment, ont été reportées au mois de juin, soit du 18 au 27 juin 2026, à Garoua. Après les examens de fin d’année dans ce cycle.

Près de 100 milliards pour une nouvelle usine du groupe Kadji

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Annoncée dans la périphérie de Douala, cette unité devrait produire des boissons en canettes pour une capacité annuelle de 2 millions d’hectolitres.

 Selon les informations communiquées par Investir au Cameroun,l’Union camerounaise de brasseries (UCB) du groupe Kadji s’apprête à lancer ce mois d’avril 2026 une nouvelle usine dans le pays. Sa construction a démarré en 2023 sur le site de la Kadji Sports Academy (KSA), apprend-on, dans la périphérie de Douala afin de mettre sur le marché local ses premières bières et boissons hygiéniques conditionnées en canettes. Un investissement estimé à près de 100 milliards de FCFA. « Les essais de l’usine sont en cours de finalisation. Les produits seront en principe disponibles sur le marché dans la seconde moitié du mois d’avril », confie une source au média camerounais.

Cette unité industrielle aura une capacité de production de 2 millions d’hectolitres par an, soit un volume aussi important que celui de l’actuelle usine de l’entreprise située dans la zone industrielle de Douala-Bassa. A travers cet investissement colossal pour l’unité baptisée « usine Moungo », le groupe fondé par le défunt milliardaire Joseph Kadji Defosso, entend ainsi s’imposer au-delà du marché camerounais.

Le 25 mars 2026, le groupe s’est officiellement lancé sur le marché nigérian, le plus important marché d’Afrique de l’Ouest avec une population de plus de 220 millions d’habitants.  A travers sa filiale Ultimum Limited Aba, le fleuron industriel camerounais a en effet procédé dans l’État d’Abia au Nigeria, à l’inauguration de sa première unité brassicole hors du pays. Un investissement estimé à 20 milliards de FCFA. Selon Investir au Cameroun, « le brasseur camerounais prévoit l’ouverture d’un centre de distribution en Côte d’Ivoire, pays choisi pour servir de hub régional. Ce centre devrait être approvisionné à la fois depuis Aba, au Nigeria, et depuis Douala, au Cameroun, où la mise en service de « l’usine Moungo » va considérablement renforcer les capacités industrielles du groupe. Autrement dit, Kadji cherche à articuler base de production et plateforme de distribution pour structurer une présence plus offensive en Afrique de l’Ouest ».

Cette nouvelle orientation stratégique vers l’Afrique de l’Ouest s’inscrirait dans la perspective de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), un marché commun de plus de 1,3 milliard de consommateurs.

Données statistiques: Plus de 62 milliards FCFA pour financer les grandes enquêtes

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La statistique ne doit plus seulement être perçue comme une simple compilation de données. Mais comme une véritable boussole au service de la gouvernance », a déclaré Jean Tchoffo, Secrétaire général du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) lors de la première de la première session extraordinaire du Conseil national de l’information statistique, le mardi 7 avril à Yaoundé.

La rencontre qu’a présidé le secrétaire général du Minepat, s’inscrit dans un agenda de consolidation du Système national d’information statistique. L’objectif immédiat consiste à doter le dispositif d’outils opérationnels et d’un cadre de gouvernance plus cohérent.

 Au centre des échanges ce mardi 7 avril à l’Hôtel Mont Fébé, le Plan de travail budgétaire annuel 2027. Ce document structure la production statistique nationale. Il hiérarchise les priorités, identifie les contraintes de financement observées en 2026 et répartit les ressources par domaine. Les volumes financiers donnent la mesure de l’effort.

Le programme 2026 mobilise 31,5 milliards de FCFA, contre 31 milliards projetés pour 2027. La participation institutionnelle reste partielle avec 64 % des administrations impliquées dans l’élaboration du plan. Dans le détail, les grandes opérations programmées traduisent l’ambition d’un système plus robuste. Le recensement général de la population et de l’habitat couplé à celui de l’agriculture et de l’élevage figure en première ligne, avec une phase de dénombrement prévue entre avril et mai 2026.

 S’y ajoutent l’enquête auprès des ménages, les dispositifs sur l’emploi et le secteur informel, ainsi que la mise en place d’un système d’information éducatif. Le SNIS entre dans une phase d’industrialisation de la production statistique. La liste des opérations prévues en 2026 est longue et techniquement exigeante.

 Il y a la sixième Enquête camerounaise auprès des ménages, la MICS 7, le quatrième recensement général de la population et de l’habitat, le recensement général de l’élevage et de l’agriculture, l’enquête sur l’emploi et le secteur informel, ainsi que la mise en place d’un système d’information pour la gestion de l’éducation.

À cela s’ajoute un chantier particulièrement lourd. Le dénombrement principal du quatrième RGPH, couplé au RGAE, est fixé du 24 avril au 29 mai 2026. Une opération de cette ampleur mobilise du personnel, de la logistique, des outils de collecte, du traitement, de la supervision et du contrôle qualité. Le coût n’est pas seulement financier. Il est aussi organisationnel et temporel.

DÉPENDANCE FINANCIÈRE ET ARBITRAGES

Le financement du système statistique reste largement tributaire de ressources extérieures. Sur 31,5 milliards de FCFA mobilisés en 2026, 18,28 milliards proviennent de partenaires techniques et financiers, contre 12,87 milliards issus du budget national.

Cette configuration impose des arbitrages permanents. « Il s’agit de doter les structures des ressources nécessaires pour anticiper les besoins statistiques des utilisateurs », insiste Jean Tchoffo. Derrière l’enjeu budgétaire, se joue la capacité de l’État à produire des données fiables dans des délais compatibles avec la décision publique.

VERS UNE NORMALISATION INTERNATIONALE

L’autre axe structurant concerne la migration vers la norme spéciale de diffusion des données. Le basculement depuis le système général amélioré constitue un saut qualitatif. Pour l’administration, l’enjeu dépasse la technique. Il s’agit d’un signal adressé aux investisseurs et aux partenaires.

La conformité à cette norme atteste de la fiabilité, de la régularité et de l’accessibilité des indicateurs macroéconomiques. L’intégration dans ce cercle restreint renforce la crédibilité du pays sur les marchés financiers et améliore la lisibilité de son environnement économique. La structuration du système passe aussi par des ajustements réglementaires.

 Selon Vicky Laure Nana Nyassa, ingénieure statisticienne, deux textes sont en préparation. L’un porte sur l’attribution du visa statistique, l’autre sur l’organisation du secrétariat permanent du Conseil. La stratégie nationale de développement de la statistique constitue le socle programmatique. Elle encadre la production des données officielles et assure le suivi de la stratégie nationale de développement 2020-2030.

Sa mise à jour s’effectue par cycles triennaux glissants, adossés aux plans budgétaires annuels. La session se tient dans un contexte économique contraint, marqué par des chocs exogènes répétés. Pour les autorités, la montée en puissance du système statistique devient un impératif.

Les partenaires internationaux restent mobilisés. La Banque mondiale accompagne le processus à travers un programme régional d’harmonisation statistique. Ce dispositif soutient notamment la réalisation des grandes enquêtes structurantes.

Au-delà des instruments techniques, l’enjeu demeure politique. Il s’agit d’installer un système capable de soutenir le pilotage de la SND30, d’éclairer les politiques publiques et de renforcer la confiance dans les données officielles.

Dans cette séquence, le CNIS s’affirme comme l’organe de régulation et de coordination. La session extraordinaire marque ainsi l’ouverture d’un cycle de réforme où la statistique devient un levier central de gouvernance économique.

Ressources halieutiques : Le Cameroun renforce son arsenal juridique contre la pêche illégale

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Sur les rivages de Limbe au sudouest du pays, les pirogues s’alignent à l’aube de ce mois de février 2026, prêtes à affronter une mer devenue de plus en plus incertaine, dangereuse et… chiche. Linos, pêcheur depuis trois décennies, décrit une situation alarmante : «Là où avant je remplissais ma pirogue avec un seul filet, aujourd’hui je dois en poser dix ou douze pour une petite quantité. La mer ne nourrit plus comme avant». Quelques jours auparavant, l’on entendait le même cri de détresse trois cents kilomètres plus loin, à Mbiako dans la Sanaga maritime, de la gorge serrée de Patrick Ngoyi, pêcheur artisanal : «J’ai subi en une année cinq destructions de filets par des bateaux industriels, essentiellement étrangers. Ils viennent jusque dans nos zones. Quand on porte plainte, on nous demande des preuves qu’on n’a pas les moyens d’obtenir».

À Kribi comme à Douala-Édéa, le constat est le même : la ressource halieutique s’amenuise, tandis que les tensions entre pêche artisanale et industrielle s’intensifient. En toile de fond, la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) continue de fragiliser un secteur vital pour l’économie camerounaise. Peter, jeune pêcheur, envisage de changer d’activité et de quitter la cité balnéaire de Kribi dont les eaux sont pourtant très riches : « Les bateaux industriels ratissent tout, de jour comme de nuit. Même les petits poissons. À cause de ça, les poissons s’éloignent et deviennent rares. Et pour tout aggraver, ils viennent encore vers les côtes détruire nos filets ».

Les conséquences sont multiples : raréfaction des ressources, hausse des prix du poisson, appauvrissement des communautés côtières, chômage, pression accrue sur la sécurité alimentaire, pertes de ressources financières par l’État… Ces témoignages illustrent une réalité partagée : la pêche industrielle, souvent pratiquée par des navires étrangers ou sous pavillon camerounais, empiète sur les zones artisanales et utilise des techniques destructrices (notamment les produits chimiques, les chaluts, et surtout les filets à petites mailles qui ramassent tout, y compris les juvéniles qui doivent pourtant assurer la régénération des espèces).

En janvier 2026 l’Ong Global Fishing Watch (GFW) a clairement identifié, photos satellite à l’appui, des bateaux chinois opérant dans des aires marines protégées (zones interdites de pêche) à Edéa et Douala.

« CARTON ROUGE »

 Depuis 2021, le Cameroun est dans le viseur de l’Union européenne, son principal marché d’exportation de produits halieutiques. Le « carton jaune » adressé cette année-là (premières mesures restrictives), n’a pas suscité les réformes escomptées. Alors, la sanction extrême, le « carton rouge » a été brandi au pays en janvier 2023 : interdiction totale d’exporter les produits de pêche du Cameroun vers l’UE. « Ce fut certes un électrochoc, mais aussi un catalyseur qui a réveillé les autorités et mobilisé les partenaires du pays », reconnait une source autorisée au ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia).

Ces sanctions ont en effet mis en lumière les insuffisances du pays en matière de contrôle des navires, de traçabilité des captures, de mesures d’hygiène et de conservation, et d’application des normes internationales. Les réformes structurelles ont connu une accélération vertigineuse. Ainsi en est-il de la loi obsolète de 1994 qui embrassait plusieurs secteurs (forêts, pêches, faune), remplacée par la loi du 23 décembre 2023 sur la pêche et l’aquaculture. Ce texte de 105 articles modernise le cadre juridique et renforce les sanctions (judiciaires et pécuniaires) contre les pratiques illégales.

Célérité peu commune au pays, les trois décrets d’application relevant du Premier ministre ont été signés le 18 mars 2026. La batterie d’arrêtés ministériels et interministériels est déjà élaborée, assure-t-on au Minepia. Une avancée encourageante dont se félicite l’Ong AMCO (African Marine Conservation Organization), qui accompagne les pouvoirs publics dans ce processus : «AMCO réaffirme son engagement à poursuivre ses efforts, en collaboration avec les partenaires, pour promouvoir une pêche durable, transparente et responsable au Cameroun», assure son président, Aristide Takoukam Kamla.

NAVIRES « FANTÔMES » CAMEROUNAIS

Dans la foulée des réformes, le Cameroun a adhéré en avril 2025 à la Charte mondiale pour la transparence dans la pêche. Il est en cours d’internalisation d’autres instruments internationaux (tels les accords de l’OMC sur les subventions à la pêche, l’accord sur la pêche en haute mer, ou celui de la FAO sur la responsabilité des pays des ports d’accès des bateaux).

Pour l’instant, l’image du pays demeure écornée par l’importance de ses embarcations impliquées à travers le monde dans des activités illicites de pêche et autres trafics dangereux (notamment des navires russes qui contournent les sanctions internationales). Des cas récents ont défrayé la chronique en 2025. L’ensemble du Pavillon Cameroun, y compris les flottes de pêche, est géré par le ministère des Transports, dont un haut responsable explique l’ampleur du phénomène des bateaux fantômes par «la faiblesse du contrôle, la falsification des signatures des quatre Circonscriptions Maritimes (Douala, Kribi, Limbe-Tiko, Garoua) qui ne sont pas encore interconnectées ».

Le 06 février 2026, le Premier ministre a ordonné la suspension de l’immatriculation des navires sous pavillon Cameroun autorisés à naviguer hors des eaux camerounaises. Depuis 2024, le Minepia publie la liste des licences de pêche octroyées au Cameroun, avec les noms des navires et de leurs armateurs (il y en avait 33 en 2025).

Pêche illégale au Cameroun : détresse persistant

Les parties prenantes multiplient les efforts pour juguler le fléau de la pêche INN au Cameroun. La plateforme de trois ministères (pêches, transports, défense) a été transformée en un Comité Interministériel, logé à la Primature, avec des compétences étendues (immatriculations, lutte contre la pêche INN, sécurité maritime, fiscalité, santé et sécurité sociale des gens de mer, etc.). Pourtant, cela ne semble pas suffire…

Au ministère de la Défense, l’on souligne que depuis une décennie, la Marine a multiplié ses patrouilles par dix, avec «une surveillance accrue des zones interdites et un arraisonnement régulier de navires illégaux ». Au Minepia, l’on souhaite un renforcement du dispositif de contrôle, notamment le suivi par les satellites – d’autant plus que les pirates améliorent sans cesse les leurs, y compris les systèmes de brouillage.

 Au port de Douala-Bonaberi, la surveillance est boostée avec plus de 700 caméras et des patrouilles mixtes. Mais les activités INN échappent souvent à ce dispositif. Abdoul Akim, le commandant du port, explique : «Les bateaux impliqués dans la pêche illégale opèrent loin des ports officiels. Ils ne passent pas par nos circuits».

Un responsable des Douanes confie sous anonymat : «Nous n’avons ni patrouilleurs dernier cri ni équipements adaptés. Les navires utilisent des systèmes de brouillage et font des transbordements en mer sans contrôle». Pêcheurs à la peine Sur le terrain, les acteurs continuent d’exprimer leur détresse, avec l’impression que les opérateurs illégaux ont le bras plus que long. « On nous dit que les textes sont là ; mais nous voyons tous les jours les bateaux chinois ou nigérians qui viennent pêcher devant nous avec des engins puissants. Et les autorités voient aussi », résume avec dépit Peter de Kribi.

Linos de Limbe exprime un désastre poignant et chiffré : « Ces bateaux viennent aussi couper nos filets en mer. Quand ils passent, ils détruisent notre matériel, qui coûte cher. Un moteur de 15 chevaux coûte près de 2 800 000 FCFA, sans compter le carburant, la glace et les appâts. Quand mon filet est coupé, je perds tout. Nous, petits pêcheurs, restons près de la côte avec des pirogues limitées, pendant qu’eux exploitent sans limite. Nous demandons un contrôle plus strict en mer, car cette pêche illégale nous étouffe et détruit notre avenir ».

Les armateurs nationaux ne semblent pas mieux lotis. Louis-Martin Imoulanok, président de la Plateforme Crevettes du Cameroun (Placrecam), révèle que dans les faits, la majorité des licences de pêche « appartiennent à des Camerounais qui, faute de moyens et de capacités techniques, les louent à des étrangers ».

Résultat amer : la gestion du bateau échappe au propriétaire ; les prises et les prix sont gérés par des étrangers « sans souci de patriotisme », qui maitrisent tout en mer et sur le marché.

Il propose carrément que l’État se porte garant et caution bancaire pour l’achat des bateaux par les armateurs nationaux, et qu’il réserve aux Camerounais « l’exclusivité de l’importation et de la vente des matériels de pêche, pour en faciliter les contrôles de conformité et de coûts ».

Opérateur du secteur de la crevette (premier produit de mer d’exportation du Cameroun), M. Imoulanok est une victime directe du fameux « carton rouge ». Lui aussi espère que l’arbitre UE le remettra en poche, au regard des efforts conjugués pour éradiquer la pêche INN au Cameroun.

Chiffres clés du secteur halieutique au Cameroun

• Longueur du littoral : environ 400 km

• Nombre de pêcheurs : plus de 212 000 personnes

• Production annuelle : environ 300 000 tonnes (FAO)

• Pertes liées à la pêche INN : plus de 100 milliards FCFA par an

 • Part de la pêche artisanale : majoritaire dans l’emploi et la production

• Nombre d’engins sous pavillon camerounais : environ 300

Les acteurs du secteur et leurs rôles

MINEPIA : élaboration des politiques, régulation, contrôle des activités de pêche.

MINDEF (Marine nationale) : surveillance maritime et sécurité en mer.

Ministère des Transports : immatriculation des navires et gestion du pavillon.

Douanes : contrôle des flux commerciaux et lutte contre la fraude.

Ports autonomes (Douala et Kribi) : gestion des infrastructures portuaires.

 FAO et partenaires internationaux : appui technique et normatif.

AMCO et ONG : plaidoyer, sensibilisation, appui à la gouvernance.

Armateurs : exploitation industrielle des ressources. Pêcheurs artisanaux : production locale et sécurité alimentaire.

Dossier réalisé par André NAOUSSI, Leocadia BONGBEN, Boris NGOUNOU, du réseau MEFAR (Media for Fish and Animal Resources). Avec le soutien de l’Ong AMCO (African marine Conservation Organization)

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