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La création de la Banque africaine de l’énergie ouvre des perspectives de financement au Cameroun

Officiellement créée le 31 octobre 2026 à Abuja par Afreximbank et l’Organisation des producteurs de pétrole africains, la Banque africaine de l’énergie entend financer les investissements pétroliers et gaziers du continent. Pour le Cameroun, membre de l’organisation fondatrice, cette nouvelle institution pourrait constituer une source de financement pour la reconstruction de la SONARA, les projets gaziers et les infrastructures pétrolières.

La reconstruction de la Société nationale de raffinage (SONARA), le développement des projets gaziers et la modernisation des infrastructures pétrolières camerounaises pourraient bénéficier d’une nouvelle source de financement africaine. Le 31 octobre 2026, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) et l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO) ont officiellement créé, à Abuja, au Nigeria, la Banque africaine de l’énergie (Africa Energy Bank, AEB). Dotée d’un capital autorisé de 5 milliards de dollars, soit environ 2 800 milliards de FCFA, l’institution aura vocation à financer l’exploration, la production, le transport, la transformation, le raffinage et la distribution des hydrocarbures.

La première assemblée générale de la banque, tenue dans la capitale nigériane, a désigné l’Égyptien Helmy Ghazi comme premier président et constitué son conseil d’administration. La nouvelle institution fonctionnera comme une banque panafricaine supranationale et indépendante. Ses promoteurs entendent mobiliser des ressources auprès des gouvernements, des compagnies pétrolières nationales, des établissements financiers et des investisseurs privés. Le capital autorisé de 5 milliards de dollars représente le plafond statutaire de capital, et non le montant des ressources déjà disponibles pour accorder des crédits.

Le Cameroun appartient à l’APPO, organisation intergouvernementale créée le 27 janvier 1987 à Lagos pour renforcer la coopération entre les pays africains producteurs de pétrole. Cette appartenance place le pays dans le périmètre institutionnel de l’initiative. Les entreprises camerounaises du secteur énergétique pourraient ainsi rechercher des financements auprès de la nouvelle banque, sous réserve des conditions d’éligibilité et des procédures d’approbation qui seront établies.

LA RECONSTRUCTION DE LA SONARA PARMI LES BESOINS POTENTIELS

La SONARA constitue l’un des principaux dossiers camerounais susceptibles d’intéresser cette nouvelle institution. Depuis l’incendie du 31 mai 2019, qui a endommagé ses installations de raffinage à Limbé, le Cameroun dépend des importations de produits pétroliers raffinés pour approvisionner son marché. La reconstruction de l’unique raffinerie du pays nécessite d’importants investissements, auxquels s’ajoutent les engagements financiers accumulés par l’entreprise.

Le mandat de la Banque africaine de l’énergie correspond à plusieurs composantes de ce chantier : raffinage, stockage, transport et distribution des produits pétroliers. Une intervention pourrait prendre la forme d’un prêt à long terme, d’un financement structuré ou d’une participation à un montage associant plusieurs institutions. Les modalités exactes dépendront de la politique de crédit de la banque et de la structure financière du projet présenté.

DES PERSPECTIVES POUR LE GAZ ET LES INFRASTRUCTURES PÉTROLIÈRES

Au-delà de la SONARA, les projets de développement du gaz naturel constituent un autre champ d’intervention potentiel. Le Cameroun dispose de ressources gazières exploitées ou en cours de valorisation, notamment dans les bassins sédimentaires côtiers. Leur développement nécessite des investissements dans les installations de production, de traitement, de transport et, selon les projets, de liquéfaction ou de distribution aux industries.

Les besoins concernent également les infrastructures de stockage et de transport des produits pétroliers. La sécurisation des approvisionnements dépend de la capacité à réceptionner les cargaisons, à conserver des stocks suffisants et à acheminer les carburants vers les principaux centres de consommation. Les investissements correspondants mobilisent des capitaux importants et exigent des financements adaptés à la durée de vie des équipements.

La création récente de Dangote Oil & Gas Cameroon, avec un centre d’opérations déclaré à Kribi, intervient dans ce contexte de développement potentiel des infrastructures pétrolières. Les projets envisagés par le groupe nigérian dans le stockage et le transport des hydrocarbures pourraient s’inscrire dans les catégories d’investissements que la Banque africaine de l’énergie souhaite soutenir. Aucun engagement financier entre la nouvelle banque et Dangote Oil & Gas Cameroon n’a été annoncé.

Pour les compagnies pétrolières et gazières, l’intérêt de l’AEB réside notamment dans la possibilité de mobiliser des capitaux auprès d’une institution spécialisée dans les risques énergétiques africains. Les projets d’exploration présentent des incertitudes géologiques et commerciales importantes, tandis que les installations de production ou de transport nécessitent souvent plusieurs années avant de générer des recettes suffisantes. Ces caractéristiques compliquent leur financement par les circuits bancaires traditionnels.

UNE RÉPONSE AU RETRAIT DES FINANCEURS INTERNATIONAUX

La création de la banque répond à l’évolution des politiques de financement du secteur énergétique. Plusieurs institutions financières internationales et banques commerciales ont réduit leurs engagements dans les nouveaux projets pétroliers et gaziers, dans le cadre de leurs politiques climatiques et de gestion des risques. Cette évolution limite les sources de capitaux disponibles pour les pays africains qui souhaitent développer leurs ressources en hydrocarbures.

Dans leur communiqué conjoint du 31 octobre, Afreximbank et l’APPO constatent que les financeurs traditionnels « se retirent du financement des énergies fossiles », alors que le pétrole et le gaz demeurent essentiels aux systèmes énergétiques africains. Les deux organisations évaluent à 200 milliards de dollars les besoins d’investissement énergétique du continent. La Banque africaine de l’énergie est présentée comme un instrument destiné à contribuer à la mobilisation de ces ressources.

L’institution entend également soutenir la transformation locale des ressources. Ses promoteurs indiquent que les investissements doivent permettre de « réduire la dépendance à l’égard des produits pétroliers importés » et de promouvoir le commerce énergétique entre pays africains. Cette orientation concerne directement le Cameroun, dont les exportations d’hydrocarbures coexistent avec une dépendance aux importations de carburants raffinés depuis l’arrêt des activités de transformation de la SONARA.

Le développement du raffinage africain constitue d’ailleurs une priorité affichée par l’APPO. Dans un entretien accordé à S&P Global Commodity Insights le 15 octobre 2026, son secrétaire général, Farid Ghezali, avait insisté sur la nécessité de développer les marchés énergétiques intérieurs et de transformer davantage les ressources produites sur le continent. Cette stratégie vise à réduire la dépendance des économies africaines aux importations de produits finis et aux perturbations des marchés internationaux.

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500 MILLIONS DE DOLLARS MOBILISÉS POUR LE DÉMARRAGE

Le financement initial de la banque demeure une étape déterminante. Le 15 octobre, Farid Ghezali avait indiqué à S&P Global Commodity Insights que l’institution disposait de 500 millions de dollars de capital de départ, soit environ 280 milliards de FCFA. Le responsable de l’APPO annonçait également l’ambition de lever 5 milliards de dollars sur les marchés et de porter les ressources mobilisées à 10 milliards de dollars d’ici à la fin de 2027.

Dans le même entretien, le secrétaire général précisait que les premières décisions d’investissement étaient attendues en 2027, avec l’objectif de financer au moins trois projets au cours de l’année. La priorité initiale serait accordée aux opérations transfrontalières, notamment les raffineries régionales et les infrastructures de transport des hydrocarbures. Le système de pipelines d’Afrique centrale figure parmi les projets cités par l’APPO.

La constitution du capital associe les États membres et Afreximbank. Selon des déclarations d’Helen Brume, directrice du financement de projets et d’actifs à Afreximbank, rapportées le 13 octobre, le Nigeria avait engagé 200 millions de dollars et Afreximbank 222 millions. Ces deux contributions représentent ensemble 422 millions de dollars. La participation financière propre du Cameroun à la capitalisation de la nouvelle banque n’a pas été rendue publique dans les documents examinés.

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Par Bonaventure TCHOUANGE
Défis Actuels du 03/11/2026

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