Agroéconomie : le marché des arachides s’annonce difficile.

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Suite à une pluviométrie instable et à l’état piteux des routes, la production et la commercialisation de l’arachide deviennent de plus en plus difficiles.

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Dans la ville de Garoua, le prix d’un sac de 50 kg d’arachide est passé de 33 mille FCFA à 60 mille FCFA. A Maroua, le sac de 50 kg se vend désormais à 65 mille FCFA. Dans la région de l’Adamaoua, le prix varie entre 55 mille et 65mille FCFA. Une forte hausse des prix qui s’explique par l’imprévisibilité et l’irrégularité de la pluviométrie. « On peut avoir pendant 2 semaines une forte précipitation avec des inondations de partout. Les deux autres semaines, plus rien. Une chaleur et un soleil qui surchauffent et détruit les plantes. C’est cette situation qui ne favorise pas la production de certaines cultures, dont l’arachide », précise Isabelle Djoda, technicienne d’agriculture. En effet, le septentrion en général et la région du Nord en particulier, sont les plus importants bassins de production d’arachides du pays. Si depuis plusieurs années, ces régions font face à un changement saisonnier, les plantes, elles, ne se sont pas encore adaptées. Et les producteurs peinent à observer le nouveau calendrier pluviométrique qui change presque chaque année. Et cela entraîne une production déséquilibrée, et occasionne la hausse des prix sur le marché.

Depuis le début du mois de janvier à ce jour, les prix de l’arachide sur les étalages comme dans les magasins de dépôt, grimpent de plus en plus. « Nous ne sommes passés de 33 mille FCFA (janvier 2022) à 65 mille FCFA (septembre 2022) un sac de 50 kg dans le septentrion. C’est pareil dans les villes de Bertoua, Yaoundé Douala, ou un sac de 50 kg coûte aujourd’hui entre 70 – 80 mille FCFA ».

Plusieurs régions touchées

Dans la ville de Yaoundé, là où la tasse d’arachide dite de Garoua coûtait 125 FCFA, aujourd’hui les petites commerçantes montent les enchères à 175 FCFA et plus. Le seau de 5 litres, généralement vendu à 2 500 FCFA, coûte désormais 4 000 FCFA. Selon les commerçantes du Marché du Mfoundi et de Mokolo, « les fournisseurs se plaignent de l’état des routes et sont obligés de hausser les prix pour amortir les charges. Et nous faisons pareil ». Pour certaines, pendant la saison des cultures, les arachides se vendent chères, car sélectionnés pour les semis.

Dans la région de l’Est, les arachides vulgairement appelés « teintées » ou de Garoua, coûtent très cher. Le prix de cinq litres de cette spéculation a doublé en quelques semaines (passe de 2 500 FCFA à plus 4 000 FCFA).

A Douala pour avoir un verre d’arachide, il faut débourser au moins 200 FCFA. Au Marché de Dogpassi, le seau de 5 litres varie entre 4 000 et 5 000 FCFA. Parfois plus. Selon la variété, les prix changent. Les arachides dit du village, coûtent plus chère que les autres. Selon les spécialistes de la question agricole, il s’agit de plusieurs facteurs qui entrent en jeu. Ils peuvent favoriser une bonne production comme faire le contraire.

Les contraintes à la production arachidière

Parmi les principales contraintes qui affectent la production arachidière, on peut retenir le prix au producteur. En effet, la production est attaquée sur le plan mon dial par le jeu de la spéculation : « La baisse considérable des cours mondiaux ». « Les céréales constituent la base de l’alimentation. Sa culture comme sa consommation couvre presque toute l’étendue du territoire. Elle a toujours oc cupé la première place au niveau des cul tures. Ce qui laisse une moindre surface pour les autres, parmi laquelle l’arachide. Ainsi ne favorise pas la production ».

Selon Albert Pakamé, ingénieur en agroéconomie, « au-delà des contraintes majeures qui limitent l’évolution des surfaces emblavées en arachide, on note aussi une action sur la conduite de la culture de l’arachide. Les efforts fournis pour les céréales se font souvent au détriment des autres cultures dont l’arachide. Entraînant des retards dans les travaux ». Et la saison de production est ainsi bouleversée. Il faut noter qu’en-dehors des contraintes liées à l’importance des céréales la production arachidière est confrontée à d’autres problèmes : « Les moyens de production dont disposent les paysans sont archaïques ; le manque d’une politique de commercialisation franche en matière de culture ».

Comme l’explique l’ingénieur agropastoral Bayan Bayan, « les facteurs climatiques conditionnent la croissance et la production de l’espèce et l’extension de sa culture. En effet, c’est entre 32 – 34°C que la germination est la plus rapide. Les températures de 15 à 45 OC apparaissent comme des extrêmes en deçà et au-delà desquels la germination est inhibée. Aussi, aucune fleur ne se forme lorsque les écarts de température entre le jour et la nuit atteignent 20 °C. Il faut observer qu’au stade de la fructification l’exposition des gynophores à la lumière retarde leur croissance et les fruits ne peuvent se développer qu’à l’obscurité. Ainsi, lorsqu’il y a des inondations, les fruits sont pour la plupart hors de la terre et exposés à la lumière. Ce qui ne favorise pas l’évolution de la gousse ».

« La sécheresse et la forte pluviométrie constituent l’un des principaux facteurs limitants de la production. L’irrégularité des pluies à certaines époques de l’année constitue un handicap sérieux. L’amélioration de la structure du sol par le travail donne généralement aux producteurs des augmentations notables des rendements qui atteignent 40 à 50 % », indique Isabelle Djoda.

Par ailleurs, il faut noter que l’état piteux des routes, reste un véritable problème pour écouler les marchandises. La nationale numéro 1 reliant le grand Sud aux régions septentrionales est depuis fort longtemps abandonnée à elle-même. Avec des spéculations sur les travaux de réhabilitation qui pour plusieurs chaînes évoluent pourtant. En effet, l’axe Ngaoundéré-Garoua, Moutourwa-Maroua et Maroua-Kousseri sont en très mauvais état. « Nous faisons 8 à 9 heures de temps sur un axe qui normalement demande 4 heures de route. Parfois, les marchandises se renversent suite à plusieurs nids de poules. Franche ment, comment voulez-vous que nos marchandises soient à des prix aborda bles ? », affirme un commerçant faisant le trajet Yaoundé-Garoua. « D’ici la fin d’année, les prix risque de tripler si la route reste ainsi. Car plusieurs abandonnent la commercialisation et ne font plus la route. Le peu d’individus qui continuent à faire la route pour la commercialisation de l’arachide devra doubler les prix d’ici décembre », déclaré Austin Mbella. Des propos qui indique qu’à l’allure où vont les choses, l’arachide risque rait d’être la denrée la plus chère sur les étalages.

Bassin de haute production

Il faut rappeler que la région du Nord est l’un des plus grands bassins de production d’arachides au Cameroun. Elle pour voit à elle seule plus de la moitié des quantités consommées sur le territoire national. Même si la filière reste l’une des plus mal loties du secteur agricole à cause de l’absence d’une structure faîtière qui encadre les producteurs, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle revêt une importance capitale dans la vie économique du pays. La preuve, l’arachide fait partie de la liste des céréales interdites d’exportation par la Direction générale des Douanes (Dgd) en décembre 2021, à l’effet de stopper la flambée des prix sur le marché local et d’assurer l’approvisionne ment des populations et de mieux lutter contre l’insécurité alimentaire.

Bien que l’arachide ait enregistré une flambée de prix depuis quelques années, sa commercialisation fait de bons comptes dans l’informel. Il suffirait de mieux l’encadrer pour qu’elle puisse mieux contribuer au développement économique du Cameroun.

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