Affaire Wazizi : Flou sur la disparition du journaliste

Tandis que les organisations professionnelles des journalistes parlent d’une mort sous la torture, le ministère de la Défense affirme que l’homme des médias est décédé des suites de maladie.

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Assassinat du journaliste Samuel Wazizi - Communiqués de Reporters sans Frontières (France) la fédération internationale des journalistes (Suisse), Committee to Protect Journalists (États-Unis), le Syndicat national des journalistes du Cameroun et du Cameroon Association of English speaking journalists (Cameroun)
Le journaliste Samuel Wazizi

Quand et comment Samuel Wazizi est-il mort ? Quelques jours après l’annonce de son décès par la chaîne de télévision privée Equinoxe TV, plusieurs zones d’ombres existent encore sur la date et les circonstances ayant conduit à la mort du journaliste. Selon le communiqué signé par le colonel Cyrille Serge Atonfack, chef de division de la communication au ministère de la Défense, Samuel Wazizi a été arrêté le 02 août 2019, à Ekona dans le Sud-Ouest. Après son arrestation, il a été transféré pour exploitation au Service Central de Recherche Judiciaire (Scrj) de Yaoundé. Le communiqué précise qu’à son arrivée, Samuel Wazizi présentait un état fébrile. Conduit à l’hôpital, il est mort le 17 août 2019, affirme le colonel Cyrille Atonfack. Le certificat de genre de mort délivré par l’hôpital militaire indique que l’homme de 35 ans est décédé, des suites « d’une sepsis sévère », et dément la version d’une mort par « torture ou sévices corporels». Le chef de division de la communication au ministère de la Défense soutient que Samuel Wazizi était « resté en contact étroit avec sa famille de Buea, à Yaoundé, et que même de son lit de malade, il avait régulièrement échangé avec plusieurs de ses proches. Une fois son décès constaté, sa dépouille a été mise à la morgue de l’hôpital militaire sis au Centre de Formation Technique des Armés ( Cfta), et aussitôt sa famille informée ». Le porte-parole de l’armée regrette que « depuis plus de 10 mois, sa famille n’a engagé aucune diligence pour les obsèques ». Il se dit ensuite déçu que « 10 mois plus tard, certains médias et organisations non gouvernementales nationales et internationales de lignes éditoriales et d’obédiences bien connues, s’offusquent en cœur d’une pseudo disparition qui n’en est pas une à la vérité

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Un tissu de mensonges

Le Syndicat National des Journaliste du Cameroun (Snjc) et l’Association Camerounaise des Journalistes d’Expression Anglaise (Camasej) , ont rejeté cette version des faits, dénonçant un tissu de mensonges et d’incohérences. Denis Nkwebo, président du Snjc a affirmé que « ceux qui ont enlevé Samuel Wazizi en août 2019, ont trouvé les mots qui les arrangent pour nier sa disparition tragique. Samuel Wazizi n’a pas été arrêté au cours d’une opération militaire comme cela est dit. Samuel Wazizi que nous avons rencontré dans les cellules de la police avait été appelé par un correspondant inconnu, qui l’avait invité à le retrouver dans son lieu de service. Il est parti de sa maison à la rencontre de celui qui l’a appelé. C’est là qu’il a été arrêté et conduit dans les locaux de la police. Nous disons que le communiqué du gouvernement est un tissu de mensonges. Parce que même si par extraordinaire, Samuel Wazizi était mort, on aurait répondu à son avocat lors de l’introduction de sa procédure en demande de liberté provisoire, que la personne dont il demandait la liberté provisoire était décédée ». Le communiqué conjoint, publié par les deux syndicats de journalistes maintient que Samuel Wazizi a été assassiné. Son avocat Emmanuel Nkea, surpris par l’annonce de cette disparition a précisé que l’affaire suivait toujours son cours en justice. « Si on savait que Wazizi était mort, on ne serait pas allé en justice. On a eu plusieurs audiences, 14 au total, et on a patienté tout ce temps. On a dépensé notre argent, notre temps, nos efforts et maintenant on nous donne ce genre de nouvelle. Non pas qu’il est mort hier, mais qu’il est mort au mois d’août quand on avait déjà saisi la justice ». L’un des frères du journaliste a confirmé à Reporters Sans Frontières (RSF) que la famille n’avait jamais eu le moindre contact avec Samuel Wazizi, ajoutant que son frère avait plutôt été arrêté le 07 août 2019, et que la famille n’était pas au courant de son décès. Il a également précisé que Wazizi était en parfait état de santé au moment de son arrestation.

Justice pour Wazizi

La famille du journaliste a indiqué par la voix de son avocat que « si Wazizi est mort de cette manière, personne d’autre ne doit mourir ainsi… C’est pourquoi, nous voulons que tous ceux qui sont responsables, rendent des comptes. La famille ne veut pas qu’on lâche le dossier. Donc à partir de mardi, on va déposer une requête formelle pour demander une enquête indépendante afin de connaitre les causes de sa mort ». A leur tour, les syndicats des journalistes constitués autour du collectif « Justice for Wazizi », « exigent la constitution d’une commission d’enquête nationale pour faire toute la lumière sur cette affaire et demandent que soient communiqués à la famille, le lieu, la date exacte, l’endroit où se trouve la dépouille, ainsi que les circonstances du décès du journaliste ». L’ONG Reporters Sans Frontières a elle aussi pensé que cette affaire « mérite une enquête impartiale et indépendante impliquant une autopsie de son corps … Compte tenu des nombreuses zones d’ombres, des explications tardives et très peu crédibles, fournies jusqu’à présent, seules des investigations supplémentaires et transparentes permettront de connaitre la vérité ».

Par Joseph Essama

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