GUIBAÏ GATAMA : « QUI, À LA FIFA, ACCEPTERA DE NOUS ENTENDRE ? »
Lettre ouverte à Aleksander Čeferin, président de l’UEFA, Victor Montagliani, président de la CONCACAF, Salman bin Ebrahim Al Khalifa, président de l’AFC, Patrice Motsepe, président de la CAF, Gianni Infantino, président de la FIFA, et aux membres du Conseil de la FIFA
Par Guibai Gatama, ancien membre du Comité exécutif de la FECAFOOT
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,
Après plus de quinze mois de démarches, je suis encore réduit à demander si les documents transmis à la justice éthique du football auront une suite. Le 22 juin 2025, j’ai effectué un premier signalement sur le portail de la FIFA, enregistré sous le numéro 854049461. En août 2025, mon conseil a déposé une plainte complémentaire, dont la réception a été confirmée. Le 28 septembre 2026, j’ai de nouveau saisi la Chambre d’instruction de la Commission d’éthique en produisant de nouvelles pièces bancaires.
Malgré ces démarches et le retentissement médiatique de l’affaire, aucune avancée substantielle ne m’a été communiquée. Je ne prétends pas connaître d’éventuelles diligences confidentielles. Mais la confidentialité ne peut devenir une réponse permanente à celui qui demande si sa plainte est effectivement traitée.
Des fonds destinés au football camerounais
Le dossier concerne les recettes du match amical Russie–Cameroun du 12 octobre 2023. Le contrat prévoyait la prise en charge des dépenses liées à la rencontre par la partie russe, ainsi qu’une prime de 567 570 euros destinée à la FECAFOOT. Ma plainte dénonce l’orientation des paiements vers un compte personnel de Samuel Eto’o auprès de Qatar National Bank à Doha. Les pièces transmises comprennent des documents contractuels, des instructions de paiement, des éléments SWIFT et une confirmation de la Fédération russe de football. À ce jour, aucune justification bancaire établissant le reversement de ces fonds à la FECAFOOT ne m’a été communiquée.
Les communications officielles de la FECAFOOT invoquant le caractère collectif des décisions ne remplacent ni les comptes ni les justificatifs. Elles appellent également l’examen des responsabilités de ceux qui revendiquent avoir approuvé les opérations. Pour vos institutions, ces montants peuvent sembler modestes. Pour notre football, ils comptent. Ils représentent des ressources dont nos clubs, nos éducateurs et nos régions ont besoin pour former les talents de demain.
Ceux qui font vivre ce football ne siègent pas à votre Conseil. Lorsqu’ils demandent où est passé son argent, ils doivent pourtant pouvoir compter sur une institution qui les écoute.
À l’UEFA, à la CONCACAF et à l’AFC
Messieurs Čeferin, Montagliani et Salman bin Ebrahim Al Khalifa,
Vos prises de position en faveur de la transparence ont suscité l’espoir de voir les ressources du football protégées et ses dirigeants tenus de rendre des comptes. Samuel Eto’o a invoqué les différences d’intérêts entre l’Afrique et l’Europe pour défendre son soutien à Gianni Infantino. Ces différences ne peuvent justifier des exigences éthiques différentes.
Nous ne sommes pas trop pauvres pour avoir droit à des comptes. La rareté de nos ressources rend leur protection encore plus nécessaire. En portant cette affaire devant le Conseil de la FIFA, vous pouvez répondre concrètement à ceux qui affirment que vos demandes de bonne gouvernance ne servent que vos propres intérêts. Vous démontreriez que vos principes protègent également les acteurs d’une fédération africaine.
Je vous demande de solliciter formellement l’inscription de cette question à l’ordre du jour du prochain Conseil, de la soutenir en séance et de rendre votre démarche publique.
À Patrice Motsepe
Monsieur le Président,
Nous devrions pouvoir compter sur vous en premier. La dignité de l’Afrique comprend le droit d’un Africain à demander des comptes à un dirigeant africain. La solidarité continentale doit protéger les institutions et ceux qu’elles servent. Pourquoi les acteurs du football camerounais devraient-ils espérer d’abord une intervention venue d’un autre continent ?
Je vous demande de soutenir cette démarche et d’appeler la Commission d’éthique à agir. La CAF doit défendre le droit des Camerounais à un examen effectif de leurs plaintes, quelle que soit la notoriété des personnes concernées.
À Gianni Infantino
Monsieur le Président,
Le soutien politique d’un dirigeant ne doit avoir aucune incidence sur le traitement des accusations dont il fait l’objet. Le silence prolongé dans cette affaire nourrit pourtant le soupçon d’une protection. Ce soupçon doit être examiné indépendamment, afin d’en établir le bien-fondé ou de le dissiper par des faits vérifiables.
Je vous demande de soutenir cet examen, y compris s’il implique de vérifier votre propre rôle éventuel dans le traitement du dossier.
Deux réponses sont nécessaires
À la Chambre d’instruction, je demande l’ouverture immédiate d’une enquête formelle sur les faits financiers dénoncés, ainsi que l’examen sans délai de ma demande de suspension conservatoire de Samuel Eto’o, au regard des preuves et des conditions applicables. La Fédération russe, la FECAFOOT, Samuel Eto’o et Benoît Angbwa peuvent être interrogés. Les documents bancaires, contractuels et comptables doivent être confrontés, dans le respect du droit des personnes mises en cause à répondre aux accusations.
Au Conseil de la FIFA, je demande de porter la question des dysfonctionnements allégués des instances juridictionnelles et de soutenir une enquête indépendante sur la gestion du dossier Eto’o. Cet examen devra établir quelles diligences ont été accomplies, si les procédures ont été respectées, si les délais sont justifiés et si des influences politiques ont affecté le traitement des plaintes. Il devra notamment déterminer si le soutien de Samuel Eto’o à Gianni Infantino a pu lui procurer une protection particulière. Il ne devra en aucun cas retarder l’instruction des faits financiers.
Si rien ne bouge, nous agirons
Des acteurs du football camerounais sont prêts à engager deux démarches distinctes si aucune suite effective n’est donnée au dossier. Une plainte sera déposée auprès de la Commission d’éthique contre Gianni Infantino, le président de la Chambre d’instruction et toute autre personne concernée, pour de possibles violations des règles de la FIFA dans le traitement de cette affaire. Elle demandera l’examen des actes, omissions et éventuelles interventions irrégulières susceptibles d’engager leur responsabilité.
Une demande d’enquête indépendante sera parallèlement adressée à la Commission de gouvernance, d’audit et de conformité, concernant la gestion du dossier, le rôle éventuel de Gianni Infantino et la conduite des responsables de la Chambre d’instruction. Nous demanderons la conservation des documents et communications pertinents, un calendrier défini et des garanties assurant qu’aucune personne mise en cause ne participe à l’examen de sa propre conduite.
Nous avons accepté de soumettre nos accusations aux institutions. Ceux qui avaient la responsabilité de les traiter doivent accepter que leurs actes et leurs omissions soient également examinés.
Qui prendra cet engagement ?
Avant votre prochaine réunion, nous vous demandons une réponse publique : porterez-vous la demande d’enquête indépendante devant le Conseil et appellerez-vous la Commission d’éthique à ouvrir immédiatement l’enquête sur les faits dénoncés ? Ne nous laissez pas face à un silence dont chacun pourrait supposer qu’un autre est responsable.
Je ne peux promettre à ceux qui attendent avec moi ce qu’une enquête établira. Je voudrais au moins pouvoir leur dire que quelqu’un, parmi les dirigeants du football mondial, a accepté de défendre leur droit à ce qu’elle ait lieu. Notre football mérite la même protection que tous les autres. Qui, parmi vous, acceptera de le démontrer ?
Par Guibaï GATAMA, Ancien membre du Comité exécutif de la FECAFOOT
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