Le gouvernement camerounais admet que la cible de réduction de 40 % des importations agroalimentaires ne sera pas tenue en 2026. Le rapport sur l’économie camerounaise en 2025, présenté le 25 août à Yaoundé par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), plaide pour une prorogation du Programme intégré d’import-substitution agropastorale et halieutique (PIISAH) de 2027 à 2030, à condition de revoir son financement et son exécution
« La cible de réduction de 40 % des importations des filières ciblées à l’horizon 2026 dans le cadre du Programme intégré d’import-substitution agropastorale et halieutique (PIISAH) 2024-2026 ne pourra être atteinte dans le cadre du triennat initial », lit-on dans le rapport sur l’économie camerounaise en 2025, présenté le 25 août 2026 à Yaoundé par le Minepat. Lancé pour réduire la dépendance du Cameroun aux importations alimentaires, le PIISAH arrive au terme de son triennat 2024-2026 sans avoir atteint son principal objectif. Le rapport du Minepat ne s’arrête toutefois pas au constat. Il propose une suite : « Dans ces conditions, il serait souhaitable qu’une prorogation du PIISAH sur la période 2027-2030 soit envisagée, assortie d’une révision des cibles tenant compte des cycles réels de production et d’une garantie de ressources annuelles effectivement décaissées. »
UN PLAN À 1 443 MILLIARDS, FINANCÉ À MOINS DE 8 %
Le PIISAH visait sept filières qui pèsent sur la balance commerciale : riz, maïs, blé, palmier à huile, mil-sorgho-soja, poisson, bovin-lait. Son coût total atteint 1 443 milliards de FCFA sur trois ans. Fin 2025, moins de 110 milliards avaient été mobilisés, selon le rapport. Le taux de mobilisation ne dépasse pas 8 % du montant global. L’exercice 2025 illustre le décalage entre les annonces et le terrain. Une enveloppe de 53 milliards de FCFA avait été allouée cette année-là. Le taux d’ordonnancement grimpe à 94,14 %. Mais le taux d’exécution physique plafonne à 15,95 %. La Banque camerounaise des PME (BC-PME), chargée de relayer une partie des financements vers les opérateurs privés, n’a mis à disposition que 10 milliards sur les 22 milliards transférés, à fin mars 2026. Pendant ce temps, les importations des filières visées continuent de grimper. Elles ont atteint 848,3 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 15 % sur un an. Le rapport pointe une application insuffisante des mesures censées les freiner : quotas d’importation, droits de douane différenciés et obligation d’incorporer des farines locales dans le pain.
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Import-substitution au Cameroun
DES PROGRÈS RÉELS, MAIS DES CYCLES AGRICOLES PLUS LONGS QUE LE CALENDRIER POLITIQUE
Le rapport ne balaie pas les avancées enregistrées. Sur le foncier, 350 464 hectares ont été sécurisés dans le cadre du Projet Plaine Centrale, dont la première phase couvre 400 000 hectares. À terme, la zone pourrait s’étendre à 1 200 000 hectares ouverts aux investisseurs agro-industriels. Dans le Logone, 4 428 hectares de périmètres rizicoles ont été réhabilités et 9 018 hectares de périmètres hydroagricoles aménagés. Côté production, l’IRAD a livré 670 tonnes de semences certifiées de riz, maïs, sorgho et soja, soit 96 % de sa cible annuelle 2025. Les projets Viva-Bénoué et Viva-Logone ont réceptionné dix tracteurs, treize mini-moissonneuses, vingt-cinq batteuses de riz et quarante motoculteurs. La rizerie de l’UNVDA, d’une capacité de dix tonnes de riz blanchi par heure, affiche un taux d’exécution de 80 % et devrait entrer en service au second semestre 2026 à Nélop. La formation des acteurs a bondi de 80 à 580 bénéficiaires entre 2024 et 2025. Trois interprofessions de filières fonctionnent désormais. Cent cinquante-cinq PME ont été accompagnées pour mettre leurs produits aux normes.
Ces avancées ne suffisent toutefois pas à compenser les retards accumulés. Le ministère de l’Économie avance cinq explications. La première tient à la biologie même des filières visées. Le palmier à huile demande sept ans avant sa première récolte commerciale. L’élevage bovin s’inscrit dans des cycles pluriannuels. Aucun triennat ne peut compresser ces délais. Le Projet Plaine Centrale, censé porter une bonne partie de la sécurisation foncière, n’était pas encore opérationnel au lancement du plan en 2024. La BC-PME a montré ses limites opérationnelles dans la distribution des financements. Les mesures structurelles sont restées peu appliquées. Des contraintes de trésorerie ont également freiné les décaissements. Le nombre d’administrations engagées dans le pilotage du plan est passé de sept en 2024 à dix en 2025, signe d’un dispositif qui s’élargit sans forcément gagner en rapidité.
PIISAH et économie camerounaise
TROIS CHANTIERS POUR LA SUITE
Le rapport ne se contente donc pas de recommander une prorogation. Il fixe trois conditions. La première porte sur le financement. Le texte appelle à dépasser la seule BC-PME et à mobiliser des banques locales, avec un accompagnement direct des opérateurs porteurs de projets matures. La deuxième vise l’application effective des mesures déjà annoncées. Quotas d’importation, droits de douane différenciés et obligation d’incorporation des farines locales doivent sortir du papier. La troisième touche les administrations elles-mêmes. Le rapport demande un renforcement de leurs capacités d’exécution, condition posée comme préalable à toute nouvelle phase.
L’impact du PIISAH sur la balance commerciale reste, pour l’instant, marginal. En 2025, la baisse des importations a réduit le déficit agropastoral de 3,5 % et contribué à la baisse du déficit commercial total à hauteur de 1,2 % seulement. Le rapport qualifie ces résultats de premiers signaux d’inversion de tendance, tout en reconnaissant leur portée limitée. L’objectif de fond reste celui de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 : ramener le déficit commercial de 8,8 % du PIB en 2018 à 3 % en 2030. Le rapport juge cet horizon encore atteignable, à condition que les efforts se poursuivent et se coordonnent mieux sur la période 2025-2030, en s’appuyant sur les bases déjà posées en matière de foncier, de transformation et de chaînes de valeur. La prorogation du PIISAH jusqu’en 2030 vise ainsi à donner au programme un horizon compatible avec les réalités des filières agricoles, tout en corrigeant ses faiblesses de financement et d’exécution.
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Par Fabrice BELOKO
Défis Actuels du 28/08/2026
- Farines, semences, engrais : le Piisah affiche ses premiers résultats sur le terrain
- SND30 : Le PIISAH, fer de lance de la souveraineté agricole du Septentrion
- Mise en œuvre de la SND30 : Le MINEPAT évalue les projets VIVA-Bénoué, VIVA-Logone et le PIISAH
- Production laitière: Le PIISAH préconise un accroissement annuel de 10% pour une autosuffisance en lait en 2030
- La BC-PME devient un maillon central du financement du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique







