Trois mille hectares commencent à être cultivés dans la Plaine centrale de l’Adamaoua. Des farines panifiables sont désormais produites à partir de ressources locales. Des semences certifiées sortent des centres de production. Vingt et un centres d’insémination artificielle sont opérationnels. Trois ans après son adoption, le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique, le PIISAH, affiche ses premiers résultats concrets.
C’est ce que révèle le gouvernement dans le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, récemment présenté à l’Assemblée nationale. Pour le gouvernement, cette politique est l’un des principaux leviers de réduction des importations alimentaires. Le contexte reste pourtant difficile. Les autorités évoquent un environnement international marqué par les incertitudes géopolitiques, la persistance des tensions inflationnistes et les effets des conflits extérieurs. Malgré ces contraintes, le gouvernement affirme vouloir préserver la résilience de l’économie camerounaise tout en accélérant les réformes prévues par la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
Dans cette architecture, l’import-substitution occupe désormais une place centrale. L’objectif consiste à réduire progressivement les importations de produits alimentaires et à renforcer les capacités de production nationale.
DES RÉSULTATS DÉSORMAIS VISIBLES
Le document gouvernemental met en avant plusieurs réalisations déjà enregistrées sur le terrain. La première concerne la transformation des matières premières locales. Plus de 13 000 tonnes de farines panifiables issues de ressources locales ont déjà été produites. Cette évolution vise à réduire progressivement la dépendance vis-à-vis du blé importé et à encourager l’utilisation des productions agricoles nationales. Le deuxième résultat porte sur les semences.
Les campagnes intermédiaires ont permis de produire 452 tonnes de semences certifiées. Elles concernent le riz, le maïs, le mil, le sorgho, le soja ainsi que les cultures fourragères. Le gouvernement mise sur ces semences améliorées pour relever les rendements agricoles. L’accès aux intrants constitue également l’un des axes prioritaires du programme. Selon le document, deux millions de tonnes d’engrais ont été mises à la disposition des producteurs afin d’améliorer les performances des exploitations. Le PIISAH s’étend aussi à l’élevage. Vingt et un centres d’insémination artificielle ont été déployés pour moderniser la filière bovine laitière et améliorer la productivité des cheptels.
La Plaine centrale passe à l’action L’une des principales vitrines du programme reste le projet de la Plaine centrale, baptisé Patipaplace, dans la région de l’Adamaoua. L’État indique avoir sécurisé un bloc foncier de 200 000 hectares destiné au développement agro-industriel.
Les premières exploitations privées ont commencé à mettre en valeur un périmètre initial de 3 000 hectares. Pour le gouvernement, cette première phase marque le passage d’une logique de planification à une exploitation effective des terres. L’objectif consiste à installer de grands producteurs capables d’accroître rapidement l’offre agricole nationale.
UNE DÉPENDANCE ALIMENTAIRE TOUJOURS COÛTEUSE
Ces premiers résultats interviennent alors que la facture alimentaire continue de peser lourdement sur l’économie. Les importations de denrées alimentaires ont représenté environ 4 % du produit intérieur brut en 2024 comme en 2025. Elles exercent une pression importante sur la balance des paiements. Les céréales demeurent le premier poste de dépense.
En 2025, le Cameroun a importé pour 466,9 milliards de FCFA de céréales. Ce montant représente 8,9 % des dépenses totales d’importation. Même si cette facture recule de 14,1 % par rapport à 2024, elle reste élevée. Le riz représente à lui seul 268,7 milliards de FCFA, soit 5,1 % des importations nationales. Le blé et le méteil suivent avec 187,8 milliards de FCFA, correspondant à 3,6 % des dépenses d’importation. Les achats de maïs restent limités à 10,3 milliards de FCFA. Pour les autorités, ces chiffres justifient l’accélération du Piisah. Le gouvernement reconnaît que les premiers résultats ne suffisent pas encore à combler les déficits structurels.
Le document insiste sur la nécessité de faire basculer le programme vers une véritable échelle agro-industrielle. Cette nouvelle phase passera par la poursuite des aménagements de la Plaine centrale, le développement des projets Viva Bénoué et Viva Logone, l’extension des périmètres hydro-agricoles dans l’Adamaoua et à Logone-Birni ainsi que la poursuite des projets Prolac, Profip, Pdcvep, Elfvdp et du programme consacré à la chaîne de valeur du riz.
Pour accélérer le déploiement du PIISAH, le gouvernement entend renforcer les moyens consacrés aux producteurs et aux intrants agricoles. Le projet de construction d’une usine de fabrication d’engrais chimiques, dont les études ont été lancées en 2025, figure parmi les priorités. L’exécutif prévoit également de consolider le financement du secteur privé à travers la Banque camerounaise des PME (BC-PME). À ce titre, un transfert de 14 milliards de FCFA est programmé en 2026 afin de soutenir les investissements des entreprises engagées dans les filières ciblées par le PIISAH.
L’extension de la plateforme Fodecc-Eden Red doit, elle aussi, faciliter l’accès des producteurs aux intrants agricoles. Au-delà de ces mesures, l’analyse des crédits inscrits au budget 2026 montre que l’État renforce progressivement son effort financier en faveur de l’import-substitution. Près de 43,6 milliards de FCFA sont mobilisés dans les budgets de dix administrations pour financer les actions du PIISAH.
L’IMPORT-SUBSTITUTION DEVIENT UN LEVIER DE CROISSANCE
Au-delà de l’agriculture, le PIISAH s’inscrit dans une stratégie économique plus large. Le gouvernement prévoit une croissance du PIB de 3,6 % en 2027, de 4,8 % en 2028 puis de 5 % en 2029. Cette progression devrait être portée principalement par les activités non pétrolières, notamment l’agriculture, l’agro-industrie et une meilleure disponibilité de l’électricité. En parallèle, l’État entend adapter sa politique fiscale.
Des incitations douanières seront accordées aux intrants de production. Certaines exonérations seront supprimées et la fiscalité sera renforcée sur les produits pour lesquels une offre locale existe déjà. Les exportations seront également davantage taxées selon leur niveau de transformation afin d’encourager la création de valeur sur le territoire national.







