AccueilPolitique & SociétéÉducationMaroua : A 62 ans, Adda Wanang brave avec succès le CEP

Maroua : A 62 ans, Adda Wanang brave avec succès le CEP

La plus vieille candidate au 1er diplôme scolaire en 2026, l’a eu, avec 16,52/20.

« Aujourd’hui est l’un des plus beaux jours de ma vie ! J’ai passé dix ans à apprendre à lire et à écrire, et aujourd’hui mes efforts sont récompensés…» Adda Wanang a explosé de joie ce 6 juillet 2026 dans le bureau du délégué départemental de l’Education de base du Diamaré, dans la région de l’Extrême-Nord. Elle venait d’apprendre son résultat au Certificat d’études primaires (CEP). « J’étais au champ lorsque mes enfants sont venus me dire qu’on avait besoin de moi dans un bureau. Je me suis demandé ce que j’avais bien pu faire. En arrivant à la délégation, le délégué m’a annoncé que j’avais réussi au CEP. C’était une très grande surprise. Je ne pouvais plus retenir ma joie », raconte la vieille dame de 62 ans, dans les colonnes du quotidien L’œil du Sahel de ce 7 juillet 2026. Le journal spécialisé dans les informations du Grand-Nord, rapporte une vieille dame dansant et sautillant de joie dans les bureaux de Djaoyang, le patron départemental de l’Education de base, qui a tenu à annoncer personnellement la bonne nouvelle à la plus vieille candidate au CEP 2026, qu’il a  eu le bonheur d’abriter dans son département.

10 ans d’endurance

En réalité, Adda ne doutait pas forcément de ses capacités. D’autant plus que celle qui s’y préparait depuis dix ans, a obtenu son diplôme avec qualité : 314 points sur 380, soit une moyenne de 16,52/20. Mieux que ce qu’elle aurait imaginé lorsqu’elle engageait cette aventure. Elle qui a eu la chance d’être acceptée dans sa « folle » ambition, par son époux qui ne s’est pas arrêté à l’acceptation : « Pendant dix ans, mon mari m’a toujours soutenue ». Du coup, « la première personne à laquelle j’ai pensé, c’est mon mari. J’avais hâte de partager ce bonheur avec lui», confie-t-elle.

Cela se passe dans une zone où la désertion scolaire se porte bien, malgré les efforts des pouvoirs publics et des partenaires pour encourager l’école auprès des populations. C’est que, outre les coutumes, les et habitudes, l’insécurité joue de plus en plus sa partition pour que la jeunesse ne soit pas toujours portée vers l’école. Et on l’a vu lors des épreuves écrites de ce CEP dans le Diamaré notamment, département plutôt calme et épargné des affres de Boko Haram et de la famine. 50 913 candidats ont pris part à cet examen dans ce département ; soit une baisse de 5 742 candidats par rapport à l’année 2025. En clair, près de 10% des candidats dans ce département ont fait faux bond au premier diplôme du système éducatif camerounais. Des jeunes qui pour la plupart, n’ont pas atteint l’adolescence.

Soif d’écrire son nom

Ils ne connaissent certainement pas la valeur de l’école. Adda Wanang la connaît. Et très bien. « Avant, à l’église, lorsque je devais écrire mon nom, j’étais toujours obligée de demander à quelqu’un de le faire à ma place. Un jour, je me suis dit que cela devait changer. J’ai décidé d’apprendre à lire et à écrire. Je voulais aussi apprendre à lire les plaques indicatives, car lorsqu’on sait les lire, on ne se perd plus facilement. Je suis allée voir un enseignant de l’école primaire de Kodek, où j’habite, pour lui demander de m’aider. Il a accepté sans hésiter. Le premier jour, il m’a appris à écrire les lettres A et B avec un bâton sur le sol. Les enfants se moquaient de moi, même mes propres enfants. Quelques jours plus tard, il m’a demandé d’acheter un cahier et un crayon. Je l’ai fait. Il écrivait dans mon cahier et me demandait de continuer les exercices à la maison », raconte-t-elle les circonstances de naissance de son ambition.

La quête du précieux sésame aura duré dix bonnes années. Et « au fil du temps, j’ai même commencé à enseigner l’alphabet français à d’autres femmes de mon église. Certaines savent aujourd’hui lire et écrire, d’autres ont abandonné en cours de route », souligne l’autodidacte.

Raison de plus de se bomber le torse, car « ce n’était pas facile, mais j’étais déterminée. Malgré les moqueries de certaines femmes de l’église et de mes enfants, je n’ai jamais abandonné », agrémente-t-elle le récit de son histoire. Aujourd’hui, « mon rêve est devenu réalité. Je peux désormais écrire mon nom, lire les plaques indicatives et obtenir mon CEP», jubile Adda Wanang. Et l’appétit venant en mangeant, la grand-mère ambitionne de lorgner plus loin. « Mon prochain objectif est le Bepc, si Dieu me prête vie », confie-t-elle. En attendant cet autre challenge, c’est la République toute entière qui a les yeux rivés sur Adda Wanang. Un argument de poids pour mieux investir dans l’éducation inclusive.

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