Réunie en Conseil général du 10 au 12 mars à Genève, la Directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala, a donné le ton des travaux préparatoires à la 14ᵉ Conférence ministérielle (CM14) que le Cameroun s’apprête à accueillir à Yaoundé. La responsable nigériane entend transmettre aux ministres, dès la semaine prochaine, un ensemble informel de documents dressant l’état des négociations en cours, ainsi qu’un document final intitulé « Road to Yaoundé », qui définira les contours et l’organisation de cette grand-messe commerciale.
Pour la Directrice générale, la CM14 s’annonce comme une étape charnière. « Une conférence du tournant », a-t-elle souligné, insistant sur la capacité de l’OMC à répondre aux critiques et à se repositionner dans un contexte commercial mondial en mutation. Elle a indiqué que les membres se rapprochent progressivement de textes consensuels qui seront soumis aux ministres, avec pour objectif d’envoyer des signaux politiques forts en vue de relancer les négociations après Yaoundé.
Présidant le Conseil général, l’ambassadeur saoudien Saqer Abdullah Almoqbel a précisé que le paquet en préparation reste informel et vise avant tout à éclairer les ministres en amont de leurs délibérations, sans constituer une transmission officielle des travaux de Genève. Dans un contexte international marqué par des tensions, notamment au Moyen-Orient, Ngozi Okonjo-Iweala a assuré que la situation est suivie de près, en coordination avec le Cameroun, pays hôte, et les instances de l’OMC. À ce stade, aucun changement n’est envisagé dans l’organisation de la conférence, les dispositions logistiques restant maintenues.
RÉFORME DE L’OMC : UN IMPÉRATIF POLITIQUE
Parmi les priorités de la rencontre de Yaoundé figure la réforme de l’OMC, un chantier jugé crucial par de nombreux membres. La Directrice générale a insisté sur la nécessité d’un sursaut politique pour concrétiser des engagements longtemps restés lettre morte. « Nos promesses ont trop souvent dépassé nos résultats », a-t-elle reconnu, appelant à faire de cette conférence une rupture avec les pratiques passées. Facilitateur des discussions sur la réforme, l’ambassadeur norvégien Petter Ølberg a fait état de « progrès significatifs » depuis la relance des travaux en juin 2025.
Un projet de déclaration ministérielle ainsi qu’un plan de travail sur la réforme ont été soumis aux membres, reflétant neuf mois d’intenses négociations. Tout en reconnaissant que ces textes ne satisfont pas pleinement toutes les parties, il a invité les délégations à faire preuve de compromis afin d’aboutir à des avancées concrètes.
AGRICULTURE ET PÊCHE : DES NÉGOCIATIONS EN PHASE DÉCISIVE
Sur le volet agricole, l’ambassadeur pakistanais Ali Sarfraz Hussain, président des négociations, a indiqué que neuf nouvelles propositions ont été déposées depuis décembre. Après plusieurs cycles de consultations, un projet de déclaration ministérielle révisé a été présenté début mars. Selon lui, une large majorité des membres semble prête à soutenir ce texte, y voyant une base de travail pour des négociations approfondies après la CM14. Reste toutefois à s’accorder sur le format des discussions à Yaoundé : si certains privilégient une session plénière, d’autres plaident pour des échanges en groupes restreints afin de faciliter les compromis.
À l’approche de cette échéance majeure, l’optimisme reste de mise au sein de l’OMC, malgré des divergences persistantes. « Nous avons parcouru un long chemin », a conclu Ngozi Okonjo-Iweala, se disant confiante dans la capacité des membres à faire de Yaoundé un véritable point d’inflexion pour le système commercial multilatéral.







