Crise anglophone : Agbor Balla viré de l’université de Buéa

L’avocat et universitaire paie le prix d’un sujet d’examen bâti sur la situation de l’ex Cameroun occidental.

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Depuis le 6 mai 2020, Agbor Balla ne fait plus partie des effectifs des enseignants de l’université de Buéa. Au terme d’un conseil de discipline tenu au sein de ladite institution, l’enseignant a été radié du corps enseignant. En son absence. Sa faute : avoir proposé aux étudiants pour le compte de l’évaluation du premier semestre, le sujet suivant : « La crise anglophone qui date de 2016 avait été causé par les avocats et les enseignants. Evaluez la validité de cette affirmation ». Dans le cadre du cours intitulé «Histoire politique et constitutionnelle du Cameroun».

L’UB répondait à une instruction donnée par le Pr Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur et chancelier des ordres académiques. Le 13 mars dernier, Jacques Fame Ndongo saisissait le Pr Horace Ngomo Manga, vice-chancellor de l’UB pour attirer son attention sur « la transgression du caractère clos et apolitique de l’université » par Agbor Balla. Un mois après, face au silence du, l’homme est revenu à la charge le 28 avril 2020, cette fois-ci pour demander clairement la tête de l’ennemi de la République : « Je vous avais demandé de mettre définitivement fin (toutes affaires cessantes) aux agissements de maître Félix Agbor Balla, de nature à porter gravement atteinte à l’éthique et à la déontologie universitaire et de me rendre compte de vos diligences, ce qui n’a pas été fait jusqu’à ce jour », a-t-il écrit.

Circulaire ministérielle du 17 octobre 2017

S’en suivra la convocation u Conseil de discipline du 6 mai dernier. Le « justiciable » n’en étant informé que la veille du jugement, en mi-journée. Et ne s’est pas présenté. Pour l’enseignant de droit, cette convocation viole la réglementation en vigueur dans les universités, notamment la Circulaire ministérielle du 17 octobre 2017 sur le respect des procédures disciplinaires dans les établissements publics d’enseignement supérieur au Cameroun. Laquelle prévoit que « la procédure disciplinaire d’un enseignant étant essentiellement contradictoire, le suspect doit être convoqué par écrit, au moins cinq (05) jours avant la tenue du Conseil», rappelle-t-il dans le mémoire qu’il envoie au vice-chancellor. « En tant que défenseur de la justice et du respect de l’État de droit, si je devais honorer ladite invitation, qui constitue une violation manifeste et flagrante de la loi, cela reviendrait à créer le mauvais précédent qui nuira et aura un impact négatif sur les enseignants qui à l’avenir, pourrons être invités sans aucun égard pour la régularité de la procédure, à comparaître devant le panel disciplinaire, ce qui entamera à long terme la crédibilité de nos établissements universitaires», explique-t-il à son employeur.

Et le « tribunal » mis en place n’a pas manqué l’occasion de trancher la tête à ce défenseur des droits de l’homme qui a déjà séjourné quelques années à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui dès le déclenchement de la crise qui secoue les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Son contrat a été annulé.

Amnesty international a aussitôt réagi en exigeant le rétablissement de l’enseignant dans ses droits. Yaoundé n’a pas encore réagi à cette injonction. Me Agbor Balla, lui, veut faire entendre le droit à ses employeurs. La partie s’annonce longue.

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