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RUTILE, COBALT, NICKEL ET MANGANÈSE : La Sonamines peine à trouver des partenaires fiables

Le 18 août 2026, la Société nationale des Mines (Sonamines S.A.) a déclaré infructueux les appels à manifestation d’intérêt lancés en janvier dernier pour présélectionner des partenaires technicofinanciers. Ceux-ci devaient contribuer à la finalisation des travaux de recherche et à la mise en exploitation du bloc rutilifère d’Akonolinga, ainsi que du gisement de cobalt, nickel et manganèse de Lomié-Nkamouna.

Visiblement, les projets miniers camerounais sont moins attractifs pour les investisseurs miniers internationaux. La preuve, dans un communiqué rendu public le 18 août 2026, portant publication des résultats de l’avis d’appel à manifestation d’intérêt du 9 janvier 2026 pour la présélection des partenaires technico-financiers de la Société nationale des Mines (Sonamines S.A), en vue de la finalisation des travaux de recherche et la mise en exploitation du bloc rutilifère d’Akonolinga, région du Centre, Serge Hervé Boyogueno, son directeur général, informe les soumissionnaires de cet avis d’appel international à manifestation d’intérêt, ainsi que l’ensemble des acteurs du secteur minier national et international, qu’à l’issue de l’évaluation des offres reçues, la procédure de présélection est déclarée infructueuse, aucune candidature n’ayant satisfait aux critères de sélection.

Aussi, ajoute le DG de la Sonamines S.A, « Soucieuse de valoriser le patrimoine minier de la République du Cameroun, la Sonamines S.A, privilégie des partenariats stratégiques de premier ordre, avec des entreprises ou groupements d’entreprises ayant des capacités techniques et financières avérées. Elle est désormais ouverte aux négociations avec tout investisseur disposant d’une expertise éprouvée et des capacités techniques et financières indispensables au développement de son projet, dans le strict respect du Code minier et des meilleures pratiques de l’industrie minière internationale. A cet effet, les intéressés peuvent contacter la Sonamines S.A ».

LE GISEMENT DE COBALT, NICKEL ET MANGANÈSE DE LOMIÉ-NKAMOUNA ÉGALEMENT INFRUCTUEUX

Dans un autre communiqué rendu public à la même date du 18 août 2026, portant publication des résultats de l’appel international à manifestation d’intérêt lancé en janvier 2026 pour présélectionner des partenaires technico-financiers du gisement de cobalt, nickel et manganèse de Lomié-Nkamouna, dans la région de l’Est, le DG de la Sonamines S.A informe les soumissionnaires de cet avis d’appel international à manifestation d’intérêt qu’aucune candidature n’a satisfait aux critères de sélection.

Mais, tout comme pour le rutile d’Akonolinga, la Sonamines indique rester ouverte aux négociations avec tout investisseur disposant d’une expertise et de capacités financières avérées. Estimé à 121 millions de tonnes de ressources, ce gisement stratégique, sous permis Geovic depuis 2003, puis rétrocédé à l’État en 2025, nécessite près de 300 milliards de FCFA d’investissement pour entrer enfin en production, après plus de vingt ans d’attente.

De l’avis du Dr Bareja Youmssi, expert en mines et pétroles, enseignant-chercheur, ce résultat n’est « pas étonnant car, le management de la Sonamines n’a pas un bon carnet d’adresses pour attirer des investisseurs sérieux au Cameroun. Il ne suffit pas de lancer un appel à manifestation, il faut aussi être bien introduit dans le monde minier pour attirer des investisseurs », précise-t-il.

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Pour le cas du rutile d’Akonolinga, il affirme qu’en « 2023, lorsque le géant groupe minier français, Eramet annonçait sa sortie du projet du rutile d’Akonolinga après avoir investi 9 milliards FCFA en 3 ans, j’avais déclaré à l’époque que c’était une grosse bêtise de la part du MINMIDT de les laisser partir. Mais hélas… les intérêts particuliers des personnes en charge du dossier étaient au-dessus de ceux du pays, alors qu’Eramet ne demandait pas grande chose pour mettre en exploitation le projet, malgré les difficultés techniques et environnementales qui se posaient. Et, voilà que la Sonamines qui détient désormais le titre minier sur le rutile d’Akonolinga est incapable de trouver un nouvel opérateur. J’espère qu’avec le projet nickel chrome de Nkamouna, ça sera diffèrent, car il y a les américains de ARM qui ont marqué leur intérêt ».

POURQUOI ERAMET A ABANDONNÉ LE PROJET DU RUTILE D’AKONOLINGA

Dans un communiqué publié, le 26 octobre 2023 sur son site Internet, le géant minier français invoquait des « raisons économiques et environnementales », pour justifier sa décision d’abandonner le projet du rutile d’Akonolinga. « À la suite de quatre années de recherche au Cameroun sur le bloc rutilifère d’Akonolinga, Eramet a décidé en octobre 2023 de ne pas poursuivre le projet. Les études de faisabilité ont révélé que les rationnels économiques n’étaient pas atteints pour soutenir un projet industriel responsable et rentable », indiquait le groupe.

Eramet, qui détenait plusieurs permis sur ce site, avait expliqué que, du fait de l’étendue, la faible teneur en rutile et la faible épaisseur du gisement, son exploitation devait exiger des investissements « très élevés », accentués par le coût de la gestion des eaux et des ultrafines pouvant impacter l’environnement. « Aucun investisseur n’est prêt à injecter 180 millions d’euros (plus de 118 milliards de FCFA) dans un projet pour n’en gagner que 30 millions (moins de 20 milliards de FCFA) en cinq ou six ans », avait affirmé Loïse Tamalgo, alors administrateur général d’Eramet Cameroun et délégué général du groupe en Afrique. Ce dernier ajoutait que, les près de 2 000 sondages réalisés sur le site ont permis de conclure que seulement « un quart » des ressources identifiées présente une teneur suffisante pour une exploitation rentable économiquement.

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Le groupe français prévoyait en effet d’exploiter 100 000 tonnes de rutile par an pendant 20 ans. Mais au final, il s’est avéré que l’on ne peut qu’en tirer à peine 35 000 tonnes par an, selon le ministre des Mines par intérim, Fuh Calistus Gentry.

UN GISEMENT AU POTENTIEL POURTANT EXCEPTIONNEL

Avec des réserves estimées à près de 3 millions de tonnes, le gisement de rutile d’Akonolinga représente la deuxième plus grande réserve de rutile au monde, selon les données officielles.

Un atout de taille pour le Cameroun, qui ambitionne de renforcer sa souveraineté économique et de tirer pleinement profit de ses ressources naturelles.

Et, le gouvernement camerounais, à travers le ministère des Mines, de l’industrie et du développement technologique (Minmidt), après avoir entériné la décision du groupe français Eramet d’abandonner ce projet, avait clairement indiqué son intention de poursuivre le projet, mais en l’ajustant.

« Nous allons redimensionner le projet et voir comment en tirer 10 000 tonnes de minerais par an, avec une entreprise de moindre envergure », avait rassuré Fuh Calixtus Gentry.

Par Blaise NNANG
Défis Actuels du 24/08/2026

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