mercredi, mai 20, 2026
spot_img
Accueil Blog Page 94

JERSIC 2025 : Le bal des innovations pour réduire les importations au Cameroun

0

Sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Yaoundé, le soleil s’est fait discret ce mardi 15 juillet, comme pour laisser toute la lumière à la science. Sous un ciel modérément voilé, les stands s’égrènent, soigneusement alignés. La 9e édition des Journées d’excellence de la recherche scientifique et de l’Innovation (Jersic) vient à peine d’être officiellement lancée que déjà, la ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Madeleine Tchuente, entame sa visite. Une immersion qui va bien au-delà du protocole.

Car ici, les résultats de la recherche ne se contentent plus d’être exposés, ils se touchent, se goûtent, se testent. Dans le carré réservé à l’Institut de Recherche agricole pour le développement (IRAD), situé à l’entrée principal de l’hôtel, manioc, patate douce, maïs, banane plantain sont autant de produits qui, grâce à la science, sortent du simple statut de denrées brutes pour devenir farines, amidons, gâteaux, voire pâtes alimentaires. « On fait la promotion des produits qui peuvent aller dans le sens de la politique de substitution du gouvernement », explique Alain Christian Misse, chef section de la culture annuelle et semi-annuelle à l’Irad.

 Pour ce dernier, il s’agit de mettre en œuvre la politique du gouvernement qui consiste à réduire la dépendance aux importations, notamment en panification. « Ce n’est que le pain qui est encore un peu dépendant du blé. Mais aujourd’hui, on peut y incorporer jusqu’à 25% de farines locales », précise-t-il avec assurance. Le manioc, l’un des produits stratégiques de la politique d’import-substitution, se décline en plusieurs variétés aux usages bien distincts. Le « 94 », à texture farineuse, est destiné à la consommation directe, tandis que le « 419 » convient mieux à la transformation industrielle. Sur le terrain, les visiteurs multiplient les échanges, interrogent les spécialistes et s’intéressent de près aux spécificités de chaque type. « Tout dépend de ce que vous voulez faire : transformer, consommer directement ou cibler un marché précis », explique Misse avec un ton pédagogique.

Non loin de là, un autre produit stratégique fait sensation : le blé camerounais. Le Dr. Pauline Mounjouenpou, directrice de recherche à l’Irad, attire l’attention sur le blé de variété B100, cultivé cette année à Garoua dans la région du Nord. Pain, semoule, pâtes, gâteaux… Tous ces produits, alignés sur les présentoirs, ont été élaborés à partir de ce céréale 100 % local. « Le blé peut être cultivé dans les dix régions du Cameroun. Il suffit de se rapprocher de nous pour qu’on oriente les producteurs vers les variétés adaptées à leur zone agro écologique », explique-t-elle. En plus des aliments, les tiges du blé ont été valorisées pour fabriquer des pailles biodégradables. Une innovation de plus.

Plus d’une centaine d’entreprises et d’institutions locales ont investi l’esplanade de l’Hôtel de Ville de Yaoundé à l’occasion des Jersic 2025, avec des stands et des démonstrations dans des secteurs aussi variés que les technologies, le BTP, l’aviculture et l’élevage. Cette effervescence autour des stands s’inscrit dans une dynamique de l’industrialisation endogène. Le thème de cette 9ᵉ édition en donne le ton « de la recherche scientifique à l’industrialisation endogène pour une transformation structurelle de l’économie du Cameroun ». Un thème qui, selon la ministre, traduit « un appel à l’action lancé à toute la communauté nationale ». Jusqu’au 18 juillet, universités, startups, centres technologiques et inventeurs indépendants se succéderont pour présenter des solutions concrètes, dans des domaines aussi variés que l’agro-industrie, la fabrication locale ou le financement de l’innovation. En toile de fond, les grandes lignes de la politique de substitution aux importations, impulsée par le gouvernement depuis 2021. Des sessions plénières, des ateliers thématiques dont un consacré à l’intelligence artificielle appliquée à l’industrie 4.0 – rythmeront l’événement.

Au-delà des frontières, le Cameroun poursuit une ambitieuse diplomatie scientifique. En témoignent les collaborations avec la France, la Chine, l’Allemagne, la Belgique ou encore le Maroc, qui permettent aux jeunes chercheurs camerounais de bénéficier de programmes de mobilité et d’accéder à des équipements de pointe. « Chaque chercheur formé à l’international qui revient élève le niveau de notre science locale », a souligné la ministre. Lancée en 2007, la plateforme des JERSIC se veut à la fois vitrine du savoir scientifique national et creuset d’un développement fondé sur les compétences locales. Elle s’inscrit dans les ambitions de la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND30), qui place la recherche au cœur de la transformation économique du Cameroun.

L’autoroute Yaoundé-Douala sera bouclée en 2031, 17 ans après son lancement

0
un pan de l'autoroute Yaoundé-Douala

La seconde phase de l’autoroute Yaoundé-Douala ne sera livrée qu’en 2031. C’est ce que révèle le document de programmation budgétaire et économique à moyen terme 2026-2028, publié par le gouvernement camerounais. Cette nouvelle échéance porte à 17 ans la durée totale du chantier, dont la première phase, longue de 60 km, avait été lancée en 2014.

Lors d’une réunion consacrée à l’état d’avancement des projets routiers, tenue le 14 avril 2025, le ministère des Travaux publics (Mintp) a actualisé les contours de ce deuxième tronçon. D’un coût prévisionnel de 1 072 milliards FCFA TTC, il se décline sous la forme de 141 km d’autoroute principale et près de 40 km de bretelles d’interconnexion. Hors taxes, le coût ressort à 899,3 milliards FCFA. Mais ce budget reste susceptible d’évoluer, car il dépend des conclusions d’une étude d’impact environnemental encore en cours.

Le Mintp affirme privilégier un tracé qui limite au maximum les destructions de biens et d’habitations. Cette approche vise à contenir les indemnisations, dont le poids sur le coût total est jugé significatif. Au mois d’avril, seuls 5 km avaient été libérés sur les 32 premiers kilomètres ciblés pour le démarrage effectif des travaux.

Initialement envisagée en partenariat public-privé (PPP), la seconde phase sera finalement réalisée en maîtrise d’ouvrage publique. Cette option signifie que l’État camerounais assurera lui-même la responsabilité de la conduite du projet, du financement jusqu’à la réception, en passant par le choix des prestataires et le suivi technique. Cette approche vise notamment à éviter les blocages et les surcoûts observés lors de la phase I, marquée par quatre avenants et une dérive budgétaire de 284 à 350 milliards FCFA.

Le gouvernement compte s’appuyer sur un schéma de financement multilatéral. Des négociations sont en cours avec Standard Chartered Bank de Londres et l’Exim Bank of China, pour compléter la contribution nationale sur fonds propres. D’après les informations dévoilées lors de la réunion susmentionnée, l’objectif était de conclure les accords de financement relatifs aux 40 premiers kilomètres d’ici août 2025.

Malgré les retards structurels, les ambitions techniques restent élevées. Outre les 141 km de l’axe principal, la seconde phase comprend 30,9 km de bretelles de raccordement, destinées à desservir les agglomérations et zones logistiques situées le long du tracé. Ces infrastructures doivent renforcer l’attractivité économique de l’axe Yaoundé-Douala, le plus fréquenté du pays.

Côté exécution, le maître d’œuvre désigné est China First Highway Engineering Corporation (CFHEC), acteur déjà impliqué dans plusieurs projets routiers au Cameroun. L’étude géotechnique a été confiée à Labogenie, établissement public spécialisé dans l’analyse des sols. Le processus de sélection de l’assistant à maîtrise d’ouvrage est en cours, à travers un appel à manifestation d’intérêt lancé le 17 mars 2025. Les candidatures ont été clôturées le 25 avril.

Forces de défense : la veille d’une présidentielle « à risque », Paul Biya remanie dans l’armée

0

Dans une série de décrets signés ce 15 juillet 2025, Paul Biya a effectué un vaste mouvement dans les forces de défense et de sécurité. Avec d’abord la nomination de sept nouveaux généraux. Il s’agit pour l’armée de terre, des colonels Ngolo Ngomba Tobie Gabriel, Péléné François (BIR), Mveh Alexandre Fernand, Sadjo Wassouni Robert, Chembou Zambou Guy Merlin; pour l’armée marine, du contre-amiral Ade Nkwenti Hilary ; et pour la gendarmerie nationale, du colonel Boum Bissoué Raymond. Par ailleurs, d’autres officiers généraux évoluent en grades. Il s’agit pour la gendarmerie nationale, du général de brigade Daniel Elokobi Njock qui devient général de division ; pour l’armée de terre, des généraux de brigade Ahmet Mahamat et Hyppolite Ebaka. Plus important, dans son entourage immédiat, Paul Biya fait du contre-amiral Emmanuel Amougou, son chef d’état-major particulier, un vice-amiral (général). Le contre-amiral Joseph Fouda, qui a longtemps été aux côtés du chef des armées, à ce poste de chef d’état-major particulier, est nommé conseiller spécial à la présidence de la République.

Redistribution des cartes

Le chef des armées qui se montre généralement très conservateur dans les mouvements à ce grade dans les armées. Si Paul Biya maintient le général René Claude Meka aux affaires et à l’état-major des armées, il se débarrasse des généraux de brigade Baba Souley (ex-chef d’état-major de l’armée de terre) et Camille Nkoa Atenga. Baba Souley est remplacé par le général Saly Mohamadou. Le colonel Sadjo Wassoumi Robert, bénéficie de la promotion après avoir conduit avec efficacité la 51ème Brigade d’infanterie motorisée basée à Bamenda.

Au ministère de la Défense, les mouvements sont plus vastes. Les nouveaux généraux y sont déployés. Le général Agha Robinson remplace le général Saly Mohamadou à la tête de la 4ème région militaire basée dans l’Extrême-Nord. C’est donc le commandant en chef de la secte Boko-Haram. Non loin de là, à Garoua, la 3ème région militaire, sera désormais commandée par le général de brigade Joseph Nouma. Le général de l’armée de l’air Jean Calvin Momha est nommé contrôleur général des armées, tandis que l’autre promu, Hyippolyte, devient conseiller classique au Mindef.

Le décret redistribuant les cartes au Mindef

Crises sociales

Ce vaste mouvement survient dans un contexte de vives tensions sur le territoire national. Alors que l’élection présidentielle est prévue le 12 octobre 2025, un débat sur la candidature du président sortant, pour un 8ème mandat, fait rage, y compris dans les rangs de son parti, le Rdpc. La majorité a déjà éclaté. Les deux poids lourds que sont les ministres Bello Bouba et Issa Tchiroma, ont pris leurs distances, et ont annoncé leurs candidatures contre leur allié de près de trente ans. Rejoignant une opposition radicale qui entretient la menace d’une insurrection en cas d’irrégularités lors du scrutin présidentiel, notamment Maurice Kamto le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et Aboubacar Ousmane Mey, fils d’un ancien gouverneur de région, très critique envers le régime. Le territoire n’est pas totalement en sécurité. Boko Haram tente de se réveiller ces derniers mois en menant des incursions de plus en plus régulières dans les localités frontalières. Le front de la crise anglophone n’a pas toujours retrouvé la stabilité. Les séparatistes continuent de contrôler une bonne partie du territoire.

Présidentielle 2025 : La mise en garde des Etats-Unis d’Amérique

0
Christopher John Lamora, ambasadeur des USA au Cameroun

Dans une déclaration rendue publique ce 14 juillet 2025, l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique (USA) appelle les parties prenantes du processus électoral en cours au Cameroun, à s’engager dans le processus électoral d’une manière qui favorise la paix, respecte l’Etat de droit et préserve les normes démocratiques et les droits de tous les citoyens. Christopher John Lamora intervient quelques jours après la convocation du corps électoral par le président de la République, et surtout l’annonce par Paul Biya de sa candidature à cette élection. Une candidature pour un 8ème mandat à la tête du Cameroun, dans un contexte marqué par un débat des plus houleux sur la capacité de Paul Biya à gouverner.

Agé de 93 ans, Paul Biya a déjà passé 43 ans à la tête du pays, et ces dernières années, l’homme a beaucoup plus fait valoir le décret habilitant le Secrétaire général de la Présidence de la République à se saisir de certaines prérogatives du président de la République. Entre temps, l’homme qui a bénéficié d’un renouvellement de confiance de la part des électeurs camerounais en 2018, face à un Maurice Kamto revendiquant la victoire, se montre de plus en plus rare, voire absent de la scène publique. Du coup, au sein même du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), son propre parti, ce n’est plus l’unité d’antan. Certains comme Léon Theiller Onana, conseiller municipal de la commune de Monatélé, appellent ouvertement Paul Biya à la retraite. Des partis de la majorité présidentielle ont même rompu l’alliance pour se lancer dans la course pour l’élection.

Aboubakar Ousmane Mey et Maurice Kamto

C’est donc un contexte particulier depuis la page de la première élection pluraliste de 1992. Un contexte de vives tensions, dans un pays où les différents organisateurs des élections (ministère en charge de l’administration territoriale, Onel, Elecam), sont généralement l’objet d’accusations de connivences avec le parti au pouvoir. Et dans un flot de revendications, Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et Aboubakar Ousmane Mey, activiste politique, ont clairement menacé le régime de Yaoundé d’appels à l’insurrection au cas où le choix du peuple ne serait pas respectée.

Les USA qui se sont très souvent intéressés aux questions de démocratie et de respecte des droits de l’homme au Cameroun, attirent l’attention face aux menaces et risques de dérives et de violation des droits des citoyens. « Les journalistes, les partis politiques, les organisations de la société civile et les institutions religieuses doivent pouvoir exercer leurs activités sans faire l’objet de harcèlement ni restrictions injustifiées », écrit l’ambassade des USA.

L’élection est prévue le 12 octobre 2025. Les dossiers de candidature sont en attendus à Elections Cameroon (Elecam) depuis samedi dernier. Paul Biya, contrairement aux autres fois, n’a pas attendu les derniers instants pour annoncer sa candidature.

L’État prend le contrôle majoritaire de Société Générale Cameroun avec 83,68 % des parts

0
Louis Paul Motaze www.newsducamer.com
Louis Paul Motaze Homme de année 2024 du Guardian Post Achievement Award

Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a, dans un communiqué daté du 14 juillet 2025, annoncé la signature d’un accord de cession portant sur les 58,08 % de parts que détenait Société générale (SGC) dans sa filiale locale. « le Ministre des Finances, sur Très Hautes Instructions du Président de la République, Paul Biya a usé du droit de préemption de l’État du Cameroun, actionnaire dans ladite banque à hauteur de 25,6%, pour l’acquisition de l’intégralité des parts (58,08%) détenues par le Groupe Société Générale, en vertu des dispositions de l’article 10.2 des Statuts de Société Générale Cameroun« , peut-on lire dans ce document.

Cette opération permet à l’État du Cameroun de porter sa participation dans le capital de la banque à 83,68 %, contre 25,6 % auparavant. Le membre du gouvernement indique que la transaction s’inscrit dans le cadre des Très Hautes Instructions du président de la République, Paul Biya, et vise à renforcer un système bancaire « robuste, inclusif et performant, au service du développement économique et social du Cameroun ».

Dans un communiqué publié le même jour, Société Générale confirme la signature de l’accord de cession totale de sa participation dans SGC. « L’État camerounais, déjà actionnaire, détiendrait ainsi 83,68 % des parts de Société Générale Cameroun. Selon les engagements pris, l’État camerounais reprendrait la totalité des activités opérées par cette filiale, ainsi que l’intégralité des portefeuilles clients et l’ensemble des collaborateurs de cette entité », précise le groupe.

La finalisation de l’opération est attendue d’ici à la fin de l’année 2025, sous réserve de l’approbation des autorités réglementaires compétentes, notamment la Commission Bancaire d’Afrique Centrale (COBAC). Société Générale anticipe un impact positif d’environ 6 points de base sur son ratio de solvabilité CET1 à la clôture de la transaction.

Un retrait stratégique de Société Générale du continent

Cette opération s’inscrit dans un vaste mouvement de recentrage opéré par Société Générale, qui a annoncé son retrait de plusieurs marchés africains. Le Cameroun figure parmi les pays concernés, aux côtés d’autres comme le Congo, la Guinée équatoriale, la Mauritanie et le Tchad.

Dans ce contexte de désengagement, le gouvernement camerounais a décidé d’exercer le droit de préemption que lui confèrent les statuts de Société Générale Cameroun (SGC). Dans une correspondance datée du 16 janvier 2025, adressée au président du conseil d’administration de la banque, le ministre des Finances a officialisé la volonté de l’État de se porter acquéreur des parts du groupe français. Le droit de préemption, prévu à l’article 10.2 des statuts de la société, donne à l’État la priorité sur tout autre acquéreur potentiel.

Une valorisation supervisée par Grant Thornton

Avant de formuler son offre, le gouvernement camerounais a mandaté le cabinet d’audit Grant Thornton, à travers ses filiales en France, au Cameroun et en Côte d’Ivoire, pour conduire une contre-valorisation de la banque. L’évaluation s’est appuyée sur le modèle dit « Discounted Dividend Model » (DDM), ou modèle d’actualisation des dividendes, jugé par l’État « adapté à Société Générale Cameroun et à son contexte ».

Cette analyse a abouti à une valorisation globale de la banque à 211,158 milliards FCFA, soit environ 321,9 millions d’euros. Sur cette base, les 58,08 % de parts détenues par Société Générale sont valorisées à 122,64 milliards FCFA (environ 187 millions d’euros).

En revanche, aucune information n’a filtré sur la valorisation de l’actif du point de vue de Société Générale. Le groupe n’a pas communiqué sa propre évaluation de sa filiale ni le niveau de plus-value ou de moins-value enregistrée dans cette cession.

Le ministère des Finances souligne que la signature de la convention de cession (Share Purchase Agreement – SPA) est l’aboutissement d’un processus rigoureux, marqué par plusieurs phases de négociation entre les parties prenantes. Les discussions ont notamment porté sur les conditions du retrait du groupe cédant, les garanties de stabilité financière et la protection des intérêts des clients de la banque.

Dans son communiqué, le ministre Louis Paul Motaze précise que l’État entend préserver la solidité et la performance de la banque, tout en renforçant sa contribution à l’économie nationale. Il s’agit, selon lui, de doter le pays d’un système bancaire capable de répondre efficacement aux priorités économiques et sociales du Cameroun, dans un contexte de transformation structurelle. »La signature de la Convention de Cession (SPA) de ce jour est l’aboutissement de diverses séances de discussions entre les différentes parties, dans le cadre du respect des exigences d’un audit préalable, des conditions de retrait du Groupe cédant, ainsi que de la préservation de la stabilité financière du Cameroun, et d’autre part à protéger et garantir les intérêts des clients et autres parties au sein du système bancaire camerounais« , souligne le ministre des Finances

Le gouvernement camerounais rassure par ailleurs les clients de la banque, ses partenaires, ainsi que les collaborateurs, en indiquant que l’ensemble des activités, portefeuilles clients et équipes seront intégralement repris par l’État. Aucun licenciement ni changement majeur dans la continuité des services n’est envisagé à ce stade, selon les informations disponibles.

Avec cette prise de contrôle majoritaire, l’État camerounais renforce sa position dans un secteur bancaire longtemps dominé par des groupes étrangers. Société Générale Cameroun, deuxième banque du pays en termes de parts de marché, rejoint ainsi le giron public, aux côtés d’institutions comme la  Commercial Bank Cameroon (CBC)

La BC-PME a investi près de 100 milliards FCFA dans les PME en 10 ans

0

Dix ans après l’ouverture de son guichet au public, le 20 juillet 2015, la Banque Camerounaise des Petites et Moyennes Entreprises (BC-PME) dresse un bilan contrasté avec des avancées notables en matière de financement, avec près de 100 milliards FCFA injectés, mais une première phase marquée par des orientations parfois éloignées de sa mission initiale. Une part importante des fonds a été dirigée vers des services peu adaptés aux besoins productifs du tissu entrepreneurial camerounais, soulevant des interrogations sur la cohérence stratégique de l’institution. Ce constat a conduit la BC-PME à opérer un changement stratégique majeur, centré sur l’import-substitution, la transformation locale et les filières productives. « Il s’agit de marquer une pause, de se réorienter, et surtout d’inscrire les financements dans une logique de valeur ajoutée locale », explique Yvette Philomène Fouda Evindi, chef du bureau des filières agro-industrielles et agricoles à la banque.

En une décennie, la BC-PME a ouvert huit mille comptes, apprendon, concentrés essentiellement dans les deux métropoles économiques que sont Douala et Yaoundé. Cette centralisation a limité son impact dans les régions, notamment celles à fort potentiel agricole ou artisanal. Mais 2025 et 2026 marqueront un élargissement géographique significatif. La banque prévoit de s’étendre vers le Grand Nord, l’Ouest, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, régions souvent exclues des grands circuits de financement.

UN REDÉPLOIEMENT EN APPUI AU PIISAH

Dans le cadre du Programme Intégré d’Import-substitution dans l’Agriculture et l’Agro-industrie (PIISAH), la BC-PME a entrepris un redéploiement de ses équipes. Le but est de recruter de nouveaux clients porteurs de projets structurés dans les filières prioritaires du programme. « Une bonne partie des dossiers reçus ont déjà été traités », assure Fouda Evindi, signe que l’appétit pour le crédit ciblé ne manque pas dans les territoires. Mais le chantier le plus structurant reste la restructuration institutionnelle de la BC-PME. A ce sujet, le ministre des PME, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, Achille Bassilekin III, a détaillé devant les députés les grandes lignes d’un repositionnement majeur. « Il est question de transformer la BC-PME en banque de développement de seconde catégorie, à l’image de ce qui se fait au Nigeria, en Malaisie ou en Indonésie », a-t-il récemment indiqué devant le parlement.

Dans ce nouveau modèle, la BCPME n’interviendra plus directement en guichet, mais jouera le rôle de canal financier vers d’autres institutions telles que les banques commerciales, les établissements de microfinance, ou autres structures disposant de portefeuilles PME. Ce fonctionnement permettra de mieux répondre aux besoins en financement à long terme, tout en réduisant les risques opérationnels. La Banque mondiale, qui a accompagné des expériences similaires à l’étranger, a été sollicitée par le gouvernement pour proposer un modèle adapté au contexte camerounais. Des solutions sont déjà sur la table, affirme le ministre, en attendant leur validation et leur mise en œuvre.

UN OUTIL À SAUVER POUR ACCÉLÉRER LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE

Née de la volonté du chef de l’État de doter les PME camerounaises d’un guichet de financement dédié, la BC-PME a connu des débuts hésitants. Mais avec cette nouvelle dynamique, les autorités espèrent en faire un levier central de la transformation structurelle de l’économie, en soutenant la création de valeur locale, la substitution aux importations, et la montée en puissance d’un secteur privé camerounais plus robuste.

Tissu Économique : Le secteur de l’artisanat pèse 5% du PIB national

0

Le chiffre est tombé comme un rappel d’évidence. 5 % du PIB national provient du seul secteur de l’artisanat. Un indicateur trop souvent ignoré dans les discours macroéconomiques, mais désormais porté à la lumière par Achille Bassilekin III, ministre des Petites et Moyennes entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, devant les députés. Loin d’être marginal, l’artisanat camerounais constitue une force vive de l’économie nationale, avec des savoir-faire enracinés dans les traditions culturelles. « Entre 2019 et 2024, nous avons accompagné près de 3 602 artisans à travers les bureaux communaux de l’artisanat », a indiqué le ministre, insistant sur l’importance des politiques publiques dans la structuration de ce vivier productif. En effet, l’État mise désormais sur la modernisation du secteur artisanal, notamment à travers l’accès aux équipements, la montée en gamme des produits, et l’intégration des normes de qualité. Des formations sont organisées en partenariat par exemple avec l’Agence des normes et de la qualité (ANOR) pour initier les artisans aux standards de certification. Car le coût des tests de conformité reste un frein majeur aux acteurs du secteur. Pour y remédier, un fonds spécifique a été mis en place par le ministère des Finances, permettant l’organisation de campagnes de tests groupés, en particulier dans l’agroalimentaire. L’enjeu est notamment d’alléger les charges pesant sur les petits producteurs et d’ouvrir la voie à une labellisation crédible. Au-delà des chiffres, l’artisanat camerounais est un patrimoine vivant. De la sculpture de Foumban aux textiles Ndop du Nord-Ouest, en passant par la vannerie, la poterie, les bijoux en perles ou les instruments de musique traditionnels, chaque objet raconte une histoire, porte une identité, et suscite un intérêt croissant, tant au niveau local qu’international. Des villes comme Maroua, Bafoussam ou Yaoundé sont aujourd’hui des centres de création foisonnants, où se croisent traditions et innovation. L’enjeu : valoriser ces métiers non seulement comme vecteurs culturels, mais aussi comme gisements d’emplois et d’exportation.

LES PME, COLONNE VERTÉBRALE DU TISSU ÉCONOMIQUE

En parallèle, le ministre a dressé devant les députés, le tableau des PME dans le tissu économique. Les PME camerounaises représentent à elles seules 36 % du PIB, selon les dernières données de l’Institut national de la statistique. « 99,8 % des entreprises enregistrées au Cameroun relèvent du statut de PME », a rappelé le ministre. Autrement dit, l’essentiel de l’écosystème entrepreneurial repose sur ces structures aux moyens parfois limités, mais à fort potentiel. Vulnérables face aux crises, comme l’a montré la pandémie de COVID-19, ces entreprises souffrent de fragilités structurelles. Il s’agit en effet de l’accès difficile au financement, des ruptures logistiques et de faible compétitivité. D’où la nécessité d’un accompagnement renforcé.

FAIRE ÉCLORE DES CHAMPIONS NATIONAUX

Le gouvernement entend désormais faire évoluer les très petites entreprises (TPE) vers des PME structurées, et permettre à certaines d’entre elles de franchir un cap vers le statut de grandes entreprises. « Il est impératif de les accompagner dans leur changement d’échelle », a insisté le ministre. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie de transformation structurelle de l’économie, qui vise à renforcer la présence camerounaise sur les marchés extérieurs. Des mécanismes comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union Européenne ou les régimes préférentiels CEMAC-CEEAC, qui offrent de nouvelles perspectives, à condition de proposer des produits de qualités et conformes aux normes internationales. À travers son intervention, Achille Bassilekin III a esquissé les contours d’un modèle de développement fondé sur la valorisation des ressources locales et la montée en compétence des acteurs de terrain. Un pari assumé sur l’endogène, porté par la conviction que la croissance ne se bâtit pas uniquement à coups de grandes industries, mais aussi grâce à l’artisan, au petit producteur et à l’entrepreneur de proximité, véritables piliers de l’économie locale.

Deux trafiquants d’écailles de pangolins géants arrêtés dans la région de l’Adamaoua

0

Les trafiquants sont arrivés sur le lieu de la transaction à moto, l’un au guidon, l’autre serrant entre ses bras deux sacs camouflés dans des emballages de céréales. À l’intérieur, les agents de la délégation départementale des forêts et de la faune du Djerem ont découvert près de 90 kg d’écailles de pangolins, soit l’équivalent d’environ 35 pangolins tués. L’opération a été menée en collaboration avec la compagnie de gendarmerie de Tibati, avec l’appui technique de l’ONG spécialisée dans la lutte contre le trafic d’espèces protégées, The Last Great Ape Organisation (LAGA). Selon des sources proches de l’enquête, les suspects s’apprêtaient à quitter Tibati pour écouler leur butin à Ngaoundéré, un carrefour stratégique pour les réseaux de trafic faunique. L’un des présumés trafiquants serait marchand de viande de brousse, l’autre mécanicien, impliqué dans plusieurs activités illégales liées à la faune. Ils auraient mobilisé un réseau de braconniers opérant dans les villages alentour pour collecter les écailles.

Cette saisie intervient dans un contexte de baisse relative du commerce d’écailles de pangolins, selon des rapports de la Wildlife Justice Commission. Toutefois, la prudence reste de mise. « L’intensité du commerce a peut-être diminué, mais il pourrait bien avoir basculé totalement dans la clandestinité, ce qui complique la tâche des forces de l’ordre », alerte Tah Kaba Eric, directeur adjoint de LAGA. Le Cameroun, signataire de plusieurs conventions internationales sur la protection de la biodiversité, a renforcé son arsenal juridique avec la loi de 2024 sur la faune sauvage. Celle-ci prévoit des peines allant de 15 à 20 ans de prison et des amendes de 20 à 50 millions de FCFA pour toute personne reconnue coupable de trafic d’écailles de pangolins.

Les deux suspects ont été placés en détention à la prison de Tibati, en attendant leur comparution devant la justice. Leur arrestation rappelle la persistance du fléau que constitue le braconnage au Cameroun, malgré les avancées législatives et les efforts conjoints des autorités et des partenaires de la conservation.

Les fonds transférés aux communes et régions atteignent 303,5 milliards FCFA en 2025

0

Le robinet budgétaire de la décentralisation s’ouvre un peu plus en 2025. Cette année, les transferts aux communes et aux régions atteignent 303,5 milliards FCFA contre 292,5 milliards un an plus tôt, en hausse de 3,6 %. Cette enveloppe est majoritairement orientée vers les communes (63 %), les régions en recevant 37 %. Mais au-delà des ressources immédiatement mobilisées, l’État prévoit également des financements pour des compétences encore non exercées par les CTD, comme la gestion de l’éducation, de la santé, de la culture ou de la jeunesse. En cumulant ces postes, l’enveloppe globale dédiée à la décentralisation de l’année encours atteint près de 959 milliards FCFA, une somme inédite.

Cette année, la répartition des transferts budgétaires reflète les priorités économiques du pays, avec près de 70 % de l’enveloppe, soit 212 milliards FCFA, alloués au développement économique, englobant l’aménagement du territoire, les travaux publics, l’urbanisme, la gestion environnementale et les projets structurants. Le volet sanitaire et social absorbe 18 % des ressources, majoritairement orientées vers les actions du ministère de la Santé. Le secteur éducatif, culturel et sportif, quant à lui, reçoit 12,1 % du budget global, mais révèle des disparités internes : 86 % de cette enveloppe sont consacrés à l’éducation, à l’alphabétisation et à la formation professionnelle, tandis que le secteur culturel ne bénéficie que de 1,3 %, mettant en lumière la faible prise en compte des enjeux liés aux politiques culturelles locales. Entre 2021 et 2023, la DGD est passée de 232,1 milliards FCFA à 252,5 milliards FCFA, soit une augmentation de 20,3 milliards en valeur absolue, représentant une croissance de 9 %. Ces fonds sont ventilés entre dépenses de fonctionnement et d’investissement, avec un accent croissant sur l’exécution locale des projets.

Autre avancée marquante est l’adoption de la loi sur la fiscalité locale, promulguée en décembre dernier. Cette réforme vise à renforcer l’autonomie financière des CTD, en leur permettant d’accroître leurs recettes propres via une fiscalité mieux structurée et adaptée aux réalités locales. Elle prévoit notamment une modernisation de l’administration fiscale locale et la mise en place de nouveaux mécanismes de performance budgétaire. Le FEICOM, bras financier des CTD, continue de jouer un rôle central. Il intervient à la fois comme distributeur de ressources péréquées et comme accompagnateur technique dans la formulation et la rationalisation des projets locaux.

 LES DÉFIS STRUCTURELS PERSISTENT

Malgré ces efforts financiers, le processus de décentralisation demeure entravé par plusieurs contraintes structurelles. Le taux d’exécution des fonds d’investissement transférés illustre cette difficulté : il est passé de 90,4 % en 2021 à seulement 56,9 % en 2022, avant de remonter à 83,9 % en 2023. Parmi les priorités dégagées par le gouvernement dans la poursuite du processus de décentralisation, figurent l’achèvement du transfert effectif de toutes les compétences prévues par la loi, le renforcement des capacités des élus et du personnel local pour une meilleure appropriation de ces attributions, ainsi que la clarification des rôles entre régions et communes afin d’éviter les chevauchements. À cela s’ajoute la nécessité de repenser l’architecture des services déconcentrés de l’État, dans le but d’assurer une articulation plus fluide et cohérente avec les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD).

RESSOURCES HUMAINES, DIGITALISATION, PLANIFICATION

Le renforcement des ressources humaines locales, la valorisation du statut du personnel et le transfert des moyens matériels constituent aussi des chantiers en cours. L’État projette également de digitaliser les services communaux et de systématiser la planification stratégique, afin d’accroître l’impact réel de la décentralisation sur le bien-être des populations. Un Indice de Développement Local du Cameroun, actuellement en cours d’élaboration, est annoncé comme un outil crucial pour une répartition plus équitable des ressources. L’objectif est d’assurer une péréquation budgétaire efficace entre les collectivités, en tenant compte des disparités de développement. Pour relever ces défis, les autorités appellent à une collaboration plus fluide entre l’État, les CTD, les partenaires techniques et financiers, mais aussi les citoyens. La réussite de la décentralisation est perçue comme une œuvre collective, censée renforcer la proximité de l’action publique et favoriser un développement plus équilibré du territoire national. « L’exercice des compétences transférées par les CTD doit avoir un impact significatif sur le développement local, le bien-être des populations », a-t-on souligné lors de la présentation du rapport d’évaluation.

Pr Jean-Emmanuel Pondi : « Nous ne pouvons pas développer l’IA en comptant sur les poches des autres »

0
Le professeur Jean-Emmanuel PONDI est un spécialiste des sciences politiques et des relations internationales. Ancien directeur de l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC) (1999-2006), il est actuellement vice-recteur de l’Université de Yaoundé I, chargé de la recherche, de la coopération et des relations avec le monde des affaires, après avoir été secrétaire général de la même université (2006-2017).

Pensez-vous que l’implication active du secteur privé dans le financement soit essentielle pour donner corps aux fondements conceptuels et opérationnels de l’intelligence artificielle ?

Disons qu’en relation internationale, il y a des domaines qu’on appelle stratégiques. Et techniquement, les domaines stratégiques sont des domaines prioritaires. Et il est important que ces domaines prioritaires soient supportés financièrement par les intéressés eux-mêmes. Il est un peu illusoire de croire que dans ces domaines où vous êtes en compétition, vous allez voir vos compétiteurs vous soutenir dans une course où vous êtes susceptible de passer devant eux. Ce n’est pas logique comme raisonnement. Donc il faut sécuriser certains domaines qu’il faut plutôt autonomiser plutôt que de les mettre à l’air libre où tout le monde voit ce qui se passe. L’intelligence artificielle est un levier pour accélérer le développement ou la croissance dans tous les domaines de l’action humaine.

Il est donc important pour nous de voir comment et par quelle structure ce domaine crucial devrait être financé. Nous avons aujourd’hui des banques panafricaines, c’est-à-dire qui ont un ADN qui est officiellement reconnu comme étant des banques panafricaines. Nous avons des banques nationales et nous avons des banques régionales. Il serait bon pour ces banques d’avoir ce qu’on peut appeler des fenêtres pour le financement de l’IA. Parce qu’en résolvant beaucoup de problèmes, il y aura un retour sur l’investissement chez elles-mêmes, chez ces banques-là. Ça peut être à moyen terme ou à long terme, mais de toutes les manières, si l’économie globale devient revivifiée, si elle s’accélère, il est clair que ce sera un investissement qui sera un investissement positif.

Donc les Africains doivent comprendre, à mon avis, qu’on ne peut pas avoir des programmes pour lesquels nous comptons sur les poches des autres. Ce n’est pas logique. Il faut que nous comprenions que pour être pris au sérieux, pour être pris comme des adultes, parce que nous réclamons désormais de ne plus être infantilisés, l’une des conditions de la sortie de l’infantilisation de l’Afrique, c’est de prendre en charge ses responsabilités financières. L’Afrique n’est pas pauvre, contrairement à ce que nous-mêmes nous croyons.

L’Afrique a quand même près de 40% de toutes les ressources minières mondiales. Nous avons 60% des terres arables, c’est-à-dire cultivables, du monde, qui se retrouvent sur le continent africain. Nous avons des essences de toutes sortes, Iroko, Ébène, qui sont des richesses incommensurables. Il faut donc que nous sachions que toutes ces richesses sont transformables en valeurs, des valeurs financières. Et que nous nous dressions maintenant non plus en mendiant, mais en acteurs sérieux qui ont été capables de recenser toutes ces richesses, nous-mêmes, on ne doit pas compter sur les autres pour venir recenser nos richesses. Nous pouvons le faire nous-mêmes.

Nous avons aujourd’hui le know-how, la capacité de le faire. Quand on recense les richesses africaines, elles sont énormes. L’Afrique est le premier producteur mondial d’or, par exemple. Premier producteur mondial de diamants. 75% du cacao et du café et tout ça, que les gens consomment tous les jours sur les cinq continents, viennent d’Afrique. Comment, d’où vient-il que nous persistons à accepter nous-mêmes que nous sommes pauvres ? Comment définit-on la richesse ? Comment définit-on la pauvreté ? Ce sont des termes qu’il faut revoir avec beaucoup de sérieux. Et quand on aura fait cela, nous allons nous rendre compte de beaucoup de découvertes.

Donc je pense pour ma part que nous devons… pour considérer l’IA comme un moteur qui peut accélérer non pas seulement le développement, mais la croissance de l’Afrique. Et ça, ça ne se fait pas sans mettre des sommes conséquentes. Il ne s’agit pas de saupoudrer, il s’agit d’avoir des sommes conséquentes, mais aussi une vision claire sur les étapes de ces financements, sur les acteurs de ces financements et sur les objectifs de ces financements.

Quelle est votre position sur le renforcement d’une intelligence artificielle locale respectueuse des droits humains et des normes éthiques, face aux risques culturels liés à l’usage de données inadaptées ?

 Alors je dirais que l’une des choses qu’on a remarquées pendant tous les ateliers, les six ateliers qui ont été organisés, elles avaient au moins un trait commun, c’est qu’on revenait toujours sur la nécessité d’appropriation de la dimension éthique par l’Afrique. Et je crois que c’est une préoccupation qui vaut son pesant d’or et qui s’explique parfaitement. Alors quand on dit l’éthique, on utilise les mêmes mots, le même vocabulaire, mais qui ne recouvrent pas les mêmes réalités. Et je crois que c’est là que se pose le problème.

L’éthique a une valeur morale, une valeur comportementale, mais aussi une valeur culturelle. Alors on ne peut pas venir en Afrique, faire fi de nos de voir le monde, de notre cosmogonie, de notre vision vis-à-vis de l’être humain, de la famille, de la communauté. Dire qu’il n’y a qu’une seule vision, qui n’est pas africaine et qu’on déclare universelle. Ce n’est pas possible d’accepter cela. Il faut comprendre que le monde est fait de civilisations avec S. Et sur ce S ont été générés beaucoup de guerres et de conflits. Parce qu’il y en a qui disent qu’il y a une civilisation avec ON à la fin. Alors qu’en fait il y a des civilisations. Comme il y a de nombreuses cultures, et c’est la complémentarité de cette diversité qui rend le monde intéressant. On ne peut pas nous imposer, comme nous voyons.

Parce que l’éthique, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que nous avons notre lecture du monde. Par exemple, en Afrique, nous donnons davantage d’importance à la communauté qu’à l’individu. Et la preuve de cela, c’est quand vous prenez les droits de l’homme et des peuples, c’est la convention bien sûr de Banjul, la capitale de la Gambie, en 1980, Et c’est le sommet de Nairobi de 1981 qui a en fait adopté cette résolution et ce texte-là.

Donc, vous comprenez que nous ne pouvons pas accepter, qu’entre la communauté et l’individu, qu’on nous fasse comprendre que c’est l’individu qui vient en avant. Peut-être dans d’autres systèmes culturels, c’est le cas. Mais pour ce qui nous concerne, ce n’est pas du tout une vérité. Premièrement, nous avons notre définition de la famille. Et ces derniers temps, nous entendons toutes sortes de définitions de famille que nous avons beaucoup de mal à comprendre.

Alors, le danger c’est quoi ? C’est que certaines organisations internationales voudraient maintenant faire passer l’aide internationale en forçant les Africains à accepter des définitions de famille qui nous sont répugnantes. Il faut que les gens comprennent que ce qui sied chez eux n’est pas nécessairement quelque chose qu’on peut accepter chez nous. Et je dirais même, pour beaucoup d’Africains, quelque chose d’inacceptable. C’est pour ça que je parle, moi, non seulement de sécurité militaire, je crois de moins en moins à ça, je crois davantage en la sécurité culturelle. C’est-à-dire la nécessité par toutes les cultures d’accepter les autres comme étant des cultures valables, même si elles ne sont pas les vôtres. Et je pense que beaucoup de pays occidentaux gagneraient à avoir un tout petit peu plus d’humilité, pour comprendre qu’ils ne peuvent pas imposer aux gens des choses que ces gens ne veulent pas du tout adopter, parce qu’elles sont contraires à leur valeur, contraires à leur éducation, contraires à leurs us et coutumes. Si nous n’acceptons pas cela, il est illusoire de parler de paix. Parce que la paix c’est quoi ? C’est l’acceptation de l’autre dans sa diversité.

La paix c’est quand vous dites que vous acceptez l’autre, non pas parce qu’il est comme vous, mais précisément parce qu’il est différent de vous, même dans ses valeurs culturelles. Et nous pensons que les Asiatiques ont leur manière de voir le monde, les Africains ont leur manière de voir le monde, les Européens ont leur manière de voir le monde, les Américains ont leur façon de voir le monde. Très bien, mais il ne s’agit pas de venir imposer une vision au motif fallacieux que cette vision serait universelle. L’intelligence artificielle doit nous aider à mettre un contenu africain, dans des logiciels, dans des applications et dans les algorithmes en particulier. L’intelligence artificielle doit davantage mobiliser des veilles africaines pour que nous voyons où sont les défaillances et que nous mettions notre narratif à nous, notre manière de voir le monde au travers de ces algorithmes-là.

- Publicité -
Google search engine