mercredi, mai 20, 2026
spot_img
Accueil Blog Page 86

Education : Afriland First Bank va primer 50 bacheliers et financer leurs études universitaires

0

L’éducation demeure au cœur des priorités de développement au Cameroun, où l’accès à une formation de qualité reste un défi pour de nombreuses familles. Consciente de cette réalité, Afriland First Bank a décidé d’intensifier son engagement à travers son programme B-First, une initiative de responsabilité sociétale d’entreprise (RSE) qui cible prioritairement les meilleurs élèves et nouveaux bacheliers. L’objectif est de promouvoir l’excellence académique, soutenir les parcours universitaires et contribuer à la constitution d’un capital humain compétitif. En 2024, la première édition du programme avait mobilisé environ 300 millions de FCFA, permettant de primer 23 100 élèves issus de 306 établissements à travers le pays. La nouvelle édition se veut plus sélective, recentrant ses efforts sur deux volets principaux : les prix d’excellence pour les meilleurs élèves des établissements secondaires et un concours national destiné aux bacheliers des sessions 2024 et 2025, baptisé « 50 Pupilles Afriland First Bank ».

RÉCOMPENSER L’EXCELLENCE SCOLAIRE

Le premier pilier du programme B-First consiste à primer les meilleurs élèves des cinquante meilleurs établissements secondaires du pays. Les écoles bénéficiaires sont sélectionnées sur la base de critères précis, dont le taux de réussite au Baccalauréat ou au CCE A-level, ainsi que la densité de scolarisation dans leur zone. Une fois les établissements retenus, Afriland First Bank s’engage à distinguer 90 élèves par école, soit les premiers de chaque classe. Les récompenses consistent en fournitures scolaires, bourses partielles et matériel informatique. L’idée est de valoriser l’effort et la persévérance tout en réduisant les inégalités d’accès aux outils pédagogiques. Selon la banque, cette démarche vise à « inculquer l’esprit First », une philosophie fondée sur la compétitivité académique et la recherche permanente de la performance.

En ciblant un nombre réduit mais représentatif d’établissements, le programme veut créer un effet d’émulation et instaurer une culture de mérite parmi les jeunes. Le second pilier du programme, intitulé Concours des 50 Pupilles Afriland First Bank, s’adresse exclusivement aux nouveaux titulaires du Baccalauréat et du CCE A-level. Ouvert aux candidats des sessions 2024 et 2025, ce concours se déroule en ligne via les plateformes de la banque. Les épreuves visent à sélectionner 50 lauréats, appelés « pupilles ». Ils bénéficieront d’une prise en charge partielle ou totale de leurs frais de scolarité dans l’université de leur choix.

La sélection se déroule en plusieurs étapes. Parmi lesquelles, le dépôt des candidatures, les tests en ligne, l’évaluation complémentaire des performances scolaires, puis la publication des résultats par les canaux officiels de la banque. Les lauréats sont ensuite intégrés officiellement lors d’une cérémonie solennelle, présidée par le Directeur général d’Afriland First Bank, avant un suivi régulier de leur parcours académique. L’institution bancaire insiste sur le caractère structurant de ce programme, qui ne se limite pas à une aide ponctuelle mais accompagne les pupilles jusqu’à leur insertion professionnelle.

UN INVESTISSEMENT DANS LE CAPITAL HUMAIN

Pour Afriland First Bank, le programme B-First n’est pas une opération de communication mais un investissement stratégique dans le capital humain. « Fondée sur le principe d’excellence, notre institution s’est forgée une réputation de leader dans le secteur de la finance. L’éducation a toujours été au cœur de nos préoccupations dès notre création », a déclaré Célestin Guela, Directeur général d’Afriland First Bank, dans un communiqué. En soutenant les jeunes Camerounais dès la fin du secondaire, la banque entend contribuer à former une génération mieux préparée aux défis économiques et sociaux du pays. Le choix de recentrer le programme sur les bacheliers traduit une volonté d’impact durable : faciliter la transition vers l’enseignement supérieur, un moment critique marqué par des abandons fréquents pour des raisons financières.

UNE POLITIQUE RSE ÉLARGIE

L’initiative B-First s’inscrit dans une politique de responsabilité sociétale déjà bien implantée au sein de la banque. Classée 7ᵉ entreprise la plus responsable du Cameroun selon l’étude A/M 2023, Afriland First Bank déploie plusieurs actions concrètes dans le domaine de l’inclusion sociale et économique. Elle soutient notamment l’entrepreneuriat féminin à travers les Women Entrepreneurship Awards, menés en partenariat avec OLA Energy, qui récompensent les femmes entrepreneures les plus inspirantes. Dans le domaine du financement des PME, la banque collabore avec le Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE) pour assouplir ses conditions d’octroi de crédit. Ce dispositif permet d’accorder des prêts garantis partiellement, réduisant ainsi les barrières d’accès au financement pour de nombreuses petites entreprises. À travers ces initiatives, Afriland First Bank cherche à consolider son rôle d’acteur clé du développement, au-delà de ses activités bancaires classiques.

UNE AMBITION NATIONALE

Avec B-First, Afriland First Bank réaffirme son ambition de devenir un partenaire durable du système éducatif camerounais. En récompensant les meilleurs élèves et en accompagnant les nouveaux bacheliers, la banque entend contribuer à la constitution d’une élite capable de jouer un rôle moteur dans l’émergence du pays. La mise en place de ce programme sur l’ensemble du territoire national traduit aussi la volonté de ne pas limiter son action aux grands centres urbains. En intégrant des critères de densité scolaire et en couvrant les dix régions, Afriland First Bank veut s’assurer que l’impact de son initiative bénéficie à une jeunesse diversifiée, issue aussi bien des grandes villes que des zones rurales.

UNE STRATÉGIE TOURNÉE VERS L’AVENIR

Le programme B-First illustre la conviction d’Afriland First Bank que la compétitivité économique d’un pays repose sur la qualité de ses ressources humaines. Dans un environnement marqué par des défis structurels — chômage des jeunes, faible insertion professionnelle des diplômés, inégalités sociales —, l’institution bancaire choisit d’agir sur l’un des leviers fondamentaux : l’éducation. En combinant récompenses académiques, bourses universitaires et insertion professionnelle à travers son Young Graduate Program, la banque entend créer un continuum d’accompagnement. De l’élève de lycée à l’étudiant diplômé, puis au jeune actif, Afriland First Bank se positionne comme un partenaire à long terme des parcours éducatifs et professionnels. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de durabilité, où chaque action entreprise aujourd’hui vise à bâtir un socle solide pour l’avenir du Cameroun.

Présidentielle 2025 : Le SDF mise sur l’industrie, l’emploi, et la décentralisation pour relancer l’économie

0

D ’entrée de jeu, Joshua Osih a rappelé les écarts entre les ambitions affichées par les plans de développement et la réalité des performances économiques. Le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) visait une croissance de 5,5 % et une réduction de la pauvreté à 28 % en 2020 ; or, la croissance moyenne n’a pas dépassé 4,6 % entre 2010 et 2018 et la pauvreté est restée proche de 38 % en 2021. Même constat pour la Vision 2035 et la Stratégie Nationale de Développement 2020- 2030 (SND30), qui ambitionnaient respectivement une croissance annuelle de 8 à 10 % et une part de l’industrie de 37 % du PIB. « À mi-parcours, nous stagnons à 3-4 % de croissance, avec une industrie autour de 26 % du PIB et un manufacturier plafonnant à 14 % », a-t-il relevé, dénonçant des objectifs « irréalistes » et une gouvernance incapable de corriger les dérives.

CINQ AXES POUR « SAUVER LE CAMEROUN »

Face aux défis persistants du pays, le candidat Joshua Osih dévoile une feuille de route ambitieuse, structurée autour de cinq axes majeurs, couvrant les 100 premiers jours de mandat jusqu’à l’horizon du quinquennat. Au cœur de ses priorités, le rétablissement de la paix dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest, la restauration de l’unité nationale et de la dignité des populations, ainsi qu’une refondation des institutions sur un modèle fédéral et semi-parlementaire. Mais c’est surtout une transformation socio-économique en profondeur qu’il appelle de ses vœux. « Notre boussole, c’est la République, pas le trône », a-t-il martelé, soulignant que sans réforme institutionnelle, aucun redressement économique durable ne saurait être envisagé.

Le programme économique du SDF met l’accent sur la souveraineté productive et l’emploi. Osih promet une politique volontariste de substitution des importations, la montée en puissance de l’agro-industrie, du BTP, des énergies renouvelables et du numérique, ainsi qu’une fiscalité favorable aux PME. Il annonce également la simplification administrative, la mise en place d’un « financement patient » pour soutenir les entreprises locales et un objectif de créations massives d’emplois. « Il faut produire au Cameroun ce que nous consommons, et consommer ce que nous produisons », a-t-il résumé. Le candidat promet une décentralisation effective, avec un transfert des compétences et des budgets vers les communes et les régions. Il s’engage à instaurer une transparence totale dans la gestion publique, avec des marchés publics ouverts, la publication obligatoire du patrimoine des responsables et un renforcement de la Cour des comptes. La lutte contre la corruption et la responsabilisation de l’exécutif par un régime semi-parlementaire sont, selon lui, des leviers indispensables pour relancer la confiance des investisseurs et redynamiser le climat des affaires.

SANTÉ, ÉDUCATION ET INCLUSION SOCIALE

Sur le plan social, Osih prévoit une véritable couverture santé universelle, la réhabilitation des hôpitaux de district, la fabrication locale de médicaments essentiels, ainsi que des filets sociaux ciblés. L’éducation et la jeunesse occupent également une place centrale, avec un accent sur la formation technique et professionnelle, le numérique à l’école et un fonds dédié à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes.

Pour finir, Joshua Osih a appelé à une « rupture systémique » pour sortir le Cameroun de l’« autocratie et du sous-développement ». Pour lui, la présidentielle de 2025 doit être « un débat de projets, pas de personnes ». Son programme, axé sur la production nationale, la refondation institutionnelle et la justice sociale, vise à redonner confiance aux citoyens et à replacer le pays sur une trajectoire d’émergence crédible.

Douala: le top Management de MTN Cameroun va au contact de sa clientèle

0

Le Directeur Général et d’autres hauts responsables de l’entreprise ont effectué une descente dans les rues de Douala afin de recenser les besoins et inquiétudes des abonnés ainsi que des partenaires de la société de télécommunications.

Des responsables de call box et de simples clients de MTN Cameroun posant directement leurs préoccupations au Directeur Général de cette entreprise. Des clichés similaires ont marqué la journée du 13 Août dernier dans la ville de Douala. Wanda Matandela, et l’ensemble du comité directeur de l’entreprise ont en effet effectué une visite de marché dans le cadre du concept « Exco Market Invasion ». « Il s’agit d’une nouvelle attitude adoptée par le top management de MTN, qui consiste pour le comité directeur, à faire des descentes terrain, pour se faire une idée plus exacte des réalités quotidiennes des staffs en première lignes, mais surtout les difficultés auxquelles font face les partenaires et abonnés de MTN, au-delà des rapports produits par les équipes opérationnelles », explique l’entreprise.

Ce rendez-vous mensuel a vocation de se dérouler sur l’étendue du territoire de façon alternée. La descente à Douala intervient après Yaoundé le mois dernier où a démarré l’initiative.  « Cela démontre le respect et la considération de cette grande entreprise vis-à-vis de nous les partenaires d’affaires, sans distinction de taille ou de poids. Je ne suis qu’une petite opératrice qui fait la vente d’airtime et le transfert d’argent, mais j’ai eu l’opportunité de discuter avec le Directeur Général et les autres cadres sur la réalité du marché et surtout nos attentes. Leurs explications m’ont permis de bien comprendre certaines situations que nous déplorons », témoigne Dalida T. Opératrice de call box à Akwa.  

 Pour les dirigeants de MTN, cette opération leur permet de mieux appréhender les pressions opérationnelles et le parcours client. « Exco Market Invasion » donne l’occasion aux cadres supérieurs d’interagir directement avec les clients, d’écouter leurs expériences, leurs défis et leurs aspirations. C’est un moment où les dirigeants peuvent constater par eux-mêmes comment les produits et services de MTN sont perçus et où il peut exister des lacunes en matière de satisfaction client. « Il ne s’agit pas seulement d’un geste symbolique. Chaque Market Invasion se termine par un engagement à agir, qu’il s’agisse d’améliorer un produit, d’optimiser la prestation de services ou de résoudre des problèmes systémiques. C’est un leadership en action, motivé par les commentaires du monde réel et une vision commune d’amélioration continue », promet Wanda Matandela, CEO MTN Cameroon. 

 Il faut dire qu’il s’agit aussi  des premiers contacts directs entre Wanda Matandela et la clientèle de MTN. Il a en effet pris fonction en tant que DG en mars dernier en remplacement de Mitwa Ng’ambi.

Jacques-Jonathan NYEMB: « Il faut davantage de bonne gouvernance au Cameroun »

0

Dans une interview à la télévision nationale, le président du Do Think Thank Okwelians qui rassemble plus de 3 500 hommes et femmes, revient sur ses propositions pour changer le Cameroun. L’homme classé parmi les 100 Africains les plus influents de l’année 2021 par le magazine Jeune Afrique dresse également un portrait de l’économie camerounaise à l’aune de l’élection présidentielle.

D’après vous, comment se porte l’économie camerounaise aujourd’hui ?

Nous avons aujourd’hui des défis qui demeurent dans notre économie. Quand on regarde un certain nombre d’indicateurs, si je prenais par exemple celui de la croissance, on remarque que notre taux de croissance pour l’année 2024 est plus ou moins autour de 3,8-3,9%, donc près de 4%.  Ce qui reste en deçà des ambitions que nous avons, qui sont un taux de 8%. Et même s’il est vrai qu’il y a eu un certain nombre de crises qui ont pu miner notre économie, si on regarde par exemple en Côte d’Ivoire, on va voir que leur taux de croissance est plus ou moins autour de 6%.  On peut prendre aussi par exemple l’inflation, parce que la question du pouvoir d’achat de nos ménages est une question centrale. Et on va noter que notre inflation a été jugulée. Et c’est une bonne nouvelle. Au cours de l’année 2024, elle est en baisse. On part d’un taux d’inflation qui était plus ou moins dans les 7,5% et aujourd’hui qui tourne autour de 4%. Donc c’est plutôt salutaire, et ça veut dire qu’il y a un certain nombre de mesures qui ont été prises par les décideurs pour pouvoir permettre de juguler cette inflation. On peut en revanche aussi regarder un certain nombre d’autres indicateurs. Le taux de sous-emploi, parce qu’un des enjeux aussi, on le sait aujourd’hui, c’est l’emploi des jeunes, et on voit sur cette question, par contre, un taux de sous-emploi assez élevé qui frise les 70%. Et donc la précarité de l’emploi aujourd’hui reste un défi majeur. Je terminerai peut-être en évoquant également l’enjeu de pouvoir voir si notre population a tendance à s’appauvrir ou alors à aller vers la prospérité.  Et on voit qu’aujourd’hui encore, on a à peu près, 4 Camerounais sur 10 qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 1250 francs par jour. On note cependant que notre économie est une économie très résiliente et cela est notamment dû au dynamisme entrepreneurial des Camerounaises et des Camerounais. Et ça, c’est un élément positif parce que le point de départ de tout, c’est l’initiative privée. Le deuxième point, je crois, c’est le positionnement géostratégique du Cameroun.

A suivre vos différentes prises de position, l’une des faiblesses du Cameroun est que ce potentiel n’est pas assez exploité. Pour vous, quels sont les autres points critiques de notre économie ?

Le premier, c’est celui de l’environnement des affaires. Le Cameroun a souvent été indexé, notamment dans le classement Doing Business, quand il était publié, en étant souvent, je crois, le dernier au classement, le Cameroun était 167e, ou en tout cas 163e, ce qui, de notre point de vue, demande un certain nombre d’efforts importants, parce que si l’environnement des affaires n’est pas attractif, ça ne crée pas de confiance pour les investisseurs. Donc le premier défi, je pense, c’est celui d’avoir un environnement des affaires, qu’il soit plus attractif. Cela passe bien évidemment par un certain nombre d’efforts en matière de transparence administrative, de transparence judiciaire, en matière d’infrastructures également qui doivent être mises à la disposition des investisseurs sur le plan de l’énergie, sur le plan des routes, sur un certain nombre de sujets. Le deuxième point aussi, c’est la question de l’employabilité. Aujourd’hui, nous avons besoin d’un capital humain qui réponde de manière efficace à nos aspirations, nos aspirations en termes d’industrialisation. Donc il nous faut un capital humain qui soit bien formé, en bonne santé. Tout à l’heure, on évoquait également l’enjeu du pouvoir d’achat, c’est-à-dire comment on arrive à produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons, ça nous demande de renforcer notre tissu industriel. Et quand on regarde aujourd’hui, on voit que le secteur secondaire aujourd’hui n’occupe pas une place importante. La part belle est laissée au secteur tertiaire, celui des services. Donc il faut davantage renforcer notre tissu industriel.

Le gouvernement a pourtant fixé un cadre pour l’industrialisation et l’import substitution à travers la SND30.  Ces orientations ont-elles des attentes qui ne sont pas comblées ?

 Je crois qu’aujourd’hui, on peut imaginer les attentes à deux niveaux. Le point essentiel, je crois, qu’il faut qu’on se dise, c’est que la SND30 vise à opérer un changement de paradigme, passer d’une économie résiliente à une économie porteuse de prospérité partagée. Pour y arriver, nous pensons, que ce changement de paradigme doit d’abord s’opérer sur la forme. La forme, c’est-à-dire construire, bâtir un véritable partenariat de confiance entre cet État qui doit devenir un État stratège, un État facilitateur, c’est-à-dire qui met son dispositif de planification, son dispositif de diplomatie, d’intelligence économique au service de l’initiative privée et un secteur privé lui-même qui est réinventé, qui est restructuré. Donc je crois que c’est le premier volet. Il faut pouvoir concrétiser ce changement de paradigme en bâtissant un vrai partenariat de confiance entre l’État et le secteur privé.  Ça c’est le changement de paradigme qui est attendu sur la forme.

Maintenant sur le fond, quand on parle de prospérité partagée, ça veut dire qu’on parle d’une économie qui profite à tous et à toutes. Et dans le cadre d’un certain nombre de nos travaux, nous avons parlé justement de cette économie du vivant qui doit désormais s’ancrer sur les territoires, sur les communautés, qui doit partir du local, de nos régions, de nos communes. Une économie également qui doit s’appuyer sur nos savoirs endogènes, parce que nous avons un capital immatériel au Cameroun sur lequel nous pouvons nous appuyer pour développer un certain nombre de secteurs. Une économie aussi qui doit s’appuyer sur nos PME, parce que c’est celles-là aujourd’hui qui font le dynamisme de notre économie. La population camerounaise est jeune dans sa large majorité. Mais le modèle d’employabilité de la majorité reste un peu nostalgique de l’État paternaliste, où après le baccalauréat ou des études universitaires, c’était un emploi dans les services de l’État, qui sont aujourd’hui clairement débordés.

Quel changement doit-on donc opérer pour faciliter l’employabilité des jeunes ?

Il faut que la jeunesse aujourd’hui pour résorber justement ce défi du sous-emploi, de la précarité de l’emploi, imagine d’autres approches, qui sont de mon point de vue en réalité ceux de l’entrepreneuriat ou de l’intrapreneuriat, c’est-à-dire la capacité à être créateur d’entreprise. Mais tout le monde ne peut pas être chef d’entreprise, c’est aussi la capacité au sein d’entreprises existantes à créer de nouveaux leviers, de nouvelles pistes de développement pour cette entreprise. Je pense que l’accent, aujourd’hui, doit être mis sur l’enseignement technique. On le dit assez parfois en parlant de l’enseignement secondaire, mais on peut même imaginer l’enseignement technique dès le primaire pour créer une forme de sensibilisation et pour éviter aussi aujourd’hui cette forme de marginalisation parce que le sentiment souvent c’est que ce sont les étudiants, les élèves qui sont les moins performants qu’on envoie vers l’enseignement technique. Or, ça doit être l’inverse aujourd’hui pour porter notre transformation. Nous avons besoin de mettre l’accent sur cet enseignement technique et aussi d’apporter un ensemble de compétences auprès de notre jeunesse sur le leadership, sur le numérique, sur l’innovation.

Votre do think thank a récemment formulé 20 propositions pour transformer l’économie camerounaise. Concrètement que préconisez-vous ?  

Ces propositions s’articulent en réalité autour d’un plaidoyer qui est de concrétiser ce changement de paradigme et véritablement replacer l’humain, le vivant, au cœur de notre société. Et de le faire notamment en œuvrant pour davantage de bonne gouvernance, davantage de transformation économique et une meilleure cohésion sociale. Donc c’est une vision holistique de la société que nous voulons proposer à travers ces différentes propositions. Et nous souhaitons aujourd’hui que ces propositions soient mises en débat pour pouvoir peut-être recueillir l’intérêt ou l’attention des décideurs.

Alors sur les questions de transformation économique, nous avons fait un ensemble de propositions. La première allant notamment dans le sens de l’opérationnalisation du Conseil économique et social, qui de notre point de vue est un cadre, une plateforme importante du dialogue économique et social dans notre pays. Nous avons également suggéré la mise sur pied d’un nouveau cadre de concertation entre l’État, le secteur privé et la société civile, notamment pour aller dans le sens d’un véritable cadre de concertation qui soit permanent, qui soit inclusif, c’est-à-dire qui rassemble toutes les parties prenantes, qui soit concertée, c’est-à-dire qui touche au sujet, aux besoins, aux attentes qui sont celles non seulement du secteur public mais aussi du secteur privé et qui soit consensuelle, qui aboutisse, qui débouche sur des recommandations qui sont susceptibles d’être mises en œuvre. Donc véritablement suggérer de dépasser aujourd’hui le cadre du Cameroun Business Forum qui je pense aujourd’hui est arrivé en fin de vie…On a cet horizon qui est 2035, on a la SND 30. Donc on est à mi-chemin en réalité de cette démarche-là et pour nous il était important ensemble, avec un certain nombre de décideurs publics, de pouvoir s’interroger, évaluer le parcours qui a été fait et suggérer un certain nombre d’ajustements. Et donc, au sortir des ateliers, des conférences et un certain nombre d’échanges qui ont eu lieu, nous avons compilé dans un livre vert un ensemble de recommandations qui préconisent ce qui n’a jamais été essayé au Cameroun ou qui devrait marcher à 100%. Alors nous avons dans ce livre vert deux types de recommandations, des recommandations jugées stratégiques et des recommandations jugées opérationnelles.

 Quelles sont vos suggestions pour le financement de notre économie ?

Je pense que la question du financement de notre économie, on doit l’aborder sous deux angles.L’angle du financement de l’État et l’angle du financement des entreprises. Sur la question du financement de l’État, aujourd’hui, je pense, et c’est aussi un point qui est relevé, notamment par un certain nombre d’observateurs qui regardent attentivement l’évolution de l’économie camerounaise et qui s’interrogent aujourd’hui sur la question de notre endettement, même si Aujourd’hui, il ne fait que friser à environ les 50%. Mais on pense que le rythme d’endettement est peut-être assez élevé et surtout, la viabilité de notre dette peut être interrogée. Le gouvernement pense que la dette reste soutenable. Viable, ce n’est pas la même chose. La viabilité de la dette, c’est la question de savoir est-ce que les projets que nous finançons génèrent par la suite suffisamment de recettes pour pouvoir assurer eux-mêmes le service de la dette. C’est ça la question aujourd’hui qui se pose. La question de la soutenabilité, c’est de savoir est-ce que nous nous endettons de la bonne manière au niveau local, au niveau international ? Est-ce que nous nous endettons dans la bonne devise en Franc CFA ou en devise étrangère ? Est-ce que nous nous endettons avec les bons taux d’intérêt ? Ça c’est une question où quand on regarde effectivement aujourd’hui les indicateurs qui ont été mis en place, on peut considérer que notre dette est soutenable. Mais est-ce qu’elle est viable ? Aujourd’hui c’est une question qui mérite d’être posée. Et donc je crois que pour répondre à cette question, il est important de mettre l’accent davantage sur les partenariats publics-privés. Donner la possibilité au secteur privé lui-même de supporter l’investissement, le financement d’un certain nombre de projets importants. C’est comment est-ce que, avec la dernière réforme qui a été faite sur la loi sur les partenariats publics-privés, avec aujourd’hui les orientations qui sont celles du CARPA, comment est-ce qu’on peut avoir davantage de partenariats publics-privés qui fonctionnent. Je dis bien qui fonctionnent dans notre pays.

Qu’en est-il du financement des entreprises ?

Sur la question du financement des entreprises, c’est encore une autre dynamique aujourd’hui qui est observée parce qu’on a 95% de nos entreprises qui sont des PME. Mais on voit que ces PME n’ont accès qu’à environ 15% du financement qui est disponible. Et donc ça interpelle un premier point, qui est celui de la surliquidité de nos banques. On sait que nos banques sont surliquides. Comment faire évoluer aujourd’hui la réglementation au niveau sous-régional pour obliger nos banques à jouer leur rôle, qui est celui de prêter et de pouvoir financer l’économie ? Je crois que c’est une piste qui doit être recherchée. La deuxième piste, c’est comment est-ce que l’État effectivement, dans son rôle de pouvoir être facilitateur, stratège, peut davantage mettre en place un certain nombre de garanties à destination des PME dans un certain nombre de secteurs pour véritablement accompagner le développement de notre économie. Il y a une dynamique qui a été mise en place récemment, mais qui tarde encore à se concrétiser. Peu d’entreprises aujourd’hui ont bénéficié de cette garantie qui a été mise en place par l’État pour accompagner l’économie.

Et puis, le dernier point. Les entreprises aujourd’hui n’ont pas besoin uniquement de financement bancaire, parce que c’est des financements à court terme, parfois des taux d’intérêt qui sont élevés. Aujourd’hui, elles ont besoin aussi de financements un peu plus longs. Et donc, surtout de pouvoir voir comment est-ce que, à travers peut-être notre nouvelle SNI, à travers la mise en place de fonds d’investissement, à travers le rôle que pourrait jouer la CDEC ou la CNPS, on pourrait véritablement avoir des acteurs qui accompagnent sur un temps plus long le financement des entreprises.

On va sortir par la politique. Lorsque vous écoutez les candidats à la présidentielle 2025, est-ce que les préoccupations se rapportant à l’économie vous rassurent ?

Je dois dire que quand on lit avec attention un certain nombre de programmes des différents candidats, on peut quand même se féliciter de ce que l’économie, qui est souvent reléguée au second plan dans les programmes des candidats, occupe aujourd’hui une place intéressante et importante.  Néanmoins, et je crois que c’est aussi le rôle du débat public, de pouvoir permettre aux candidats, au-delà de l’énumération qui peut être faite d’un certain nombre de propositions, de préciser déjà leur vision sur le plan économique, parce que c’est cette vision-là qui permet de comprendre quelles sont les priorités, quelles sont les orientations qu’on veut donner à notre pays, et aussi de pouvoir préciser derrière le phasage, la planification et même la budgétisation d’un certain nombre des propositions qui sont faites. Et je crois que derrière, on peut même imaginer, si le travail ou si la démarche est voulue, que ça permette un travail de co-construction entre les acteurs politiques et le secteur privé, voire la société civile.

Donc, je dirais, insatisfait quitte a priori, mais la nécessité de pouvoir, à travers le débat public, et pourquoi pas une démarche de co-construction, de préciser les visions et de nous en dire davantage sur le phasage, la budgétisation et la priorisation.  

Avez-vous l’intention de mettre vos propres idées en œuvre au sommet de l’État, peut-être lors de la présidentielle de 2032 ?

L’avenir ne se décrète pas, il se mérite. Et je crois qu’aujourd’hui, en ce qui me concerne, j’estime que ma contribution est nécessaire, elle est utile dans le cadre de la société civile pour lui permettre d’être véritablement un acteur aux côtés des décideurs publics, de la transformation durable de notre pays. C’est aujourd’hui le sens de mon engagement et je crois que le défi est encore aujourd’hui d’actualité et nous avons tant à faire à ce niveau.

Donc vous n’avez aucune ambition politique ?

 Je pense qu’aujourd’hui, en ce qui me concerne, je suis engagé dans la société civile.

Minoterie: Cadyst Group finalise le rachat de grand Moulin au Cameroun et au Congo

0

Avec cette acquisition, dont le processus était en cours depuis plusieurs mois, le groupe agro-industriel de Célestin Tawamba  étend son empire en République Démocratique du Congo et vers le marché de la Zlecaf.

« Au terme d’un long processus réglementaire, le groupe Cadyst, acteur agro industriel et alimentaire majeur dans les filières de la farine, des biscuits et des pâtes, est heureux d’annoncer la conclusion définitive de l’acte d’achat des sociétés SGMC et SGMP, filiales du Groupe Somalia »,fait savoir Cadyst group dans un communiqué de presse.

C’est depuis plusieurs mois que les négociations sont en cours pour l’achat de la Société le Grand Moulin du Cameroun (Sgmc) et le Grand Moulin du Phare (SGMP ) détenues à 100% par le groupe français Castel. La finalisation de cette opération permet à l’homme d’affaires camerounais Célestin Tawamba d’étendre davantage son empire sur le continent et d’être leader au delà de la minoterie, dans le secteur agroalimentaire, farines et élevage. « Le groupe Cadyst conforte sa position de leader au Cameroun et étend le périmètre de ses activités en République du Congo ouvrant la voie à de nouveaux développements en tant qu’acteur panafricain majeur œuvrant à la souveraineté alimentaire des pays qu’il sert. Ces acquisitions offrent également au groupe Cadyst de nouvelles perspectives de croissance en intégrant de façon significative ses activités en amont (provenderie, alimentation animale, aviculture) et en aval (produits agro-alimentaires finis) tant au Cameroun qu’en République du Congo », écrit l’entreprise.

Fondé en 2002, Cadyst Group a démarré ses activités avec la Société La Pasta, petite unité de fabrication des pâtes alimentaires et de farine d’une capacité de 25T/jour.  Le groupe a diversifié ses activités années après années à travers la production de farine (Cadyst Grain), de pâtes (Panzani Cameroun) et la production de biscuits. Il est également présent dans la distribution de proximité (Cadyst Retail), dans le domaine de la Santé (Cadyst Health Care), dans la provenderie via Cadyst Farming etc.  Ce sont plus de 1500 personnes qui sont employées dans les 7 usines au Cameroun dont l’usine de Kribi nouvellement construite, et 10 centres logistiques.

 Cette nouvelle étape dans la vie de l’entreprise, selon l’ambition de son promoteur permet de renforcer la contribution à la souveraineté alimentaire du continent. « À l’aune de la ZLECAF, cette acquisition représente une opportunité unique d’accélération de notre stratégie de développement panafricain à travers l’intégration d’un outil industriel et de ressources humaines, performantes et de grande qualité. Nous sommes honorés de la reconnaissance par le groupe Somdia de notre savoir-faire industriel et commercial, et de notre capacité à garantir le développement de ces 2 sociétés. En tant qu’acteur Africain, nous poursuivrons notre engagement dans une production locale aux meilleurs standards internationaux », avait indiqué Célestin Tawamba, Président de Cadyst Group fin d’année dernière.

Bouteilles en plastique : quand la pollution fait les affaires des récupérateurs

0
New Deido, dans le 1er arrondissement de Douala, le 11 août 2025

Le recyclage des bouteilles plastiques abandonné par les producteurs aux privés

Au Cameroun, la responsabilité des producteurs de bouteilles plastiques dans leur collecte et recyclage est de plus en plus reconnue et encadrée par la législation. C’est le cas avec le principe pollueur-payeur, principe clé de la politique environnementale, intégré dans la législation camerounaise depuis 1996. Les producteurs sont tenus d’élaborer des plans de gestion des déchets et de mettre en place des systèmes de collecte pour minimiser leur impact environnemental. Plusieurs initiatives, comme la Responsabilité Élargie des Producteurs (REP), visent à structurer ce secteur et à améliorer les taux de recyclage. La réglementation camerounaise impose donc aux producteurs d’emballages non biodégradables d’élaborer et de mettre en œuvre des plans de gestion de leurs déchets, incluant la collecte, le tri, le transport, et la valorisation. La loi prévoit la mise en place de systèmes de consigne pour faciliter la récupération des emballages en vue de leur recyclage.

QUELQUES INITIATIVES DE COLLECTE ET RECYCLAGE

Pourtant, le constat fait sur le terrain est presque le contraire. L’activité de ramassage et recyclage des bouteilles plastiques est abandonnée par les producteurs aux privés. Même si ces derniers en font de bonnes affaires, la responsabilité de cette activité incombe au premier chef aux entreprises productrices des bouteilles plastiques. Néanmoins, des entreprises comme la Société anonyme des Boissons du Cameroun (SABC) et Redplast sont impliquées dans la collecte et le recyclage des bouteilles plastiques, souvent avec le soutien d’ONG et d’autres partenaires. CFAO Retail, par exemple, a mis en place des points de collecte de déchets plastiques dans ses centres commerciaux, comme PlaYce à Yaoundé, pour encourager les citoyens à adopter des pratiques de recyclage. NAMé Recycling aussi collecte les déchets plastiques déposés dans les points de collecte et les transforme en pavés écologiques, créant ainsi des emplois et de la valeur ajoutée. Il y a également des organisations locales et internationales qui travaillent avec les producteurs pour améliorer la gestion des déchets plastiques et sensibiliser les populations.

PLUS DE 120 MILLIONS DE TONNES EN CIRCULATION

Mais, malgré toutes ces initiatives, la pollution liée aux déchets plastiques continue d’être un sérieux problème environnemental au Cameroun. Une situation à l’origine des inondations dans les villes comme Yaoundé et Douala. Selon le rapport national sur la situation des plastiques au Cameroun de 2023, en se basant sur les données de l’Institut National de la Statistique (INS), sur la période de 2015 à 2021, près de 121 millions et demi de tonnes de matériaux plastiques sont importés chaque année au Cameroun. Bref, la quantité moyenne de plastiques en circulation sur le territoire par année est de plus de 120 millions de tonnes l’année. Et seulement, environ 248 500 tonnes par an, soit 0,21%, selon les données collectées auprès du Minepded, sont collectées aux fins de revalorisation ou recyclage. Le reste, soit plus de 99% se retrouverait dans l’environnement une fois devenu déchets, (car aucun centre de collecte en vue d’une potentielle destruction rationnelle n’existe encore dans le Cameroun), où ils terminent leur course dans les écosystèmes terrestres, marins et dans des incinérations anarchiques.

Douala : ces collecteurs de bouteilles en plastique qui font tourner l’économie circulaire

Il est 12 h 06 ce 11 août 2025 à New Deido, dans le 1er arrondissement de Douala. Après une fine pluie, l’air reste lourd, saturé de poussière, de gaz d’échappement et d’odeurs de bac à ordures. Assis à même le trottoir, en face de la quincaillerie Quifeurou, Smith Ndoh, la trentaine révolue, souffle un instant. À ses pieds, quatre ballots de bouteilles plastiques compressées témoignent de sa matinée de travail. « Je me lève à six heures et je commence aussitôt à ramasser tout ce que je trouve dans le secteur », raconte-t-il, tee-shirt imbibé de sueur. Les caniveaux, les drains, les dépotoirs de quartier sont son terrain de chasse. Chaque bouteille ramassée est triée, stockée puis regroupée dans des points discrets. Autour de lui, quelques jeunes stagiaires, formés au tri et au ramassage, l’aident pour un franc symbolique. La cadence est soutenue par une pause à 13 h, reprise à 16 h, fin tardive selon la fatigue ou les trouvailles du jour.

 UNE ÉCONOMIE DE SURVIE

En moyenne, Smith collecte près de 500 kilogrammes de bouteilles plastiques par jour. Ces déchets deviennent monnaie d’échange auprès d’Ecogreen, une société spécialisée dans la collecte et le recyclage, implantée depuis janvier 2023 dans la zone industrielle de Bonassama, à Douala IV. L’entreprise, qui s’étend sur plus de 45 000 m², ambitionne de nettoyer drains, fleuves et mangroves, et déploie un processus en cinq étapes qui sont constituées de la collecte, du transport, du tri, du recyclage et de la transformation. Dans cette chaîne, Smith est un maillon invisible mais indispensable. « Une tonne se vend environ 25 000 francs CFA », explique-t-il. Ses revenus oscillent entre 10 000 et 15 000 francs CFA par jour, voir plus selon la chance et l’effort. De quoi assurer ses besoins quotidiens et contribuer à quelques cotisations. « C’est difficile, mais ça permet de tenir », souffle-t-il.

LE COMBAT DU MATÉRIEL

L’activité, pourtant essentielle, reste précaire. « Ma première priorité, c’est qu’on ne retrouve plus ces déchets plastiques parmi nos ordures. Les déchets organiques se décomposent en un mois, mais le plastique prend 500 ans », insiste Smith. Chaque kilo ramassé est une bataille contre une pollution durable. Malgré son engagement quotidien, le collecteur de déchets fait face à un manque criant de moyens logistiques. Sans tricycle pour transporter les ballots, ni tenue adaptée à la rudesse du terrain, il travaille les mains nues, abîmées par l’effort, vêtu de vêtements usés qui ne protègent ni du danger ni des intempéries. « Si on avait du matériel, ce travail serait beaucoup plus facile », confie-t-il, résigné. En dépit des contraintes, il s’organise avec ingéniosité, négocie des points de stockage et maintient une relation constructive avec la mairie, dans l’espoir que les conditions s’améliorent.

UN SECTEUR INFORMEL, MAIS STRATÉGIQUE

Dans l’ombre des multinationales de l’eau embouteillée et des grandes marques de boissons, Smith et des centaines d’autres collecteurs alimentent les usines de récupération. Leur contribution est double, fournir la matière première du recyclage et désengorger les rues de Douala, souvent étouffées par des bouteilles qui bouchent les drains et aggravent les inondations. Invisible dans les statistiques officielles, ce secteur informel représente pourtant une réponse économique et écologique face à la prolifération des déchets plastiques. Dans une ville où chaque saison des pluies rappelle le coût des inondations, ces collecteurs deviennent, malgré eux, des acteurs de résilience urbaine. Smith le sait. En reprenant ses ballots d’un geste assuré, il s’apprête à repartir dans sa ronde. À Douala, le plastique est devenu une monnaie, et Smith, un survivant, un travailleur de l’ombre dont l’effort nourrit une économie verte encore balbutiante, mais vitale.

Marché de bouteille en plastique : la nouvelle manne de l’agroalimentaire

Le plastique est partout, et plus encore dans les bouteilles qui inondent les rayons des supermarchés, les kiosques de quartier et les rues du Cameroun. Derrière cette explosion de contenants en polyéthylène téréphtalate (PET) se cache une industrie en pleine effervescence, où producteurs, embouteilleurs et recycleurs se disputent une manne en croissance constante, mais au prix d’un lourd tribut environnemental. Plusieurs entreprises locales et internationales animent ce marché. La Société Anonyme des Brasseries du Cameroun (SABC), Source du Pays ou encore BRASAF figurent parmi les grands consommateurs de bouteilles en plastique pour conditionner boissons et eaux minérales. Dans l’agroalimentaire, SCR Maya & Cie et Saagry SARL fabriquent des contenants pour huiles raffinées, tandis que Deeplast, Noble Plastic et Nova Plast approvisionnent le marché en emballages divers. En 2023, Mit Chimie, société d’ingénierie implantée à Douala, a injecté près de 7 milliards de Fcfa dans la mise en service d’une unité de production de grande envergure. Le but était de fabriquer chaque année 250 millions de préformes et 300 millions de bouchons, répondant ainsi à une demande en constante progression. Ce pari industriel, ambitieux et stratégique, illustre la vitalité d’un secteur en pleine mutation au Cameroun, porté par les dynamiques de consommation et les enjeux de recyclage.

UNE MANNE ÉCONOMIQUE QUI S’ÉTEND AU MARCHÉ DE L’EAU

L’eau en bouteille est l’un des principaux moteurs de cette industrie. La Société des Eaux Minérales du Cameroun (SEMC), avec sa marque emblématique Source Tangui, doit désormais partager le marché avec des concurrents agressifs comme Source du Pays, qui a fortement accru sa part au cours des dernières années. Même Camwater, entreprise publique en charge de la distribution de l’eau potable, a annoncé son entrée prochaine dans la production d’eau embouteillée, bouleversant les équilibres existants. Selon le cabinet Nielsen, le marché camerounais de l’eau minérale a bondi de 46,4 % en 2018, atteignant 320 millions de litres. Une tendance qui se poursuit, alimentée par la méfiance des ménages envers l’eau du robinet et la montée des préoccupations sanitaires.

LE REVERS DE LA MÉDAILLE : UNE MONTAGNE DE DÉCHETS PLASTIQUES

Cette effervescence a cependant un coût. Le Cameroun produit chaque année environ 800 000 à 1 million de tonnes de déchets plastiques, contre 600 000 tonnes il y a encore quelques années, selon les données officielles. Rien qu’en bouteilles, cela représente des centaines de millions d’unités qui finissent trop souvent dans les rues, les drains ou les cours d’eau. Abandonnées dans les rues, les bouteilles en plastique deviennent un fléau urbain. Elles obstruent les conduites d’eau, aggravent les risques d’inondation et créent un terrain propice à la prolifération de maladies hydriques. Ce cocktail de nuisances illustre les conséquences d’une gestion défaillante des déchets, avec des répercussions directes sur la santé publique et l’environnement.

RECYCLAGE : UN SECTEUR ENCORE BALBUTIANT

Face à cette urgence écologique, quelques initiatives tentent de fermer la boucle. Namé Recycling, leader du secteur, affirme avoir collecté et recyclé 9 000 tonnes de déchets plastiques en 2023, soit environ 250 millions de bouteilles. « Le plastique brut est transformé en flocons et en sangles PET, qui sont ensuite revendus comme matières premières sur les marchés local et international », explique l’entreprise. Si ces efforts sont notables, ils restent marginaux au regard du volume global de déchets produits. L’industrie du recyclage peine encore à suivre le rythme de la consommation et à s’imposer comme un maillon incontournable de la chaîne.

ENTRE CROISSANCE ET URGENCE ENVIRONNEMENTALE

Le marché des bouteilles en plastique au Cameroun illustre les paradoxes d’une économie en développement. D’un côté, une demande en forte expansion portée par la consommation d’eau et de boissons industrielles ; de l’autre, une pression environnementale croissante, avec des déchets qui asphyxient villes et rivières. L’avenir de cette filière dépendra autant de la capacité des industriels à innover et investir que de celle des pouvoirs publics à encadrer la production et encourager le recyclage. Dans un pays où l’eau embouteillée est devenue une nécessité quotidienne, la question n’est plus de savoir si le marché des bouteilles va croître, mais comment il pourra le faire sans étouffer son environnement.

Dette publique : comment Yaoundé séduit les marchés avant la levée des 930 milliards FCFA

0

Le 18 août 2025, le président Paul Biya a signé un décret autorisant le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, à lever jusqu’à 930 milliards de FCFA sur les marchés intérieur et extérieur. Selon les termes du décret, 350 milliards de FCFA seront mobilisés localement, via des émissions d’obligations sur la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac) ou sur le marché des titres publics de la BEAC.

Par ailleurs, 250 milliards proviendront de prêts directs d’institutions privées locales, tandis que 330 milliards seront recherchés auprès des marchés bancaires étrangers. Officiellement, l’opération s’inscrit dans la stratégie de financement du budget et de résorption de la dette intérieure. Mais en amont, entre mars et juillet, une série d’initiatives ont été conduites pour préparer le terrain, soigner la signature de l’État et réduire le risque d’un accès contraint aux capitaux.

UN ROADSHOW POUR REDORER L’IMAGE DU PAYS

En mars 2025, le Cameroun a lancé une tournée de trois jours aux États-Unis (New York et Boston), puis à Londres. Présentée comme un « non-deal roadshow », la mission n’avait pas pour objectif immédiat de lever des fonds, mais de rétablir un dialogue avec les investisseurs internationaux. Les autorités ont exposé les réformes en cours, les perspectives de croissance inscrites dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), et les engagements de gouvernance budgétaire.

 Selon les notes officielles du ministère des Finances, les discussions ont aussi porté sur des sujets comme la reconstruction de la raffinerie Sonara, le retrait de Société Générale du marché bancaire local, et la crédibilité de la trajectoire d’endettement. « Il ne suffit pas de venir chercher de l’argent. Il faut aussi montrer aux investisseurs ce qui va, ce qui ne va pas. Si vous êtes connus, on vous fait beaucoup plus confiance », avait insisté Louis Paul Motazé. Cette stratégie rompt avec une pratique jugée défavorable, consistant à solliciter les marchés uniquement en période de besoin urgent.

AFREXIMBANK, PARTENAIRE DÉCISIF

En parallèle, le Cameroun a obtenu le soutien déterminant d’Afreximbank. Le 1er juillet 2025, l’institution panafricaine a facilité la levée de 200 milliards de FCFA sur le marché des titres publics de la BEAC, en mobilisant un mécanisme d’échange de devises permettant une conversion d’euros en francs CFA. Cette intervention a permis au Trésor de placer des obligations de maturité comprise entre trois et sept ans, rémunérées à des taux allant de 6,5 % à 7,5 %.

Elles ont été absorbées par des banques locales de premier plan telles que Afriland First Bank, Ecobank, Société Générale Cameroun et SCB. Ce montage a marqué une première dans la sous-région car, jamais une institution financière étrangère n’avait directement participé au marché primaire des titres publics de la CEMAC. Signe de la volonté des autorités de diversifier leurs partenaires, 250 milliards de FCFA (mentionné dans le décret présidentiel du 18 aout 2025, ndlr) devraient encore être mobilisés auprès de banques locales, « avec une garantie partielle d’Afreximbank pour limiter leur exposition au risque souverain », a révélé le gouvernement dans le document de programmation budgétaire pour la période 2026-2028.

 Toujours dans la logique de sécurisation, Yaoundé a négocié depuis mai 2025 un crédit externe de 100 milliards de FCFA structuré avec la banque française Natixis et adossé à une garantie de la MIGA, bras armé de la Banque mondiale pour l’assurance contre les risques politiques. Destiné à couvrir des besoins de trésorerie immédiats, ce financement n’est pas explicitement rattaché au nouvel emprunt de 930 milliards, mais il en constitue un signal indirect, celui d’un pays cherchant à réduire la perception du risque politique qui pèse sur ses opérations. Pour absorber le coût de ce montage, le gouvernement a différé le paiement d’une partie de sa dette intérieure, libérant environ 34,5 milliards de FCFA. Concrètement, plusieurs prestataires nationaux et adjudicataires de marchés publics ont vu leurs règlements repoussés, une pratique déjà observée en 2024.

DES AVERTISSEMENTS PERSISTANTS DES AGENCES DE NOTATION

Ces efforts se heurtent toutefois aux réserves persistantes des agences de notation. Fitch Ratings a confirmé en mai 2025 la note souveraine du Cameroun à B, perspective négative, en raison de « tensions politiques grandissantes à l’approche des élections », d’une « gouvernance budgétaire fragile » et de « déficiences dans la gestion des finances publiques ». L’agence a aussi pointé « l’âge du président Paul Biya (92 ans) et l’absence d’un plan de succession », facteurs aggravant le risque de transition désordonnée du pouvoir. Moody’s, en février 2024, avait déjà abaissé sa note à Caa, mentionnant explicitement « les risques de déstabilisation politique en l’absence d’un plan crédible de succession présidentielle ». Standard & Poor’s, en mars 2025, a maintenu la note B-/B avec perspective stable, tout en soulignant que « l’inexpérience du pays en matière de transition politique accroît l’incertitude ».

Pris isolément, ces mouvements – roadshow, soutien d’Afreximbank, garantie MIGA, différé de paiements domestiques – auraient pu paraître ponctuels. Mais leur séquence entre mars et juillet dessine une stratégie implicite qui consiste certainement à soigner la crédibilité du Cameroun avant l’opération massive de 930 milliards FCFA. À court terme, cette préparation vise peut-être aussi à obtenir des conditions de financement plus favorables que lors du placement privé d’août 2024, qui avait atteint un taux élevé de 10,75 %. À moyen terme, elle constitue un investissement en réputation financière : renforcer la confiance des marchés, préserver la notation et diversifier les sources de financement. Reste que les incertitudes politiques et la fragilité de la gestion de la dette intérieure demeurent des risques majeurs. Comme l’a rappelé le FMI lors de la huitième revue du programme appuyé en mai 2025, le règlement des arriérés domestiques est essentiel pour éviter l’asphyxie du tissu économique local.

Agroalimentaire : le groupe Cadyst rachète les Grands Moulins du Cameroun et du Congo pour 50 milliards FCFA

0

Le groupe Cadyst, dirigé par l’industriel camerounais Célestin Tawamba, vient de finaliser le rachat des Grands Moulins du Cameroun et du Congo, deux filiales du groupe français Castel, pour un montant de 50 milliards FCFA. Cette opération stratégique propulse Cadyst au rang d’acteur incontournable du secteur agroalimentaire en Afrique centrale, avec près de 40 % de parts de marché au Cameroun et 32 % au Congo dans les segments de la farine, des biscuits et des pâtes.

Cette acquisition s’inscrit dans une dynamique d’expansion ambitieuse de Tawamba, qui entend intégrer l’ensemble de la chaîne agro-industrielle, de la provenderie à la transformation de produits finis, afin de stimuler la croissance et l’innovation du groupe. Le périmètre congolais, porté par la Société le Grand Moulin du Phare (SGMP), comprend une minoterie inaugurée en 2020 à Pointe-Noire, ainsi qu’une maïserie, des couvoirs et une unité de fabrication de provende.

La cession s’inscrit dans la stratégie de recentrage de Somdia, filiale du groupe Castel, qui souhaite concentrer ses activités sur l’agriculture et la première transformation. Deux autres minoteries, au Togo et au Gabon, restent encore à vendre. Castel conserve toutefois des actifs dans le sucre, notamment en Côte d’Ivoire et au Cameroun.

Fondé en 2001, Cadyst Group a connu une croissance soutenue, notamment après le rachat d’un atelier de pâte Panzani en 2005. En 2024, le groupe a investi dans une minoterie à Kribi d’une capacité de 300 tonnes par jour, portant sa capacité totale à 1 120 tonnes. Employant 1 200 personnes, Cadyst est présent dans la minoterie, la semoulerie, la maïserie, les produits dérivés, la santé (solutés), la distribution avec l’enseigne Daily, et désormais dans la filière volaille via Cadyst Farming, un segment que les ex-filiales de Somdia viendront renforcer.

Plus de 13,28 milliards pour recenser la population, l’agriculture et l’élevage en 2026

0

Il était devenu un véritable serpent de mer. Mais finalement, le 4e recensement général de la population et de l’habitat (Rgph) couplé au Recensement général de l’agriculture et de l’élevage (Rgae), annoncé depuis 10 ans, aura peut-être enfin lieu en 2026. C’est du moins ce qui est ressorti de la réunion interministérielle présidée, le 13 août 2026 à Yaoundé par le Premier ministre, chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute. L’on rassure que tous les blocages à la tenue de ces opérations ont été levés. Notamment, les crises sécuritaires dans certaines régions (Extrême-Nord, Nord-ouest et Sud-Ouest) et l’insuffisance des ressources financières. Particulièrement sur le plan financier, l’on précise que toutes les dispositions ont déjà été prises.

 Paul Tasong, ministre délégué auprès du ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, chargé de la Planification, a donné des assurances par rapport aux besoins en financement pour cette opération sont couverts. Ces besoins en financement s’élèvent à plus de 13,28 milliards de FCFA. Une partie, soit plus de 7 milliards de FCFA, repose sur le Projet régional d’harmonisation des informations statistiques en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, mis en œuvre avec l’appui de la Banque mondiale. Le reste, soit plus de 6,26 milliards de FCFA, est pris en charge par le budget de l’Etat de l’exercice en cours. Des dispositions ont été prises au mois de juin dernier pour mobiliser ce montant en procédure d’urgence. « Tout est bouclé, les besoins sont connus, les sources de financement sont identifiées. Il est juste question de procéder au décaissement », a déclaré Paul Tasong.

Aussi, les activités préparatoires sont déjà bouclées. Il a notamment été question de définir des zones de dénombrement pour faciliter le travail des agents recenseurs. Un recensement pilote a également eu lieu en 2023. Celui-ci a permis de tester les outils de collecte et d’évaluer le temps nécessaire à l’achèvement de ladite collecte sur le terrain. Après le déploiement sur le terrain, des enquêtes seront menées pour rattraper les omissions et éliminer les doubles-comptes enregistrés pendant le dénombrement principal.

PLUS DE 10 ANS D’ATTENTE

C’est le 15 septembre 2005 que Paul Biya qui a institué le 4e recensement après ceux de 1976 ; 1987 et 2005. Le président de la République avait d’ailleurs inscrit le 4e recensement général de la population et de l’habitat, d’une part, et du recensement général de l’agriculture et de l’élevage, d’autre part parmi les priorités du gouvernement. Car, il s’agit d’un processus important pour planifier le développement sur une base plus solide, fiable et durable. Pour des experts, la concrétisation du Rgaph-Rgae est indispensable à plusieurs niveaux. D’abord, il permettrait au gouvernement d’avoir une idée claire des besoins de sa population à partir des détails sur le nombre. La maîtrise de la population jouerait également un rôle important dans les prévisions de croissance économique.

Par ailleurs, à l’ère de la promotion de la politique de l’import substitution, le Rgaph-Rgae permettrait de produire des informations statistiques sur toutes les exploitations de l’agriculture et de l’élevage et leur environnement. Il devrait contribuer à la mise en œuvre d’un Système permanent et intégré des statistiques agropastorales (Spisa). Cet outil, apprend-on, fournira annuellement les données actualisées sur les projections, les productions et les superficies agricoles, le cheptel et l’aquaculture, les revenus des ménages, leur situation alimentaire et nutritionnelle ainsi que les prix.

Internet mobile : Camtel prive ses abonnés de ses petits forfaits internet

0

Le 31 juillet dernier, des milliers d’abonnés Blue, la marque mobile de Camtel, ont reçu un laconique SMS. « Cher client, les offres blue mo (S, M, L) et blue go (night, S, M, L, XL, XXL) sont temporairement indisponibles. Merci pour votre fidélité ». Depuis, plus rien. Pas d’annonce officielle, pas de campagne d’explication. Les forfaits journaliers — allant de 100 à 500 FCFA — ont tout simplement disparu, remplacés par une unique offre à 1000 FCFA pour 2 Go utilisables sur une semaine.

Pour beaucoup de clients, cette suppression a sonné comme un abandon. « Les forfaits ont disparu, il ne reste que ceux de 1000 FCFA et plus », déplore Lionel K. visiblement courroucé. Plus grave, même ce forfait unique est fréquemment inaccessible. À la souscription, certains abonnés reçoivent ce simple message : « System Error ». De quoi accentuer la colère des usagers, qui se sentent piégés. La disparition des forfaits d’une durée de 3h, 24h et 48h touche particulièrement la clientèle quotidienne, celle qui, faute de revenus réguliers, recharge au jour le jour. « Au Cameroun, comme dans d’autres pays de la sous-région, les micro-recharges constituent pour beaucoup, la porte d’entrée de l’internet mobile. Supprimer ces offres, c’est couper l’accès à une frange essentielle de la population », explique un expert basé à Douala. Pour lui, Camtel commet une erreur stratégique. « En se détournant des petits consommateurs, l’entreprise renonce à son socle le plus large. C’est une politique d’exclusion qui profite directement à la concurrence. »

RÉSEAUX SOCIAUX EN ÉBULLITION

La page Facebook de Camtel et de sa marque Blue sont devenues, depuis début juillet, un exutoire pour les clients en colère. Sous chaque publication promotionnelle – qu’il s’agisse d’une invitation à un concert ou d’une offre fibre optique – se succèdent des dizaines de plaintes. Exemple : sous un post Facebook datant d’à peine 2 jours, dans lequel la marque Blue fait la promotion d’une offre qui combine l’internet, SMS et la possibilité de passer des appels tous réseaux, tout ceci en illimité, la quasi-totalité des 26 commentaires dénoncent les forfaits supprimés ou la qualité médiocre du réseau. Un internaute a même transformé sa frustration en lettre ouverte. « Cela fait désormais quatre jours que je suis privée de connexion internet. Ce qui est encore plus révoltant, c’est l’absence totale de communication de votre part. Aucun message, aucune assistance. C’est inadmissible et témoigne d’un profond manque de respect et de professionnalisme. » Son commentaire, comme tant d’autres, n’a reçu aucune réponse.

Au-delà des forfaits disparus, les critiques convergent majoritairement vers le service client. Nombre d’abonnés dénoncent un réseau qui disparaît parfois plusieurs jours sans explication, des forfaits activés mais inopérants, ou encore l’obligation de redémarrer son téléphone à répétition pour espérer capter une connexion. « Dans le secteur des télécoms, la qualité de l’expérience client est un facteur clé de fidélisation. Si les usagers doivent se battre pour accéder au service, ils partent », tranche Patrick O. consultant en marketing commercial. Il rappelle que Camtel a lancé la marque Blue en 2020 avec la promesse d’une rupture. « Rapidement, la réalité a rattrapé la communication. Les plaintes récurrentes sur la qualité du réseau n’ont jamais été réglées. Aujourd’hui, avec la suppression silencieuse des petits forfaits, Camtel confirme une tendance inquiétante »

SILENCE RADIO DES DIRIGEANTS

Interpellée par plusieurs médias, dont Défis Actuels, la direction de Camtel n’a pas souhaité réagir. Seule réponse visible, quelques messages génériques sur les réseaux sociaux, évoquant « des mises à jour techniques en cours » et promettant un retour rapide des forfaits. Mais les semaines passent, et rien ne change. Pour le Patrick O, cette décision illustre un défaut de positionnement. « Camtel cherche peut-être à développer des offres plus attrayantes. Mais elle oublie que son image reste ancrée dans l’accessibilité nationale, dans le service universel. En coupant le lien, même si cela est temporaire, avec les petits consommateurs, elle sape son capital de marque et accélère la fuite des clients vers MTN et Orange. »

Paradoxalement, au moment où ses clients s’indignent, Camtel multiplie les partenariats culturels. Le dernier message promotionnel, envoyé le 16 août, invite les abonnés à participer à l’Olembe Golden Week (semi-marathon, course cycliste et grand prix motos). « Ce décalage est désastreux en termes de perception. L’entreprise communique sur des événements festifs alors que ses abonnés n’arrivent même pas à activer un forfait. C’est l’exemple typique d’une politique de communication déconnectée du terrain », commente Nadine K. experte en communication de crise.

Dans le secteur télécoms, la confiance est un actif immatériel majeur. Une fois durablement brisée, elle est parfois difficile à regagner. « Blue accumule les signaux négatifs depuis des années : lenteur du service client, promesses non tenues, qualité de réseau inégale. Mais la suppression des petits forfaits touche directement le quotidien des ménages modestes, qui représentent la majorité du marché », analyse un autre expert. Lancée en fanfare, Blue devait incarner la modernisation de Camtel et sa conquête du marché mobile. Quatre ans plus tard, l’initiative ressemble à une promesse trahie. La marque, censée séduire la jeunesse connectée, croule sous les plaintes et peine à fidéliser. « Si Camtel ne réintroduit pas rapidement des offres accessibles et n’investit pas dans un service client réactif, Blue pourrait devenir un cas d’école d’échec de repositionnement », prévient Patrick O.

- Publicité -
Google search engine