Le gouvernement accélère la centralisation numérique des encaissements avec Trésor Pay. Depuis l’arrêté du 28 mai 2025 signé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, Tresor Pay s’impose comme la seule plateforme électronique autorisée pour la collecte des recettes non fiscales et le paiement des dépenses publiques au Cameroun. Cette décision engage l’ensemble de l’administration centrale, les collectivités territoriales décentralisées et les entreprises publiques, avec un délai de trois mois pour s’y conformer.
Au-delà de la contrainte réglementaire, elle marque une accélération du processus de centralisation numérique des flux financiers de l’État, amorcé depuis août 2023 par le ministère des Finances. Selon des données consultées par Cameroon Business Today, Tresor Pay collecte actuellement entre 2,2 et 2,3 milliards de F CFA par mois, soit environ 24 milliards de FCFA projetés en fin d’année 2025. L’ambition, selon une source interne au ministère des Finances, est de « quadrupler ces montants dès l’année prochaine », pour tendre vers le potentiel national estimé entre 600 et 800 milliards de F de recettes de service par an. Ce niveau reste pour l’instant largement sous-exploité : les statistiques officielles évoquent une moyenne de 300 milliards de F collectés chaque année, et la loi de finances 2025 n’en prévoit que 361 milliards.
Lancée en août 2023, Trésor Pay a été conçue pour centraliser et tracer l’ensemble des encaissements et décaissements publics. L’expression « recettes non fiscales » renvoie ici aux paiements effectués par les usagers pour divers services administratifs (certificats, autorisations, agréments, frais d’examens, etc.) qui ne relèvent pas de l’impôt direct ou indirect. La plateforme est interconnectée au système de gestion du Trésor public, garantissant la fiabilité des opérations et la reddition conforme des comptes.
Sur le terrain, plusieurs ministères ont déjà migré leurs recettes vers la plateforme. Au ministère de la Santé publique, Tresor Pay a permis de sécuriser plus de 4 milliards de F issus des tests Covid et d’autres actes médicaux légaux. Au ministère des Relations extérieures, les paiements pour l’authentification internationale des documents, la production de plaques diplomatiques ou encore l’inscription des traducteurs agréés s’effectuent désormais en ligne.
Le ministère des Mines y perçoit les frais d’agréments de prestataires et de certificats d’exploitation, tandis que celui des Transports centralise les paiements pour la délivrance de permis de navigation, certificats de capacité et concours d’entrée à l’École nationale de la pêche de Limbe (LINAFI). Les administrations foncières figurent aussi parmi les plus actives : plus de 6 milliards de F ont été collectés depuis le 1er janvier 2025.
D’autres départements, notamment les Forêts et la Faune, ou encore les Marchés publics, utilisent la plateforme pour encaisser les frais de délivrance de certificats de non-exclusion de la commande publique. À l’échelle locale, les collectivités territoriales décentralisées ont encaissé près de 2,89 milliards de F au titre de l’impôt général synthétique, première étape vers une réforme de la fiscalité communale désormais appuyée sur un outil numérique. Le ministère des Finances mise sur cette centralisation pour réduire les manipulations en espèces, longtemps à l’origine de fuites de recettes, et renforcer la transparence dans l’exécution budgétaire.
L’arrêté du Premier ministre prévoit d’ailleurs la fermeture progressive de toutes les plateformes non connectées au réseau Tresor Pay. Sur le plan sécuritaire, les responsables techniques indiquent que le système a déjà déjoué plusieurs tentatives d’intrusion. Les mises à jour régulières et la collaboration avec des experts nationaux et internationaux doivent renforcer la résilience de la plateforme. Par ailleurs, une campagne de sensibilisation vise à accélérer l’adhésion des administrations et des usagers, encore inégale selon les secteurs.
Avec la digitalisation progressive du circuit financier public, l’État entend consolider la traçabilité de ses flux, fiabiliser ses comptes et sécuriser la mobilisation de ses recettes. Trésor Pay, appuyée par la Cameroon Postal Services (CAMPOST) et plusieurs partenaires institutionnels, s’impose désormais comme le socle de la réforme budgétaire camerounaise — une transformation encore silencieuse, mais déterminante pour la discipline financière nationale.
La dernière trouvaille du gouvernement pour sortir le Cameroun de la dépendance alimentaire est le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH). Dévoilé à Yaoundé pour la période 2024- 2026, ce programme de 1 444 milliards de FCFA ambitionne de renforcer la production nationale de riz, maïs, poisson, lait et huile de palme. L’objectif affiché est de réduire une dépendance alimentaire qui coûte chaque année plus de 800 milliards de FCFA aux finances publiques, selon l’Institut national de la statistique (INS).
En clair, il s’agit pour le Cameroun de regagner sa souveraineté alimentaire en stimulant la production et la transformation locales. Mais le PIISAH, lancé en grande pompe par le ministère de l’Économie sous la houlette d’Alamine Ousmane Mey, n’est que la pièce la plus récente d’un vaste puzzle. Avant lui, plusieurs programmes et projets agricoles ont vu le jour. Padfa II, Prodel, Pea-Jeunes, Pidma, Padmirc, Pdc_Va, ou encore le Programme national de développement du palmier à huile et de l’hévéa (PNDPHH). Leur objectif commun est de moderniser les filières agricoles et appuyer les producteurs. Sur le papier, la vision est claire. Dans la pratique, son appropriation par les populations demeure problématique.
UNE MOITIÉ DE PRODUCTEURS MAL INFORMÉS
Les résultats d’un mini-sondage réalisé en 2025 par nos confrères de Data Cameroon auprès d’une trentaine de producteurs des régions du Centre, du Littoral et de l’Ouest révèlent l’ampleur du fossé entre les politiques publiques et le terrain. La moitié des producteurs interrogés disent ignorer totalement l’existence des projets et programmes agricoles censés les accompagner. Même parmi les agricultrices informées, rares sont celles à avoir effectivement bénéficié d’un appui. « En début d’année, j’ai essayé de monter le dossier de ma société coopérative pour bénéficier d’un projet, mais notre fonds était presque vide », confie Christine Milango, épouse Ndong, responsable de la Scoopsfedi à Njombé-Penja. « C’est cela qui nous a vraiment fauchés… ».
D’autres pointent un déficit de communication. « Il y a un manque d’information. Même quand elle arrive, c’est trop tard », déplore Philomène Bertille Jabea, présidente de la Société coopérative des femmes entrepreneures du Littoral (Scfel). Sa compatriote Madeleine Nga renchérit : « Nous avons appris le lancement d’un programme de la FAO deux jours avant la clôture de l’appel à candidatures ».
DES ADMINISTRATIONS LOCALES SOUS-ÉQUIPÉES
Du côté de l’administration, le constat est tout aussi préoccupant. Les relais locaux du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) reconnaissent leur difficulté à faire circuler l’information. « Dans les services déconcentrés comme le nôtre, certains ne savent même pas qu’il existe une délégation de l’Agriculture », admet Charles Calvin Boubouama, délégué d’arrondissement du Minader à Nikoutou.
À Njombé-Penja, Leon II Irnée Mengue, en poste depuis moins d’un an, évoque un « manque d’outils pour sensibiliser efficacement ». Il dit avoir entrepris un recensement des projets actifs dans sa circonscription, faute de base de données centralisée. Cette désorganisation complique la mise en œuvre locale des multiples initiatives du Minader, dont certaines — comme le Projet d’appui au développement des filières agricoles (Padfa) ou le Programme de promotion de l’entrepreneuriat agropastoral des jeunes (Pea-Jeunes) — ont déjà livré des résultats, mais peinent à s’ancrer durablement dans les territoires. Pour 2025, le gouvernement a promis d’intensifier son effort budgétaire.
Le 14 août 2025, Alamine Ousmane Mey a signé avec sept structures publiques des conventions de transfert de 13,55 milliards de FCFA destinés à la production agropastorale et halieutique. Dans le détail, 9,2 milliards iront à la Banque camerounaise des PME (BCPME) pour soutenir les opérateurs privés des filières ciblées, tandis que 4,3 milliards seront distribués à l’Unvda, à la Sodepa, à l’IRAD, à l’Office céréalier et aux projets Viva-Logone et Viva-Bénoué.
Ces fonds s’inscrivent dans le cadre du PIISAH, qui prévoit de sécuriser 1,4 million d’hectares de terres agricoles et d’investir 1 208 milliards de FCFA dans les infrastructures rurales (barrages, routes, électrification). Mais ces montants colossaux n’ont pas encore produit l’effet d’entraînement espéré. Les observateurs évoquent des résultats « mitigés » lors de la première année d’implémentation du PIISAH en 2024, malgré une mobilisation de 248,49 milliards de FCFA.
LE SECTEUR PRIVÉ RESTE FRILEUX
Lors du 4ᵉ Cameroon Investment Forum tenu le 17 avril 2024 à Douala, les patrons ont exprimé leur scepticisme quant à la mise en œuvre de la politique d’import-substitution. « Pour produire localement du riz, du maïs, du poisson, du lait et de l’huile de palme, nous avons besoin d’espace, de terrain », a martelé Célestin Tawamba, président du Gecam. Il dénonce un cadre foncier instable : « Le titre foncier ne garantit rien, car il peut être révoqué par le ministre du jour au lendemain. Comment développer l’agriculture sans sécurité foncière ? ». Même son de cloche du côté de Leonel Kungaba Fongoh, PDG de Global Corporation Group, qui plaide pour « faciliter l’accès à la terre » et inciter les investisseurs étrangers à s’associer à des Camerounais. À ces obstacles s’ajoutent des difficultés de financement. « Il n’existe actuellement aucun dispositif adapté pour financer l’agriculture », déplore à nouveau Célestin Tawamba. Gwendoline Abunaw, directrice générale d’Ecobank Cameroun et présidente de l’Apeccam, a quant à elle encouragé les entrepreneurs à mieux explorer les offres de crédit existantes, tout en reconnaissant que les conditions de prêt restent souvent dissuasives pour les petits producteurs.
L’ACCÈS AU MARCHÉ
« Quand d’autres pays ont lancé des politiques d’import-substitution, ils ont pris en compte les exigences du marché », a expliqué Dr Simon François Yonga Bakalag, coordonnateur national du Centre du réseau des filières de croissance. Selon lui, il faut d’abord garantir des débouchés aux producteurs avant de stimuler la production : « Nos produits doivent répondre aux normes commerciales si nous voulons qu’ils soient vendus. » Le gouvernement ne ménage pourtant pas ses efforts.
Le Projet de l’inclusion et de l’employabilité des femmes et des jeunes (Propiej), soutenu par le PNUD et la Banque mondiale, a lancé en 2025 un appel à candidatures pour 100 projets innovants portés par des femmes et des jeunes dans le cadre du PIISAH. Les lauréats bénéficieront d’un appui financier de la BC-PME et d’un accompagnement technique pour renforcer la compétitivité de leurs entreprises. Mais ces initiatives, souvent concentrées dans les grandes villes ou les centres administratifs, peinent encore à atteindre les producteurs ruraux. « Il faut pouvoir vendre nos produits avant de démarrer la production », résume lucidement Dr Yonga Bakalag.
Avec plus de vingt programmes agricoles opérationnels sous la tutelle du Minader, le Cameroun n’a jamais autant investi dans son secteur rural. Pourtant, la fragmentation des dispositifs, le déficit de communication et la méfiance du secteur privé risquent de retarder les objectifs du PIISAH et, plus largement, la marche vers l’autosuffisance alimentaire. Les milliards engagés ne suffisent pas sans un effort accru de vulgarisation, d’information et de simplification administrative. Tant que les producteurs ne s’approprieront pas les politiques agricoles censées les soutenir, la souveraineté alimentaire restera une promesse en suspens.
Défis Actuels : Monsieur le Directeur Général, malgré les stratégies mises en place, il y a comme une persistance de la crise de l’habitat. Comment l’expliquer ? Quelle est l’ampleur du problème ?
JEAN PAUL MISSI : Je voudrais, à l’entame de mon propos, remercier votre magazine pour cette opportunité offerte au Crédit Foncier du Cameroun de faire connaître ses missions à vos lecteurs et aux différents publics, ainsi que les opportunités qu’offre cette institution dans le domaine du financement de l’habitat. C’est pour nous un devoir que je m’honore de remplir. Revenant à la préoccupation soulevée, il faut noter qu’à l’instar des autres pays d’Afrique, la population urbaine du Cameroun, estimée à plus de 27 millions d’habitants, a pratiquement doublé en moins de quatre décennies, du fait de la croissance démographique et de l’exode rural des populations à la recherche de meilleures conditions de vie. Cela entraîne des besoins importants en matière d’immobilier. En l’absence de sources statistiques complètes, le déficit de logement à lui seul serait évalué à plus de 2 millions d’unités, générant des besoins de financement de plus de 100 milliards de FCFA par an. Ce déficit s’accroîtrait d’environ 200 000 unités par an, bien au-delà de la capacité de production actuelle. Ces chiffres masquent la réalité d’une urbanisation non maîtrisée, marquée par la prépondérance de l’habitat spontané, la prolifération de quartiers informels et d’habitats précaires, ainsi que par des constructions anarchiques qui se multiplient, exposant les habitants à des risques majeurs. En somme, la crise de l’habitat reflète les défis liés à la planification urbaine, aux politiques publiques d’inclusion, au cadre réglementaire approprié, aux synergies de l’écosystème et aux capacités des différents acteurs.
Défis Actuels : Le gouvernement camerounais met en place des politiques de soutien à l’accès au logement, comme le programme de logements sociaux. Quel rôle le Crédit Foncier du Cameroun joue-t-il dans la mise en œuvre de ces politiques ?
JEAN PAUL MISSI : L’État a mis en œuvre plusieurs outils réglementaires et de régulation offrant un cadre — certes perfectible — pour l’avènement de politiques de développement de l’habitat, notamment social, dans le cadre de la SND30. Le CFC s’inscrit dans cette trajectoire depuis sa création en 1977, en tant que société à capital public dont l’objet social est d’apporter son concours financier et son expertise à la réalisation de tout projet destiné à promouvoir l’habitat social en particulier, et l’immobilier en général. Plus particulièrement, le CFC finance en priorité le logement social à travers une large gamme de produits et appuie les initiatives du gouvernement dans ce domaine : programmes de cités urbaines construites dans les années 80, programme de construction de 10 000 logements dont la phase pilote a permis de bâtir environ 1 600 logements à Douala (Mbanga-Bakoko) et Yaoundé (Olembé), cités municipales, cités universitaires et scolaires, etc.
Défis Actuels : Quelles actions spécifiques sont entreprises par le Crédit Foncier pour améliorer l’inclusivité de son offre de crédit ?
JEAN PAUL MISSI : Avec un taux de bancarisation aux alentours de 30 %, la plupart des Camerounais, notamment les plus démunis, peinent à trouver des financements bancaires pour accéder à la propriété. Par conséquent, environ 5 % seulement des Camerounais ont accès au financement hypothécaire du système bancaire privé formel, qui exclut largement les populations à revenus faibles ou informels. De par son offre de valeur orientée « social », le Crédit Foncier a toujours développé des formules de crédit spécifiques à destination des couches fragiles de la population. Ainsi, son offre actuelle, composée de crédits à long terme à taux faibles (de 1,5 % à 7 % TTC au maximum), permet d’inclure les jeunes, les faibles revenus, ainsi que le financement de cités universitaires et scolaires. Plus récemment, le CFC a pris une initiative marquante d’inclusion financière matérialisée par l’octroi d’une ligne de crédit aux EMF, destinée à financer exclusivement, par des prêts, les populations exclues du système bancaire classique.
Défis Actuels : Quels sont les résultats obtenus dont vous êtes le plus fier à la tête du Crédit Foncier ?
JEAN PAUL MISSI : En termes de résultats quantifiables, le CFC a injecté plus de 600 milliards de FCFA dans l’économie camerounaise depuis sa création, malgré les effets récessifs de la crise économique des années 80/90 qui a vu disparaître nombre d’entreprises publiques. Cette forte injection de capitaux a permis, par exemple, la construction de plus de 100 000 logements et l’aménagement de 16 000 terrains. Outre les réalisations quantitatives, le CFC est fortement impliqué dans la structuration et l’appui à la professionnalisation de la filière de l’habitat. Pour y parvenir, il mobilise son réseau d’agences implantées dans les dix régions du pays, ainsi que ses représentations en Europe et en Amérique du Nord destinées aux Camerounais de la diaspora. Au-delà de ses missions, le CFC joue un rôle de catalyseur, notamment dans le renforcement des capacités et la mise en œuvre de la coopération synergique entre acteurs, à travers une plateforme de collaboration de la filière habitat, ainsi que l’accompagnement des promoteurs immobiliers privés et des CTD dans l’opérationnalisation de leurs projets.
Défis Actuels : Le financement du secteur immobilier reste une problématique majeure. Quelles sont les sources de financement du Crédit Foncier et comment parvenez-vous à diversifier vos ressources pour répondre à la demande croissante de crédits immobiliers ?
JEAN PAUL MISSI : Les sources de financement à la disposition du CFC sont principalement la Contribution au Crédit Foncier, taxe parafiscale prélevée à la fois sur les revenus des salariés et sur les entreprises, l’épargne collectée, ainsi que les retours de fonds prêtés. Toutefois, ces ressources sont notoirement insuffisantes pour faire face aux besoins, évalués à au moins 150 milliards de FCFA par an. Ainsi, dans le but d’entraîner une plus forte implication des autres acteurs financiers, le CFC s’attèle également à nouer des partenariats avec des institutions nationales et internationales, notamment via des initiatives de cofinancement bancaire ou le partenariat avec Shelter Afrique, afin d’œuvrer à la mise en œuvre d’une solution globale à la mobilisation des fonds destinés au financement de l’immobilier.
Défis Actuels : Comment le Crédit Foncier gère-t-il la question de la solvabilité de ses emprunteurs, et quelles mesures sont prises pour minimiser les risques associés à ces prêts ?
JEAN PAUL MISSI : Votre question me donne, une fois de plus, l’opportunité de lever une équivoque, source de malentendus et de confusions chez les citoyens. Les crédits octroyés par le Crédit Foncier du Cameroun, bien que partiellement financés par la contribution évoquée supra, demeurent des prêts à rembourser, et non des dons ou des subventions. Le client bénéficiaire d’un prêt s’oblige donc à honorer son engagement, autrement dit, il doit rembourser la totalité du crédit dans les délais prescrits. Si un client ne rembourse pas son prêt, non seulement il s’expose aux conséquences, dont la saisie du bien financé est une, mais aussi il fragilise l’institution et empêche d’autres Camerounais de financer leur projet de logement, contribuant ainsi à l’aggravation du déficit en logements décents, tant décrié dans notre pays. Aussi, à l’instar des autres établissements de crédit, le CFC déploie toute la gamme d’instruments réglementaires pour assurer un retour sain et exhaustif des fonds prêtés, nécessaire à sa pérennité, en veillant scrupuleusement au respect des conditions de crédit, notamment les modalités de remboursement. Si, malgré cela, la solvabilité de l’emprunteur n’est pas avérée pour quelque raison que ce soit, le CFC fait recours à une panoplie d’instruments, à l’instar du recouvrement à l’amiable avec des plans d’apurement, des porteurs de contrainte, des partenaires de recouvrement, et, en définitive, le recouvrement forcé par voie judiciaire.
Défis Actuels : Quelle est la principale difficulté que pose le financement de l’habitat au Cameroun ?
Défis Actuels : L’écart très important entre l’offre de financement de toutes natures et la demande, induite par le fort potentiel économique de l’immobilier, s’explique par l’existence de multiples contraintes et leviers non exploités des différentes parties prenantes. Cela induit un coût d’opportunité, notamment en termes de fiscalité pour l’État et ses démembrements, un manque à gagner en termes de revenus pour le système bancaire, et enfin, pour les populations, des risques de nature physique, juridique et financière. Ainsi, les contraintes internes au système bancaire relèvent souvent de règles et procédures parfois rigides, complexes, longues, redondantes ou onéreuses, ainsi que des limites de l’ingénierie financière, qui ne permet pas toujours de proposer des produits et services adaptés aux besoins d’un secteur complexe et porteur de risques spécifiques. Par ailleurs, de nombreuses contraintes sont liées globalement à l’écosystème : faible disponibilité de foncier sécurisé, complexité des procédures administratives, limites du marché immobilier insuffisamment structuré, organisation insuffisante et faible professionnalisation des métiers du secteur, insuffisance des ressources adaptées, inefficacité des mécanismes de soutien, ainsi que cadre législatif et réglementaire parfois obsolète, incomplet ou inadapté, sans oublier la faiblesse des revenus des emprunteurs.
Défis Actuels : Quels produits sont dédiés aux employés du secteur privé et aux entrepreneurs individuels ?
JEAN PAUL MISSI : Pour remplir ses missions, le CFC a rénové son offre, avec une large gamme de produits de prêts et d’épargne adaptés aux besoins et spécificités de sa clientèle, couvrant le financement des projets d’accession à la propriété, de logements destinés à la location et de programmes immobiliers destinés à la vente. On distingue ainsi les produits de prêts (voir tableau) et les comptes épargne logement. Le régime Épargne-Logement comprend deux options permettant la souscription d’une épargne en vue de la réalisation future d’un projet immobilier d’habitation et la constitution d’une épargne libre, rémunérée à un taux attractif.
Défis Actuels : En ce qui concerne les promoteurs immobiliers, quelle est votre politique à leur égard ? Pour quels résultats ?
JEAN PAUL MISSI : La promotion immobilière au Cameroun est confrontée à une série de défis structurels, juridiques et économiques qui freinent son développement et son impact social : informalité dominante (plus de 90 % des logements sont produits par des acteurs informels, souvent précaires), faible professionnalisation entraînant de nombreux échecs, accès difficile au foncier sécurisé et au financement. Pour autant, à la suite du gouvernement, le CFC a entrepris d’orienter prioritairement ses financements vers la production de masse de logements, notamment via les promoteurs immobiliers. Malheureusement, pour les raisons évoquées, malgré les dispositifs d’encadrement et d’appui mis en place par le CFC, les projets de qualité soumis au financement du CFC sont rares, et les crédits octroyés comportent souvent des impayés. Ainsi, à l’observation des résultats, force est de constater l’atonie de la promotion immobilière et la faible quantité de projets menés à terme, sans incidents.
Défis Actuel : Comment s’organise la synergie entre les différents acteurs étatiques du secteur ? (CFC, MAETUR, SIC) ? Conduisez-vous des projets en commun ?
JEAN PAUL MISSI : Inspiré des conclusions de la première Conférence des Nations unies sur les Établissements Humains, baptisée « Habitat 1 », tenue à Vancouver au Canada du 31 mai au 11 juin 1976, le triptyque CFC-SIC-MAETUR a fondé depuis lors le même modèle économique de développement de l’immobilier au Cameroun. Ce triptyque fut structuré à l’origine autour d’un promoteur immobilier public (la SIC), un aménageur responsable des infrastructures d’approche (la MAETUR), et une caisse de financement (le CFC). L’État est alors fortement impliqué, à la fois instigateur de la politique de l’habitat, notamment social, fournisseur de terrains, d’aménagements et d’immeubles à financer via ses démembrements, tout en mobilisant des ressources financières, notamment à travers une taxe parafiscale mise au service de la politique du Gouvernement en matière d’habitat social. Ce modèle a donné des résultats probants dès les premières années, avec, entre autres, l’édification de nouveaux quartiers à Douala (Cité des Palmiers, Bonamoussadi, Makepe, Kotto, etc.) et à Yaoundé (Biyem-Assi, Mendong, Nsimeyong, Nkomo Okoui, Odza, Cité verte, etc.), ainsi que des équipements communaux générateurs de revenus. Toutefois, l’irruption de la crise économique dès 1987 met à mal cet attelage, affectant au premier chef l’État qui se désengage du secteur, entraînant des difficultés importantes pour les autres acteurs (SIC, MAETUR, emprunteurs, etc.) : l’activité s’amenuise et la qualité du portefeuille se dégrade brutalement, pesant fortement sur la situation économique et financière de ces institutions. Dans le même temps, la libéralisation du secteur dans les années 90, avec l’émergence de nouveaux acteurs, offre des perspectives intéressantes de développement de l’immobilier. À ce jour, une relance de cet attelage, encore en gestation, reste tributaire de la qualité des projets à mettre en œuvre.
Défis Actuels : Le secteur financier camerounais connaît une forte tendance à la digitalisation. Quelles sont les orientations du Crédit Foncier dans ce domaine ?
JEAN PAUL MISSI : Le secteur bancaire camerounais est en pleine effervescence numérique, dans laquelle le CFC s’inscrit pleinement, et la digitalisation joue un rôle de catalyseur majeur. Ces évolutions sont rendues indispensables en raison des défis importants engendrés par les besoins des consommateurs et la nécessité d’optimiser la productivité et de délivrer un service rapide. Ainsi, notamment à travers l’implémentation en cours d’un nouveau progiciel de gestion bancaire adapté aux besoins et aux évolutions du marché, le CFC entend digitaliser l’offre de produits et services, permettant entre autres une souscription rapide de prêts, la consultation de solde et des opérations, la collecte de ressources, ainsi que des opérations de trésorerie en ligne.
Défis Actuels : Quelles sont vos stratégies et actions en matière de RSE ?
JEAN PAUL MISSI : Se situant au cœur de la chaîne de production de l’immobilier, le CFC est fortement impliqué dans la sphère sociale, à travers son offre de financement à conditions très favorables (taux bas, durées élevées) et l’accompagnement permanent de ses clients. En mettant une ligne de financement à disposition des EMF pour permettre le financement des Camerounais à faibles revenus ou opérant dans le secteur informel, le CFC œuvre fortement dans l’inclusion financière des couches les plus défavorisées de la population.
Le lendemain du passage aux urnes, de nombreuses réactions se sont faites ressentir en l’occurrence celle du candidat Ateki seta Caxton qui a réagi de manière pacifique suite à quelques tendances déjà disponibles. Dans ses propos, le candidat du PAL a fait la sortie après avoir observé les premiers résultats de l’élection. Selon ses dires pour un opposant, avoir une performance comme il a pu voir est quelque chose à féliciter dans notre système.
Ateki Seta Caxton affirme qu’il n’a nullement dit que c’est le candidat du FSNC Issa Tchiroma qui a gagné l’élection, il l’a juste félicité pour sa performance, pour ce qu’il a réalisé sur le terrain, ça n’a rien à voir avec la position du parti politique qu’il représente qui est le PAL, et ça n’a rien à voir avec la position de la coalition qui reste intacte, dans ses principes.
« Je reste engagé dans le principe de notre coalition avec l’UNDP, c’était juste une sorte d’appréciation pour l’opposition. En effet pour la première fois nous avons vu cet engouement de changement qui a animé la population et non que Issa Tchiroma Bakary a gagné l’élection présidentielle. Ce sont les médias qui ont interprété mes propos à leur manière en affirmant que j’ai dit que Issa Tchiroma a gagné l’élection pourtant nous tous nous savons qu’il faut attendre le dépouillement et puis la publication des résultats par le Conseil Constitutionnel. En tant que candidat je suis bien conscient de ça » A souligné Ateki Seta Caxton.
Alors même que les opérations de vote se déroulaient encore en terre camerounaise, la diaspora avait commencé à livrer les résultats des urnes. Et dans l’ensemble, selon les informations reçues et concordantes, Issa Tchiroma se comporte mieux à l’étranger. Aux Emirats-Arabes unis, le candidat du Fsnc a damé le pion à Paul Biya avec 174 voix contre 21, et Cabral Libii arrive en 3ème position avec 13 voix. En Arabie saoudite, c’est encore Issa Tchiroma qui arrive en tête avec 33 voix, contre 17 pour Paul Biya. Pareil en Chine où l’ancien membre du gouvernement dame le pion au président sortant, par 21 voix contre 12. A Naïrobi pour vote au Kenya, le même opposant coiffe les autres avec 92 voix contre 70 pour Paul Biya. C’est aux Pays-Bas que Cabral Libii force un passage mais juste pour occuper la seconde place (13 voix), derrière Issa Tchiroma (25 voix), et Paul Biya 3ème avec 11 voix. En revanche, en Russie, le président Paul Biya arrive en tête avec 56 voix, suivi d’Issa Tchiroma avec 43 voix.
Sur le plan national, Yaoundé a vu une vague jaune jaillir des urnes. En témoigne les explosions de joie de militants se réclamant de l’ancien membre du gouvernement, dans la plupart des bureaux de vote de Yaoundé 2, Yaoundé 3 et Yaoundé 6. A Maroua, capitale de la région de l’Extrême-Nord, c’était une liesse populaire. Les partisans d’Issa Tchiroma ont envahi les rues pour crier la victoire de leur champion. Ici, le résultat le plus illustratif est celui des Services du gouverneur. Dans ces locaux abritant les bureaux du représentant du président de la République, deux bureaux avaient accueilli les votes des électeurs. Dans l’un, le « candidat du peuple » a récolté 117 voix contre 72 pour Paul Biya, 7 pour Cabral Libii et 3 pour Bello Bouba. Caxton Ateki du PAL et Samuel Hiram Iyodi du FDC se contentent chacun d’une voix. Dans l’autre bureau, le même opposant arrive en tête avec 18 voix contre 12 voix pour le « propriétaire » des lieux, et une seule voix pour le candidat de l’Undp.
Au lamidat de Maroua, un autre centre de vote installé dans le domaine d’un affidé du régime, les deux bureaux de vote ont donné la même tendance. Dans le bureau A, Issa Tchiroma obtient 78 voix, contre 39 pour Paul Biya et 4 pour Bello Bouba. Les autres n’ont aucune voix. Dans le bureau B, c’est la même razzia jaune avec 80 voix pour Tchiroma et 27 pour Paul Biya, 02 pour Cabral Libii et une seule pour Bello Bouba.
Les résultats compilés dans les commissions communales de recensement des votes, seront convoyés à la commission nationale de recensement des votes, et le Conseil constitutionnel dispose d’un délai de 15 jours pour proclamer les résultats du scrutin. Entre temps, les recours sont attendus devant cette même instance.
Moins de vingt-quatre heures après la fermeture des bureaux de vote du scrutin présidentiel du 12 octobre 2025, la scène politique est secouée par une rupture au sein du Front des Démocrates Camerounais (FDC). Son président, Denis Emilien Atangana, a publiquement désavoué son candidat à la présidentielle, Hiram Samuel Iyodi, et reconnu la victoire annoncée du président sortant Paul Biya.
Lors d’une conférence de presse tenue ce lundi à Yaoundé, Denis Emilien Atangana a officialisé ce qu’il appelle désormais une « rupture de collaboration » avec Hiram Iyodi, candidat qu’il avait pourtant investi quelques mois plus tôt. Selon lui, le jeune candidat aurait « saboté le projet du vrai changement » que le FDC défend depuis sa création.
« Depuis la conférence de presse du 31 juillet au Djeuga Palace, nous avons perdu le fil de la campagne. Toutes nos équipes ont été écartées, nos cadres marginalisés, nos directions contournées », a dénoncé Denis Emilien Atangana.
« Nous avons relevé des violations graves des engagements pris en commun : le non-respect de l’organigramme de campagne, la confiscation de la direction de la campagne, la mise à l’écart progressive du directeur de la communication du FDC, le refus d’organiser les véritables meetings de terrain, et même la collaboration non concertée avec un autre parti, le MP3 », a-t-il poursuivi.
Pour le leader du FDC, ces dysfonctionnements traduisent une trahison politique : « Nous avons fait confiance à un jeune candidat et nous avons été abusés. Nous avons été sincères, loyaux, mais lui a choisi une autre voie. Nous sommes profondément déçus. Je présente mes excuses à nos militants et à nos sympathisants. Nous avons appris de cette mésaventure : ce qui ne vous tue pas, vous rend plus fort. »
Denis Emilien Atangana va jusqu’à affirmer que son candidat aurait délibérément fragilisé la campagne. « Nous avons la nette conviction que M. Hiram Samuel Iyodi était en mission pour saboter le FDC et le projet du vrai changement que nous portions pour la jeunesse camerounaise. Les faits et l’analyse des faits convergent vers cette conclusion malheureuse », a-t-il déclaré.
La contre-attaque d’Hiram Iyodi
Quelques heures plus tard, Hiram Samuel Iyodi a répondu à ces accusations dans un communiqué officiel, qualifiant la démarche du FDC d’« unilatérale » et de « profondément indigne »
« Je déplore les méthodes, le ton et les termes employés, au lendemain d’un scrutin historique, sans consultation ni respect des engagements et du travail accomplis ensemble », a-t-il écrit, avant d’accuser le président du FDC d’avoir tenté de le pousser à une alliance avec le pouvoir. « Cette démarche confirme une fois de plus la furie du président du FDC qui, depuis plusieurs semaines, exerce une pression exacerbée pour pousser le candidat à se rallier au régime. Ce à quoi nous avons opposé un refus ferme. »
L’ancien candidat a également réaffirmé son indépendance politique. « Ma candidature, bien que portée initialement par le FDC, s’inscrit depuis plusieurs mois dans une dynamique plus large, celle d’un projet patriotique et populaire bâti aux côtés de citoyens engagés, de mouvements indépendants, de leaders communautaires et d’alliés politiques sincères. »
Il rejette par ailleurs toute reconnaissance anticipée de la victoire du parti au pouvoir. « Nous ne constatons et ne soutenons pas la victoire du régime en place. Nos équipes poursuivent sereinement la compilation des votes, et nous nous rangerons du côté de la volonté du peuple camerounais. Mon combat demeure celui de l’alternance, de la vérité des urnes et de la refondation démocratique du Cameroun. »
Pendant ce temps, Denis Emilien Atangana maintient sa position. Selon lui, les premières tendances issues des bureaux de vote confirment la reconduction du président sortant. « Les tendances et les informations reçues du terrain donnent Paul Biya largement vainqueur de cette élection », a-t-il affirmé, avant d’ajouter que « L’opposition avait tous les arguments et les moyens pour faire tomber le régime du RDPC, mais hélas. Le peuple vient d’être une fois de plus trahi par une opposition irresponsable. »
Le président du FDC a dénoncé une opposition fragmentée, secouée par des ambitions personnelles et des alliances incohérentes. « Des coalitions contre-nature sont nées ici et là, créant une terrible confusion dans les esprits des citoyens. Même les électeurs du changement ont été brutalement désorientés, contraints de choisir entre un bon diable et un mauvais diable. Mais le Cameroun n’est pas le siège de l’enfer, et la place du diable est en enfer ! »
Pour Denis Emilien Atangana, cette division a offert au parti au pouvoir un terrain favorable. « Le parti au pouvoir a fortement exploité les lignes de fracture au sein de l’opposition pour refaire surface sur un terrain qu’il avait perdu il y a moins de trois mois », a-t-il reconnu, en concluant que « C’est la triste histoire de 1992 qui se répète, avec les mêmes visages, les mêmes erreurs et les mêmes trahisons.
À la veille du scrutin présidentiel, les scènes observées dans les marchés et supermarchés du pays traduisaient à elles seules l’état d’esprit d’une population sur le qui-vive. Vendredi et samedi, les allées du Marché Central de Yaoundé et des grandes surfaces de Douala, Garoua ou Bertoua ont été prises d’assaut par des ménages venus faire des provisions. Riz, pâtes, boîtes de conserve, huile et savon disparaissaient des rayons à une vitesse fulgurante.
Sur les motos et pick-up bondés, des sacs de vivres s’empilaient en équilibre précaire. « On ne sait jamais ce qui peut arriver après les élections, » confiait Véronique, commerçante à Mvog-Mbi, les bras chargés de sacs de farine. « On préfère s’approvisionner avant dimanche, au cas où il y aurait des troubles ou que les routes soient bloquées. ». Un autre client, croisé à Douala, abondait : « Ce n’est pas de la peur, mais de la prudence. Après 2018, on a appris à ne plus être pris au dépourvu. » Cette fièvre d’achat en dit long sur le climat d’inquiétude qui a précédé le vote du 12 octobre. Depuis plusieurs jours, les Camerounais vivaient au rythme d’une campagne électrique, ponctuée d’incidents, d’accusations de manipulation et d’une escalade verbale entre camps rivaux.
DÉNONCIATIONS TOUS AZIMUTS
La tension s’était déjà invitée dans la campagne électorale. Le Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) de Cabral Libii avait dénoncé, dès le 8 octobre, l’arrachage d’une banderole à Ebome (Kribi) et l’interdiction d’un meeting à Mbeka’a. Dans un communiqué signé de son président communal, Bruce Mahailet, le parti affirmait que « des individus se réclamant du RDPC » avaient bloqué l’accès au village, instaurant « un climat d’intimidation ». La directrice de campagne du PCRN, Anne Féconde Noah, avait elle-même condamné « l’utilisation non autorisée de l’image » de son candidat sur une affiche d’un autre camp, y voyant « un procédé paternaliste » et une atteinte à l’éthique politique. Sur sa page Facebook, Cabral Libii avait réagi avec virulence. « Si le RDPC n’arrête pas ses chiens enragés, il sera tenu responsable de la violence généralisée. » Le député du Nyong-et-Kellé promettait désormais de répondre « coup pour coup ».
Le SDF de Joshua Osih n’a pas été épargné. Le parti social-démocrate dénonçait des arrestations arbitraires de militants et la destruction systématique de ses affiches, notamment dans le Sud-Ouest, toujours secoué par la crise anglophone. « Nos militants sont traqués comme des criminels », regrettait un cadre du parti, accusant les autorités locales de « fausser la compétition ». C’est dans ce contexte que, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) a publié, le 11 octobre à Yaoundé, un communiqué énergique. Dans ce texte officiel, le parti au pouvoir dénonce avec véhémence « une vaste escroquerie politique » consistant, selon lui, en la diffusion de « faux résultats » par certaines plateformes. Le RDPC affirme « ne préparer aucune fraude électorale », revendique d’être « le seul parti actif sur les 360 communes » et met en avant son maillage territorial comme gage de légitimité. Le communiqué appelle ses militants à « récuser massivement cette grave imposture communicationnelle » et rappelle que les résultats légaux relèvent du Conseil constitutionnel, invitant les Camerounais à attendre la parole de cette juridiction.
Sans doute une réponse à Issa Tchiroma Bakary, dont les meetings rassemblaient des foules importantes et qui n’a cessé d’afficher une rhétorique enflammée : « Si le peuple souverain m’accorde ses suffrages, je défendrai dès le soir du 12 octobre, même si c’est au prix du sang », avait-il lancé à ses partisans — des mots qui ont mis les autorités sur le qui-vive. Dans un autre communiqué daté du 11 octobre, adressé au Ministre de l’Administration territoriale et aux forces de l’ordre, le candidat a qualifié de « inacceptables » les menaces publiques visant à l’empêcher d’annoncer « la vérité des urnes » au soir du 12 octobre.
Il y réaffirme le droit à la parole du peuple et la légalité des publications de tendances issues du dépouillement — citant l’article 113 du code électoral — et appelle policiers, gendarmes et militaires à refuser « tout ordre illégal » visant à intimider ou empêcher les électeurs d’exprimer leur choix. Il annonce par ailleurs la mise en place d’équipes de scrutateurs, d’un dispositif juridique et d’une chaîne de transmission destinés à collecter et publier les procès-verbaux, prévenant que toute irrégularité sera combattue « juridiquement et pacifiquement ». Sa lettre, ferme et solennelle, a été perçue comme un contrepoids direct aux menaces proférées par les autorités.
À Yaoundé, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, avait lui-même donné le ton de la riposte. Le 10 octobre, il avertissait que toute « proclamation unilatérale des résultats » serait assimilée à un acte de « haute trahison » et promettait des mesures de rétorsion sévères à l’encontre de ceux qui tenteraient de s’autoproclamer vainqueurs. Ce face-à-face verbal entre le pouvoir et certains candidats a contribué à élever le degré d’alerte. En effet, sur la toile, plusieurs lanceurs d’alertes ont relayé des dénonciations de compatriotes qui disent avoir débusqué des irrégularités diverses : des morts qui figurent encore sur des listes électorales, des inscrits dont les noms se retrouvent dans une autre ville, un électeur accusé d’avoir glissé plusieurs enveloppes dans l’urne.
Sur les réseaux sociaux, des témoignages anonymes et vidéos amateurs relaient plusieurs allégations de tricherie et de violences. Le Minat Atanga Nji a affirmé avoir démantelé un réseau utilisant plus de 300 téléphones pour diffuser de faux résultats et alimenter de fausses accusations de fraude. Il a également annoncé la mise en garde contre une « plateforme de recensement frauduleux » prétendant compiler des résultats parallèles.
DÉPLOIEMENT SÉCURITAIRE ET AFFLUENCE AUX BUREAUX DE VOTE
Dans la nuit qui a précédé le 12 octobre, un important dispositif sécuritaire a été déployé : patrouilles mixtes et présence visible des forces de l’ordre autour des bureaux de vote. À Garoua, Maroua et Ngaoundéré, la circulation était étroitement surveillée ; à Yaoundé, les principaux carrefours restaient sous l’œil des forces de l’ordre. Ces mesures, destinées officiellement à prévenir les débordements, ont été interprétées par certains comme une manière de dissuasion.
Pourtant, dès l’aube du dimanche 12 octobre, les électeurs ont commencé à affluer vers les bureaux de vote. À Melen, à Bonamoussadi ou à Garoua 2e, des files se formaient dans le calme, sous le regard vigilant des forces de sécurité. « Nous voulons juste voter et rentrer chez nous sans histoire, » murmurait un retraité, tenant sa carte d’identité dans la main. Une autre électrice, à Douala, se disait « soulagée » de voir le processus commencer, « même si l’on sent bien que la peur est là ». Au moment où Défis Actuels mettait sous presse, les opérations de vote se poursuivaient encore dans plusieurs localités, dans un climat mêlé d’attente et d’appréhension.
Mises sur pied dans les localités de Yoyo et de Mbiako, ces instances impliquant les communautés dans la gouvernance des aires protégées et des pêcheries, marque une étape historique pour la conservation et le développement durable du Parc National de Douala-Édéa.
L’une des directives de 2024 du Cameroun pour l’implication des communautés locales dans la gestion des zones protégées est mise en œuvre. Deux Comités Riverains de Gestion Participative (CRGP) ont été officiellement créés et élus dans les communautés côtières de Yoyo et Mbiako, deux localités du département de la Sanga maritime dans la région duLittoral. C’est le fruit d’un processus qui a duré plus d’un an, impliquant plusieurs organisations non gouvernementales telles que Environnemental Justice Foundation (EJF), Cameroon Wildlife Conservation Society (CWCS) et des administrations publiques à l’instar des ministères en charge des Forêts et de la Faune et des pêches.
Ces instances comprenant 10 membres chacune, sont constituées des représentants issus de divers groupes sociaux, y compris des pêcheurs étrangers, des femmes, des jeunes et des chefs de village. Ces comités viennent donner aux populations locales un pouvoir direct de décision sur les ressources halieutiques dont elles dépendent. Une étape historique pour la conservation et le développement durable du Parc National de Douala-Édéa, commente son conservateur. « L’installation officielle des Comités Riverains de Gestion Participative symbolise l’engagement du Cameroun à impliquer les communautés locales dans la protection de ses ressources naturelles. Pour les membres élus des CRGP, cette installation n’est pas une fin, mais le début d’une nouvelle ère, où les communautés prennent en main leur destin écologique », a indiqué Kenneth Mvondo.
À Yoyo comme à Mbiako, les femmes sont leaders assurant la vice-présidence des CRGP. Ces comités vont concrètement surveiller l’extraction illégale et servir de médiateurs entre les communautés et les institutions publiques. Dans le même temps, ils orienteront les décisions locales concernant les restrictions de pêche saisonnières, afin de garantir la reproduction et la pérennité des populations de poissons. « Les populations locales sont les mieux placées pour protéger leurs pêcheries et leurs écosystèmes, et avec le bon soutien, elles deviennent de puissants gardiens de l’océan. Ces comités sont un modèle de gouvernance inclusive, plaçant au cœur de la gestion ceux qui vivent au plus près de ces pêcheries vitales », explique Steve Trent, Directeur général et Fondateur de EJF.
Pour la surveillance participative des pêches, ces comités vont utiliser des outils modernes, tels que l’application DASE développée par EJF pour documenter les cas présumés de pêche illégale. Les habitants reçoivent des téléphones et une formation pour prendre des photos géolocalisées, qui sont téléchargées dans une base de données nationale accessible aux autorités. L’initiative fait partie de l’outil mondial de gouvernance participative des pêches financé par l’UE.
L’entreprise a célébré ses 150 ans en faisant honneur aux différents acteurs qui animent la plateforme de Douala Bonabéri.
Comme cela est de tradition depuis 2021, le Port Autonome de Douala prime ses partenaires au terme de chaque année. Cette fois, l’entreprise a décidé de les célébrer à l’occasion de la commémoration de ses 150 ans dont les festivités se sont achevées il ya quelques jours à Douala. Les meilleurs acteurs présents au Port de Douala Bonabéri ont reçu leurs trophées en récompense de leurs volumes d’activités sur la plateforme portuaire.
Les prix concernent diverses catégories. Des meilleurs importateurs aux exportateurs par type de marchandises en passant par les acconiers etc. Dans la catégorie d’importateur vrac solide par exemple, c’est Dangote Cement qui a décroché la palme d’or. « En 2024 nous avons effectivement battu notre record en volume d’importation grâce à vous », a déclaré Bertrand Mbouck, CEO de Cement Dangote Cameroun aux autorités du port de Douala.
La Pasta du groupe Cadyst du camerounais Célestin Tawamba a reçu le prix de meilleur importateur de blé tandis que des filiales du groupe Olam s’en tirent avec deux prix dans le secteur alimentaire. Olam cam a été désigné meilleur importateur vrac alimentaire et Olam food industrie meilleur exportateur de cacao.
Afriland first bank, meilleure banque partenaire
Leader du secteur bancaire camerounais, Afriland First Bank a reçu le prix de « meilleure Banque Partenaire » décerné par le Port Autonome de Douala. Pour les responsables de la banque, cette distinction consolide la position de l’établissement financier comme référence dans le financement du commerce, de la logistique et dans l’accompagnement de l’économie nationale. « C’est une reconnaissance du travail acharné de nos équipes et de notre engagement envers les acteurs économiques du pays », a déclaré M. Ferry Nzonteu, directeur réseau littoral d’Afriland First Bank. À fin 2024, le total bilan d’Afriland First Bank s’élevait à 2 032 milliards de FCFA, avec 1 371 milliards d’encours de crédits et 1 562 milliards de dépôts.
Yaoundé, quartier Mbog Ebanda (Éleveur) ce 12 octobre 2025. Groupe scolaire privée bilingue Mewoulou. Il est 9h30. La cour est parsemée de quelques dizaines de personnes. Sur les bancs publics au millieu du domaine, une observatrice électorale suite et accompagne les usagers. Deux hommes accueillent les arrivants, qu’ils orientent : »Monsieur, s’il vous plaît, on peut vous aider? », répètent-ils. Ils demandent la carte d’électeur, puis dirigent vers le bureau de vote. En cas d’absence du précieux sésame, ils prennent des informations sur l’inscription sur les listes électorales, sa date et le lieu de résidence.
Devant les bureaux de vote, les électeurs fouillent les noms sur les listes affichées depuis le petit matin. »Je ne vois pas mon. « , s’inquiète une dame devant le bureau A. Un autre lui l’oriente vers la salle B. Là, elle trouve son nom. »Enfin », soupire-t-elle. Une autre sort de la salle, souriante: »ça va vraiment vote » en essuyant l’encre sur son auriculaire droite. Ceux qui ont déjà exercé leur devoir citoyen ne semblent pas pressés de partir. On les voit se pavaner dans la cour de l’école, se photographiant, commentant l’actualité. »Je vais surveiller mon vote. Je vais attendre sur place autant que possible. Si je me sens fatigué, je rentrerai me reposer, quand il y aura déjà beaucoup d’autres personnes, pour revenir dans l’après-midi.
Ce qui explique le désert humain dans les rues de la capitale. Du Carrefour Éleveur à Tsinga -Sous-préfecture, en passant par les quartiers Nlongkak et Bastos, des groupuscules de personnes papotent en bordures de route. Aucun commerce ouvert. Les quelques éléments de la police qui assurent la sécurité par endroits, n’ont rien à se mettre sous la dent.