mercredi, mai 20, 2026
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Incendie à Metafrique Steel : la direction mobilisée aux côtés des victimes

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Dans la nuit du 30 avril 2026, un incident de production a déclenché un incendie au sein de l’usine Metafrique Steel SA, implantée en Zone Industrielle Bassa, à Douala. L’accident a causé des blessures à plusieurs membres du personnel, dont certains se trouvent dans un état critique et sont actuellement pris en charge en soins intensifs dans un hôpital de Douala.

Face à cette situation, la direction a réagi sans délai : prise en charge immédiate des accidentés, alerte des autorités et des secours, fermeture provisoire de l’usine. Un dispositif d’accompagnement psychologique a également été mis en place pour le personnel et les familles concernées, dans l’attente des enquêtes de circonstances.

Dans un communiqué officiel signé de la direction, la société dit tenir à exprimer « toute sa compassion, tristesse et pénible peine à l’endroit des familles des victimes, de son personnel profondément affecté et de ses partenaires ».

Metafrique Steel SA assure par ailleurs suivre avec attention l’évolution de la situation médicale, se disant attentive « aux côtés du personnel médical pour un dénouement optimiste de leurs vaillants efforts ». La direction s’est engagée à tenir le public régulièrement informé des suites données à cet événement.

L’Etat présente sept projets hydroélectriques totalisant 3238 MW aux investisseurs

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Le chiffre donne la mesure de l’ambition. Le Cameroun entend porter sa capacité installée de production électrique à 5 000 MW d’ici 2030. Pour y parvenir, le gouvernement a identifié sept projets hydroélectriques prioritaires, présentés le 28 avril aux investisseurs et bailleurs réunis à Yaoundé dans le cadre d’une table ronde consacrée au financement de 27 projets structurants en partenariat public-privé.

L’enveloppe globale visée sur trois ans atteint près de 21 000 milliards de FCFA, mobilisés à travers un montage hybride associant capitaux privés, financements concessionnels et instruments structurés. L’énergie électrique occupe dans ce dispositif une place centrale. Le gouvernement la présente comme un facteur décisif de développement socioéconomique et d’aménagement du territoire. Sans elle, pas d’industrie minière viable, pas de secteur de transformation, pas d’essor durable des services. Les sept projets hydroélectriques retenus traduisent cette conviction en béton et en mégawatts.

 GRAND EWENG, LE PROJET PHARE À 1 855 MILLIARDS FCFA

Le plus ambitieux des sept s’appelle Grand Eweng. Ce barrage hydroélectrique, à construire sur le fleuve Sanaga, figure en tête du schéma directeur de production d’électricité. Sa puissance installée atteint 1 080 MW, ce qui en fait de loin le projet le plus capacitaire du portefeuille. Son coût de réalisation, travaux et contrôle compris, s’élève à 1 855 milliards de FCFA. Le montage retenu repose sur une concession assortie d’un contrat d’achat d’énergie. La durée prévisionnelle des travaux est fixée à cinq ans. Le projet est porté par le ministère de l’Eau et de l’Énergie.

CHOLLET ET MOUILA MOUGUE, DEUX PROJETS DE GRANDE ENVERGURE SUR LE NYONG ET LA DJA

Avec une puissance installée de 600 MW, le barrage de Chollet constitue le deuxième projet en termes de capacité présenté aux investisseurs le 28 avril 2026. Il prend la forme d’un aménagement hydroélectrique sur la rivière Dja, dans le département du Nyong-et-Kellé. Ni le coût ni la durée des travaux n’ont encore été arrêtés, mais la forme de partenariat publicprivé retenue est la concession.

À quelques kilomètres, sur le fleuve Nyong dans le même département, le projet de Mouila Mougue vise une puissance installée de 420 MW pour un coût estimé à 1 300 milliards de FCFA. Lui aussi sera développé sous forme de concession. Ces deux projets ciblent en priorité la réduction du déficit énergétique du réseau interconnecté sud et la promotion des énergies renouvelables.

 MAKAÏ ET KATSINA ALA, DEUX SITES POUR ÉQUILIBRER LE RÉSEAU

Le projet de Makaï prévoit la construction d’un barrage hydroélectrique sur le fleuve Nyong, dans l’arrondissement de Ngog-Mapubi. Sa puissance installée attendue est de 400 MW. Les coûts et la durée des travaux restent à déterminer. La forme retenue est également la concession. Katsina Ala, lui, s’inscrit dans une logique différente. En plus de la construction d’un barrage réservoir et d’un réseau d’évacuation de l’énergie, le projet intègre la réhabilitation d’une voie d’accès de 60 kilomètres. Sa puissance installée est évaluée à 284 MW pour un productible annuel de 2 176 GWh.

NJOCK ET NGOILA, CES PROJETS AUX RETOMBÉES LOCALES RÉELLES

Le barrage de Njock, à construire sur le fleuve Nyong dans le département du Nyong-et-Kellé, est dimensionné à 170 MW. Ngoila ferme la liste avec une puissance installée de 84 MW. Ce projet, implanté sur le fleuve Dja, comprend la création d’une retenue de 204 millions de mètres cubes d’eau et la construction d’une ligne d’évacuation d’énergie double circuit de 225 kV jusqu’au poste d’Abong-Mbang, en passant par un nouveau poste à construire à Lomié. Il prévoit également l’électrification rurale des localités voisines du site. Son productible garanti annuel est estimé à 461 GWh pour un débit moyen de 297 mètres cubes par seconde.

RELIER LE NORD, SÉCURISER YAOUNDÉ ET DOUALA, EXPORTER VERS LE TCHAD

Au-delà des barrages eux-mêmes, le gouvernement camerounais porte une vision de réseau. À court terme, il entend réaliser les interconnexions entre les grands centres de consommation, renforcer et sécuriser les réseaux de Yaoundé et de Douala par deux boucles de 90 kV chacune, construire des lignes de 225 kV et 90 kV pour alimenter toute la zone ouest du pays, et préparer l’interconnexion avec le Tchad par des lignes de 225 kV dans la zone nord.

Pour accompagner cette transformation du secteur, le Cameroun a signé avec la Banque mondiale un programme de financement axé sur les résultats, dont l’objectif est d’améliorer la viabilité financière du secteur électrique, de renforcer sa performance opérationnelle et d’accroître l’accès à l’électricité sur l’ensemble du territoire.

Finance Week 2026 : les acteurs financiers alertent sur un environnement encore peu lisible pour les investisseurs

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C’est au Starland Hôtel de Yaoundé que le média Eco Matin, dirigé par Émile Fidieck, a tenu le 30 avril 2026 la 4e édition de sa Finance Week. Le thème retenu cette année, « Investissement privé : bâtir la nouvelle puissance économique de la CEMAC », avait le mérite de la franchise. Il posait d’emblée la question que beaucoup d’acteurs économiques de la sous-région se posent sans toujours oser la formuler : pourquoi l’argent ne vient-il pas, ou si peu ? Ministres, gouverneurs de banque centrale, dirigeants d’institutions financières et représentants du secteur privé se sont succédé à la tribune jeudi dernier. Le diagnostic qu’ils ont collectivement livré est sévère, même si personne n’a employé le mot en ces termes.

Un environnement jugé encore illisible

Le directeur général adjoint d’Afriland First Bank a posé le problème sans détour. « L’investisseur, qu’il soit national, sous-régional ou international, a besoin d’un environnement lisible, stable et prévisible. Il a besoin de règles claires, de procédures efficaces, d’une justice économique crédible, d’une fiscalité incitative et d’un dialogue permanent entre les pouvoirs publics, les régulateurs, les banques, les marchés financiers et les acteurs économiques. »

Ce portrait de l’investisseur idéal est aussi, en creux, un portrait de ce qui manque encore en zone CEMAC. Au Cameroun, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les investissements directs étrangers ne représentent que 1,8 % du PIB, un niveau que les experts qualifient de faible au regard du potentiel. La formation brute de capital fixe atteint certes 21,4 % du PIB, mais elle reste largement portée par la commande publique, dans un contexte où les États de la zone font face à des contraintes budgétaires croissantes.

Awusa née Brigitte Krubi, représentante du secrétariat de la Présidence de la République du Cameroun l’a d’ailleurs dit sans ambages. « Les États font face à des contraintes croissantes qui rendent de plus en plus difficile le financement des projets structurants uniquement par les ressources budgétaires. »

La BEAC écarte la dévaluation, mais reconnaît les pressions extérieures

Le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a choisi la Finance Week pour délivrer un message qu’il voulait manifestement sans équivoque. Face aux voix qui appellent régulièrement à une dévaluation du franc CFA, il a tranché. « Non ! La dévaluation n’est pas à l’ordre du jour. Ni en 2024, ni en 2025, ni en 2026, ni en 2027. », rassure l’argentier de la Communauté économique de l’Afrique centrale

Il a dénoncé des analyses qu’il qualifie de partielles, approximatives ou franchement malveillantes, et a défendu la rigueur des données publiées par la banque centrale, en soulignant qu’elles sont rigoureusement collectées, vérifiées, auditées et conformes aux standards internationaux.

Mais le gouverneur n’a pas esquivé le tableau d’ensemble. La zone CEMAC a affiché une croissance de 3,5 % en 2025. Pour 2026, les prévisions descendent à 2,9 %, sous l’effet des tensions internationales. Le conflit au Moyen-Orient a provoqué une hausse des cours du brut de 40 % depuis le début de l’année 2026, ce qui alourdit mécaniquement la facture des importations dans une zone qui en reste fortement dépendante. À l’échelle mondiale, le FMI anticipe une croissance de 3,1 % en 2026 contre 3,4 % en 2025, un commerce international ralenti à 2,8 % contre 5,1 % l’année précédente, et une inflation portée à 4,4 %.

Une bonne nouvelle tempère le tableau. « La croissance est tirée par le secteur non pétrolier. L’agriculture, le BTP, le digital, les services. Et c’est une excellente nouvelle. Cela montre que notre économie se diversifie peu à peu », a relevé Yvon Sana Bangui, en soulignant la contribution croissante du secteur financier à cette dynamique.

La Caisse des dépôts du Cameroun cherche sa filiale bancaire

Parmi les intervenants, Richard Evina Obam, à la tête de la Caisse des dépôts et consignations du Cameroun, a mis en avant le rôle que son institution entend jouer dans l’architecture de financement de la sous-région. Il a décrit la CDC comme un outil multidimensionnel, complémentaire aux acteurs financiers existants, et doté d’une capacité contracyclique, c’est-à-dire apte à apporter des ressources en période de crise, à l’État ou à d’autres structures.

Il a annoncé qu’un projet de filiale bancaire est en cours d’étude, conduite par un cabinet international. « Dans les mois qui suivent, nous aurons les résultats de cette étude. Et nous pourrons engager toutes les procédures nationales et communautaires qui permettent d’avoir cette filiale. » Cette filiale serait dédiée au financement des PME et des jeunes entreprises, sur le modèle de BPI France, adossée à la Caisse des dépôts et de consignations française.

Trois conditions posées par Afriland pour que le privé prenne le relais

Afriland First Bank a structuré son intervention autour de trois exigences qu’elle juge non négociables pour faire basculer la CEMAC vers un modèle tiré par l’investissement privé.

La première est la confiance, dans un environnement réglementaire stable et prévisible. La deuxième est la qualité des projets, avec un accompagnement des porteurs d’idées jusqu’à la bancabilité réelle de leurs dossiers. La troisième est l’intégration régionale. « Pris isolément, nos marchés peuvent paraître étroits. Ensemble, ils constituent un espace de croissance, d’opportunités et de compétitivité considérable », a plaidé Dieudonné Hervé Ayissi, directeur général adjoint de la banque.

Ce plaidoyer pour la CEMAC comme espace intégré d’investissement a trouvé un écho dans l’intervention de la représentante du secrétariat de la Présidence, qui a rappelé les réformes engagées au Cameroun. La révision de la Charte des investissements en 2025, la recapitalisation de la Société nationale d’investissement (SNI) repositionnée en outil de co-investissement public-privé, la restructuration de l’Agence de promotion des investissements en guichet unique et le programme PIISAH de renforcement des chaînes de valeur agricoles figurent parmi les mesures citées.

L’exécution, seul test qui vaille

Émile Fidieck, promoteur de la Finance Week, a formulé en ouverture la question que toute la journée allait tenter d’instruire. « Avons-nous un environnement suffisamment lisible pour les investisseurs ? Nos marchés financiers sont-ils capables de mobiliser l’épargne locale à grande échelle ? Sommes-nous capables de transformer cette épargne en projets productifs ? »

Le représentant de la Présidence a offert ce qui ressemblait à une réponse officielle, mais aussi à un aveu de départ. Pour Awusa née Brigitte Krubi, « Le temps du diagnostic est révolu. Les cadres existent. Les contraintes sont identifiées. L’enjeu est désormais l’exécution à grande échelle, avec discipline, coordination et impact mesurable. »

C’est précisément là que le bât blesse depuis des années. Les textes existent, les institutions aussi. Ce qui manque encore, c’est la prévisibilité dans leur application quotidienne, celle que les investisseurs attendent avant de signer un chèque.

Colloque Financier International 2026 : La CEMAC mise sur la blockchain et le mobile money pour financer ses infrastructures

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Le diagnostic était connu. La conclusion, elle, se voulait cette fois opérationnelle. En clôturant le 24 avril dernier la deuxième édition du Colloque Financier International (Colfini 2), les participants ont tourné la page du simple constat pour entrer dans le concret. Sous le haut parrainage du ministre des Finances, Louis Paul Motaze, représenté par Gilbert Didier Edoa, secrétaire général du Minfi, les travaux ont débouché sur une feuille de route articulée autour d’un objectif central : faire du marché financier régional un moteur souverain de financement des grands projets structurants de la sous-région.

 UN MARCHÉ FINANCIER QUI PÈSE À PEINE 2 % DU PIB RÉGIONAL

 Le point de départ des discussions tenait en un paradoxe. L’écosystème institutionnel de la CEMAC est jugé mature. Pourtant, le marché financier ne représente encore que 2 % du PIB régional. Un écart que les participants ont mis en regard d’un gisement de liquidités estimé à près de 500 milliards de FCFA, logé dans le secteur informel et dans les encours du mobile money. Ces ressources existent. Elles ne travaillent pas pour le développement. Le colloque a donc posé la question autrement. Comment capter ces flux, aujourd’hui absorbés par le court terme, pour les orienter vers des investissements de long terme dans les routes, les barrages et l’énergie ? La réponse tient en un mot : désintermédiation.

 LA BLOCKCHAIN POUR RENDRE CHAQUE FRANC TRAÇABLE

Parmi les quatre piliers de la feuille de route adoptée, la technologie occupe une place de choix. Le COLFINI 2 a consacré l’entrée de la blockchain et de la tokenisation dans l’ingénierie financière régionale. L’idée est simple dans son principe. En adossant chaque emprunt à un actif tangible et traçable, on garantit aux investisseurs une transparence absolue sur l’allocation des fonds.

Cette mécanique ouvre la voie à une démocratisation de l’investissement. Grâce à la tokenisation, des parts de projets d’infrastructure jusqu’ici réservées aux institutionnels deviennent accessibles au grand public. Le rapport de synthèse du colloque le formule sans détour. « L’heure n’est plus à l’observation, mais à la mise en œuvre d’une autonomie financière qui repose sur l’intelligence de nos montages et la force de notre épargne locale. »

LE MOBILE MONEY, BRAS ARMÉ DE L’INCLUSION FINANCIÈRE

C’est sur ce terrain que le mobile money entre en scène. Les participants au COLFINI 2 lui ont assigné un rôle précis. Celui de passerelle entre l’épargne diffuse des ménages et les besoins en capital des grands projets régionaux. En permettant à chaque citoyen de souscrire à des instruments financiers depuis son téléphone, la sous-région entend élargir massivement la base des investisseurs. Le modèle repose sur une logique d’inclusion. Ce que les institutions financières classiques n’ont pas réussi à capter, le mobile money pourrait le mobiliser par le volume et la capillarité de son réseau. La feuille de route du COLFINI 2 ne s’arrête pas là. Elle promeut également une transition vers ce que les experts appellent la dette-projet, fondée sur la généralisation des véhicules à but spécial et des obligations de projet.

Elle consacre aussi l’essor des Sukuk, instruments de la finance islamique, présentés comme un modèle distributif permettant un partage équitable des risques et des rendements entre l’État et l’investisseur. Sur la question de la dette souveraine, le colloque a adopté une position ferme. « Il est impératif de ne pas recourir systématiquement à la restructuration de la dette », indique le communiqué final, qui appelle à une évaluation précise de la capacité de remboursement de chaque État, fondée sur les niveaux de liquidité et de solvabilité, avant toute décision de financement.

 SOUVERAINETÉ FINANCIÈRE ET EXPERTISE LOCALE

En conclusion des travaux, les participants ont plaidé pour la sanctuarisation de l’expertise technique régionale. Le reproche était adressé sans détour aux pratiques actuelles, où les grands montages financiers sont trop souvent confiés à des acteurs extérieurs au détriment des compétences locales. La souveraineté économique de la CEMAC, ont-ils estimé, dépendra de sa capacité à structurer, noter et piloter ses propres instruments financiers via des acteurs locaux certifiés. Le COLFINI, plateforme annuelle dédiée à la co-construction de l’écosystème financier de l’Afrique centrale, a ainsi posé à Yaoundé les jalons d’un changement de paradigme. Reste à en mesurer la mise en œuvre.

Yaoundé cœur de ville : Le maire Luc Messi Atangana satisfait de l’évolution des travaux

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C’est un maire visiblement satisfait qui a sillonné hier, lundi 28 avril 2026, les différents sites du projet Yaoundé cœur de ville. Luc Messi Atangana, maître d’ouvrage du projet, s’est rendu successivement au carrefour Mvan, à la gare routière de Mvan en construction, au carrefour dénivelé d’Elig-Effa et à la gare de Messa (Mokolo), pour constater de visu l’état d’avancement de ce vaste chantier urbain qui ambitionne de transformer en profondeur le visage de la capitale camerounaise.

Cette tournée intervient dans un contexte particulier : dix mois après le démarrage effectif des travaux structurants, le projet affiche un taux d’exécution de 32 % pour une consommation de délais de 30 %. Un ratio jugé satisfaisant, qui a d’ailleurs convaincu l’Agence française de développement (AFD) d’ordonner le décaissement de la deuxième tranche de financement, soit 12 milliards de francs CFA supplémentaires injectés dans la continuité des travaux.

UN PROJET ANCRÉ DANS LE C2D

Financé à hauteur de 48,7 milliards de francs CFA, le projet Yaoundé cœur de ville repose sur un partenariat entre la France, qui contribue pour 43,2 milliards de francs CFA, et le Cameroun, dont la part s’élève à 5,5 milliards de francs CFA. Ces fonds sont mobilisés dans le cadre du Contrat de désendettement et de développement (C2D), mécanisme bilatéral de coopération qui convertit une partie de la dette camerounaise envers la France en investissements au bénéfice direct des populations.

Lancé en juin 2025 pour les travaux structurants — et un mois plus tard, en juillet 2025, pour les travaux à impact rapide — le projet s’articule autour de deux composantes principales. La première, dite « travaux structurants », porte sur la construction ou la réhabilitation de grandes infrastructures urbaines : gares routières, carrefours dénivelés et voies de circulation. La seconde, les « travaux à impact rapide », cible des aménagements de moindre envergure mais à fort effet visible sur le quotidien des Yaoundéens, notamment des terminaux à minibus et le reprofilage de carrefours.

MVAN : LA CHAUSSÉE SE DESSINE

Au carrefour Mvan, première étape de la tournée, le maire a pu observer le travail méthodique accompli par l’entreprise Razel, mobilisée sur ce site depuis le lancement des travaux. Les engins de terrassement ont profondément reconfiguré la physionomie du carrefour et de ses voies adjacentes. Selon Atangana Bindzi, ingénieur de suivi du projet, les travaux de libération des emprises sont pratiquement achevés. Les équipes posent désormais les perrés maçonnés sur les talus pour prévenir les glissements de terrain, tandis que les travaux de chaussée avancent avec la pose des caniveaux 50×50 et le terrassement des voies menant vers Ahala et Tropicana. Le déplacement des réseaux — Eneo, Camwater, Camtel — se poursuit en parallèle, de même que le règlement des derniers cas d’indemnisation recensés sur l’emprise du chantier.

 Le nouveau poste de police, qui avait dû être démoli pour laisser place aux travaux, est quant à lui en pleine reconstruction. Toujours à Mvan, mais sur le site de la future gare routière, logée entre le lycée technique de Nsam et le carrefour SCDP, les travaux se trouvent à une phase plus fondamentale — au sens propre du terme.

La zone, naturellement marécageuse et constituée de dépôts de terre boueuse, a nécessité un travail préalable de reconstitution du sol : creusage de fouilles sur l’ensemble du site, enrochement pour substituer les terres instables, puis remplissage en matériaux solides. « Nous construisons en ce moment une couche de forme et les fondations des différents bâtiments de la gare », a précisé l’ingénieur de suivi. Un chantier encore invisible pour le passant, mais dont la rigueur conditionne la solidité de l’ouvrage à venir.

ELIG-EFFA : LE TUNNEL PREND CORPS

C’est sans doute le chantier le plus spectaculaire du projet, et celui qui avait suscité le plus de scepticisme. La construction d’un carrefour dénivelé avec giratoire et passage souterrain à Elig-Effa semblait, il y a encore peu, relever du vœu pieux pour une ville comme Yaoundé. Mais la réalité du chantier a dissipé les doutes. Après six mois de fouilles intensives, l’entreprise a réalisé le béton de propreté, ferraillé et coulé les radiers, et s’attelle désormais à couler les voiles du tunnel.

Le génie civil du passage souterrain prend donc littéralement forme sous les yeux des riverains. En parallèle, le déplacement des réseaux se poursuit sur ce site particulièrement dense, avec notamment les infrastructures d’Eneo, Camwater et Camtel qui doivent être déviées pour libérer définitivement l’emprise des travaux.

MESSA : TABLE RASE POUR UN NOUVEAU DÉPART

À la gare de Messa (Mokolo), la transformation est peut-être la plus brutale dans son apparence immédiate. Là où s’agitait naguère une gare routière bouillante et bondée de monde, il ne reste aujourd’hui qu’un vaste terrain plat, parsemé d’engins. L’ancienne gare a été rasée, après que commerçants et transporteurs ont été recasés dans une structure provisoire construite à cet effet par le projet : 120 comptoirs installés sous un hangar à l’abri des intempéries, des places de parking matérialisées et des toilettes modernes avec eau courante.

 Une solution d’attente digne, saluée par les bénéficiaires eux-mêmes. Marie Djock, présidente des commerçants de l’ancienne gare, se dit heureuse de voir le projet se concrétiser et de constater que la plupart des commerçants recensés ont déjà été indemnisés. Fondjomo Catherine Yvette, commerçante depuis dix-huit ans à la gare de Mokolo, confirme : indemnisée et recasée, elle poursuit sereinement ses activités dans le nouveau site provisoire. Les travaux sur ce site consistent désormais en l’aménagement des plateformes devant accueillir la nouvelle gare. Seule ombre au tableau : une station-service mitoyenne dont le processus d’indemnisation s’éternise, freinant la progression des travaux sur cette partie du site.

PLUS DE 1 000 PERSONNES INDEMNISÉES

Au-delà des chantiers eux-mêmes, la tournée du maire a permis de mesurer l’ampleur du volet social du projet. Depuis le démarrage des paiements en avril 2025, plus de 95 % des personnes affectées par le projet ont été indemnisées, soit plus de 1 000 bénéficiaires sur l’ensemble des sites. Sur les 1 272 Personnes affectées par le projet (PAP) recensées, 1 020 ont signé leurs accords de compensation. Après validation par la Communauté urbaine de Yaoundé (CUY), 1 000 dossiers ont été transmis à la Caisse autonome d’amortissement (CAA) pour règlement.

Le montant total des compensations des accords signés s’élève à 1 253 736 248 francs CFA, dont 944 597 043 francs CFA ont déjà été effectivement payés, soit un taux de paiement global de 77,85 %. Les paiements inférieurs à 500 000 francs CFA ont été effectués en espèces ; les montants supérieurs, par chèque. Quelques dossiers restent en suspens pour des raisons administratives — erreurs de noms ou de montants, bénéficiaires hors emprise, doublons ou refus du montant proposé. Trente-six chèques attendent encore d’être retirés par leurs bénéficiaires. Un mécanisme de gestion des plaintes a été mis en place pour traiter ces situations résiduelles.

LES DÉFIS DE LA PROCHAINE ÉTAPE

Si le bilan à un an est globalement positif, le coordonnateur du projet, Arnauld Philippe Ndzana, ne cache pas les défis qui subsistent. Le déplacement des réseaux doit s’accélérer, et le périmètre des chantiers, constamment envahi par des commerçants et passants, constitue un risque permanent pour la sécurité et le calendrier. Plus structurellement, le projet est exposé à une possible mesure suspensive de l’AFD, qui a fait part de son inquiétude face aux retards dans le décaissement de la contrepartie camerounaise.

 La part de l’État, attendue à hauteur de 4 milliards de francs CFA via le ministère de l’Habitat et du Développement urbain, et de 1,5 milliard par la CUY sur trois ans, conditionne en effet la poursuite des décaissements français. Un équilibre financier à préserver absolument pour que Yaoundé puisse, dans les délais impartis, se doter des infrastructures urbaines qu’elle attend depuis longtemps.

Yves TChenang

Partenariats public-privé : L’Etat veut mobiliser 21 000 milliards FCFA pour financer 27 projets

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À l’ouverture de la table ronde des bailleurs, le cadre est fixé. Les projets sont identifiés, les outils de financement définis et les partenaires mobilisés. « Le Cameroun a identifié 27 projets structurants PPP dont 9 prioritaires couvrant le transport, l’énergie, l’agro-industrie, les ports et l’habitat », a indiqué Abdou Samb, président fondateur de FRS Consulting.

L’enjeu est désormais celui de la mobilisation effective des ressources. « Un portefeuille de 21 000 milliards de FCFA, environ 32 milliards d’euros, que nous allons nous atteler à lever pendant les trois prochaines années », précise-t-il, en traçant une trajectoire financière claire. Au-delà de l’affichage, l’objectif affiché est opérationnel. « Nous avons reçu le mandat d’organiser cette table ronde pour transformer des études en projets bancables et en prêts à l’investissement », poursuit Abdou Samb. Le ton se veut direct. A Yaoundé, « nous sommes là pour agir, finaliser les études, tester les modèles de financement PPP et surtout sécuriser des pré-engagements concrets », dit-il.

 Derrière l’affichage politique, l’enjeu est d’abord financier. Trouver, structurer et sécuriser des ressources massives dans un contexte où les marges budgétaires restent contraintes. À Yaoundé, autour du Ministre délégué auprès du Ministère de l’Economie et de l’Aménagement, Paul Tasong, qui présidait la rencontre du 28 avril dernier, l’architecture proposée repose sur un mix d’instruments. Le gouvernement assume une stratégie hybride. Elle combine prêts concessionnels, appuis budgétaires, investissements directs et mécanismes plus complexes de financement structuré. L’objectif reste constant. Mobiliser des capitaux sans alourdir de manière excessive la dette publique.

Le pari n’est pas neutre. Les 21 000 milliards de FCFA annoncés correspondent à un volume rarement observé dans la sous-région. Pour les autorités, il s’agit de déplacer le centre de gravité du financement des infrastructures. « Face à la raréfaction des ressources publiques immédiatement mobilisables, le PPP s’impose comme une voie incontournable », a rappelé Paul Tasong. Le modèle défendu repose sur une logique simple. L’État conserve un rôle d’arbitre et de garant, mais transfère une partie du financement et du risque au secteur privé. Concessions, montages de type BOT, contrats de performance à long terme. Ces instruments doivent permettre de lisser l’impact budgétaire tout en accélérant la réalisation des projets.

Dans les faits, l’équation reste fragile. La capacité d’absorption d’un tel volume de financements dépendra de plusieurs variables. La qualité des projets d’abord. Leur maturité technique et juridique ensuite. Leur capacité à générer des flux de revenus capables de rassurer les investisseurs enfin. « Chaque projet qui a été présenté a fait l’objet d’une analyse approfondie », assure Paul Tasong, qui insiste sur la nécessité de bâtir des montages « innovants et attractifs ».

Le processus enclenché suit une séquence précise. Une première phase d’exposition des projets et de mise en relation. Puis une plateforme digitale destinée à centraliser les informations et les manifestations d’intérêt. Enfin des discussions approfondies avec les bailleurs pour aboutir à des accords de financement. En amont, le travail de prospection a déjà commencé. Abdou Samb rappelle à cette effet, un roadshow international engagé depuis trois ans. Des rencontres ont eu lieu avec plusieurs institutions, parmi lesquelles la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou encore l’Agence française de développement. Des lettres d’intention ont été obtenues. Elles doivent maintenant se transformer en engagements fermes.

La crédibilité du dispositif repose aussi sur la perception extérieure du pays. Les promoteurs du programme mettent en avant des indicateurs jugés « encourageants » et une notation jugée satisfaisante auprès des bailleurs. Mais la compétition reste ouverte. D’autres économies africaines poursuivent des stratégies similaires pour capter les mêmes flux de capitaux. Dans ce contexte, la structuration des projets devient déterminante. L’enjeu dépasse la simple mobilisation des fonds. Il s’agit de produire des actifs réellement « bancables ». Autrement dit, capables de répondre aux exigences de rentabilité et de sécurité des investisseurs internationaux.

À plus long terme, cette stratégie s’inscrit dans la trajectoire de la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Le gouvernement entend y faire du secteur privé un levier central de création de richesse. « Il ne s’agit pas d’un retrait de l’État, mais d’une redéfinition de sa fonction », insiste Paul Tasong. Reste un point de tension. La dépendance accrue aux financements extérieurs et aux investisseurs privés impose des exigences de transparence, de stabilité réglementaire et de gouvernance. Sans ces garanties, le coût du capital pourrait rapidement augmenter et fragiliser l’ensemble du dispositif.

La presse économique : Infrastructure oubliée du marché financier de la CEMAC

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Celestin GUELA SIMO, Directeur Général d’Afriland First Bank

Lorsqu’un investisseur international s’apprête à mobiliser plusieurs dizaines de millions d’euros dans la zone CEMAC, où trouve-t-il aujourd’hui une information économique fiable, structurée et contextualisée ? Trop souvent dans des dépêches produites hors de la sous-région. Rarement depuis Yaoundé, Douala, Libreville, N’Djamena, Brazzaville, Malabo ou Bangui. Ce constat révèle l’une des fragilités les moins discutées de notre architecture économique : la faiblesse relative de notre presse économique et financière.

Or une économie ne se développe pas seulement avec des capitaux, des routes, des banques, des matières premières ou des textes réglementaires. Elle se développe aussi avec de l’information fiable, accessible et intelligible. Une économie silencieuse, mal expliquée ou mal couverte est une économie qui avance dans le brouillard. C’est pourquoi la CEMAC a besoin d’une presse économique forte, crédible, indépendante, pédagogique et influente.

La presse économique est une infrastructure de marché

Dans les cercles de décision, on évoque volontiers les infrastructures nécessaires à un marché financier mature : système de paiement performant, centrale des risques crédible, dépositaire central, agences de notation, cadre prudentiel solide, régulateurs efficaces. On oublie pourtant une infrastructure essentielle : la presse économique professionnelle. Elle n’est pas un accessoire de communication.

Elle est un bien public qui conditionne la profondeur du marché, l’éducation des épargnants, la qualité du dialogue entre régulateurs et opérateurs, ainsi que la résilience face à la rumeur. Dans nos économies, une fausse nouvelle sur la solvabilité d’un établissement financier peut, en quarante-huit heures, déclencher un mouvement de panique aux conséquences systémiques. Une presse économique compétente, indépendante et bien dotée devient alors une véritable infrastructure prudentielle. Elle remplace la rumeur par la donnée, l’émotion par la compréhension et la défiance par la transparence.

 Un enjeu de souveraineté informationnelle et narrative

 La dimension panafricaine de cette question est non négociable. Aujourd’hui, le récit financier sur l’Afrique centrale est très largement écrit par des médias internationaux ou panafricains dont les centres de gravité éditoriaux sont souvent situés hors de la zone CEMAC. Ces médias sont respectables et utiles. Mais ils ne peuvent se substituer durablement à des rédactions enracinées dans nos réalités économiques, capables de comprendre les dynamiques locales, les contraintes réglementaires, les stratégies bancaires, les arbitrages publics, les attentes des PME et les signaux faibles du terrain. Si les banques africaines, les régulateurs, les investisseurs institutionnels et les acteurs du marché ne soutiennent pas l’émergence d’une presse économique forte à l’intérieur de la CEMAC, nous laissons à d’autres le soin de raconter notre transformation. Ce choix a un coût stratégique : moindre attractivité des capitaux, compréhension biaisée des opportunités, marginalisation dans les arbitrages internationaux et perte de souveraineté informationnelle.

Pourquoi les acteurs financiers doivent s’engager

 Les banques, les compagnies d’assurances, les établissements de microfinance, les sociétés de bourse, les fonds d’investissement, les fintechs, les institutions de régulation et les organisations professionnelles ne peuvent pas se plaindre de la faible culture économique du public tout en restant absents de l’espace médiatique. Ils ne peuvent pas regretter la propagation de fausses perceptions sur le crédit, l’épargne, la monnaie, les frais bancaires, les marchés financiers ou la réglementation, sans contribuer activement à l’éducation économique et financière des citoyens. S’engager auprès de la presse économique ne signifie pas acheter l’opinion.

Cela ne signifie pas transformer les médias en relais promotionnels. Cela signifie accepter un dialogue exigeant avec l’espace public : expliquer les métiers financiers, vulgariser les mécanismes économiques, partager des données utiles, soutenir la formation des journalistes spécialisés et participer à des débats de fond. La finance vit de confiance. Or la confiance ne naît pas du silence. Elle naît de la clarté, de la pédagogie, de la cohérence et de la redevabilité. Une population mieux informée devient une clientèle plus responsable ; des entrepreneurs mieux éclairés deviennent de meilleurs partenaires ; des décideurs mieux interpellés prennent de meilleures décisions.

Les trois risques à éviter dans le soutien à la presse

Faut-il pour autant soutenir indistinctement toute initiative qui s’auto-déclare presse économique ? Évidemment non. Les acteurs financiers doivent agir avec discernement, car trois écueils peuvent dévoyer des intentions louables. Le premier est le risque de capture. Une presse trop dépendante des annonceurs bancaires perd progressivement sa fonction critique et donc son utilité. Une presse domestiquée ne sert ni le marché, ni, paradoxalement, les institutions qui la financent.

L’appui doit donc être contractuel, transparent et jamais transactionnel sur la couverture rédactionnelle. Le deuxième est la dispersion sans critère. Tout titre qui s’affiche économique ne mérite pas le même soutien. Le critère discriminant doit être la qualité analytique : formation des journalistes, respect de la déontologie, capacité d’enquête, valeur ajoutée de l’analyse et distinction claire entre information, opinion et communication. Le troisième est la confusion des genres. Sponsoring d’événements, achat d’espaces publicitaires, partenariat éditorial, mécénat de formation et soutien institutionnel ne relèvent pas des mêmes logiques. Les confondre dilue l’efficacité de chacun et entretient des ambiguïtés de gouvernance que les comités d’audit ont raison de surveiller.

Trois leviers pour bâtir un écosystème de presse économique robuste

 Soutenir efficacement la presse économique suppose de dépasser le réflexe du chèque ponctuel. Il faut concevoir un écosystème durable, structuré autour de trois leviers complémentaires. Le premier levier est l’accès. Ouvrir aux journalistes économiques l’accès aux dirigeants, aux analystes et aux données sectorielles que les institutions produisent dans le respect strict des règles de confidentialité est sans doute le geste le plus utile et le moins coûteux. Une rédaction qui dispose d’interlocuteurs qualifiés produit une information infiniment supérieure à celle qui se nourrit de rumeurs.

Le deuxième levier est la formation. Les normes IFRS 9, la réglementation COBAC, les mécanismes du marché financier sous-régional, la lecture des comptes consolidés d’un groupe bancaire ou l’analyse des risques exigent une véritable spécialisation. Soutenir des séminaires, des bourses, des modules universitaires et des partenariats avec les écoles de journalisme élève durablement le niveau du débat public. Le troisième levier est l’incitation à l’excellence. L’institution d’un Prix du Journalisme Économique de la CEMAC, doté de manière significative et arbitré par un jury indépendant, permettrait de distinguer chaque année les meilleures enquêtes, analyses sectorielles et investigations économiques et financières. Une telle reconnaissance ferait probablement davantage pour la qualité de la presse économique que des années d’insertions publicitaires dispersées.

Un engagement cohérent avec la transformation de l’Afrique centrale

Pour Afriland First Bank, ces convictions ne sont pas théoriques. Elles s’inscrivent dans la cohérence de notre vision stratégique HORIZON 2030, qui fait de la transformation de l’Afrique centrale notre priorité et de l’écosystème africain notre cadre d’action. Présents dans les pays de la zone CEMAC et accompagnant plus des milliers de clients, nous savons d’expérience qu’il n’y aura ni marché financier profond sans presse économique forte, ni souveraineté économique sans souveraineté informationnelle et narrative.

Notre sponsoring de la Finance Week 2026 procède de cette conviction. Mais il doit ouvrir une dynamique plus large. J’appelle les autres acteurs majeurs du secteur financier de la zone : banques, marchés de capitaux, régulateurs, investisseurs institutionnels, assureurs et fintechs à inscrire le soutien à la presse économique professionnelle dans leur doctrine d’engagement institutionnel et à en faire un axe à part entière de leur responsabilité économique et sociétale.

La CEMAC mérite mieux qu’une narration d’emprunt

Dans les années à venir, la CEMAC devra relever des défis majeurs : diversification productive, financement des infrastructures, transition énergétique, transformation digitale, sécurité alimentaire, emploi des jeunes, intégration régionale, mobilisation de l’épargne locale et développement des marchés de capitaux.

Aucun de ces défis ne pourra être relevé durablement sans une opinion publique mieux informée, sans un débat économique plus mature et sans des médias capables d’éclairer, de questionner et d’accompagner la transformation de nos économies. La CEMAC n’a pas seulement besoin de plus de financement. Elle a besoin de plus de compréhension économique. Et cette compréhension passera nécessairement par une presse économique forte, respectée, indépendante et engagée dans l’intérêt général. La CEMAC mérite mieux qu’une narration d’emprunt. Elle mérite des plumes, des rédactions, des enquêtes et des analyses qui parlent depuis l’intérieur de sa propre transformation. À nous, acteurs financiers, de prendre notre part dans la construction de cette voix.

Par Célestin GUELA SIMO, Directeur Général d’Afriland First Bank

Le Cameroun et l’Allemagne scellent un nouvel accord de 58,4 milliards FCFA pour le cycle de financement 2025-2026

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Les discussions ont duré deux jours. Elles se sont ouvertes le 27 avril 2025 et se sont refermées le 28 avril 2026 par la signature du procès-verbal des négociations intergouvernementales entre le Cameroun et la République fédérale d’Allemagne. Au final, l’addition dépasse les 58,4 milliards de FCFA. Des financements majoritairement accordés sous forme de dons. Dans le détail, plus de 19 milliards de FCFA vont aux projets de coopération technique, tandis que près de 39,3 milliards de FCFA alimentent la coopération financière.

C’est le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, qui a conduit les travaux côté camerounais. En face, Philipp Knill, directeur Afrique II au ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, le BMZ, dirigeait la délégation allemande. Ensemble, ils ont arrêté les contours du cycle de financement 2025-2026, après avoir passé en revue les engagements des années précédentes.

Un portefeuille de 320 milliards de FCFA

L’enveloppe globale du partenariat bilatéral dépasse désormais 320 milliards de FCFA. Ce portefeuille se distingue par sa structure. Les ressources y sont majoritairement non remboursables, ce qui le démarque des financements classiques adossés à des prêts. Pour Alamine Ousmane Mey, le signal est sans ambiguïté. Cette progression, a-t-il déclaré, « témoigne de l’engagement renforcé de notre partenaire en faveur du développement économique et social du Cameroun ».

La nature des ressources mobilisées n’est pas un détail. En retenant des dons plutôt que des prêts, le gouvernement camerounais entend limiter son exposition à un endettement supplémentaire, tout en maintenant un niveau d’investissement public dans les secteurs qu’il juge prioritaires. L’argument s’inscrit dans une logique de soutenabilité budgétaire que les autorités défendent depuis plusieurs années.

36,7 milliards FCFA pour les ressources naturelles

Dans le détail de l’allocation sectorielle, la gestion durable des ressources naturelles absorbe la part la plus importante, soit 36,7 milliards FCFA répartis entre coopération financière et technique. Ce choix traduit à la fois les priorités climatiques des bailleurs européens et la volonté du Cameroun de valoriser son capital forestier dans le respect de ses engagements environnementaux.

Le reste des ressources irrigue d’autres segments. Le développement rural, la gouvernance locale et la cohésion sociale figurent dans la répartition retenue. Le système sanitaire bénéficie également d’un appui technique destiné à renforcer sa résilience.

La SND30 comme fil conducteur

Les deux parties ont cadré leurs discussions autour de la Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030. Cette feuille de route, que le Cameroun déploie pour articuler financement public, coopération internationale et participation du secteur privé, a servi de référence pour aligner les priorités allemandes sur les objectifs nationaux.

Les autorités camerounaises ont insisté sur plusieurs dossiers structurels. La transformation locale des ressources, notamment dans la filière bois pour générer davantage de valeur ajoutée, figurait dans les discussions. Les politiques d’import-substitution, destinées à réduire la dépendance extérieure et à améliorer la balance commerciale, ont également été évoquées. Sur le plan institutionnel, l’exécutif a annoncé des efforts de modernisation des procédures de passation des marchés publics, avec des outils visant à améliorer la transparence et la traçabilité.

Un partenariat en trajectoire ascendante

Le gouvernement camerounais met en avant la dynamique de long terme. Sur les dernières années, les engagements allemands ont suivi une courbe ascendante, ce que les autorités lisent comme un gage de crédibilité du partenariat bilatéral. Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et une fragmentation économique, ce signe est présenté comme particulièrement positif.

L’enjeu immédiat reste toutefois opérationnel. Il s’agit de transformer ces engagements en projets concrets, exécutés, visibles et mesurables sur le terrain. À moyen terme, le Cameroun entend maintenir la trajectoire haussière des financements concessionnels et des dons, sans compromettre l’équilibre de ses finances publiques.

Fitch maintient le Cameroun à « B » et salue le rôle stabilisateur du poste de vice-président 

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Fitch Ratings a décidé de maintenir la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères du Cameroun à « B », tout en conservant une perspective négative. Dans son analyse, l’agence souligne que « la notation du Cameroun est soutenue par une croissance solide du PIB et un calendrier d’amortissement de la dette maîtrisable », tout en précisant que ces atouts restent « contrebalancés par un faible PIB par habitant, des indicateurs de gouvernance faibles et des défis sécuritaires persistants ».

Transition politique et gouvernance au cœur des risques

L’évolution du cadre institutionnel occupe une place centrale dans l’analyse de Fitch, notamment à la lumière de la réforme constitutionnelle d’avril 2026. Celle-ci introduit la fonction de vice-président, appelée à assurer la continuité du pouvoir en cas de vacance à la tête de l’État. Dans ce contexte, l’agence estime que le risque d’une transition de pouvoir désordonnée au Cameroun a diminué, mais ne s’est pas dissipé , en raison d’un environnement sociopolitique fragmenté et des incertitudes entourant la désignation du futur titulaire du poste.

«Fitch considère que le risque d’une transition de pouvoir désordonnée au Cameroun a diminué, mais ne s’est pas dissipé, suite à la réforme constitutionnelle d’avril 2026 ayant créé le poste de vice-président. Cependant, on ne sait pas encore qui occupera ce rôle, et les risques persistent, compte tenu de l’environnement sociopolitique fragmenté. Le vice-président est désormais directement nommé par le président et remplace le titulaire en cas de vacance de la présidence (due à une démission, une destitution ou un décès) jusqu’à la fin du mandat de ce dernier. Auparavant, une vacance de la présidence aurait conduit à une nouvelle élection présidentielle, sans successeur clair au président (âgé de 93 ans) Biya», souligne l’agence 

Au-delà de cette dimension politique, la gouvernance économique demeure un point de fragilité. Fitch met en avant des progrès limités en matière de gestion des finances publiques. Le stock d’arriérés intérieurs a ainsi atteint 560 milliards de FCFA en 2025, soit 1,6 % du PIB, en légère hausse malgré les engagements budgétaires. L’agence précise qu’elle « ne prévoit pas de baisse du stock d’arriérés sur notre horizon de prévision », tout en évoquant la persistance de risques d’accumulation d’arriérés extérieurs non commerciaux.

Ces faiblesses se reflètent également dans les pratiques de la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Fitch relève que les « interventions directes », assimilées à des activités quasi budgétaires, sont restées élevées et devraient se poursuivre en 2026, en dépit des engagements officiels visant à y mettre un terme.

Une trajectoire de dette favorable, mais sous contrainte de financement

Sur le plan macroéconomique, Fitch met en avant une dynamique de dette relativement favorable. L’encours de la dette publique est estimé à 41,2 % du PIB en 2025, contre 44,2 % un an plus tôt, avec une projection à 40,2 % à l’horizon 2027. L’agence souligne que « le niveau de la dette passera en dessous du chiffre d’avant la pandémie (…) et en dessous de la médiane “B” de 51 % du PIB », ce qui constitue un facteur de soutien à la notation.

Cette trajectoire repose sur une combinaison de croissance nominale soutenue et de déficits budgétaires contenus. Après un déficit estimé à 2,2 % du PIB en 2025, Fitch anticipe un repli à 1,6 % en 2026, puis 1,8 % en 2027, porté par un rebond des recettes non pétrolières et une stabilisation des dépenses publiques.

Toutefois, cette amélioration s’inscrit dans un contexte de contraintes de financement persistantes. Les besoins d’amortissement de la dette devraient dépasser 5 % du PIB sur la période 2026-2027. Fitch souligne que « la plupart des nouveaux financements nets proviendront d’emprunts extérieurs », dans un environnement où la capacité du marché régional de la CEMAC reste limitée. L’émission d’un eurobond de 750 millions de dollars en janvier 2026, assorti d’un coupon de 8,875 % et largement sursouscrite, témoigne néanmoins d’un accès maintenu aux marchés internationaux.

Dans ce contexte, l’obtention d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international apparaît comme un élément clé de sécurisation du financement. Son absence constituerait, selon Fitch, un risque notable pour l’équilibre budgétaire.

Croissance résiliente, mais exposition aux chocs externes

Fitch projette une croissance du PIB réel de 3,7 % en moyenne sur 2026 et 2027, soutenue notamment par la production pétrolière, les investissements miniers et l’extension de l’accès à l’électricité. Cette dynamique reste toutefois exposée aux aléas du contexte international, en particulier aux tensions sur les marchés énergétiques.

Sur le plan extérieur, l’agence anticipe un creusement du déficit courant, attendu à 4,4 % du PIB sur la période 2026-2027, sous l’effet d’un recul des prix du cacao après des niveaux élevés en 2025. Les réserves de change de la CEMAC, proches de 12 milliards de dollars en février 2026, montrent néanmoins des signes de stabilisation après leur repli en 2025, ce qui atténue partiellement les vulnérabilités externes.

Les facteurs qui pèseront sur la prochaine décision

Fitch précise enfin les éléments susceptibles d’influencer l’évolution future de la note souveraine du Cameroun. Du côté des risques de dégradation, l’agence évoque notamment « des faiblesses persistantes de la gestion des finances publiques », susceptibles de se traduire par une nouvelle accumulation d’arriérés extérieurs ou des retards de paiement de la dette, ainsi que par des pressions accrues sur le financement budgétaire et extérieur. Une aggravation de l’instabilité politique ou des menaces sécuritaires figure également parmi les facteurs de risque, tout comme une perturbation significative de l’activité économique liée à un choc énergétique prolongé.

À l’inverse, une amélioration de la note passerait par des avancées concrètes en matière de discipline budgétaire et de gestion de trésorerie. Fitch indique qu’une « amélioration durable de la gestion des finances publiques », permettant de prévenir l’accumulation d’arriérés et de renforcer l’accès au financement extérieur, constituerait un signal positif. Un apaisement des incertitudes politiques, notamment autour de la succession présidentielle, ainsi qu’une réduction des risques liés à un choc énergétique externe, pourraient également soutenir un relèvement de la notation.

Fitch pousse le Cameroun vers un nouvel accord avec le FMI en 2026

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L’agence Fitch Ratings a maintenu la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères du Cameroun à « B », assortie d’une perspective négative. Dans son analyse, elle anticipe que la majeure partie des nouveaux financements nets proviendra d’emprunts extérieurs, qu’ils soient de sources commerciales ou officielles. Ces derniers devraient, en partie, s’inscrire dans le cadre d’un nouvel accord avec le FMI, dont Fitch table sur la conclusion en 2026.

Pour l’agence, malgré le succès de l’émission d’un eurobond de 750 millions de dollars en janvier 2026, assorti d’un coupon de 8,875 % et largement sursouscrit, l’absence d’un programme formel avec le FMI constituerait un risque réel pour le plan de financement du pays.

« Nous attendons que la plupart des nouveaux financements nets proviennent d’emprunts extérieurs, en partie de sources commerciales et en partie de sources officielles dans le cadre d’un nouveau programme du FMI, dont nous supposons qu’il sera conclu en 2026. L’émission en janvier 2026 par le Cameroun d’une euro-obligation de 750 millions de dollars, avec un coupon de 8,875 %, sursouscrite, indique un accès continu aux marchés extérieurs, et les autorités prévoient une nouvelle émission plus tard en 2026. L’absence d’accord sur un programme du FMI constituerait un risque pour le plan de financement », indique Fitch.

Ce positionnement intervient dans un contexte de transition des relations entre le Cameroun et l’institution de Bretton Woods. Le précédent programme a pris fin en juillet 2025 et, depuis, les autorités camerounaises ont engagé des discussions en vue de la conclusion d’un nouvel accord. Cette démarche apparaît d’autant plus pressante que la conjoncture régionale se dégrade.

Lors du sommet extraordinaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), tenu à Brazzaville le 22 janvier 2026, les chefs d’État ont insisté sur la nécessité de maintenir des programmes avec le FMI. L’objectif est de contenir l’érosion des réserves de change, sous pression du fait de la baisse des recettes d’exportation et de la hausse des sorties de devises.

Dans ce contexte, les conclusions des consultations au titre de l’Article IV, publiées le 31 mars 2026 par le FMI, viennent conforter cette perspective. Ces consultations permettent à l’institution d’actualiser son diagnostic macroéconomique et d’évaluer la crédibilité des engagements budgétaires pris par les autorités. Sans constituer un engagement formel, elles préparent généralement le terrain à un programme appuyé par des financements.

Au-delà de la perspective d’un nouvel accord, la question de l’ampleur du soutien financier accordé au Cameroun par le FMI demeure préoccupante. Entre 2021 et 2025, le volume cumulé des décaissements, hors dernière revue attendue, s’établit autour de 500 milliards de francs CFA, selon les données disponibles.

Ce montant apparaît relativement modeste au regard d’autres programmes en Afrique subsaharienne. L’exemple de la Côte d’Ivoire illustre cet écart : en mars 2025, un accord conclu avec le FMI, couvrant plusieurs revues de programmes, devait déboucher sur des décaissements d’environ 4,8 milliards de dollars, soit plus de 2 700 milliards de francs CFA. Le FMI mettait alors en avant la solidité de la trajectoire économique ivoirienne, portée par une croissance attendue au-delà de 6 % en 2025, soutenue par l’agriculture, les hydrocarbures, les mines et les services, ainsi qu’une amélioration du solde extérieur.

À l’inverse, dans son appréciation du Cameroun à l’issue de la septième revue en janvier 2025, l’institution insistait davantage sur la nécessité d’accélérer les réformes et de résorber les retards dans l’exécution des investissements publics. Si les performances étaient jugées encourageantes, le diagnostic demeurait plus prudent.

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