Message de fin d’année 2020 : De quoi va parler Biya ce soir ?

Essai de supputations sur l’adresse du président de la République.

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Paul Biya attendu ce soir à 20h

L’adresse de Paul Biya ce soir du 31 décembre 2020 est certainement des plus attendues. A divers titres et raisons. Déjà, un, c’est un message traditionnel au cours duquel le président de la République fait le bilan de l’année, comme dans presque tous les pays du monde. Il sera donc question pour Paul Biya de dresser le bilan d’une année qui aura été pour le moins difficile. Avec la reprise post-Covid-19. Une reprise qui cependant a vu le pays s’aligner sur un certain nombre de pratiques et habitudes dictées par la communauté scientifique (sanitaire) mondiale. Une année marquée par un recul sur le plan économique. Une année qui a vu la crise sécessionniste des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest (NOSO) stagner, malgré les efforts du gouvernement. Mais surtout, c’est un rendez-vous davantage important car l’orateur de ce soir est très rare, pour ne pas dire absent sur la scène tant nationale qu’internationale. Pire, l’homme qui porte le destin de la Nation camerounais est désormais très avare en parole. Seules quelques apparitions, aux côtés de diplomates, ont attesté de ce que le président de la République est encore vivant. Dans un contexte où Maurice Kamto, le président national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) a laissé planer le doute sur la « mort » du président. En intensifiant les marches et contestations lancées au lendemain de l’élection présidentielle d’octobre 2018 dont il continue de revendiquer la victoire aujourd’hui. Au point de connaître soit le bagne, soit l’assignation à résidence surveillée. En boycottant tous les scrutins organisés depuis cette présidentielle, au motif de la non révision du Code électoral et du « refus » du régime de Yaoundé de trouver une solution définitive à la guerre dans l’ex Cameroun occidental.

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De tous ces sujets majeurs, Paul Biya parlera certainement ce soir. Sauf que nul ne saurait dire dans quelle orientation le chef de l’Etat va aborder chacun de ces sujets. Toujours est-il que l’homme qui préside aux destinée du Cameroun depuis le 6 novembre 1982 a rarement annoncé le pire, notamment depuis 2011 lorsque le renouvellement de son bail a commencé à faire l’objet de critiques non seulement de la part de ses opposants, mais surtout de la part de certaines grandes puissances occidentales qui ont parfois dénoncé de façon ouverte la « confiscation » du pouvoir par le successeur d’Ahmadou Ahidjo. Mais très souvent, la réalité a été autre que ce que l’homme a vendu à ses concitoyens. Il est clair que l’homme va rassurer l’opinion sur la relance économique post-Covid et inviter à s’investir dans la transformation locale des produits de base. Toujours est-il que nombre de projets infrastructurels à l’arrêt ont été relancés et d’autres achevés et inaugurés. Raison de plus de convaincre ses détracteurs que l’avenir n’est plus sombre.

Beaucoup d’actions à l’actif de l’invisible et muet président

Sur le plan politique, le président peut se vanter d’avoir réussi à contourner tous les obstacles et critiques pour organiser à date tous les scrutins attendus pour parachever le dispositif institutionnel. Et peut-être même narguer les partisans du boycott qui avaient promis de dérouter le régime à l’occasion de l’organisation des régionales. Mais imprévisible qu’il est, Paul Biya peut annoncer des couleurs dans la perspective de la décrispation du climat politique. Assuré déjà qu’il dispose de toutes les cartes en main pour contrôler seul avec son parti, l’avenir politique du pays.

En ce qui concerne la guerre dans le NOSO, Paul Biya a déjà plusieurs fois manié le bâton et la carotte depuis sa réélection en 2018. En vain. L’arrivée du général Valère Nka sur le théâtre des opérations a semblé sonner la fin des hostilités, mais la situation n’a pas beaucoup changé. Les « ambazoniens » ont même parfois défié l’autorité étatique en effectuant quelques incursions en plein Bamenda. Field Marshall plusieurs fois annoncé mort continue de contrôler une partie du Lebialem. Paul Biya devra réitérer son message de paix et son offre de désarmement.

Le président invisible et muet de ces derniers mois a cependant beaucoup agi à travers des textes jugés importants par ses partisans : entre autres le parachèvement des institutions prévues par la constitution, le décret encadrant le Statut spécial accordé aux régions dites anglophones, le Code général des collectivités décentralisées, le relèvement de l’âge de départ à la retraite,… De quoi nourrir son adresse à un peuple sevré de son dirigeant porté disparu et qui n’est même plus visible lors des convois qui marquent ses « déplacements » entre son village Mvomeka’a et Yaoundé la capitale. D’autant plus que désormais, les piétons sont sommés de se retourner, dos contre la route, lorsque le convoi du président passe en flèche pourtant, dans la capitale.

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