AccueilEconomieIRAD-CENEEMA : le tandem pour faire reculer la dépendance alimentaire

IRAD-CENEEMA : le tandem pour faire reculer la dépendance alimentaire

Le Cameroun continue de consacrer des centaines de milliards de FCFA à l’achat de produits alimentaires à l’étranger. Riz, blé, maïs et huile de palme figurent parmi les filières où l’écart entre l’offre locale et les besoins reste important. En rapprochant recherche agricole, mécanisation, aménagement des terres, semences et irrigation, l’IRAD et le CENEEMA veulent accroître les capacités de production.

Les chiffres donnent la mesure du chantier. En 2024, le Cameroun n’a produit que 140 710 tonnes de riz pour un besoin estimé à 648 085 tonnes. Le déficit atteint ainsi 507 375 tonnes. Pour combler cet écart, le pays a consacré 318,5 milliards de FCFA aux importations de riz, soit une progression de 59 %. Le blé présente une situation encore plus déséquilibrée. La production locale reste marginale alors que les besoins dépassent un million de tonnes par an. En 2024, les importations de blé ont représenté 214 milliards de FCFA. Le gouvernement tente de réduire cette dépendance avec un plan triennal de 30,9 milliards de FCFA. L’ambition est de produire 180 000 tonnes de blé d’ici 2027 sur 4 500 hectares.

Le maïs offre un autre profil. Avec 2,36 millions de tonnes produites, le Cameroun se rapproche de son besoin annuel, évalué à 2,8 millions de tonnes. Le déficit existe donc, mais le problème se situe aussi dans le rendement. Les exploitations camerounaises affichent en moyenne 1,8 tonne par hectare, contre 5,9 tonnes au niveau mondial. L’huile de palme reste également déficitaire. Malgré une production de 446 984 tonnes en 2024, le pays accuse un déficit structurel supérieur à 500 000 tonnes par an. Ces écarts montrent que l’import-substitution ne se résume pas à augmenter les superficies cultivées. Le Cameroun doit surtout produire davantage sur les terres disponibles et réduire le coût de cette production.

LA RECHERCHE POUR GAGNER EN RENDEMENT

C’est sur ce terrain que l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD) et le Centre National d’Étude et d’Expérimentation du Machinisme Agricole (CENEEMA) veulent rapprocher leurs compétences. Les deux organismes ont signé leur convention le 20 août 2026 à Yaoundé. Le directeur général de l’IRAD, Dr Noé Woin, présente cet accord comme un outil destiné à mieux coordonner les interventions en faveur de l’agriculture de seconde génération. « Ce partenariat entre l’IRAD et le CENEEMA qui est inauguré officiellement en ce jour (jeudi 20 août Ndlr) nous permettra ensemble de relever efficacement les nombreux défis qui interpellent notre pays », a-t-il déclaré.

La convention prévoit la mise en commun des ressources humaines, matérielles et financières. Les deux structures veulent également élaborer, exécuter et suivre des programmes de recherche conjoints. La formation fait partie du dispositif. Les personnels des deux organismes doivent renforcer leurs compétences dans la conduite des travaux de mécanisation agricole et les techniques agropastorales. Le CENEEMA apporte à cette coopération son expertise dans la mécanisation agricole. Celle-ci doit permettre aux producteurs de travailler davantage de superficies dans des délais plus courts, tout en réduisant la pénibilité du travail et, à terme, certains coûts de production. Les deux organismes prévoient de conduire ensemble des travaux dans les champs expérimentaux et sur les parcelles de démonstration de mécanisation agricole dans les cinq zones agroécologiques du Cameroun.

Défis Actuels, le premier News Magazine Camerounais

SEMENCES, SOLS ET IRRIGATION AU MÊME NIVEAU

Le CENEEMA prévoit de travailler avec l’IRAD sur les études des sols, l’aménagement des terres, les champs semenciers et l’irrigation. Les deux structures doivent également intervenir sur l’ouverture des voies d’accès. Pour la directrice générale du CENEEMA, Caroline Mebande Bate, cette coopération doit permettre de moderniser l’agriculture à partir d’itinéraires techniques adaptés aux objectifs de production du pays. « Nous allons nous mettre ensemble pour moderniser l’agriculture par la recherche des itinéraires qui vont avec nos ambitions, par les études des sols », a-t-elle expliqué. Elle évoque aussi la collaboration avec l’IRAD pour exécuter les programmes d’aménagement des terres destinées aux champs semenciers et à l’irrigation, ainsi que pour l’ouverture des voies d’accès.

Le partenariat trouve déjà une application dans le Projet d’Aménagement des Terres et d’Installation des Grands Producteurs de la Plaine Centrale, connu sous le nom de Plaine Centrale Agro Parc Cameroun (PCAP). L’IRAD et le CENEEMA y sont déjà à pied d’œuvre. Pour Dr Noé Woin, ce projet constitue un cadre concret pour mettre les deux institutions au service de la politique d’import-substitution. Le PCAP concentre plusieurs des leviers inscrits dans la convention. Aménagement des terres, recherche, mécanisation et production agricole doivent fonctionner ensemble.

LE RIZ RESTE LE PRINCIPAL CHANTIER

Le riz présente toutefois un défi plus immédiat. Avec seulement 140 710 tonnes produites pour une demande de 648 085 tonnes en 2024, le pays ne couvre qu’une partie de ses besoins. Le déficit de 507 375 tonnes explique l’importance de la facture d’importation, évaluée à 318,5 milliards de FCFA cette année-là. La question devient alors celle de la capacité du système productif à augmenter rapidement les rendements et les superficies exploitées.

Défis Actuels, le premier News Magazine Camerounais

LE BLÉ, LE DÉFI LE PLUS DIFFICILE

Le cas du blé est encore plus complexe. Le Cameroun produit très peu de cette céréale alors que ses besoins dépassent un million de tonnes par an. La stratégie nationale prévoit déjà une première réponse avec le plan triennal de 30,9 milliards de FCFA destiné à produire 180 000 tonnes d’ici 2027 sur 4 500 hectares. Même si cet objectif était atteint, il ne couvrirait qu’une partie des besoins nationaux. Le projet montre toutefois la logique recherchée par les pouvoirs publics. Il s’agit de tester la capacité du pays à produire localement une céréale jusque-là fortement dépendante des importations. Le travail de l’IRAD et du CENEEMA pourrait contribuer à cette dynamique par la recherche, l’aménagement des terres et la mécanisation.

LE MAÏS MONTRE LE POTENTIEL INEXPLOITÉ

Le cas du maïs illustre particulièrement bien l’enjeu de productivité. Avec 2,36 millions de tonnes produites pour un besoin de 2,8 millions, le Cameroun doit combler un déficit d’environ 440 000 tonnes. Mais le problème ne vient pas seulement du manque de superficies. Avec un rendement moyen de 1,8 tonne par hectare, les producteurs camerounais sont très loin de la moyenne mondiale de 5,9 tonnes. L’écart montre la marge qui existe en matière de semences, de pratiques culturales, de fertilisation, de mécanisation et de maîtrise de l’eau.

UNE ÉQUATION QUI DÉPASSE L’IRAD ET LE CENEEMA

Le poids économique du secteur explique l’importance de cette transformation. La filière agropastorale représente entre 15 et 20 % du PIB national selon les données citées par les deux institutions et emploie plus de 60 % de la population active. La SND30 en fait un secteur majeur de la transformation structurelle de l’économie. L’import-substitution doit donc produire un double effet : augmenter l’offre alimentaire nationale et réduire les sorties de devises liées aux importations.

Le tandem IRAD-CENEEMA peut agir sur plusieurs contraintes de production. Il ne peut cependant pas, à lui seul, résoudre les problèmes de financement, de stockage, de transformation, de transport ou de commercialisation. La réussite de cette stratégie dépendra donc de la capacité à faire fonctionner ensemble ces différents maillons. L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage, mais de construire une agriculture capable de fournir régulièrement le marché camerounais à des coûts compétitifs.

Par Fabrice BELOKO
Défis Actuels du 24/08/2026

spot_img
LIRE AUSSI

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

ACTUELLEMENT EN KIOSQUE

spot_img

LES PLUS RECENTS