Le signal est clair. Alors que les flux d’aide internationale au développement s’amenuisent à l’échelle mondiale, le Cameroun prend acte et cherche des alternatives. Le 21 mai 2026 à Yaoundé, le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, Alamine Ousmane Mey, a reçu une délégation de l’Organisation mondiale de la Santé composée du Dr Magaran Monzon Bagayoko, Représentant de l’OMS au Cameroun et de Fabrice Laviolette, responsable des partenariats et des relations extérieures de l’institution au Cameroun. Au menu de cet échange, les grandes orientations d’un financement sanitaire revu et adapté aux nouvelles réalités du contexte international.
UN PARTENAIRE HISTORIQUE, UN FINANCEMENT FRAGILISÉ
La coopération entre le Cameroun et l’OMS remonte à 1962, date de la signature de l’Accord de Base entre les deux parties. Depuis lors, cette relation bilatérale a structuré une partie significative de l’architecture sanitaire nationale. La Stratégie de coopération pays 2025-2029, alignée sur la Stratégie nationale de développement SND30, s’inscrit dans cette continuité. Elle intègre notamment le Pandemic Fund, un mécanisme estimé à environ 14,1 milliards de FCFA, destiné à renforcer la capacité de réponse du Cameroun face aux crises sanitaires.
Mais ce cadre partenarial évolue dans un environnement moins favorable. La baisse progressive de l’aide publique au développement à l’échelle internationale contraint les États à revoir leurs modèles de financement. Le Cameroun n’échappe pas à cette tendance et doit désormais envisager sérieusement comment pérenniser ses investissements sanitaires par ses propres moyens.
LE MINEPAT, PIVOT D’UNE NOUVELLE STRATÉGIE
C’est dans ce contexte que le rôle du MINEPAT prend un relief particulier. Le ministère de l’Économie a élaboré, dans le cadre de la mise en œuvre de la SND30, une Stratégie nationale de financement intégré. L’enjeu discuté lors de cette audience est d’étendre cet outil au secteur de la santé, afin d’améliorer la mobilisation des ressources et de mieux arrimer les dépenses sanitaires aux mécanismes budgétaires globaux de l’État.
Le ministre Alamine Ousmane Mey a affirmé que la santé constitue un levier essentiel du développement national. Il a rappelé qu’il est indispensable de mieux intégrer cette dimension dans les politiques publiques et de promouvoir des mécanismes capables de soutenir son inclusion dans les stratégies de développement.
Le Dr Bagayoko, pour sa part, a été direct sur les attentes de son institution. « Nous savons que dans le partenariat, le Cameroun a été de tous les combats, surtout comment arrimer par exemple notre stratégie de financement de la santé avec le financement intégré de la santé que le ministère de l’Économie a élaboré dans le cadre de la mise en œuvre de la SND30. C’est autant d’intérêts que nous faisons », a-t-il déclaré. Et d’ajouter que si l’OMS travaille habituellement avec les ministères sectoriels, atteindre des objectifs transversaux implique d’impliquer le MINEPAT en tant que ministère du partenariat.
LA CSU, UN CHANTIER AUX RESSOURCES INCERTAINES
Au cœur de ces arbitrages budgétaires se trouve la Couverture Santé Universelle, enjeu cardinal de la politique sanitaire camerounaise. La mise en place d’un régime d’assurance maladie figure parmi les pistes évoquées pour financer durablement cet objectif. Le Dr Bagayoko a insisté sur la nécessité d’un cadre législatif solide pour soutenir efficacement la CSU, soulignant qu’un financement pérenne demeure indispensable pour garantir un accès équitable aux soins et renforcer la résilience du système de santé.
Les discussions ont également porté sur la surveillance épidémiologique, la préparation aux urgences sanitaires et l’approche globale One Health, qui envisage la santé humaine, animale et environnementale comme un tout indissociable.
LES ÉTATS GÉNÉRAUX DE LA SANTÉ EN PERSPECTIVE
Cette rencontre intervient aussi dans un contexte de réformes nationales en cours. Le Cameroun prépare la tenue de futurs États généraux de la santé, un exercice censé permettre de repenser l’organisation et le fonctionnement du secteur dans sa globalité. La menace persistante du virus Ebola, rappelée lors des échanges, illustre la pression que font peser les urgences sanitaires sur des systèmes déjà sollicités, et renforce l’argument en faveur d’un financement stable et prévisible.
Ces discussions s’inscrivent en marge de la 79e Assemblée mondiale de la Santé, qui se tient actuellement à Genève, où le Cameroun est représenté par le ministre de la Santé publique, Dr Manaouda Malachie. « C’était une façon de remercier le ministre et de faire un plaidoyer auprès de lui pour un partenariat accru et surtout pour un appui contenu au secteur de la santé », a résumé le Dr Bagayoko. Avant de préciser, interrogé sur le sens de ce mot « accru », que cela signifie simplement « que ça doit aller beaucoup plus fort. »







