Au cours d’une rencontre avec la presse à Yaoundé, le 30 octobre dernier, la Caisse des Dépôts et Consignations a présenté le bilan de l’institution depuis janvier 2023 et ses objectifs à fin 2028.
Ce 30 octobre 2026, au Concord International Hôtel, Richard Evina Obam, directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC), a réuni les hommes de médias et les influenceurs autour d’un déjeuner de presse pour dresser le bilan de près de quatre ans d’activité. Il en ressort, en quelques chiffres, que depuis la nomination des dirigeants, le 20 janvier 2023, et jusqu’au 30 septembre 2026, l’institution a encaissé 162,3 milliards de FCFA, dont 114,3 milliards de transferts historiques et 48,0 milliards de consignations nouvelles. Elle en a restitué 30,5 milliards aux bénéficiaires, soit 18,8 % des encaissements cumulés. L’écart laisse un encours de 131,8 milliards de FCFA.
La courbe s’est dessinée par paliers : 1,5 milliard de FCFA en 2023, 67,7 milliards en 2024 sous l’effet des transferts historiques, 51,7 milliards en 2025, puis 41,5 milliards sur les neuf premiers mois de 2026. Les restitutions suivent : 0,7 milliard en 2024, 15,9 milliards en 2025 et déjà 13,9 milliards à fin septembre 2026. La CDEC précise que ces encaissements sont bruts des restitutions et que le chiffre de 2026 n’est pas extrapolé à l’année pleine.
Le cadre juridique a été posé en deux temps. En décembre 2023, un décret du Premier ministre et deux arrêtés du ministre des Finances ont organisé les déclarations, les transferts et les circuits comptables, tandis qu’une convention du 15 décembre a confié aux comptables du Trésor, comme préposés de la CDEC, les opérations de dépôt, de retrait, de consignation et de déconsignation. En novembre 2024, un décret a prévu la prescription au profit de l’État des fonds non réclamés après trente ans, et un arrêté a ouvert à la CDEC les titres de créance et de capital.
Sur le terrain, les résultats varient selon les secteurs. Le premier transfert de masse, en octobre 2023, est venu d’une compagnie d’assurance. MTN et Orange ont transféré leurs stocks historiques de cautions et signé des conventions. Dans l’eau et l’électricité, CAMWATER et ENEO contestent la qualification des cautions versées par les abonnés, qu’ils décrivent comme des avances sur consommation, et un arbitrage a été sollicité.
Bilan financier de la CDEC
Les placements ont pris le relais à partir de décembre 2024. Les volumes nominaux transigés sont passés de 9 milliards de FCFA ce mois-là à 60 milliards en 2025, puis 61,2 milliards en 2026 à date. Plus de 80 % de ce volume concerne des titres de l’État du Cameroun, bons et obligations du Trésor assimilables et emprunts obligataires, avec une ouverture en 2026 à d’autres États de la CEMAC. Le rendement indicatif ressort à environ 6 % en 2025 et 6,5 % en 2026. La CDEC a ainsi reçu du ministère des Finances, en 2025, le prix du meilleur investisseur institutionnel du marché des titres publics.
Reste la question des transferts, que la CDEC désigne comme le principal frein à la mobilisation : selon elle, certains détenteurs sont réticents à se dessaisir des fonds. Elle recense plus d’une centaine de dossiers pendants devant les juridictions, dont 101 où elle est défenderesse. Certaines banques et plusieurs compagnies d’assurance y contestent des mesures de transfert ou de recouvrement. De son côté, l’institution a engagé 16 procédures devant la Cour de justice de la CEMAC, le TGI du Mfoundi et le Tribunal criminel spécial. Selon elle, ces procédures ne préjugent pas des décisions à intervenir et la concertation se poursuit avec quatorze banques sur dix-huit. En 2025, les banques poursuivies ont transféré 11,7 milliards de FCFA.
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Investissements publics au Cameroun
L’horizon est fixé à fin 2028 : un stock de ressources de 525 milliards de FCFA, contre une base stratégique d’environ 100 milliards à fin 2025, avec des étapes de 150 milliards en 2026 et 262,5 milliards en 2027. La CDEC vise plus de 20 % de placements hors titres publics camerounais, un rendement moyen supérieur à 3 % sur l’ensemble des ressources et 30 milliards de FCFA cumulés pour le développement économique, dont 5 milliards pour un projet pilote en faveur des PME portées par des jeunes et des femmes.
Elle annonce aussi un délai de restitution de dix jours ouvrables au plus, tenu dans tous les cas dès janvier 2027. Le projet DIASDEV, conduit avec l’AFD et Expertise France, prépare une épargne réglementée pour la diaspora et les résidents. Plaidoyer de haut niveau, partenariats structurés avec les détenteurs, recouvrement renforcé et au moins trois nouvelles catégories de ressources : tels sont les moyens annoncés.
Richard Evina Obam a indiqué que cette responsabilité impose à l’institution « une exigence permanente de rigueur, de bonne gouvernance et de transparence ». Évoquant les interrogations suscitées par certaines questions institutionnelles et réglementaires, « notamment dans le contexte des échanges avec la BEAC et la COBAC », il a dit vouloir « favoriser un dialogue constructif, dans lequel chacun peut exercer pleinement ses responsabilités ».
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RICHARD EVINA OBAM, Directeur général de la CDEC
« Concilier la sécurité des ressources, la qualité de leur gestion et l’utilité économique et sociale de leur mobilisation »
« La Caisse des Dépôts et Consignations est une institution financière publique investie d’une mission d’intérêt général. Sa vocation est de recevoir, de sécuriser et de gérer les dépôts et consignations qui lui sont confiés, ainsi que de contribuer à la mobilisation des ressources susceptibles de soutenir le développement économique et social de notre pays, dans le respect de ses attributions et du cadre réglementaire applicable.
La particularité de notre institution réside notamment dans sa vocation de long terme. Dans un contexte où les besoins de développement exigent des ressources pérennes, une gestion prudente et une vision durable, la CDEC a vocation à apporter une contribution spécifique à l’architecture financière nationale.
Ses missions revêtent ainsi une importance particulière pour notre économie. La première concerne la réception et la conservation sécurisée des dépôts et consignations. Cette responsabilité repose sur une exigence fondamentale : préserver la confiance des déposants et assurer une gestion rigoureuse des ressources confiées à l’institution.
La deuxième porte sur la gestion de fonds pour le compte de tiers, dans le respect des principes de prudence, de sécurité et de transparence. Elle exige une gouvernance solide, des mécanismes de contrôle appropriés et une attention constante à la préservation des ressources.
La troisième mission concerne la contribution au financement du développement, notamment à travers l’accompagnement de projets d’intérêt général, dans les domaines relevant des attributions de la CDEC. Les infrastructures, l’habitat, le développement local et le soutien à l’activité économique constituent autant de secteurs dans lesquels des ressources financières judicieusement mobilisées et orientées peuvent contribuer à la transformation de notre pays.
Enfin, la CDEC a vocation à accompagner les politiques publiques, en complémentarité avec l’État, les collectivités territoriales et les autres acteurs du système financier.
Ces différentes missions traduisent une ambition essentielle : faire de la Caisse des Dépôts et Consignations un instrument au service de la mobilisation des ressources, de la confiance financière et du développement du Cameroun.
En assurant une gestion rigoureuse des fonds qui lui sont confiés, notre institution contribue à renforcer la confiance dans les mécanismes financiers publics. Par sa vocation d’investisseur de long terme, elle peut également participer, dans le cadre de ses missions, à la recherche de solutions de financement adaptées aux besoins de développement du pays.
L’enjeu est donc de concilier la sécurité des ressources, la qualité de leur gestion et l’utilité économique et sociale de leur mobilisation. »
Par Bonaventure TCHOUANGE
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