La liste des 50 personnalités qui influencent l’économie bleue en Afrique pour l’année 2025, publiée par le groupe de presse pentalingue MaritimAfrica, met sous les projecteurs deux responsables camerounais. Selon l’éditeur, cette sélection repose sur un processus combinant les analyses de l’équipe éditoriale et les contributions d’un réseau de professionnels du secteur maritime à l’échelle du continent. Cyrus Ngo’o, directeur général du Port autonome de Douala (PAD), et Patrice Melom, son homologue du Port autonome de Kribi (PAK), figurent ainsi parmi les acteurs retenus.
Au-delà de cette distinction commune, les deux dirigeants partagent une même ambition : transformer en profondeur les plateformes portuaires qu’ils pilotent. D’un côté, Douala, principale interface maritime du pays, caractérisée par une activité quasi ininterrompue ; de l’autre, Kribi, port en eau profonde mis en service en 2018, appelé à s’imposer comme un hub régional de premier plan. LA RÉGIE, LEVIER DE
SOUVERAINETÉ OPÉRATIONNELLE À DOUALA
Administrateur civil de formation, diplômé de l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam), Cyrus Ngo’o prend la tête du PAD en 2016, dans un contexte marqué par des délais d’attente excessifs et une forte dépendance vis-à-vis d’opérateurs privés. Dès 2017, il engage une réforme structurelle en instaurant des régies autonomes destinées à reprendre le contrôle d’activités stratégiques. Le terminal à conteneurs, le dragage, le remorquage et la gestion immobilière passent progressivement sous gestion publique directe.
Cette réorganisation produit des résultats tangibles. La régie de dragage permet notamment l’enlèvement de vingt-cinq épaves historiques et l’assainissement durable du chenal d’accès. La régie de remorquage (RDR) illustre encore davantage cette dynamique. Entre 2021 et 2025, elle génère un chiffre d’affaires de 7,263 milliards de FCFA, soit plus du double des 3,389 milliards de FCFA réalisés par l’ancien concessionnaire sur dix-sept années d’activité.
Parallèlement, plus de 44 milliards de FCFA sont investis entre 2020 et 2024 pour moderniser les équipements et accélérer la digitalisation des opérations portuaires. Dans cette trajectoire, le projet d’extension du terminal à conteneurs vise une capacité d’un million d’EVP à l’horizon 2030. À cela s’ajoutent le développement d’un terminal vraquier d’un coût estimé à 280 milliards de FCFA et la mise en place d’une zone industrialo-portuaire de 517 hectares à Dibamba.
KRIBI, DE L’INFRASTRUCTURE AU HUB MONDIAL
À Kribi, la dynamique est tout aussi structurante. Patrice Melom, ingénieur statisticien-économiste, dirige le PAK depuis sa création et accompagne sa montée en puissance. Sous son impulsion, le port s’impose progressivement comme un pilier des recettes publiques, devenant le deuxième contributeur national en matière de recettes douanières. Celles-ci passent de 2 milliards de FCFA en 2017 à près de 300 milliards en 2024, puis entre 335 et 350 milliards de FCFA en 2025, soit environ 29 % des recettes nationales.
Depuis le démarrage des opérations en 2018, le port a ainsi généré plus de 1 228 milliards de FCFA de recettes cumulées. L’année 2025 constitue un tournant avec la mise en service de la phase II d’extension, qui permet de tripler les capacités du port. Le linéaire de quai dépasse désormais 1 300 mètres, avec une capacité visée comprise entre 1 et 1,2 million d’EVP par an. L’accueil du méga porte-conteneurs MSC Türkiye marque symboliquement l’entrée de Kribi dans la catégorie des grands ports mondiaux.
Sur le plan opérationnel, l’activité connaît une forte accélération : 559 navires sont accueillis en 2025, contre 412 l’année précédente, tandis que le trafic atteint 555 000 EVP, en hausse de plus de 80 % sur un an. Au-delà de l’infrastructure portuaire, Patrice Melom pilote également la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ), un espace de 4 000 hectares destiné à générer jusqu’à 150 000 emplois. Il supervise en outre le développement d’un terminal minéralier stratégique pour le secteur extractif, renforçant ainsi l’intégration entre activités portuaires et industrielles.
ATONFACK, TROISIÈME FIGURE CAMEROUNAISE DISTINGUÉE
Le palmarès 2025 de MaritimAfrica ne se limite pas aux deux directeurs généraux. Une troisième personnalité camerounaise y figure : Cyrille Serge Atonfack Guemo, capitaine de vaisseau et conseiller technique au ministère de la Défense. Juriste spécialisé en droit de la mer, il est également chef de la division communication du ministère et porte-parole des forces armées.
À ce titre, il joue un rôle central dans la conception et la mise en œuvre de la stratégie maritime nationale, ainsi que dans le pilotage de l’action de l’État en mer et le renforcement de la coopération interministérielle.
À l’échelle régionale, il est considéré comme un acteur clé de l’Architecture de Yaoundé pour la sécurité et la sûreté maritimes dans le golfe de Guinée, dont il a assuré le suivi opérationnel. Point focal national de la stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans à l’horizon 2050, son engagement lui a valu plusieurs distinctions, dont celle de chevalier dans l’ordre du Mérite maritime de la République française.







