Face à la multiplication des plateformes numériques développées séparément, le Cameroun veut favoriser la mutualisation des infrastructures publiques numériques. Au Forum sur la gouvernance de l’Internet, tenu les 18 et 19 août 2026 à Yaoundé, CAMTEL a défendu une approche fondée sur des infrastructures partagées, des normes communes et des échanges sécurisés entre systèmes.
« L’interopérabilité ne signifie pas que toutes les administrations doivent utiliser un système unique. Elle suppose plutôt que leurs systèmes puissent communiquer entre eux, sur la base de normes communes, de référentiels partagés, de mécanismes d’échange sécurisés et de règles de gouvernance clairement établies », a déclaré la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, le 18 août dernier à l’ouverture du Forum sur la gouvernance de l’Internet au Cameroun.
Le message donne le ton des travaux consacrés à la transformation de l’écosystème numérique camerounais. Pour le membre du gouvernement, la multiplication de plateformes conçues séparément finit par créer des systèmes qui communiquent peu entre eux. Cette fragmentation réduit l’efficacité des investissements et peut entraîner des doublons et des coûts supplémentaires.
Interopérabilité des infrastructures numériques
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Dans la même veine, Judith Yah Sunday, directrice générale de Camtel, place cette question au cœur de la responsabilité de l’opérateur public. « Parler d’interopérabilité, de données et d’infrastructures publiques numériques, c’est nécessairement parler des infrastructures qui permettent à la donnée de circuler, aux plateformes de communiquer, aux administrations d’échanger et, surtout, aux citoyens et aux entreprises d’accéder aux services numériques », a-t-elle déclaré. Camtel veut ainsi dépasser son seul rôle d’opérateur de télécommunications. L’opérateur public de téléphonie du Cameroun créé en 1998, entend s’appuyer sur ses infrastructures de fibre optique, de transmission, ses capacités internationales, ses réseaux d’accès et ses moyens d’hébergement pour faciliter les échanges entre les différents acteurs du numérique.
La logique est économique. Des systèmes capables d’échanger les mêmes données évitent de reproduire les infrastructures, les fichiers et certains traitements. Ils peuvent aussi réduire les coûts liés à la duplication et améliorer le rendement des investissements numériques, alors que la fragmentation entraîne déjà « duplication, additional costs and a reduced return on digital investments », selon la ministre.
Le changement de logique concerne également la place accordée à la donnée. Jusqu’ici dispersée entre plusieurs administrations et plateformes, elle doit devenir une ressource mieux organisée, sécurisée et exploitable. « Il nous faut construire un environnement dans lequel les infrastructures, les plateformes et les services puissent interagir de manière sécurisée, dans le respect des règles applicables, de la protection des données et des exigences de souveraineté », a insisté la directrice générale de CAMTEL. Pour Minette Libom Li Likeng, cette évolution suppose de savoir quelles données existent, qui en assure la responsabilité, dans quelles conditions elles peuvent être utilisées et quelles garanties doivent encadrer leur partage. La ministre demande ainsi une meilleure coordination entre administrations, secteur privé, experts techniques et citoyens.
UN LEVIER POUR LES SERVICES PUBLICS ET LES ENTREPRISES
L’interopérabilité peut avoir des effets directs sur le fonctionnement de l’administration. L’identité numérique, les systèmes de paiement, les registres de référence ou encore les plateformes d’accès aux services administratifs figurent parmi les infrastructures publiques numériques appelées à être réutilisées par plusieurs services. Dans cet environnement, une administration pourrait accéder à une information déjà disponible dans un autre système sans recommencer toute la chaîne de collecte. Pour l’usager, cela signifie moins de démarches répétitives. Pour l’État, cela peut améliorer la traçabilité, la qualité des décisions et la délivrance des services.
Le secteur privé est également concerné. CAMTEL veut favoriser un environnement où les entreprises et les startups peuvent développer de nouveaux services à partir d’infrastructures fiables et connectées. « Notre réseau doit pouvoir constituer une infrastructure de confiance sur laquelle peuvent s’appuyer les services publics numériques, les collectivités territoriales, les entreprises, les startups et l’ensemble de l’écosystème numérique », a indiqué sa directrice générale.
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LA MUTUALISATION COMME NOUVELLE PRIORITÉ
Le passage à l’interopérabilité suppose toutefois des règles communes. La ministre parle de normes partagées, de référentiels communs, de mécanismes d’échange sécurisés et de règles de gouvernance clairement établies. CAMTEL entend contribuer à cette construction. L’entreprise annonce la poursuite des investissements dans les infrastructures, le renforcement de la résilience des réseaux et l’extension de la connectivité nationale et internationale.
Le FGI Cameroun 2026 devra maintenant transformer cette orientation en mesures opérationnelles. Le gouvernement attend notamment des recommandations sur l’interopérabilité, la gouvernance des données, la cybersécurité et les infrastructures publiques numériques, avec une feuille de route et un mécanisme de suivi. Le chantier est donc moins celui d’un système numérique unique que celui d’un environnement où des systèmes différents peuvent enfin travailler ensemble. Pour Camtel, c’est à cette condition que la donnée pourra pleinement devenir un levier d’efficacité administrative et de création de valeur dans l’économie numérique camerounaise.
RÉACTION (recueillie par F.B)
Réaction JUDITH YAH SUNDAY, directrice générale de Cameroon Telecommunications (Camtel)
« Camtel va poursuivre la modernisation et de renforcer la connectivité du territoire »
Cette édition 2026 du Forum sur la Gouvernance de l’Internet au Cameroun, placée sous le thème : « De la fragmentation à l’interopérabilité : faire de la donnée le socle des Infrastructures Publiques Numériques au Cameroun », offre à l’ensemble des parties prenantes un cadre privilégié de dialogue sur les choix qui doivent accompagner la transformation numérique de notre pays. Parler d’interopérabilité, de données et d’infrastructures publiques numériques, c’est nécessairement parler des infrastructures qui permettent à la donnée de circuler, aux plateformes de communiquer, aux administrations d’échanger et, surtout, aux citoyens et entreprises d’accéder aux services numériques. Et c’est précisément à ce niveau que se situe la responsabilité particulière de Camtel.
En sa qualité d’opérateur public et d’acteur stratégique du numérique national, Camtel constitue l’un des principaux socles infrastructurels sur lesquels repose la transformation numérique du Cameroun. À travers le déploiement et l’exploitation de la dorsale nationale en fibre optique, des infrastructures de transmission, des capacités internationales, des réseaux d’accès et des infrastructures d’hébergement et de connectivité, notre entreprise contribue quotidiennement à relier les territoires, les administrations, les entreprises et les populations. Cette responsabilité prend une importance nouvelle à mesure que notre pays accélère sa transformation numérique.
Camtel entend pleinement assumer son rôle d’opérateur stratégique au service de la souveraineté numérique du Cameroun. Notre ambition est de poursuivre la modernisation et l’extension des infrastructures nationales, d’améliorer leur disponibilité et leur résilience, de renforcer la connectivité du territoire et de contribuer à réduire les disparités d’accès au numérique.
Par Fabrice BELOKO
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