AccueilEconomieLe Cameroun poussé à transformer ses matières premières face aux taxes américaines

Le Cameroun poussé à transformer ses matières premières face aux taxes américaines

Les exportations camerounaises vers les États-Unis progressent en volume. Elles rapportent pourtant moins d’argent. Ce paradoxe éclaire les enjeux du premier dialogue économique et commercial bilatéral, qui s’est tenu le 27 août 2026 à Yaoundé sur fond de promesses d’investissement.

Les exportations camerounaises vers les États-Unis progressent en volume. Elles rapportent pourtant moins d’argent. Ce paradoxe éclaire les enjeux du premier dialogue économique et commercial bilatéral, qui s’est tenu le 27 août 2026 à Yaoundé sur fond de promesses d’investissement.

« Nous venons d’engager une nouvelle phase de nos relations en matière de dialogue économique et commercial », a déclaré Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), à l’ouverture du premier dialogue économique et commercial entre le Cameroun et les États-Unis, le 27 août à Yaoundé. Le ministre a insisté sur le rôle attendu du secteur privé : « Nous comptons beaucoup, surtout sur le secteur privé, tant national qu’américain, pour porter ce dialogue économique et commercial en termes de réalisation concrète et tangible des projets d’investissement ». La déclaration d’Alamine Ousmane Mey résume l’enjeu des attentes du pays. Le Cameroun veut davantage d’investissements américains. Il veut aussi accroître les échanges. Mais les chiffres du commerce extérieur montrent une relation encore loin de son potentiel. Le ministre a notamment évoqué des projets destinés à ajouter de la valeur aux matières premières camerounaises aujourd’hui exportées à l’état brut. Ces projets renforceraient la richesse nationale, créeraient des emplois et accompagneraient le développement des deux nations dans une dynamique gagnant-gagnant.

LE GRAND ÉCART DES CHIFFRES

Le contraste frappe. Le 27 août, les responsables camerounais et américains ont annoncé environ 7 milliards de dollars, soit près de 4 200 milliards de FCFA, de nouvelles opportunités d’investissement et de commerce. Ces projets se trouvent à différents stades de développement. Certains concernent de nouveaux investissements, d’autres portent sur l’expansion d’activités déjà existantes. Cette dynamique doit accompagner les réformes destinées à améliorer le climat des affaires et à rendre l’environnement économique plus favorable aux investisseurs.

Dans les échanges commerciaux, le poids des États-Unis reste pourtant modeste. Le rapport sur l’économie du Cameroun en 2025 indique que les exportations camerounaises sont principalement destinées à l’Union européenne, avec 50,1 % du total. L’Asie orientale arrive ensuite avec 23,6 %, tandis que l’Afrique centrale représente 8,5 %. L’Amérique du Nord ne capte que 5,6 %. Les exportations vers cette région ont atteint 177 milliards de FCFA, dont 76,5 % à destination des États-Unis. Le cacao transformé, le bois scié et le caoutchouc constituent l’essentiel de ces ventes.

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PLUS DE TONNES, MOINS DE RECETTES

Le paradoxe apparaît encore plus nettement sur la période allant d’août à novembre 2025. Selon une note de conjoncture du Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC), les exportations vers les États-Unis ont augmenté en volume de 12,6 %. Elles sont passées de 12 959 tonnes en 2024 à 14 588 tonnes en 2025. Mais cette progression physique n’a pas produit le même effet sur les recettes. Leur valeur est passée de 46 à 38,3 milliards de FCFA, soit un recul de 16,6 %.

Le cacao illustre parfaitement cette situation. La pâte de cacao reste le premier produit camerounais exporté vers le marché américain. Pourtant, les volumes expédiés ont diminué, passant de 6 804 à 6 119 tonnes. Les recettes ont suivi la même tendance : elles ont reculé de 43,1 à 34,6 milliards de FCFA, soit une baisse de 19,7 %. Le prix unitaire moyen est lui aussi passé de 6 343 à 5 665 FCFA par kilogramme.

LE COÛT DU TARIF DOUANIER

Cette évolution intervient dans un contexte commercial moins favorable. Depuis août 2025, Washington applique des droits de douane de 15 % sur certaines importations. Le nouvel environnement tarifaire pèse donc sur les échanges entre les deux pays. Le CNCC estime que la baisse du prix unitaire observée sur certains produits pourrait traduire un ajustement commercial. Mais le Conseil reste prudent : les données disponibles ne permettent pas de mesurer précisément la part imputable aux droits de douane et celle liée à l’évolution du marché international.

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Cette nuance compte. Elle évite d’attribuer automatiquement au relèvement tarifaire américain toute la baisse des recettes enregistrée par les exportateurs camerounais. Elle n’efface cependant pas une réalité : le Cameroun exporte davantage de marchandises vers les États-Unis, mais ne tire pas encore davantage de valeur de ces échanges.

LA BATAILLE DE LA VALEUR AJOUTÉE

Le sujet dépasse donc la seule question du tarif. Il renvoie à la structure même des exportations camerounaises. Le bois débité et le caoutchouc naturel figurent également parmi les principaux produits expédiés vers les États-Unis. Pour le CNCC, le Cameroun doit diversifier ses débouchés. Le Conseil cite notamment les Pays-Bas, la Belgique, la Malaisie et la Chine. Il pousse aussi à mieux exploiter la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Cette intégration régionale doit aider les entreprises camerounaises à élargir leurs marchés et à réduire leur dépendance à quelques destinations extérieures.

Surtout, le Conseil insiste sur la transformation locale des matières premières. Le raisonnement est économique : un produit transformé rapporte davantage qu’une matière première vendue avec peu de valeur ajoutée. Il résiste aussi mieux aux chocs liés aux cours mondiaux et aux politiques commerciales. C’est précisément le chantier mis en avant par le Minepat. Les 7 milliards de dollars annoncés ne prendront tout leur sens que s’ils débouchent sur des capacités de production, des unités de transformation, des emplois et une hausse durable des exportations.

Le rapprochement avec Washington ouvre donc une fenêtre d’opportunité. Mais le Cameroun devra encore franchir une étape décisive : passer d’une logique d’exportation de volumes à une logique de création de valeur. Le véritable gain du dialogue économique et commercial se mesurera moins au montant des promesses qu’à la capacité du pays à vendre davantage, mieux et plus cher.

Par Fabrice
Défis Actuels du 31/08/2026

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