À l’occasion du premier Dialogue économique et commercial Cameroun–États-Unis, Yaoundé a présenté un portefeuille de demandes ciblées. Le gouvernement recherche notamment des capitaux américains pour ses infrastructures, des partenariats technologiques et le retour du Cameroun dans l’AGOA.
Le Cameroun veut désormais donner une traduction économique à sa relation avec Washington. Pour ce premier Dialogue, le gouvernement est arrivé avec des demandes précises, inscrites dans un document préparatoire qui présente la rencontre comme un cadre devant transformer les intérêts communs en « résultats concrets ». Les échanges ont porté sur le climat des affaires, les investissements et le commerce, avec un intérêt particulier pour les infrastructures, l’énergie, le numérique, l’agro-industrie et les industries extractives.
Sécuriser les fonds miniers
Le premier dossier concerne les ressources destinées à la restauration des sites miniers. Yaoundé souhaite engager des discussions avec les autorités américaines afin de sécuriser, tracer et rapatrier progressivement dans la zone CEMAC les fonds actuellement détenus auprès d’établissements financiers aux États-Unis.
L’enjeu n’est pas seulement financier. Le gouvernement entend également renforcer la traçabilité et sécuriser l’utilisation future de ces ressources, dans un contexte où il cherche à mieux valoriser son potentiel minier. La coopération envisagée avec Washington doit notamment s’étendre aux minerais critiques, à la cartographie géologique et au développement du secteur extractif.
Infrastructures au Cameroun
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Deuxième priorité est en effet le financement des projets structurants. Yaoundé veut présenter aux entreprises et institutions américaines un portefeuille de projets pouvant bénéficier de financements, d’assistance technique ou de partenariats. Parmi les dossiers figure Grand Eweng, projet hydroélectrique porté par l’américain Hydromine. Le catalogue officiel des projets structurants en partenariat public-privé lui attribue une puissance de 1 080 MW pour un investissement estimé à 1 855 milliards de FCFA, soit environ 3 milliards de dollars. Le projet, engagé depuis plusieurs années, reste en développement. Le Dialogue offre ainsi un nouveau cadre pour rechercher des partenaires financiers, techniques et industriels.
Partenariats technologiques Cameroun–États-Unis
Yaoundé remet également en avant le projet d’un nouvel aéroport de classe mondiale dans la région métropolitaine de Douala. Les études de faisabilité doivent être engagées en 2026. L’infrastructure vise à renforcer les capacités aéroportuaires de la capitale économique et son positionnement comme hub sous-régional. Le Cameroun sollicite par ailleurs l’expertise américaine pour des études relatives à des complexes théâtraux ultramodernes à Yaoundé, Douala et Bamenda.
Un numérique sous contrôle national
Le troisième axe concerne la souveraineté numérique. Le Cameroun propose aux institutions et entreprises américaines de bâtir un partenariat autour d’un Data Center souverain, d’un Park Cloud, d’un Centre national d’opérations de sécurité (SOC), ainsi que du développement des capacités en intelligence artificielle et en calcul haute performance.
Au-delà des infrastructures, Yaoundé recherche des investissements, mais aussi des transferts de technologies et de compétences. La coopération doit également toucher la facilitation du commerce, notamment à travers l’interconnexion de CAMCIS avec les systèmes des compagnies aériennes pour fluidifier le traitement du fret aérien.
Dans le secteur minier, le Cameroun souhaite par ailleurs actualiser et rendre davantage exploitables ses données géologiques afin de faciliter l’identification des ressources et l’arrivée d’investisseurs.
Cinquante PME pour l’AGOA
Dernière priorité : le marché américain. Yaoundé veut accélérer les démarches en faveur de sa réintégration à l’AGOA, dispositif qui accorde un accès préférentiel au marché des États-Unis à certains produits africains. Le gouvernement prévoit, dans cette perspective, un Supplier Development Program ciblant 50 PME et coopératives des filières prioritaires. L’objectif est de les aider à satisfaire durablement aux normes du marché américain, tout en favorisant les relations d’affaires et l’intégration dans les chaînes de valeur.
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Le dialogue ne se joue toutefois pas à sens unique. Les entreprises américaines disposent elles aussi d’opportunités identifiées au Cameroun, notamment dans le numérique, les infrastructures, les minerais critiques, l’agro-industrie, la logistique et les services financiers. L’enjeu, pour les deux parties, est désormais de dépasser la simple présentation de projets. Le document préparatoire prévoit des points de convergence, des actions, des responsabilités, des échéances et un mécanisme de suivi.
Au terme des travaux, la mesure de ce premier Dialogue s’est fait donc moins sur les annonces que sur leur traduction opérationnelle : financements mobilisés, projets engagés, technologies transférées, entreprises accompagnées vers le marché américain et mécanisme effectif de suivi des engagements.
Par Fabrice BELOKO
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