AccueilA LA UNEBVMAC : pourquoi plusieurs sociétés de Bourse agréées restent sans activité

BVMAC : pourquoi plusieurs sociétés de Bourse agréées restent sans activité

Alors que le marché financier de la CEMAC comptait 26 sociétés de Bourse agréées à fin 2025, plusieurs d’entre elles n’ont exécuté aucune transaction durant l’exercice. À l’inverse, cinq intermédiaires ont concentré 71,24 % de l’activité, selon le classement multicritère de la BVMAC. Derrière cette disparité se dessinent les faiblesses structurelles d’un marché encore peu liquide, où les investisseurs conservent longtemps leurs titres et où les opportunités de négociation demeurent limitées.

Vingt-six sociétés de Bourse agréées, mais une activité largement concentrée entre quelques intermédiaires. C’est l’un des principaux enseignements du rapport annuel 2025 de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC). Le document révèle que plusieurs sociétés habilitées à intervenir sur le marché financier régional n’ont exécuté aucune transaction au cours de l’exercice, tandis que cinq établissements se sont partagé 71,24 % de l’activité mesurée par la Bourse.

Le constat soulève une question fondamentale : pourquoi des sociétés ayant obtenu les autorisations nécessaires pour exercer des activités d’intermédiation financière restent-elles absentes des transactions, alors que quelques concurrents parviennent à concentrer l’essentiel des opérations ?

La BVMAC ne fournit pas, dans son rapport, d’explication individualisée sur l’inactivité de ces établissements. Elle relève néanmoins une forte disparité dans la participation des intermédiaires à l’animation du marché. Les caractéristiques du marché régional permettent d’identifier plusieurs facteurs susceptibles de contribuer à cette situation.

CINQ INTERMÉDIAIRES CAPTENT 71,24 % DE L’ACTIVITÉ

Le classement 2025 établi par la BVMAC place SG Capital CEMAC en tête des sociétés de Bourse, avec une part de marché de 19,50 %. L’établissement a exécuté 216 opérations d’achat et de vente et négocié 423 778 titres.

Building Emerging Markets Securities (BEM Securities) occupe la deuxième position avec 18,25 %. Son activité présente une particularité : seulement dix opérations ont été enregistrées, mais elles ont porté sur 403 759 titres, pour une valeur supérieure à 3,78 milliards de FCFA. La société apparaît ainsi davantage positionnée sur des transactions importantes que sur une multiplication de petites opérations.

Attijari Securities Central Africa (ASCA) arrive en troisième position avec 13,85 % de part de marché. Elle se distingue par la valeur de ses transactions, qui atteint 4,379 milliards de FCFA, le montant le plus élevé parmi les intermédiaires mentionnés dans le classement.

L’Archer Securities occupe le quatrième rang avec 12,41 %, devant Africa Bright Securities, créditée de 7,23 %. Ces deux établissements ont respectivement exécuté 208 et 195 opérations d’achat et de vente.

Au total, les cinq premiers intermédiaires cumulent 71,24 % des parts de marché calculées selon la méthodologie multicritère de la BVMAC, laquelle combine le nombre d’opérations, les volumes de titres et les valeurs négociées.

Cette concentration traduit une inégalité importante dans la capacité des sociétés de Bourse à participer effectivement aux transactions. Elle ne signifie toutefois pas que les établissements moins actifs sur le marché secondaire sont nécessairement dépourvus de clientèle ou d’autres activités financières.

UNE BOURSE QUI MANQUE ENCORE DE TRANSACTIONS

La première explication structurelle réside dans l’étroitesse du marché secondaire. En 2025, le compartiment des actions de la BVMAC ne comptait que six entreprises cotées. La valeur totale des échanges s’est établie à 739,84 millions de FCFA sur l’ensemble de l’année, malgré une progression de 18,92 % par rapport à 2024.

La Bourse a organisé 249 séances de cotation durant l’exercice, pour seulement 594 transactions sur actions. Cela représente une moyenne d’environ 2,4 transactions par séance.

Autrement dit, le nombre d’intermédiaires autorisés à négocier des titres est relativement important au regard du volume effectif des opérations. Même si toutes les sociétés de Bourse agréées disposaient d’une clientèle active, le nombre limité de transactions réduirait mécaniquement les possibilités d’intervention de chacune.

La situation s’explique également par la faible liquidité des titres cotés. Le ratio de liquidité du compartiment actions est passé de 1,05 % en 2024 à 1,59 % en 2025. Malgré cette amélioration, les échanges restent modestes au regard de la capitalisation boursière globale, qui atteignait 477,7 milliards de FCFA à fin décembre 2025.

Le problème n’est donc pas uniquement celui du nombre de sociétés de Bourse. Il concerne aussi la quantité de titres disponibles, la fréquence des ordres d’achat et de vente et la capacité des investisseurs à trouver des contreparties.

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DES INVESTISSEURS QUI CONSERVENT LEURS TITRES

Une autre difficulté tient au comportement des détenteurs de valeurs mobilières. Sur un marché où les titres sont relativement peu nombreux et les possibilités de diversification limitées, certains investisseurs peuvent privilégier leur conservation sur une longue période plutôt que des opérations régulières d’achat et de vente.

Cette stratégie, connue sous l’expression anglaise buy and hold, contribue à réduire la circulation des titres sur le marché secondaire.

Le phénomène est particulièrement important sur le compartiment obligataire, où les investisseurs institutionnels peuvent choisir de conserver leurs obligations jusqu’à leur échéance afin de percevoir les intérêts contractuels.

La Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF) a d’ailleurs relevé cette difficulté dans une publication consacrée à l’activité du marché secondaire. Elle souligne que la conservation des obligations jusqu’à leur maturité contribue à limiter les échanges.

Les chiffres de 2025 confirment la prédominance des obligations dans l’activité de la BVMAC. Malgré une baisse de 24,16 %, leur valeur négociée a atteint 12,815 milliards de FCFA, contre 739,84 millions pour les actions.

Cette prédominance ne garantit cependant pas une activité régulière pour tous les intermédiaires. Une part importante des transactions peut être concentrée sur quelques opérations de grande taille, exécutées par des sociétés disposant déjà de relations commerciales avec les principaux investisseurs.

LA BATAILLE POUR LES INVESTISSEURS INSTITUTIONNELS

La concentration des transactions pose également la question de l’accès à la clientèle institutionnelle. Banques, compagnies d’assurances, caisses de retraite, organismes de placement collectif et gestionnaires d’actifs constituent des catégories d’investisseurs susceptibles de mobiliser des montants importants sur les marchés financiers.

Dans un environnement caractérisé par un faible nombre d’opérations, la capacité à entretenir des relations commerciales avec ces investisseurs peut représenter un avantage concurrentiel déterminant.

Les résultats de BEM Securities illustrent l’importance que peuvent prendre les transactions de grande taille. Avec seulement dix opérations d’achat et de vente, l’établissement s’est hissé à la deuxième place du classement général en 2025.

Ce constat ne permet pas d’identifier la nature de sa clientèle ni l’origine précise de ses ordres. Il montre néanmoins qu’un intermédiaire peut occuper une position importante sur le marché sans multiplier les transactions.

À l’inverse, les sociétés dont la clientèle est composée principalement de petits investisseurs peuvent rencontrer davantage de difficultés à générer des volumes significatifs, particulièrement lorsque la culture boursière demeure peu développée.

La BVMAC elle-même reconnaît la nécessité d’intensifier l’éducation financière et de mobiliser davantage l’épargne nationale et régionale.

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L’AGRÉMENT NE GARANTIT PAS LES AFFAIRES

L’inactivité constatée chez certains intermédiaires appelle toutefois une distinction essentielle. L’agrément délivré par la COSUMAF autorise une société à exercer des activités réglementées sur le marché financier régional. Il ne garantit ni l’obtention d’ordres de Bourse, ni la constitution d’un portefeuille de clients, ni la rentabilité commerciale.

Les sociétés de Bourse peuvent notamment intervenir dans le placement de titres, la réception et la transmission d’ordres, la tenue de comptes, la gestion de portefeuille sous mandat et le conseil financier, selon les activités pour lesquelles elles sont habilitées.

Une société n’ayant exécuté aucune transaction sur le marché secondaire pendant une année peut donc avoir développé d’autres prestations. L’absence de transactions ne saurait, à elle seule, être assimilée à une absence totale d’activité ou à une défaillance de l’établissement.

Il reste néanmoins nécessaire de s’interroger sur les conséquences économiques d’une présence prolongée sans opérations de négociation. Le maintien des infrastructures techniques, des équipes spécialisées et des dispositifs de conformité représente des charges que les revenus tirés de l’activité doivent normalement contribuer à couvrir.

Dans un marché étroit, les établissements qui ne parviennent pas à développer suffisamment leurs activités peuvent être confrontés à des difficultés de rentabilisation de leurs investissements.

Cette hypothèse mérite cependant d’être vérifiée auprès des sociétés concernées, dont les modèles économiques, les revenus et les stratégies commerciales ne sont pas détaillés dans le classement annuel de la BVMAC.

UNE CONCENTRATION QUI SE DESSERRE, MAIS UN MARCHÉ TOUJOURS ÉTROIT

L’évolution du classement entre 2024 et 2025 apporte néanmoins une nuance importante. Selon une analyse publiée par la COSUMAF, trois intermédiaires concentraient 98,29 % des volumes du marché secondaire en 2024, avec une domination particulièrement marquée de SG Capital CEMAC.

En 2025, le classement général de la BVMAC fait apparaître une répartition plus équilibrée entre plusieurs sociétés de Bourse. SG Capital CEMAC conserve la première place, mais BEM Securities, ASCA, L’Archer Securities et Africa Bright Securities occupent désormais des positions significatives.

Les deux classements ne reposant pas exactement sur les mêmes indicateurs, leurs pourcentages ne peuvent être directement assimilés. Ils témoignent néanmoins d’une évolution de la répartition de l’activité entre les principaux intervenants.

Cette diversification relative ne résout pas le problème fondamental du marché : le volume global des transactions demeure faible et plusieurs sociétés agréées restent à l’écart de l’activité de négociation.

Pour la BVMAC, le défi consiste donc moins à multiplier les intermédiaires qu’à développer les conditions économiques permettant à davantage d’entre eux d’exercer effectivement leurs activités.

Cela suppose notamment d’élargir le nombre d’entreprises cotées, d’augmenter la proportion d’actions accessibles aux investisseurs, de renforcer la diffusion de l’information financière et de favoriser une meilleure rencontre entre les ordres d’achat et de vente.

La Bourse régionale a engagé plusieurs réformes dans cette perspective, notamment le fractionnement des actions, la simplification des conditions d’admission à la cote et la digitalisation des opérations.

Reste une interrogation que les prochaines publications statistiques et les responsables des sociétés de Bourse devront contribuer à éclairer : les établissements qui ne réalisent aucune transaction sont-ils principalement confrontés à un manque de clientèle, à une insuffisance d’opportunités de marché ou à des choix commerciaux qui privilégient d’autres activités ?

Sans données individualisées sur leurs revenus et leurs stratégies, il serait prématuré de trancher. Mais le constat dressé par la BVMAC est suffisamment révélateur : l’augmentation du nombre d’intermédiaires agréés ne suffit pas à garantir le dynamisme d’un marché financier. Encore faut-il que les entreprises proposent davantage de titres et que les investisseurs trouvent des raisons et des possibilités de les négocier.

Par Yves TCHENANG
Défis Actuels du 20/10/2026

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