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FINANCES PUBLIQUES : Ces centaines de recettes que l’État Camerounais peine encore à transformer en argent

Un audit réalisé en 2019 a recensé 1 156 types de recettes non fiscales que l’État est habilité à percevoir. Sept ans plus tard, environ 600 seulement sont effectivement exploités. Ainsi, l’État peine à recouvrer tout le potentiel de 600 milliards FCFA de recettes non fiscales. L’écart révèle les difficultés persistantes des administrations concernées à identifier, encadrer, recouvrer et sécuriser une partie des ressources du pays.

Amendes, droits administratifs, frais de délivrance de documents, revenus du domaine de l’État, redevances, produits des services publics, dividendes versés par les entreprises publiques… Derrière l’appellation technique de « recettes non fiscales » (RNF) se cache une multitude de ressources qui, en principe, doivent contribuer au financement du budget de l’État.

Leur poids reste pourtant inférieur à leur potentiel. Dans une communication du 20 juillet 2026, la Direction générale du Budget rappelle que « les RNF ne sont pas des options accessoires. Il s’agit de prélèvements obligatoires liés aux services rendus par l’État ». Cette définition rappelle que ces ressources ne constituent pas des recettes marginales, mais une composante à part entière du financement public. Lors d’un séminaire à Bertoua, la DGB est revenue sur un audit réalisé en 2019, qui avait permis d’identifier 1 156 types de recettes non fiscales. Sept ans plus tard, seuls environ 600 sont actuellement exploités dans le dispositif de mobilisation.

Un inventaire vieux de sept ans

Le point de départ remonte à 2019. À la suite d’une décision du ministre des Finances, Louis Paul MOTAZE, le gouvernement avait engagé un audit des recettes des services de l’État, afin d’identifier les différentes sources de recettes, d’en apprécier les modalités de perception et de proposer des mesures d’amélioration. Les résultats ont été restitués et validés lors d’un atelier organisé au ministère des Finances le 30 septembre 2020.

C’est à cet audit que la DGB se réfère encore aujourd’hui. Il y a trois ans, présentant les enjeux de l’optimisation des RNF, le directeur général du Budget, Cyrille Edou Alo’o, soulignait : « sur un potentiel de 600 milliards de recettes non fiscales, on a à peine 200 milliards de recouvrement ».

Le constat est d’autant plus significatif que la question n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, le ministère des Finances tente de faire passer ces ressources d’un statut de potentiel administratif à celui de ressources effectivement mobilisées. « Entre l’identification des sources de recettes et leur encaissement effectif, plusieurs maillons de la chaîne peuvent faire défaut, explique un haut cadre des Impôts. Une recette peut être prévue par un texte sans être correctement connue au niveau local. Elle peut être connue mais mal liquidée. Elle peut être liquidée sans être convenablement recouvrée. Elle peut enfin être encaissée sans bénéficier d’un dispositif de traçabilité suffisamment performant. » C’est cette chaîne que la réforme tente désormais de sécuriser.

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Depuis le début de la réforme déclenchée par le Minfi, la progression est néanmoins réelle. En 2024, les recettes non fiscales ont rapporté 232 milliards de FCFA ; en 2025, leur rendement est passé à 354 milliards. Pour 2026, le gouvernement vise désormais 400 milliards de FCFA. À fin mars 2026, 67 milliards avaient déjà été sécurisés, selon la DGB, et les nouvelles mesures introduites dans la loi de finances 2026 devraient à elles seules contribuer à hauteur de 18 milliards. Cette trajectoire montre que la mobilisation s’améliore, mais souligne aussi la marge importante qui subsiste entre recettes effectivement encaissées et potentiel global estimé par l’État.

Le potentiel est évalué à 600 milliards de FCFA

L’objectif est donc de rapprocher progressivement le rendement réel des recettes non fiscales de leur capacité théorique. Une part importante du travail consiste à améliorer le fonctionnement des administrations qui sont à l’origine de ces ressources.

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Les recettes non fiscales sont en effet générées dans une multitude de secteurs. Elles peuvent provenir d’un ministère, d’un service déconcentré, d’un établissement public ou d’une activité administrative soumise au paiement d’une redevance ou d’un droit. La DGB estime que la faiblesse de la collecte tient notamment à une maîtrise inégale des procédures et à une insuffisante diffusion des informations sur les mécanismes applicables.

La campagne menée en 2026 vise précisément à rapprocher les règles budgétaires des agents chargés de leur application sur le terrain. De juin à juillet, la Division de la Préparation du Budget de la DGB a organisé une série de séminaires dans les régions, achevée dans l’Est le 17 juillet 2026. À la clôture des travaux, le gouverneur de la région a résumé l’une des faiblesses identifiées : « Plusieurs activités de l’État n’étaient pas budgétisées ou étaient mal collectées jusqu’ici. »

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Trésor Pay

Des niches dans presque tous les secteurs

L’une des évolutions les plus importantes concerne le rôle des contrôleurs financiers. Traditionnellement associés au contrôle de la dépense publique, ces acteurs sont désormais appelés à contribuer également à la régulation des recettes et à la détection de nouvelles niches : des activités de l’État insuffisamment documentées ou dont le potentiel financier restait sous-exploité. Il s’agit de s’assurer que les ressources dues à l’État sont correctement identifiées et qu’elles parviennent effectivement au Trésor.

La diversité des recettes concernées explique en partie la difficulté de leur mobilisation. Dans les administrations chargées de la communication, par exemple, certaines recettes peuvent être liées aux licences et autorisations accordées aux opérateurs audiovisuels. Dans le domaine foncier, elles peuvent provenir des opérations cadastrales, de l’occupation du domaine public ou de certaines opérations relatives aux terrains. D’autres niches existent dans les secteurs réglementés, les activités économiques, les jeux, les services administratifs ou encore la gestion du patrimoine public.

Le problème tient alors à la capacité de l’État à disposer d’une vision consolidée de l’ensemble de ces flux. Une administration peut connaître les recettes qu’elle est habilitée à percevoir sans que le ministère des Finances dispose immédiatement d’une information complète sur le montant réellement attendu, le montant émis et celui effectivement recouvré. C’est précisément ce déficit d’information que les réformes cherchent progressivement à réduire.

Le grand chantier de la dématérialisation

Avec la plateforme Trésor Pay, le ministère des Finances veut réduire les risques liés aux paiements physiques et améliorer la traçabilité des recettes. Le dispositif permet aux usagers de régler en ligne différents frais dus aux administrations publiques. La DGB présente d’ailleurs la digitalisation comme l’un des axes de la réforme, avec un objectif d’amélioration de l’efficacité, de la transparence et de la traçabilité de la collecte.

Lorsqu’un paiement est dématérialisé, l’administration peut mieux identifier le payeur, le montant acquitté, la date de l’opération et la nature de la prestation concernée. La donnée devient alors un instrument de contrôle. Mais la digitalisation ne peut pas, à elle seule, résoudre le problème. Elle ne peut sécuriser une recette que si celle-ci a préalablement été identifiée, juridiquement encadrée et correctement liquidée. Elle ne peut pas davantage remplacer le travail des administrations chargées de déterminer qui doit payer et combien.

Le numérique constitue donc un outil de sécurisation de la chaîne, mais pas un substitut à la réforme administrative.

Par Jean Luc FASSI
Défis Actuels du 07/09/2026

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