AccueilPolitique & SociétéGouvernanceAffaire Martinez Zogo : Paul Biya dicte le rythme et le ton

Affaire Martinez Zogo : Paul Biya dicte le rythme et le ton

Au fil du temps, le président de la République décapite les acteurs judiciaires et réorganise le jeu.

Dans les décrets rendus publics ce 31 août 2026, le président de la République nomme le lieutenant-colonel André Eric Atemengue Omgba au tribunal militaire de Yaoundé comme commissaire du gouvernement, juge d’instruction au tribunal militaire de Maroua. Il remplace à ce poste le lieutenant-colonel Cerlin Bélinga, cumulativement avec ses fonctions de vice-président dudit tribunal. Le décret est tombé au moment même où se déroulait une audience de l’affaire Martinez Zogo, le chef de chaîne d’Amplitude FM, enlevé le 17 janvier 2023, puis retrouvé mort le 22 janvier suivant.

L’acte de Paul Biya sonne comme un message dont seuls les acteurs de premier plan peuvent comprendre le sen. Pour certains, Cerlin Bélinga est corrompu, pour d’autres, c’est un courageux. Cela survient au moment où la cross examination du colonel Jean Pierre Otoulou, ancien commandant de la Légion de gendarmerie du Centre et enquêteur en chef lors des enquêtes préliminaires dans le cadre de cette affaire Martinez Zogo. Un exercice qui a parfois vu ce haut gradé de la gendarmerie balbutier dans ses réponses.

Nourrissant la verve d’un Jean Pierre Amougou Bélinga qui se bat à obtenir une liberté provisoire, s’appuyant parfois sur les « manquements » du patron de la commission mixte qui a conduit les enquêtes préliminaires. Lequel a mené les arrestations dans le cadre de cette affaire, sans parfois requérir le mandat du commissaire du gouvernement. Quoi qu’il en soit, Cerlin Bélinga, troisième commissaire du gouvernement dans cette affaire, en est de fait dessaisir.

Ce n’est pas le premier mouvement qui affecte profondément ce procès très couru. Le lieutenant-colonel Florent Aimé Sikati 2 Kanwo qui avait hérité de l’affaire au sortir de l’enquête préliminaire, a été affecté le 13 décembre 2023, dans un contexte de suspicion. En service au tribunal militaire de Yaoundé comme commissaire du gouvernement, sa signature avait été retrouvée sur une ordonnance de libération de l’homme d’affaires Jean Pierre Amougou Bélinga et de l’ancien de la Dgre (le contre-espionnage camerounais) Maxime Eko Eko, datée du 1er décembre 2023. Quelques semaines après, l’homme a été déchargé du corps de la magistrature militaire, pour être nommé comme simple chef du 2ème bureau de la 3ème Région militaire interarmées basée à Garoua. Lui qui attendait de porter le galon de colonel le 1er janvier 2024. Du coup, on peut comprendre ceux qui y voyaient une sanction.

Un nouveau magistrat militaire sera nommé au tribunal militaire de Yaoundé. Le lieutenant Pierrot Narcisse Nzié le 13 décembre 2023, sera nommé en ses lieu et place. C’est lui qui fera arrêter Martin Savom, la « dernière » pièce du puzzle de l’affaire Martinez Zogo.

Pierrot Narcisse Nzié ne connaîtra pas la fin de ce feuilleton judiciaire. Après avoir clos l’information judiciaire, Nzié renvoie l’affaire devant le tribunal militaire. Malgré cette avancée, des critiques fusent du camp de la famille de Martinez et de certains lanceurs d’alertes, pour dénoncer le fait que les principaux mis en cause dans la mort de Martinez Zogo ne soient poursuivis que pour « complicité de torture », alors que l’on a un mort sous la main. Le 25 février 2025, le président de la République le nomme président du tribunal militaire de Ngaoundéré. Il sera remplacé par le colonel Cerlin Bélinga.

Un général comme témoin

Avant l’affectation de Cerlin Bélinga c’est le colonel Eloundou Mesmin, un des témoins de l’accusation, qui a été promu au grade de Général de brigade le 3 août dernier, jour même où l’homme devait être entendu par le tribunal comme 34ème témoin. Il ne sera pas entendu finalement, et le colonel Otoulou le remplacera. Du coup, il devient compliqué que le nouveau général soit entendu dans cette affaire. Alors que l’on en finissait avec Jean Pierre Otoulou, le commissaire du gouvernement, représentant du Ministère public dans cette délicate affaire, Cerlin Bélinga, s’en va à Maroua. C’est vrai que l’homme a continué son boulot dans cette affaire malgré cette affectation. Le temps d’être remplacé.

A ce qu’il semble, le procès pourra connaître une pause, ou du moins des perturbations. Paul Biya que l’on dit avoir eu des renseignements parallèles avant même l’ouverture de l’enquête mixte, sait seul quelle direction il donne à cette affaire dans laquelle certains de ses ministres avaient été cités, sans preuves palpables. Toujours est-il que la plupart des personnes arrêtées l’ont été avant l’ouverture de l’enquête mixte police-gendarmerie.

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