Le Cameroun a célébré, samedi 31 octobre 2026, à la Maison du Parti de Bonanjo, à Douala, sa deuxième Journée mondiale de l’épargne officiellement commémorée, un an après la première édition organisée à Yaoundé. Devant les représentants des banques, des compagnies d’assurances, des sociétés de bourse et des fintechs, le ministre délégué auprès du ministre des Finances, Yaouba Abdoulaye, a délivré, au nom de Louis Paul Motaze, un message : mobiliser davantage l’épargne nationale et mieux la mettre au service du développement économique. L’enjeu est de taille.
Dans son message publié dans la plaquette-programme de la journée, le ministre des Finances estime l’épargne nationale à environ 15 % du produit national, un niveau insuffisant au regard des ambitions de développement du pays. « Ce niveau demeure inférieur aux exigences nécessaires pour porter l’investissement au seuil de 29 % initialement fixé dans la SND30, condition essentielle à l’atteinte d’une croissance forte, durable et inclusive », souligne Louis Paul Motaze. Pour le ministre, l’épargne intérieure constitue également « un gage de résilience face aux multiples chocs auxquels nos économies peuvent être confrontées ».
QUATRE PRIORITÉS POUR MIEUX MOBILISER L’ÉPARGNE
Placée sous le thème « Soutenir ses projets par une épargne efficace », cette édition a mis l’accent sur l’accès aux services financiers, la confiance dans les institutions et la diversification des placements. « Or, notre économie demeure confrontée à une insuffisance de l’épargne disponible pour soutenir pleinement ses besoins d’investissement », relève le mijistre Yaouba Abdoulaye dans son discours d’ouverture. Pour inverser cette tendance, le Minfi fixe quatre priorités : développer la culture de l’épargne, sécuriser les placements, encourager les innovations financières et orienter les ressources collectées vers les secteurs productifs.
Car l’enjeu dépasse la seule accumulation de dépôts. « Sa véritable utilité économique réside dans sa capacité à se transformer en investissements, en entreprises, en emplois et, finalement, en richesses pour la Nation », insiste le Minfi. Les banques sont ainsi appelées à renforcer leur soutien aux PME, à l’agriculture, à l’industrie et aux projets structurants. Les assureurs sont, pour leur part, invités à développer l’assurance-vie et les produits de capitalisation.
9 147 MILLIARDS DE FCFA DE DÉPÔTS, ESSENTIELLEMENT À VUE
Les chiffres présentés à l’occasion de cette journée témoignent d’une progression de la collecte, mais aussi de la prédominance des ressources à court terme. Selon le magazine officiel de l’événement, consulté par Défis Actuels, les dépôts de la clientèle des 18 banques commerciales, qui disposent de 502 agences, ont atteint 9 147,5 milliards de FCFA à fin décembre 2025, contre 8 351,6 milliards un an auparavant, soit une hausse de 9,5 %. Les dépôts à vue concentrent 82,8 % de cet encours, soit 7 577,3 milliards de FCFA, loin devant les dépôts à terme (1 003,3 milliards) et les comptes à régime spécial (566,9 milliards).
Cette structure souligne le défi de la mobilisation de ressources stables pour financer les investissements de longue durée. La même prédominance du court terme caractérise la microfinance. Les 385 établissements agréés totalisent 1 112,6 milliards de FCFA de dépôts, en progression de 14,1 % sur un an, dont 84,2 % à court terme. Dans l’assurance-vie et la capitalisation, les onze sociétés du secteur ont collecté 102,35 milliards de FCFA de primes en 2025, contre 98,41 milliards en 2024. Leurs actifs atteignent 431,26 milliards de FCFA, dont 201,85 milliards placés en obligations et autres valeurs d’État.
LA CONFIANCE, CONDITION DE LA MOBILISATION
Au-delà des volumes collectés, le ministère des Finances insiste sur la sécurisation de l’épargne. Tout en encourageant la digitalisation des services financiers, il met en garde contre les placements non autorisés et les offres promettant des rendements irréalistes. « La confiance constitue le socle de tout système financier solide. Sans elle, aucune politique de mobilisation de l’épargne ne saurait prospérer durablement », prévient le ministre des Finances. Trois panels ont permis d’approfondir ces enjeux, autour des leviers d’amélioration de l’épargne nationale, notamment la diaspora et la finance islamique, des innovations technologiques et des critères d’efficacité de l’épargne.
DES UNIVERSITÉS AU MARCHÉ MBOPPI
La célébration a été précédée, les 29 et 30 octobre, d’une campagne de sensibilisation destinée à rapprocher les produits d’épargne du public. Selon Gilbert Didier Edoa, secrétaire général du ministère des Finances et président du comité d’organisation, les activités ont notamment ciblé l’Université de Douala, l’Université catholique Saint-Jérôme, l’Institut universitaire du Golfe et les commerçants du marché Mboppi. À ces rencontres se sont ajoutés des programmes radio télévisés, un court-métrage consacré à l’assurance-vie et l’envoi de 10 000 SMS de sensibilisation.
Pour le Minfi, le défi consiste désormais à transformer cette mobilisation en pratiques durables. « Une Nation qui protège l’épargne de ses citoyens consolide la confiance dans ses institutions. Une Nation qui investit efficacement cette épargne prépare les conditions d’une prospérité durable et partagée », conclut le ministre Yaouba Abdoulaye.






