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Innovation médicale : trois étudiantes camerounaises remportent l’or en Chine avec un robot de santé

Trois étudiantes de l’École nationale supérieure polytechnique de Douala (ENSPD) ont remporté l’or à Beijing avec MERA, un projet de robotique appliquée à la santé. Leur solution entend faciliter l’évaluation des patients dans les zones insuffisamment couvertes. Pour passer du concours au centre de santé, il reste à établir ses capacités réelles, son coût et ses conditions d’utilisation.

Championne d’Afrique en mai 2026, l’équipe a décroché l’or lors de la finale mondiale organisée du 23 au 25 octobre à l’Université normale de Beijing, en Chine. Le Cameroun a signé un doublé avec EcoprintLab, une équipe issue d’une collaboration entre l’École nationale supérieure polytechnique de Douala et l’Université de Dschang. Elle a remporté l’argent avec un projet tourné vers les technologies d’avenir, axé sur la valorisation des déchets plastiques.

Au nom du ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, le Pr Atsa Etoundi Roger, chef de la division des systèmes d’information au Minesup, a qualifié ce résultat d’« historique pour le Cameroun et pour l’Afrique ». Il a réaffirmé l’engagement du gouvernement en faveur de l’innovation, de la recherche et de la transformation numérique. Il accompagnait la délégation camerounaise à Beijing.

MERA, pour Medical Evaluation and Robotic Assistance, vise les localités où l’accès aux soins de base reste difficile. Les trois étudiantes qui portent le projet veulent mobiliser la robotique et l’intelligence artificielle pour aider les soignants à repérer plus rapidement les situations qui nécessitent une attention particulière. Selon la description du projet publiée lors des finales régionales africaines de la Global Competition on Design for Futures (GCD4F), MERA doit recueillir les données du patient, les analyser en temps réel, détecter des anomalies et alerter le personnel soignant.

Le projet porte notamment sur l’évaluation des paramètres vitaux. Les documents rendus publics ne précisent toutefois ni les paramètres mesurés, ni les capteurs utilisés, ni les examens que le robot permettrait d’effectuer. Aucun résultat d’essai n’est non plus communiqué pour établir sa précision. Détecter une anomalie ne revient pas à poser un diagnostic. Faute de données techniques et cliniques détaillées, il n’est pas possible d’affirmer que MERA peut fonctionner de manière autonome ou remplacer une consultation. Sa fonction annoncée est celle d’un outil d’évaluation et d’assistance. Le personnel médical reste indispensable pour interpréter les alertes et décider de la prise en charge.

Le projet vise d’abord les zones à faible couverture médicale. Dans un centre de santé éloigné, un outil fiable pourrait aider à repérer les patients à orienter vers une structure mieux équipée. Il pourrait aussi accélérer certaines évaluations de première ligne. Ce bénéfice reste à démontrer sur le terrain. Les informations publiques ne précisent pas les sites d’expérimentation, le nombre de patients concernés ni les résultats obtenus.

LE PRIX NE SUFFIT PAS À ASSURER LE DÉPLOIEMENT

La médaille d’or obtenue à Beijing donne une visibilité internationale au projet. Elle ne règle pas les questions économiques qui décideront de son éventuelle adoption. Aucun prix d’acquisition n’a été communiqué. Le coût de maintenance, la durée de vie des équipements, le remplacement des capteurs et les besoins en assistance technique ne sont pas documentés non plus.

Pour un centre de santé, le coût ne se limite pas à l’achat du robot. Il faut aussi prévoir la formation des utilisateurs, l’entretien, les mises à jour logicielles, l’alimentation électrique et, selon son mode de fonctionnement, une connexion fiable. Le dispositif devra être utilisable par le personnel déjà en poste, sans alourdir excessivement son travail quotidien. Avant un déploiement, il faudra tester le matériel, mesurer la fiabilité des évaluations, documenter les limites du système et conduire des essais dans plusieurs structures de santé. La protection des données médicales devra aussi être garantie. Ces éléments aideront les responsables sanitaires à comparer l’intérêt du dispositif aux solutions existantes et aux moyens des formations sanitaires.

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Le projet pose aussi une question industrielle. S’il franchit ces étapes, MERA pourra ouvrir la voie à un équipement développé à partir de besoins identifiés au Cameroun. Mais les informations disponibles ne précisent pas la part des composants fabriqués localement, le lieu d’assemblage, le modèle de maintenance ni l’existence d’un partenaire industriel. Il constitue un point de départ pour le Made in Cameroon, pas encore la preuve d’une production nationale à l’échelle industrielle.

UNE RÉUSSITE PORTÉE PAR L’ENSPD

Le projet MERA Team 72 réunit trois étudiantes de cinquième année, option Génie logiciel, au Département de Génie informatique et télécommunications de l’ENSPD, établissement de l’Université de Douala. Il s’agit de Darelle Charenta Djogu Kameni, Marie Daphnée Egoume Ayuma et Marie Andrea Kaga. Le Dr Maka Maka Ebenezer, chef du département, et M. Mpoh Lobe Henri Pascal Will, enseignant au Département de Génie électrique et systèmes intelligents, encadrent l’équipe.

Le projet s’inscrit dans l’initiative EPI, « Un Étudiant, Un Projet, Une Innovation ». Sous l’impulsion de son directeur, l’ENSPD accompagne les étudiants dans la maturation, la structuration et la concrétisation de leurs idées. L’école met aussi en avant le renforcement des équipements de ses laboratoires. Pour MERA, la suite dépendra de la capacité à prolonger cet accompagnement par des tests, des partenariats techniques et un financement adapté.

La compétition, organisée par l’Université normale de Beijing avec l’appui de l’Institut de l’UNESCO pour les technologies de l’information dans l’éducation et de la World Digital Education Alliance, met en lumière la coopération éducative sino-camerounaise. Pour MERA, il faudra désormais produire des résultats techniques vérifiables, chiffrer le coût complet du dispositif et mesurer son utilité auprès des soignants et des patients.

Par Fabrice BELOKO
Défis Actuels du 29/10/2026

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