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Anciennes pièces de monnaie : la BEAC menace de sanctions les banques qui refusent leur échange

La démonétisation des anciennes gammes de pièces de monnaie est prévue le 1er novembre 2026, dans un climat de confusion et d’inquiétude, alimenté par la brièveté des délais, l’insuffisance de la communication et le refus déjà observé de certaines pièces dans les commerces. La BEAC tente de rassurer les populations et prévient que les banques et EMF qui refuseraient d’échanger les pièces ou imposeraient l’ouverture préalable d’un compte s’exposeraient à des sanctions.

Le directeur national adjoint de la BEAC pour le Cameroun, Cho Emmanuel Asafor, a brandi des menaces de sanctions contre les banques et les établissements de microfinance qui refuseraient d’échanger les anciennes pièces ou qui conditionneraient l’opération à l’ouverture préalable d’un compte. C’était le 28 octobre 2026, lors d’une conférence de presse à la Direction nationale, trois jours avant la démonétisation des pièces des gammes 1958, 1959, 1971, 1976 et 1985, effective dans les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) dès le dimanche 1er novembre.

Le responsable de la banque centrale a dit compter sur la responsabilité des établissements bancaires et de microfinance pour faciliter les opérations d’échange à leurs guichets. Il a précisé que le refus d’échanger les pièces, comme l’exigence d’un compte ouvert dans les livres de l’établissement, exposerait leurs auteurs à des sanctions. Les banques et les institutions de microfinance sont ainsi appelées à participer à une opération d’intérêt général, indépendamment de leurs relations commerciales avec les personnes qui se présentent à leurs guichets.

Mais au-delà de cette clarification, plusieurs interrogations demeurent. Comment la BEAC s’assurera-t-elle que les établissements respectent effectivement cette obligation ? Quels mécanismes permettront aux populations de signaler les refus abusifs ? Quelles sanctions seront appliquées et dans quels délais ? Pour les détenteurs de petites quantités de monnaie, souvent peu familiarisés avec les procédures bancaires, l’effectivité de ces assurances dépendra surtout de leur application sur le terrain.

UNE DÉCISION PRÉCIPITÉE QUI INQUIÈTE LES POPULATIONS

Les journalistes présents à la conférence de presse ont abondamment relayé les inquiétudes des populations sur les conditions de mise en œuvre de cette démonétisation. Ils ont notamment déploré la précipitation avec laquelle une décision aux conséquences directes sur les transactions quotidiennes a été annoncée et programmée.

Entre la décision du Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac), prise le 7 octobre, et la perte du cours légal des anciennes pièces, fixée au 1er novembre, moins d’un mois se sera écoulé. Un délai jugé particulièrement court pour une opération concernant six pays et des millions d’utilisateurs de monnaie fiduciaire.

Les journalistes ont notamment relevé l’absence d’une campagne de sensibilisation suffisamment longue, structurée et déployée sur plusieurs canaux pour atteindre l’ensemble des populations. Dans les grandes villes, les informations circulent à travers les médias, les réseaux sociaux et les communications institutionnelles. Mais qu’en est-il des villages reculés, des marchés ruraux et des localités où l’accès à l’information demeure limité ? Comment informer les personnes âgées, les petits commerçants, les vendeuses des marchés, les agriculteurs et les populations qui utilisent quotidiennement des pièces sans nécessairement distinguer leurs différentes années d’émission ?

La question est d’autant plus sensible que les pièces constituent un instrument essentiel des transactions de faible montant. Pour une vendeuse de légumes, un conducteur de mototaxi ou un petit commerçant, quelques centaines de francs CFA peuvent représenter une part significative des recettes journalières. Le refus de ces pièces peut donc provoquer une perte immédiate de pouvoir d’achat, même lorsque leur échange reste juridiquement possible.

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Les journalistes ont également souligné le risque de voir les populations les plus vulnérables supporter les conséquences d’une confusion qu’elles n’ont pas créée.

DES COMMERÇANTS REFUSENT DÉJÀ DES PIÈCES ENCORE VALABLES

Ces préoccupations rejoignent les informations rapportées par plusieurs médias locaux. À Yaoundé comme à Bafoussam, des commerçants refusent depuis quelques jours l’ensemble des pièces, y compris celles qui conservent leur cours légal. Cette confusion complique les transactions quotidiennes et expose les consommateurs à des difficultés injustifiées.

La BEAC rappelle pourtant que seules cinq gammes sont concernées par la démonétisation. Les pièces des gammes 2006 et 2024 conservent leur cours légal et leur pouvoir libératoire. Elles doivent donc continuer à être acceptées dans les transactions de toute nature.

Le risque est désormais celui d’une démonétisation de fait beaucoup plus large que celle décidée par les autorités monétaires. Si les commerçants refusent indistinctement les anciennes et les nouvelles pièces, la mesure pourrait accentuer les difficultés de circulation de la petite monnaie, alors même que la BEAC cherche précisément à améliorer sa disponibilité.

Cette situation pose également la question de la responsabilité des pouvoirs publics dans la diffusion d’une information claire. Préalablement à la démonétisation, une campagne montrant les pièces concernées, leurs caractéristiques distinctives et celles qui demeurent valables aurait permis de limiter les interprétations erronées. Elle devrait notamment mobiliser les radios communautaires, les marchés, les collectivités territoriales et les réseaux de distribution de proximité.

UN AN POUR ÉCHANGER GRATUITEMENT LES ANCIENNES PIÈCES

Face aux inquiétudes, la BEAC insiste sur un point essentiel : la perte du cours légal des anciennes pièces ne signifie pas leur perte immédiate de valeur pour leurs détenteurs.

À compter du 1er novembre 2026, les pièces des cinq gammes visées ne pourront plus servir à régler un achat ou une dette. Elles perdront leur cours légal et leur pouvoir libératoire. En revanche, leurs détenteurs disposeront d’une période transitoire de douze mois pour les échanger gratuitement contre des pièces des gammes 2006 ou 2024.

Du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027, soit neuf mois, les échanges seront possibles auprès des banques commerciales, des établissements de microfinance et des guichets de la BEAC. Du 1er août au 31 octobre 2027, seuls les guichets de la banque centrale continueront à assurer cette opération. À partir du 1er novembre 2027, les anciennes pièces ne seront plus échangeables, quel que soit le guichet.

Ce calendrier constitue la principale garantie offerte aux populations. Il leur laisse la possibilité de récupérer la contre-valeur de leurs anciennes pièces sans devoir impérativement procéder à leur échange avant le 1er novembre 2026.

L’autre assurance importante concerne la gratuité de l’opération. Aucun frais d’échange n’est prévu par la note d’information du gouverneur de la BEAC. Les établissements participants ne devraient donc pas transformer cette opération en service bancaire payant.

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La mise en garde de Cho Emmanuel Asafor contre l’obligation d’ouverture d’un compte vient renforcer ce dispositif. Elle répond à une préoccupation majeure : éviter que les populations non bancarisées soient contraintes de souscrire à des services financiers pour récupérer la valeur de leur monnaie.

Toutefois, les modalités pratiques restent déterminantes. La simplicité des formalités sera donc un élément essentiel de la réussite de l’opération.

Selon la banque centrale, l’objectif est notamment de simplifier la circulation fiduciaire en retirant des pièces jugées « vétustes et disparates », dans un contexte de déploiement progressif de la nouvelle gamme 2024. La BEAC a annoncé un programme de mise en circulation de 500 millions de nouvelles pièces par an, avec un objectif de trois milliards de pièces à l’horizon 2030.

Par Yves TCHENANG
Défis Actuels du 29/10/2026

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