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Cameroun : e-Gov’A 2026 place l’interopérabilité au cœur de la modernisation de l’administration

La transformation numérique ne consiste pas seulement à mettre des formulaires en ligne. Elle suppose que les systèmes des administrations échangent leurs données pour éviter les demandes répétées de documents et réduire les délais de traitement. Au Salon E-Gov’A, organisé à Yaoundé du 14 au 17 octobre 2026, la visite d’une délégation gabonaise au ministère de la Fonction publique autour du programme AIGLES illustre ce chantier.

Lorsqu’un dossier passe d’un service public à un autre, l’usager ne devrait pas fournir une nouvelle fois une information que l’administration détient déjà. L’interopérabilité désigne la capacité des systèmes informatiques à échanger et à exploiter des données selon des règles compatibles. Sans cette connexion, la numérisation risque de reproduire à l’écran les lenteurs des procédures sur papier.

Les organisateurs d’E-Gov’A ont inscrit cet enjeu parmi les priorités du salon. La première édition de l’E-Gov Africa Summit, Expo & Awards a été officiellement lancée le jeudi 15 octobre au Palais des Congrès de Yaoundé par Minette Libom Li Likeng, ministre des Postes et Télécommunications, en présence de Joseph Le, ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative.

Organisée par Digital Business Africa et Smart Click Africa dans le cadre du Cameroon International Tech Summit, la rencontre réunit des responsables publics, des entreprises technologiques, des universitaires, des startups et des partenaires au développement. Elle est placée sous le thème de l’intelligence artificielle et de l’e-gouvernance, avec l’ambition de bâtir des services publics efficaces dans une Afrique sans cash et sans papier.

Les échanges portent notamment sur l’identité numérique, la cybersécurité, la gouvernance des données, les paiements numériques et la dématérialisation des services publics. Les conférences, démonstrations et rencontres professionnelles doivent rapprocher les administrations des entreprises du secteur et favoriser les partenariats public-privé dans les technologies destinées à l’État.

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Beaugas Orain Djoyum, l’un des co-organisateurs, présente E-Gov’A comme « une réponse africaine concrète aux défis de modernisation de l’action publique ». Le salon doit, selon lui, mettre en lumière les solutions déjà utilisées par les administrations africaines, mais aussi les obstacles et les décisions nécessaires à la construction de services publics numériques.

AIGLES, UNE EXPÉRIENCE À EXAMINER

Dans le cadre des visites techniques du mercredi 14 octobre, Beaugas Orain Djoyum et une délégation venue du Gabon se sont rendus au ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative pour découvrir le fonctionnement d’AIGLES. Cette visite confronte l’ambition d’interopérabilité à une application camerounaise déjà en service.

AIGLES signifie Application informatique de gestion logique des effectifs et de la solde. Mise en service le 1er janvier 2025, la plateforme a remplacé les anciens systèmes SIGIPES et ANTILOPE. Elle regroupe les informations relatives à la carrière et à la rémunération des agents publics, du recrutement à la retraite. Elle couvre notamment les actes de carrière, les avancements, les dossiers administratifs, la solde et les pensions.

Le ministère présente un système organisé en quatorze modules intégrés. Son portail officiel recense plus de 400 processus, 9 250 règles de gestion et 3 500 types d’actes automatisés. Il fait également état de plus de 900 utilisateurs administratifs formés. Ces données donnent une mesure du travail engagé pour formaliser les procédures. Elles ne permettent toutefois pas, à elles seules, de quantifier les délais gagnés par les usagers ou les économies réalisées par l’État.

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AIGLES vise aussi une meilleure maîtrise des effectifs et de la masse salariale, deux enjeux importants pour les finances publiques. Le rapprochement des données de carrière et de solde peut limiter les incohérences et faciliter les contrôles. Le portail permet par ailleurs aux agents de consulter certaines informations en ligne, notamment leurs fiches de paie et l’évolution de leurs dossiers de carrière.

PARTAGER LES DONNÉES SANS EXPOSER LES USAGERS

L’interconnexion ne se limite pas à installer un logiciel. Les administrations doivent s’accorder sur les formats de données, les identifiants, les responsabilités de mise à jour et les droits d’accès. Elles doivent également déterminer quelle entité fait autorité sur chaque information et comment corriger une erreur. Sans règles communes, les systèmes risquent de transmettre plus rapidement des données incompatibles ou inexactes.

La sécurité constitue une autre condition du partage. Les bases administratives contiennent des informations personnelles et professionnelles qui ne doivent pas être accessibles à tous. Selon le ministère, AIGLES repose notamment sur le chiffrement des données, des contrôles d’accès, une authentification renforcée et la surveillance des activités suspectes. Le dispositif bénéficie de l’appui de l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (ANTIC). L’accès aux informations doit rester réservé aux agents qui en ont besoin dans le cadre de leurs fonctions.

Le 16 octobre, Minette Libom Li Likeng a insisté sur les résultats attendus de la digitalisation. « Les projets technologiques doivent être appréciés au regard de leur contribution effective à la simplification des démarches administratives, à la réduction des délais de traitement, à la maîtrise des coûts et à l’amélioration de la qualité des prestations », a déclaré la ministre.

Elle a également présenté les technologies de l’information et de la communication comme « un levier essentiel de la transformation structurelle de nos économies ». Leur contribution concerne, selon elle, la modernisation de l’État, l’amélioration de la gouvernance publique, la compétitivité et l’attractivité économique. La ministre a défendu une vision de long terme et une action cohérente des administrations. Elle a rappelé la déclaration du président Paul Biya du 31 décembre 2018, selon laquelle « la société digitale qui s’annonce n’attendra pas les retardataires ».

Le coût du cloisonnement se traduit par du temps perdu, des justificatifs produits plusieurs fois et des dossiers qui circulent difficilement. Pour les entreprises, ces frictions peuvent retarder une formalité et immobiliser des ressources. Pour l’État, elles mobilisent des agents dans la collecte et la vérification de documents plutôt que dans le contrôle et l’amélioration du service rendu.

La présence de la délégation gabonaise témoigne de l’intérêt porté aux expériences de modernisation administrative dans la sous-région. Mais la performance des systèmes se mesurera moins au nombre de plateformes déployées qu’à leur capacité à communiquer, à protéger les données et à réduire effectivement les démarches. Une information fournie une seule fois doit pouvoir être utilisée, dans un cadre sécurisé, par les administrations autorisées qui en ont besoin.

Par Fabrice BELOKO
Défis Actuels du 19/10/2026

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