Pour le Programme d’investissement prioritaire 2027-2029, le gouvernement renforce donc la sélection en amont. Les projets devront désormais démontrer leur utilité économique, leur maturité et leur capacité à produire un impact suffisamment important pour justifier leur inscription.
Le gouvernement veut mettre fin à une logique où l’inscription d’un projet au portefeuille public ne garantit pas sa réalisation dans les délais prévus. Le Programme d’investissement prioritaire (PIP) 2027-2029 entend désormais opérer un tri plus strict avant de retenir les investissements publics. L’enjeu est financier. Près de 500 projets figurent déjà dans le portefeuille public. Leur coût cumulé laisse environ 8 500 milliards de FCFA à programmer. Dans ce contexte, chaque nouveau projet doit désormais franchir plusieurs filtres avant d’accéder au PIP.
Le document de programmation rappelle que la présélection intervient sur les projets déjà enregistrés dans la banque des projets. Elle doit permettre de ne conserver que ceux qui répondent à un socle de critères précis. Le premier tient à leur cohérence avec la stratégie nationale de développement. Le projet doit également être implanté dans une zone considérée comme prioritaire et disposer d’une étude d’opportunité concluante ainsi que d’une étude de préfaisabilité.
Le gouvernement ajoute un seuil financier. Un projet éligible au PIP doit afficher un coût total supérieur à 10 milliards de FCFA. Le choix de ce seuil repose sur l’idée que les investissements de cette taille exercent une incidence significative sur les ressources publiques et doivent produire un effet direct sur l’économie.
Programme d’investissement prioritaire
Plus question de multiplier les petits projets
Le filtre ne porte toutefois pas uniquement sur le montant. Les projets retenus doivent contribuer à la formation brute de capital fixe ou participer à l’import-substitution. Ils doivent aussi avoir une portée nationale ou entraîner un changement structurel sur les plans économique, social ou de l’unité nationale.
À ce stade, l’administration établit une « liste des projets qualifiés ». Mais cette première sélection ne suffit pas. Le document prévoit ensuite une phase de priorisation destinée à classer les projets en fonction de leur performance. L’analyse combine des critères économiques, sociaux, environnementaux et climatiques. Un modèle économique attribue ainsi un score de performance à chaque projet. Les investissements sont ensuite répartis en quatre groupes, des plus performants aux moins performants.
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Impact économique des projets
Le premier groupe rassemble les projets performants sur les plans économique, social, environnemental et climatique. Le deuxième comprend ceux qui affichent de bonnes performances économiques, mais moins de résultats sur les volets social, environnemental et climatique. Le troisième suit la logique inverse. Le quatrième regroupe les projets jugés non prioritaires et peu performants sur l’ensemble des critères.
Cette classification doit permettre de concentrer les ressources sur les opérations présentant le meilleur rendement collectif. Les projets issus des deux premiers groupes sont ensuite hiérarchisés selon quatre niveaux de priorité. La première priorité revient à ceux qui contribuent à la transformation structurelle de l’économie. Viennent ensuite la réhabilitation des infrastructures existantes, l’import-substitution ou le développement des exportations, puis les grands projets de deuxième génération.
Stratégie nationale de développement
LES PROJETS DÉJÀ ENGAGÉS PASSENT AVANT LES NOUVEAUX
Le véritable arbitrage intervient lors de la sélection finale. À ce stade, le gouvernement décide des projets à inscrire dans l’année du Cadre de dépenses à moyen terme et dans le PIP de l’exercice suivant. Le document prévoit explicitement la possibilité d’un arbitrage gouvernemental en fonction du contexte et de l’urgence de certains investissements.
Quatre critères doivent alors peser sur la décision. L’État regarde d’abord l’imminence de l’achèvement du projet. Il examine ensuite les ressources encore nécessaires pour terminer chaque opération. Les projets dont la clôture exige peu de ressources doivent ainsi être accompagnés jusqu’à leur achèvement. La maturité des nouveaux projets entre également dans l’équation, tout comme la contrainte budgétaire.
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Cette dernière devient déterminante dans un contexte où les engagements accumulés limitent la capacité de l’État à ouvrir simultanément de nouveaux chantiers. Ce mécanisme peut donc déplacer le centre de gravité de la politique d’investissement. Plutôt que d’ajouter continuellement de nouvelles opérations, l’État entend d’abord sécuriser celles déjà suffisamment avancées et susceptibles d’être achevées avec des ressources limitées.
PROGRAMMER LE COÛT RÉEL ET NON UNE DÉPENSE ANNUELLE
Le nouveau dispositif cherche aussi à rapprocher la programmation des capacités réelles de financement. Le PIP inscrit les projets selon leur coût total, c’est-à-dire le besoin de financement nécessaire pendant toute leur durée de mise en œuvre. Il ne considère donc pas ce montant comme une charge à supporter sur un seul exercice budgétaire.
Les coûts sont répartis sur plusieurs exercices grâce à des plans de décaissement propres à chaque projet. Ces plans déterminent le besoin budgétaire année après année, en fonction du rythme de réalisation, des différentes phases de travaux et des disponibilités financières de l’État.
Cette méthode doit permettre d’aligner les engagements d’investissement sur les lois de finances successives. Elle vise aussi à améliorer la gestion de la trésorerie publique et à assurer une meilleure traçabilité financière pendant l’exécution des projets.
Le PIP sera ensuite validé par le gouvernement lors du Conseil de cabinet consacré à l’examen du Document de programmation économique et budgétaire. Son contenu alimentera les discussions du Débat d’orientation budgétaire au Parlement.
Le changement attendu est donc moins une augmentation du volume des investissements qu’une sélection plus sévère. Dans un portefeuille déjà lourdement chargé, les projets insuffisamment mûrs, dépourvus d’études, faiblement structurants ou incapables de justifier leur coût auront davantage de difficultés à franchir le filtre. Pour les autres, la priorité sera désormais de démontrer non seulement leur pertinence, mais aussi la capacité de l’État à les financer jusqu’à leur terme.
Par Fabrice BELOKO
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