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Cameroun-Union Européenne : Jean-Marc Châtaigner dresse le bilan de son mandat au Cameroun

Au terme de son mandat à la tête de la Délégation de l’Union européenne au Cameroun, l’Ambassadeur Jean-Marc Châtaigner dresse le bilan d’un partenariat qu’il veut plus concret, plus économique et plus proche des populations. Investissements, Global Gateway, commerce, sécurité, réformes, emploi des jeunes et dialogue politique : l’ambassadeur revient sur les principaux dossiers qui ont marqué son séjour.

Au terme de son mandat à la tête de la Délégation de l’Union européenne au Cameroun, l’Ambassadeur Jean-Marc Châtaigner dresse le bilan d’un partenariat qu’il veut plus concret, plus économique et plus proche des populations. Investissements, Global Gateway, commerce, sécurité, réformes, emploi des jeunes et dialogue politique : l’ambassadeur revient sur les principaux dossiers qui ont marqué son séjour.

Votre séjour à la tête de la Délégation de l’UE au Cameroun touche à sa fin. Si vous deviez résumer ce mandat, que retiendriez-vous en priorité ?

Je retiendrais, avant tout, un mandat placé sous le signe du renforcement du partenariat concret entre l’Union européenne et le Cameroun. Nous avons cherché à rendre ce partenariat plus clair, plus fluide, plus visible et plus proche des citoyens, notamment à travers notre approche dite « Global Gateway » et les nombreux projets structurants que nous appuyons dans des secteurs essentiels comme l’énergie, les infrastructures, l’agriculture et le numérique. Mais au-delà des projets, je retiendrais avant tout la qualité du dialogue avec les autorités, la société civile, le secteur privé et les jeunes. C’est cette diversité de partenariats et de rencontres qui, à mes yeux, donne tout son sens humain et solidaire à l’action de l’Union européenne au Cameroun.

Vous avez porté le «Cameroon-EU Business Week» jusqu’à sa deuxième édition. Concrètement, qu’est-ce que ce format a changé dans la relation entre entreprises européennes et camerounaises, au-delà du symbole ? Quel bilan ?

Le principal changement à mon sens, c’est d’avoir réussi à créer un espace régulier de dialogue direct entre les entreprises européennes et camerounaises. La « Cameroon-EU Business Week » a permis de passer du dialogue institutionnel à des échanges tangibles sur les investissements, les partenariats et les opportunités d’affaires. Après deux éditions, je suis à mesure de dire que le bilan est globalement positif : des contacts ont été noués, des projets ont émergé et, surtout, une meilleure compréhension mutuelle des attentes et des contraintes des deux parties s’est installée. Notre ambition est désormais de faire en sorte que ces rencontres débouchent sur davantage de partenariats et d’investissements susceptibles de créer plus d’emplois pour des milliers de jeunes.

Il y a eu comme une sorte d’accélération des financements structurels durant votre mandat. Quels projets illustrent le mieux cette accélération, et quels résultats sont déjà mesurables sur le terrain ?

Je citerais en tout premier lieu le Barrage de Nachtigal et le Pont sur le fleuve Logone, deux projets structurants qui illustrent bien la nouvelle dynamique que nous mettons en œuvre avec les autorités camerounaises. Nous avons mis de nouveaux projets sur les rails comme la voie de contournement de Yaoundé, le pont sur le Ntem avec la Guinée Equatoriale, la rénovation de la liaison de chemin de fer entre Yaoundé et Ngaoundéré. Au-delà des enveloppes engagées, notre souhait est de voir ces investissements produire rapidement des résultats pour les populations : davantage d’électricité disponible, une meilleure connectivité entre les différentes régions du pays et, plus largement, des infrastructures qui renforcent le potentiel économique du Cameroun.

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Vous avez souvent reconnu des défis persistants sur les équilibres commerciaux régionaux. Lesquels vous paraissent aujourd’hui les plus cruciaux pour le Cameroun ?

Le principal défi reste, à mon sens, de renforcer la compétitivité de l’économie camerounaise. Cela passe par une meilleure transformation locale des matières premières, la réduction des coûts logistiques et énergétiques, ainsi que l’amélioration de l’accès des entreprises au financement. Je n’oublie pas évidement la problématique essentielle et cruciale de l’amélioration de l’environnement des affaires. Le Cameroun dispose d’un potentiel considérable. L’enjeu est désormais de transformer davantage ce potentiel en valeur ajoutée, en emplois et en exportations, notamment vers les marchés régionaux et européens.

En mai dernier, vous avez conduit une mission d’ambassadeurs européens à Maroua, Mora, Minawao et Garoua. Qu’est-ce que cette tournée a révélé que les rapports de Yaoundé ne montrent pas ?

Cette mission nous a surtout rappelé qu’au-delà des chiffres et des rapports, il y a des réalités humaines qu’il faut voir sur le terrain. À Maroua, Mora et Minawao, mais aussi à Garoua, nous avons pu mesurer directement l’ampleur des défis liés à la sécurité, aux déplacements de populations et à l’accès aux services essentiels. Nous avons aussi vu une forte capacité de résilience des populations et des acteurs locaux. Cela nous conforte dans l’idée que notre soutien doit être, certes humanitaire, mais aussi orienté vers le développement, l’emploi et le renforcement des communautés locales. Enfin, je dirais que cette mission a permis aux missions diplomatiques européennes accréditées à Yaoundé, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la France et l’Italie, de montrer que leur volonté de travailler ensemble est réelle et que la complémentarité permet à ce que nous appelons l’«équipe Europe » d’être plus efficace, en termes d’actions sur le terrain.

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Une enveloppe de 15 millions d’euros reste conditionnée à des réformes réglementaires maritimes. Où en sont ces réformes côté camerounais, et que risque- il de se passer si elles tardent encore ?

Nous avons eu des échanges constructifs avec les autorités camerounaises sur ces réformes qui portent sur la réglementation du pavillon maritime camerounais pour éviter des usages illicites et mafieux par des tiers mal intentionnés. Les premiers résultats obtenus, extrêmement encourageants pour les deux parties, ont d’ores et déjà permis la mobilisation complète de cette aide budgétaire pour l’année 2025. Nous sommes d’ores et déjà en train de discuter les conditions du nouveau versement pour l’année 2026 qui devrait intervenir d’ici la fin de l’année, après le dialogue de partenariat que nous aurons avec le Gouvernement camerounais à l’automne.

Vous avez aussi travaillé avec la société civile camerounaise, notamment sur les questions de stabilité post-électorale. Quel regard portez-vous, avec le recul, sur la manière dont cette période a été gérée ?

Avec le recul, je pense que cette période a montré combien le dialogue et la confiance entre des institutions, les acteurs politiques et la société civile sont essentiels. La gestion d’une période post-électorale exige de privilégier l’apaisement, l’écoute et la recherche de solutions permettant de préserver la cohésion sociale. L’Union européenne a toujours encouragé cette approche. Nous avons notamment appelé à des gestes susceptibles de favoriser la réconciliation et la confiance, car la stabilité durable ne peut être construite que dans un climat de dialogue et de respect des droits fondamentaux. C’est dans ce sens que nous avons suggéré, aux autorités camerounaises, de libérer ou d’amnistier toutes les personnes arrêtées ou détenus depuis 2020, en raison de leurs opinions politiques. Le pardon mutuel n’est pas et ne sera jamais un signe de faiblesse.

Concernant les défis sécuritaires, quelle est votre analyse ? Quel aura été le soutien de l’UE ces dernières années ?

Les défis sécuritaires restent importants, de l’Extrême-Nord au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, sans oublier les enjeux liés aux frontières et à la sécurité maritime. Ils nécessitent une réponse à la fois sécuritaire, humanitaire et de développement. L’Union européenne a concrètement soutenu le Cameroun sur ces différents fronts. Dans l’Extrême-Nord, elle a notamment contribué au financement et au fonctionnement de la Force multinationale mixte engagée contre Boko Haram. Dans le domaine maritime, elle accompagne l’architecture de Yaoundé et a contribué au renforcement des capacités de la marine camerounaise, notamment en matière de surveillance et d’intervention. Mais ma conviction intime reste que la sécurité durable passe aussi et surtout par le développement, la prévention des conflits, la résilience des populations et le respect des droits humains.

On parle bien trop de ce que pourrait gagner le Cameroun dans les APE. Quels sont les gains de l’Europe dans ce partenariat réputé gagnant-gagnant ?

L’Accord de Partenariat Economique (APE0 est, par définition, un partenariat gagnant-gagnant. L’Europe y gagne notamment un accès progressif et prévisible au marché camerounais, qui est l’un des marchés les plus importants d’Afrique centrale. Les entreprises européennes bénéficient ainsi de meilleures conditions pour exporter leurs équipements, technologies, biens et services, mais aussi pour investir et développer des partenariats au Cameroun. Il faut toutefois rappeler que l’ouverture est progressive et asymétrique : le Cameroun bénéficie d’un accès libre et sans quotas au marché européen, tandis qu’il ouvre progressivement son propre marché aux produits européens. C’est précisément cet équilibre qui fait de l’APE un instrument de partenariat économique, et pas simplement un accord commercial.

Qu’avez-vous transmis à votre successeure, Veronika Boskovic Pohar, comme priorité absolue à ne pas perdre dans les premiers mois de son mandat ?s

Je n’ai évidemment pas à dire à ma successeure comment elle devrait travailler. Mais, dans mes notes de passation, je partage avec elle une conviction : il faut continuer à rapprocher l’Union européenne des Camerounais. Cela passe par un dialogue constant avec les autorités, bien sûr, mais aussi avec la société civile, le secteur privé, les groupes jeunes, les influenceurs, des acteurs culturels… Je suis personnellement convaincu que nous devons veiller à ce que nos projets européens se traduisent toujours par des résultats concrets dans la vie des populations. Le partenariat n’est rien sans l’humain.

Par François BAMBOU
Défis Actuels du 01/09/2026

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