La guerre de gouvernance au sein du Groupe Castel connaît un nouvel épisode. Vingt-quatre heures après la publication d’un communiqué signé par « les 4 branches majoritaires de la famille Castel », Romy Castel, Alain Castel et Philippe Castel ripostent. Dans un droit de réponse daté du 29 août 2026, parvenu à la rédaction de Défis Actuels, les trois membres de la famille contestent à la fois l’authenticité du communiqué de la veille, sa représentativité et les arguments avancés en faveur de la direction actuelle du groupe.
Romy, Alain et Philippe Castel « n’ont ni été consultés, ni donné mandat pour le communiqué diffusé sous la signature mensongère des “4 branches majoritaires de la famille Castel” », affirment-ils. Les trois signataires vont plus loin en qualifiant le texte de « coquille vide » et de « tentative d’intoxication », au motif notamment qu’il n’est pas signé nominativement.
Le bras de fer familial se transforme ainsi en bataille de légitimité. D’un côté, ceux qui affirment représenter la majorité de la famille et défendent la continuité de la gouvernance du Groupe Castel. De l’autre, Romy, Alain et Philippe Castel qui assurent que cette présentation est trompeuse et que seuls des membres appartenant à une partie de deux branches auraient soutenu la démarche.
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Conflits familiaux dans les entreprises
La bataille des chiffres et des mandats Le premier communiqué avait mis en avant une organisation patrimoniale reposant sur cinq branches familiales, chacune bénéficiant indirectement de 20 % des parts d’un fonds de droit singapourien détenant le Groupe Castel. Cette répartition, présentée comme voulue par Pierre Castel pour empêcher qu’une branche ne dispose d’une prééminence sur les autres, constituait l’un des principaux arguments du texte du 28 août.
Les signataires en déduisaient que Romy Castel ne représentait « qu’une branche sur cinq » et ne pouvait parler au nom de l’ensemble de la famille. Le droit de réponse du 29 août remet frontalement en cause cette lecture. Romy, Alain et Philippe Castel ne contestent pas seulement leur propre représentativité : ils mettent en doute celle des signataires du communiqué précédent. Selon eux, « seules une partie de 2 des branches de la famille » auraient soutenu cette démarche, et celles-ci ne seraient donc « à fortiori non majoritaires ».
Le conflit porte dès lors autant sur le contrôle du groupe que sur la capacité de chacun à parler au nom de la famille Castel.
Gouvernance d’entreprise
Un autre terrain : celui des tribunaux Pour Romy Castel et ses deux alliés familiaux, l’essentiel se trouve toutefois ailleurs. Leur droit de réponse recentre la bataille sur une série de décisions et de procédures judiciaires intervenues depuis le début de l’année. Ils affirment ainsi que, le 2 février 2026, les actionnaires auraient voté la révocation de Grégory Clerc « à plus de 70 % des voix ».
Ils ajoutent que, le 30 juillet, la Haute Cour de Singapour a maintenu la suspension de Grégory Clerc et que de nouvelles injonctions auraient été prononcées le 18 août. Ces éléments sont présentés comme la preuve que la contestation de la gouvernance actuelle ne relève pas d’une simple bataille de communication familiale. « Il ne s’agit donc pas d’un débat de communication, mais d’une réalité judiciaire et actionnariale », écrivent Romy, Alain et Philippe Castel.
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Droit des sociétés à Singapour
Cette affirmation constitue le cœur de leur riposte. À leurs yeux, les décisions judiciaires et les votes des actionnaires doivent primer sur les communiqués et prises de position publiques. Ils accusent ainsi leurs adversaires de chercher à déplacer dans la presse un rapport de force qu’ils ne parviendraient pas à modifier devant les tribunaux.
Grégory Clerc, toujours au centre du conflit Derrière cette bataille de communiqués, c’est toujours le statut de Grégory Clerc qui cristallise le différend. Le directeur général du Groupe Castel, nommé en 2023, est devenu la figure centrale de la crise de gouvernance qui oppose plusieurs membres de la famille Castel. Romy Castel et certains de ses proches contestent sa légitimité et ses conditions de maintien aux commandes du groupe.
Le camp opposé à Romy soutient au contraire la continuité de la direction et demande que celle-ci puisse exercer ses responsabilités « pleinement et sereinement », dans l’intérêt du groupe, de ses salariés et de ses partenaires.
La bataille dépasse les frontières L’importance prise par Singapour dans cette affaire n’est pas anodine. La structure patrimoniale évoquée par les deux camps s’appuie sur un dispositif de droit singapourien, faisant de la justice de la cité-État l’un des principaux théâtres du contentieux. Cette dimension internationale complique encore la lecture du conflit.
Le Groupe Castel est un empire familial dont les activités s’étendent sur plusieurs continents, avec une implantation particulièrement importante en Afrique. Les décisions prises au sommet peuvent donc avoir des conséquences sur des actifs industriels et commerciaux situés dans des pays où le groupe constitue un acteur économique majeur. Le Cameroun est directement concerné. Le groupe y contrôle notamment des activités dans les boissons et l’agro-industrie, tandis que la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) est devenue ces dernières semaines l’un des dossiers emblématiques de la crise.
Par Jean Luc FASSI
Défis Actuels du 30/08/2026
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