« Qui gouverne ce pays ? Le chef de l’État est absent du territoire national depuis plus de six semaines (…). La vice-présidence, créée à la hâte en avril au nom de la continuité de l’État demeure vacante. L’État fonctionne par délégation de signature qu’aucun citoyen n’a jamais vue ». Le coup de gueule est de Joshua Osih hier lors de la conférence de presse qu’l a donnée à Yaoundé. Le séjour prolongé du président de la République en Europe était le sujet phare abordé par le président du Social democratic front (SDF) à cette occasion où il présentait la position de son parti sur l’état de la nation. Joignant ainsi sa voix aux millions d’autres qui s’inquiètent du « court séjour » présidentiel devenu de plus en plus élastique. Déjà 45 jours que le peuple camerounais est sans nouvelles de Paul Biya son président, parti « en Europe » début juin dernier, et qui n’a plus donné signe de vie. Lui qui a fait l’objet de vifs débats sur son état de santé à l’occasion de la célébration de la Fête nationale le 20 mai dernier. Lui dont des sources annoncent une hospitalisation en Suisse. Une information qui avait été donnée par le magazine Jeune Afrique. Le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, avait démenti cette information, la déclarant « non fondée ». Le porte-parole du gouvernement indiquait que Paul Biya est au travail.
Mais cela fait déjà un mois et demi que l’homme en qui le peuple camerounais a confié son destin, est toujours sans nouvelles officielles. Amplifiant les rumeurs et débats sur sa santé. Et désormais sur la vacance à la tête de l’Etat. Convoquant l’article 6, alinéa 5 de la Constitution du 18 janvier 1996 modifiée en avril dernier. Lequel dispose que « en cas de vacance de la présidence de la République pour cause de décès ou de démission, ou en cas d’empêchement définitif dûment constaté par le Conseil constitutionnel, le vice-président achève le mandat du président de la République». Faux : « Affirmer que le pouvoir (exécutif) est ‘’vacant’’ au Cameroun relève d’un barbarisme juridique, voire politique ou logique », réagi Jacques Fame Ndongo, secrétaire à la communication du Rdpc, parti au pouvoir.
« République en pilotage automatique »
Sauf que la réalité à savoir la longue absence prolongée du président de la République, impose débats et conjectures lorsqu’après sa sortie, le patron de la communication du parti au pouvoir ne peut apporter une preuve que Paul Biya continue d’être le commandant de bord du bateau Cameroun. Le SDF par la voix de son président, est monté au créneau pour joindre sa voix à celles des autres Camerounais qui refusent d’assister en victimes résignées du sevrage brusque de leur président ; mais surtout, de sortir le débat des réseaux sociaux pour l’exposer dans les espaces conventionnels de gouvernance participative de la cité. « Nous comprenons, et nous l’avons dit, que d’un point de vue constitutionnel, cette vacance n’existe pas par voie d’absence », rejoint-il Fame Ndongo. « Nous respectons cela. Nous sommes des républicains et nous respectons les lois qui nous entourent. Mais nous disons, et nous insistons, que d’un point de vue politique et tout simplement de décence, la question reste sur la table : celle qui oblige le président de la République d’informer ses concitoyens. Tout comme il le fait quand il part, il a l’obligation de nous dire ce qu’il lui arrive», s’en éloigne-t-il. Jugeant l’absence de communication officielle comme « indécente et méprisante ».
Le Chairman du SDF rappelle que le chef de l’Etat « est une institution ». Insistant sur le fait que « nous devons savoir ce qui se passe avec le chef de l’Etat». Et « ce n’est pas une faveur que nous demandons ». Et d’insister sur la notion de « court séjour », autre pan du débat. « Si court, chez lui, veut dire 45 jours, il faudrait qu’on revoie le curriculum scolaire au Cameroun, parce que, quand moi je suis allé à l’école, 45 jours n’étaient pas considérés comme un court séjour ». Le successeur de Ni John Fru Ndi ne se contente plus du bavardage : « Quand nous disons que nous allons aviser, c’est tout simplement pour savoir : qu’il nous informe, de ce qui se passe. Parce que si, après tous ces appels des Camerounais pour savoir où il est, il ne répond pas, il faudra passer à la phase suivante : comprendre pourquoi il ne peut pas nous dire où il est », menace-t-il. D’autant plus que « le Cameroun est une République en pilotage automatique et l’on ne s’en remet pas à un pilotage automatique dans la tempête ». Faisant allusion aux nombreuses questions et préoccupations des Camerounais à l’heure actuelle : la vie chère, la mise en œuvre de la réforme constitutionnelle d’avril 2026 qui institue la vice-présidence de la République, le problème du trafic illicite de l’or,…
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