mercredi, mars 4, 2026
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Finances publiques : L’Etat veut lever des fonds auprès de la diaspora pour financer son budget

Face à des besoins de financement en hausse, le Trésor veut proposer aux Camerounais de l’étranger un placement encadré par l’État afin de réorienter une partie des transferts familiaux vers des projets d’investissement.

En 2025, les transferts des Camerounais établis à l’étranger ont atteint environ 650 milliards de FCFA. Sur cinq ans, la moyenne annuelle tourne autour de 450 milliards. Ce volume dépasse certaines enveloppes mobilisées par l’État sur les marchés financiers. Pourtant, l’essentiel de ces fonds continue de financer la consommation courante des ménages, santé, scolarité, loyers ou soutien familial.

 Pour le ministère des Finances, la question n’est plus de mesurer l’importance de ces flux mais d’en modifier l’usage. « Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, les transferts de la diaspora ont atteint environ 650 milliards de FCFA. Sur les cinq dernières années, la moyenne annuelle se situe autour de 450 milliards. C’est un volume supérieur à certaines lignes de financement classiques. Cependant, ces fonds sont majoritairement orientés vers la consommation ou l’assistance sociale. Ce sont des flux utiles, mais qui n’alimentent pas suffisamment l’investissement structurant », a déclaré le directeur général du Trésor et de la Coopération financière et monétaire, Moh Sylvester Tangongho, dans le cadre d’un entretien accordé à Défis Actuels.

 La réponse envisagée prend la forme d’un emprunt spécifiquement destiné aux Camerounais établis à l’étranger. Le mécanisme reste, sur le plan financier, classique. L’État émettrait des titres que les membres de la diaspora pourraient souscrire depuis leur pays de résidence. En échange des fonds prêtés, ils percevraient un intérêt sur une période déterminée, avec remboursement du capital à l’échéance.

Autrement dit, la diaspora prêterait directement à l’État, comme le font déjà les investisseurs institutionnels ou les banques, mais dans un cadre qui lui serait dédié. « La différence avec un emprunt ordinaire tient au public ciblé et aux modalités adaptées. Les montants minimums pourraient être calibrés pour rester accessibles. Les canaux de souscription seraient digitalisés afin de permettre une participation depuis l’Europe, l’Amérique du Nord ou l’Afrique centrale. Les fonds levés seraient affectés à des projets identifiés, infrastructures, énergie, aménagement urbain ou financement de PME, avec un reporting dédié », souligne un expert.

 « Notre réflexion consiste à canaliser une partie de ces ressources vers des instruments dédiés, comme les Diaspora Bonds. Des pays africains comme le Sénégal ou l’Éthiopie ont démontré qu’il existe une forte disposition des ressortissants à investir dans leur pays d’origine, à condition que les mécanismes soient clairs, transparents et attractifs. », souligne Moh Sylvester Tangongho.

UN AUTRE MOYEN POUR FINANCER LE BUDGET DE L’ETAT

À ce stade, cet outil revêt une importance capitale au regard de la trajectoire budgétaire du pays. Le budget 2026 s’élève à 8 816,4 milliards de FCFA, avec un besoin de financement global estimé à plus de 3 100 milliards pour couvrir le déficit et le service de la dette. En 2025, ces besoins atteignaient 2 326,5 milliards. En 2024, ils dépassaient 1 500 milliards.

 Dans ce contexte, l’emprunt diaspora apparaît comme une pièce supplémentaire dans l’architecture de financement. Il ne se substitue pas aux marchés régionaux ni aux bailleurs extérieurs. Il vise à réduire la dépendance à ces canaux en mobilisant une épargne déjà existante. Si une fraction seulement des 650 milliards transférés chaque année était captée sous forme de titres, l’impact sur la structure de financement pourrait être significatif, ne serait-ce qu’en diversifiant la base d’investisseurs. L’exemple sénégalais illustre une autre voie de mobilisation.

En 2024, les transferts de la diaspora y ont atteint 2 211 milliards de FCFA, soit près de 12% du PIB. Dakar prépare un fonds immobilier dédié aux Sénégalais de l’extérieur afin de convertir une partie de ces envois en investissements locatifs gérés par des professionnels. Les souscripteurs détiendraient des parts d’un portefeuille immobilier, sans alourdir la dette publique. La logique reste la même, transformer des transferts majoritairement consuméristes en capital productif.

À l’échelle du continent, l’ampleur du phénomène donne la mesure des marges potentielles. Selon la Banque mondiale, l’Afrique a reçu environ 95 milliards de dollars de remittances en 2024, soit plus de 5% du PIB continental. Ces flux dépassent souvent l’aide publique au développement et rivalisent avec les investissements directs étrangers.

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