mercredi, février 25, 2026
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Edition: où sont passés les numéros ISBN?

Le Cameroun est suspendu d'accès à ce code à 13 chiffres qui permet de mettre les ouvrages sur le marché, faute de paiement.

C’est une sacrée gifle pour le pays de Mongo Beti. L’information ne fait pourtant pas grand bruit. Les professionnels du livre en parlent sous le boisseau. Pourtant, ils peinent. Depuis plus de six mois, ils n’arrivent plus à obtenir les codes Isbn (International Standard Book Number, Ndlr) pour éditer leurs livres. Pour cause? Le Cameroun tout entier a été déconné d’accès à la numérotation internationale. Faute de paiement. Plusieurs semaines déjà après la mise en exécution du nouveau budget, le ministère des Arts et de la culture (Minac) demeure dans le flou. On ne sait pas à quand la situation sera remédiée. C’est un cuisant échec pour la politique du livre au Cameroun. Dans les couloirs de la direction du livre au Minac, on perd les mots. Aucune réaction officielle donnée jusqu’ici. «Mais ça se murmure dans la maison», indique un agent. Les maisons d’édition locales sont touchées par cette grave crise qui détermine la pratique de leur profession et la mise sur le marché international des ouvrages qu’ils produisent. Le site international qui génère ces numéros est présentement indisponible. Selon une source interne du Minac qui a requis l’anonymat, «c’est à travers ce site que l’on attribue des Isbn aux éditeurs nationaux et l’agence internationale l’a momentanément bloquée». Elle poursuit en disant que « le Minac est conscient du préjudice que cela peut causer aux professionnels du secteur du livre». Martin M. éditeur dans la ville de Douala, s’est renseigné : « Selon nos informations et nos recoupements, il semble en effet que le Cameroun n’a pas payé ses redevances auprès de l’agence internationale qui délivre ces numéros aux pays. Raison de l’arrêt de l’octroi de ces numéros. Cette situation dure depuis plus de six mois selon nos informations», confie-t-il.

Coup de massue

Le pays de Mongo Beti, Hemley Boum ou encore Djaïli Amadou Amal est coupé du monde du marché du livre. Faute d’accès aux numéros Isbn. Depuis près de six mois, elles peinent à obtenir les numéros Isbn, le numéro unique à 13 chiffres leur permettant d’idenfier spécifiquement chaque édition de libre imprimé ou numérique. C’est une sorte de carte d’identité d’un livre. C’est ce numéro permet d’intégrer le marché du livre, les circuits de vente et les différentes plateformes. Le dossier serait sur la table du secrétaire général du Minac qui lui aussi attend désespérément l’ordre de la hiérarchie. Il attendrait visiblement l’ordre de paiement pour ramener les choses dans l’ordre. Cette spéculation administrative a des conséquences colossales. Les éditeurs camerounais reçoivent cela comme un coup de massue. Un séisme dans un contexte économique pour l’édition. L’arrêt d’accès de l’agence internationale remet sèchement à l’ordre l’administration camerounaise qui accumulerait plusieurs années d’arriérés de paiement face à ces institutions.

Péril sur la mémoire

Du côté des éditeurs, les langues peinent à se délier. Mais le choc est présent. Personne ne veut dénoncer la situation à mots ouverts. «C’est une fâcheuse situation qui met en péril l’industrie du livre dans notre pays. Imaginez que sur ces derniers mois, aucun nouveau livre de nouveaux éditeurs n’a été publié du fait de l’absence des numéros Isbn. Ce qui est publié pour l’instant émane d’anciens stocks de numéros Isbn des éditeurs qui l’avaient acquis avant la crise que nous vivons actuellement. C’est donc toute une chaîne du livre qui est pénalisée», explique Martin M. Il est bloqué depuis plusieurs mois. « J’ai déjà fini mes ouvrages, mais je ne peux pas éditer. J’ai déjà raté plusieurs invitations à cause de cette situation», dénonce-t-il. Dans un contexte où les éditeurs tirent quasiment tous le diable par la queue, cette crise les fragilise encore plus. Martin M. a une explication au silence observé également chez les professionnels du livre : «Les éditeurs semblent encore frileux à dénoncer cette situation parce que beaucoup produisent sur le stock obtenu auparavant. Mais à court terme, c’est une situation qui signe l’arrêt de mort de l’industrie du livre au Cameroun», ajoute-il.

Les conséquences ne se vivent pas seulement chez les éditeurs ; les lecteurs et chercheurs sont également concernés. Adrien Mengou, abonné des plateformes digitales du livre, est encore plus vert dans sa colère. Il s’est vu refuser l’accès à un ouvrage qu’il attendait en ligne depuis fort longtemps, pour ses travaux de recherches et ses cours à l’université. Pour recevoir l’ouvrage, il a fait recours aux amis dans d’autres pays, pour entrer en possession de l’ouvrage.

Avec une telle catastrophe, le pays déjà connu pour ses ‘’censures’’ et sa maltraitance vis-à-vis des artistes, livre un nouveau chapitre de ses prouesses du mépris envers la création artistique et culturelle. Les responsables du Minac mettent en péril la mémoire d’un pays par les livres, la diffusion des savoirs et participe sans doute, à l’effondrement des chaînes de valeur sociétales que les auteurs défendent à travers la création littéraire. Pour le moment, on ne sait à quand la fin de cette crise. Toujours est-il que les spéculations sur la période de paiement des frais exigibles à l’international continuent à la direction du Livre.
Eyangi Boka (correspondance particulière)

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